Obscurantisme, quand tu les tiens…

 

Pas touche, parole divine ! 

Un trentaine d’Imams « indignés » ont publié une Tribune pour réagir à celle des 300 signataires, dont l’amie Catherine Kintzler, qui dans le Parisien, par « Le manifeste contre le nouvel antisémitisme » ont dénoncé l’antisémitisme musulman et on appelé l’islam à se réformer y compris par l’abrogation de certains de  ses textes et interprétations fondamentaux comme l’église catholique a su le faire par le Concile Vatican II dans les années 60 pour entrer dans le monde moderne.

Derrière ces imams, leur emboitant le pas, quelques sociologues de bazar, pour ne pas dire de souk, se sont insurgés par un texte publié par le Monde contre cette Tribune du Parisien et en soutien à l’intangibilité de la religion des opprimés,  de ses fidèles et de ses imams ainsi injustement persécutés… Vous vous rendez compte abroger « la parole divine », non mais, vous n’y pensez pas !

Après le mauvais procès fait à G. Bensoussan, après la furie contre l’ouvrage « La tentation radicale » et ses auteurs,  on approche de la nausée devant tant de manipulations et de dévoiement dans des sciences sociales, chez certains, défigurées par l’idéologie. Il faut revenir aux fondamentaux, aux faits, et mettre les points sur les « i » à défaut que ce puisse être, dans un débat civilisé, dans certaines tronches qui pourtant le mériteraient.

Un excellent texte, court et percutant publié par Le Monde ce 8 mai,  le fait. Il est d’un sociologue spécialiste de l’islam français. On vous le livre. C’est de salut public. A lire et à faire connaître car il ne doit pas passer inaperçu sur une question essentielle pour nous tous. DECODA le fera sans relâche !

 

« Encore un peu plus de courage, Messieurs les imams

Par Omero Marongiu-Perria

Sociologue, spécialiste de l’islam français

Dans leur tribune, les « imams indignés » refusent de voir que l’interprétation dominante de l’islam s’inspire de sources datées et imprégnées de préjugés antisémites

Le procès d’intention fait au « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » (Le Parisien du 21 avril) n’est pas juste. On l’accuse en effet de vouloir jouer la concurrence victimaire en opposant la lutte contre l’islamophobie au combat contre l’antisémitisme, et d’appeler à l’élimination de versets du Coran qui prôneraient la violence à l’encontre des non-musulmans – juifs, chrétiens et incroyants. Des lacunes dans la formulation existent, mais le fond du propos est légitime. Sauf, peut-être, si on est sourd, muet et aveugle aux discours de haine qui se diffusent de par le monde musulman jusqu’aux enceintes des mosquées de France et d’Occident, sur la base des interprétations « autorisées » de l’islam.

En réponse à l’interrogation qui traverse la société française depuis près de quarante ans, une tribune signée par une trentaine d’imams sous le titre « Nous, imams indignés, sommes prêts à nous mettre au service de notre pays » (Le Monde du 24 avril) propose une réponse qui se trompe de diagnostic et de remède. Affirmer que l’islam est tombé dans les mains d’une jeunesse « naïve, proie facile pour des idéologues qui exploitent son désarroi » et que, « depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société » ne reflète pas la réalité de l’islam contemporain.

Depuis plus d’un demi-siècle, la sphère religieuse musulmane, en particulier ses principaux centres d’enseignement, a vu la structuration progressive d’un discours de rupture avec le monde occidental et la modernité, qui dépasse de loin l’anticolonialisme. Celui-ci s’est appuyé sur la sacralisation des interprétations moyenâgeuses des textes de l’islam pour orienter les comportements de rupture chez les fidèles, parfois avec l’impulsion directe des pouvoirs politiques, comme ce fut le cas en Egypte et en Arabie saoudite. Le résultat en a été, entre autres, la diffusion massive des ouvrages d’exégèse et de droit de l’islam médiéval à partir desquels des centres d’enseignement, en France par exemple, prétendent inculquer aux musulmans leur religion dans les moindres détails, y compris la citoyenneté, le rapport à l’autre ou les relations entre hommes et femmes. C’est comme si le cadre mental d’un théologien du XIIIe siècle pouvait épouser les contours de la France de 2018.

Le vrai diagnostic est là, il s’agit de l’absence de rupture avec une vision du monde hégémonique qui présente un musulman hors-sol et une religion pensée dans un rapport de domination perpétuel avec le reste du monde. Un catholique qui brandirait le Corpus de droit civil de Justinien, datant de 528, serait vite tourné en dérision par ses coreligionnaires. De même, les autorités rabbiniques ont rompu avec la portée normative des versets belliqueux de la Torah depuis… deux mille ans.

Concernant l’antisémitisme chrétien, sa condamnation par Vatican II est le fruit, entre autres, d’un mouvement historico-critique porté par des intellectuels catholiques depuis le début du XXe siècle. Il n’en va pas de même de l’islam contemporain. Dès qu’elles en ont l’occasion, les autorités religieuses musulmanes réaffirment le caractère opératoire des interprétations restrictives du Coran. Parallèlement, elles s’en prennent violemment à toute analyse historico-critique du texte.

Sur l’antisémitisme, le champ religieux musulman est passé d’une aversion culturelle, celle du « juif hachek », à une haine idéologique du « juif suppôt du complot », avec pour carburant le conflit israélo-palestinien. Des études ont démontré l’évolution de ce discours religieux haineux vis-à-vis du juif. L’ouvrage de l’ancien mufti d’Al-Azhar Mohammad Sayed Tantaoui (1928-2010) intitulé Les Fils d’Israël dans le Coran et la tradition prophétique, donne une légitimité théologique à tous les poncifs sur le « péril juif ».

Il n’a rien à envier au prédicateur jordanien Salah Abdelfatah Al-Khalidi, le fils spirituel de Saïd Qotb (1906-1966) – l’un des principaux idéologues des Frères musulmans –, dont le livre La Personnalité juive dans le Coran représente l’archétype du pamphlet haineux vis-à-vis des juifs. Il s’agit là d’autorités religieuses dont une partie des imams de France se réclament.

A ce jour, parmi les imams qui prennent une position publique en France, Mohamed Bajrafil est le seul à oser critiquer ouvertement cette partie de l’héritage musulman la plus rétrograde vis-à-vis de l’altérité en appelant à son abrogation. La solution qu’il apporte, on ne peut plus limpide, devrait pourtant être suivie par la majorité des imams et des prédicateurs. »

 

Texte de l’article en fichier joint :

Encore un peu plus de courage MM les Imams

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