Le p’tit Nicolas, vraiment ?

Résumé :

Une étude de deux chercheurs de l’INED (Coulmont/Simon publiée en 2019) portant notamment sur les prénoms portés par les petits-enfants d’immigrés du Maghreb – étude qui a connu une certaine fortune médiatique – fait l’objet de critiques extrêmement sérieuses d’un autre chercheur lui au CNRS, JF Mignot. Cette étude ne prétend-elle pas nous enseigner que le prénom le plus porté par lesdits petits-enfants d’immigrés du Maghreb serait « Nicolas » et que 77% des prénoms portés ne seraient pas « arabo-musulmans »…

Les critiques très sérieuses de JF Mignot peuvent rendre caducs les résultats et les enseignements supposés de cette étude et à devoir la rétracter. Cependant, ni l’INED ni les auteurs de l’étude ni la Revue qui l’a publiée ne daignent répondre à ce stade aux critiques très argumentées de leur adversaire dans cette controverse. DECODA prend donc parti dans ce débat en faveur d’une position critique qui semble scientifiquement fondée et, au fond, en faveur de la rigueur scientifique en sciences sociales. On n’a en effet que faire, ici du moins, de sciences sociales qui deviennent plus militantes que rigoureuses*.

* Voir à ce propos le futur colloque organisé en Sorbonne le 7 janvier « Que reconstruire après la décontruction ? », présentation au lien suivant : https://decolonialisme.fr/?p=6489

Texte intégral :

Le p’tit Nicolas, vraiment ?

Faut pas nous prendre pour des petits n’enfants !

Un chercheur français, Jean-François Mignot (CNRS, sociologue et démographe), mène un combat digne de David contre Goliath face à l’INED, à deux de ses chercheurs, MM. Coulmont et Simon, et à la revue « Population et sociétés » au sujet d’une étude des derniers nommés datant de 2019 dont il conteste le sérieux scientifique et les résultats erronés[1]

Il est de coutume qu’une étude avérée inexacte soit rétractée et, ce, même en sciences sociales car le débat scientifique, dans ce domaine aussi, n’est pas seulement une affaire d’opinions et de pluralisme démocratique de celles-ci mais avant tout une affaire d’exactitude tant des méthodes que des résultats. Normalement, en matière scientifique, on n’enfume pas les gens avec des billevesées ou des balivernes… 

De surcroit, la transparence des méthodes, des outils et des choix est aussi la règle de manière à ce que d’autres chercheurs puissent reproduire et vérifier les résultats de l’étude source. Dans un monde qui présente ce niveau d’exigence scientifique (exigence communément partagée entre les chercheurs), il n’y a rien à cacher, tout doit être explicité et publié, ou rendu disponible. Il semblerait que les contradicteurs de JF Mignot n’aient pas cette exigence chevillée à la recherche… 

L’étude Coulmont/Simon que critique Mignot ne concerne pas sur un sujet démographique anodin. Elle porte sur les prénoms portés en 2008 par les petits-enfants des immigrés en France. Cette étude nous apprend, si on l’en croit, que le prénom le plus fréquent chez les petits-fils d’immigrés du Maghreb est celui de « Nicolas » (sans rire…). Preuve pour certains, s’il en fallait, d’une intégration, mine de rien, réussie à l’instar des générations d’immigrés précédents venus d’autres contrées… 

On nous prendrait pour des « petits n’enfants » que l’on ne s’y prendrait pas autrement… On croit rêver devant la grossièreté contre-intuitive d’une telle conclusion. Marx qui définissait une idéologie comme une « conscience mystifiée » aurait-il trouvé ainsi deux nouvelles illustrations vivantes particulièrement topiques au XXIème siècle… ?

Certains de nos bons médias – plutôt de gauche mais de cette gauche bobo hors-sol qui a abandonné le peuple au profit de la défense de toutes les minorités qui passent et qui a lâché la défense de l’universalisme pour celle de la diversité – se sont jetés, à la sortie de l’étude en 2019, sur le doux baume qu’elle pouvait constituer pour leurs lecteurs. En effet, toujours à la recherche de pommade à mettre sur les plaies que représentent certains sujets difficiles relatifs à l’islam, aux musulmans ou à l’immigration maghrébine, ces médias sont friands de tout ce qui peut paraitre un témoignage d’une intégration qui serait ainsi très bien réussie et dont, au cas de l’étude, le prénom dominant serait de la sorte la preuve. Toujours selon cette étude, comme un autre baume apaisant, seulement 23% des petits-enfants d’immigrés du Maghreb porteraient un prénom dit « arabo-musulman »… 

Après le gâteau « Nicolas », la cerise « 23% ». Tout va pour le mieux, les « petits n’enfants » circulez y a rien à voir… 

C’est beau comme du Bianco et feu son observatoire aveugle.

Face à l’isolement de JF Mignot dans son combat sur ce dossier pour des sciences sociales rigoureuses, DECODA prend parti et le soutient car ses analyses nous ont convaincu contre ses adversaires. 

Il est étonnant, pour ne pas qualifier cela de scandale, que l’INED, grande institution publique, la revue « Population et sociétés » et les deux auteurs de l’étude critiquée ne daignent pas répondre au dernier réquisitoire (impitoyable) de JF Mignot en date de septembre 2021.  Ils semblent s’en tenir ainsi à leur réponse précédente que le dernier document publié par Mignot a réduit en pièces. 

DECODA vous fournit le réquisitoire publié par JF Mignot et vous y trouverez en liens d’accès, car il est honnête intellectuellement, les positions de ses adversaires :

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-03358803/document

La situation actuelle de cette affaire est donc relativement simple : le premier document de JF Mignot a été publié en août 2021, suite à quoi les auteurs, la revue « Population et sociétés » et l’INED ont très rapidement nié avoir commis une quelconque erreur, tout en omettant de répondre aux accusations de violations des règles de l’intégrité scientifique. 

JF Mignot a alors publié en octobre le second document (donné en lien ci-dessus) pour démontrer dans le détail que l’INED a objectivement commis plusieurs erreurs. Depuis lors, ni les auteurs ni la revue ni l’INED n’ont daigné répondre, ni sur le fond ni sur les violations de l’intégrité scientifique. 

Concrètement, on jurerait que l’INED a désormais conscience qu’il ne peut plus se défendre sur aucun de ces deux points majeurs et qu’il espère qu’en se dispensant de répondre cette histoire finira en eau de boudin…

Alors, allons-nous laisser filer sans rien dire ?  Eh bien non ! 

On ne peut pas laisser passer cela sans crier une légitime indignation car le fléau « bien-pensant » – sur ceux aujourd’hui, comme auparavant Billancourt, qu’il ne faut pas désespérer ni offenser – est profond.  Et il s’étend largement dans le monde de la recherche et de l’université. Il a été nommé, décrit et théorisé[2], mais peu importe son nom, c’est la tare d’une partie de notre intelligentsia qui a, au demeurant, en responsabilité la formation supérieure des jeunes cerveaux. 

Ce bon petit monde semble ainsi être prêt à maintenir des études avérées inexactes, à cacher ses choix et ses paramètres, ses outils et ses méthodes pour que « bonnes gens » vous continuiez à dormir. De la sorte, une réalité culturelle en voie de désintégration, au risque sécessionniste, n’est pas perçue pour ce qu’elle est. Sinon elle deviendrait alors encore plus dérangeante… Il est bien connu que les autruches croient à leur bonheur.

Il ne manquerait plus en effet que le bobo, réveillé en sursaut et écœuré, rejoigne le p’tit populo dans ses détestations et, ce, jusque dans ses choix d’expression politique extrême les plus lamentables.

Notes de bas de page


[1]  Jusque très récemment par un commentaire de sa part sur un article paru sur le site « The conversation » qui m’a alerté sur le conflit les opposant :

https://theconversation.com/pourquoi-la-fille-de-mohamed-se-nomme-parfois-aicha-et-parfois-melissa-152792#comment_2680021

[2] « L’islamo-guachisme », voir notamment les travaux de Pierre-André Taguieff et, plus récemment, Mohamed Sifaoui  « Les Fossoyeurs de la République – Islamo-gauchisme, l’enquête inédite » – Avril 2021 aux Editions de l’Observatoire 

2 Commentaires

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2 réponses à “Le p’tit Nicolas, vraiment ?

  1. Excellent article ! Cette affaire est résumée ici: https://hal.archives-ouvertes.fr/halshs-03316741/file/R%C3%A9sum%C3%A9s_avec_liens.pdf

    Pour aller plus loin, on pourra aussi consulter ce que la démographe Michèle Tribalat a écrit sur l’affaire, ici: http://www.micheletribalat.fr/450344093 puis là: http://www.micheletribalat.fr/450699259

    Enfin, le politiste Pierre-André Taguieff y consacre plusieurs pages (p. 229-237) dans son excellent livre L’antiracisme devenu fou. Le « racisme systémique » et autres fables. Paris : Hermann, 2021.

    Malgré tout, la plupart des médias qui ont diffusé les résultats de l’INED avec gourmandise, comme Le Monde, ne souhaitent pas dire à leurs lecteurs que ces résultats sont fallacieux…

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