DECODA n°14, 15/03/2014.

DECODA(NA)GES n°14 du 15 mars 2014

Edito

On approche à grands pas des échéances électorales, municipales puis européennes. En apparence les enjeux ne sont pas les mêmes puisque d’un côté vous allez choisir vos élu(e)s locaux, de proximité, et de l’autre, votre élu(e) au Parlement européen qui peut vous apparaître… plutôt lointain(e). En réalité, ces échéances ont des points communs très importants. D’abord, dans les deux cas, il faut faire vivre la démocratie… certains se font tuer pour exercer les mêmes droits, nous aurions mauvaise mine, nous occidentaux plutôt bien gavés, à nous montrer blasés.

Ensuite, dans toute l’Europe, les populismes et leur cortège des droites extrêmes montent et menacent. Il faut y faire barrage. En outre, et en prime, les néolibéraux veulent accroître leur œuvre de déconstruction de l’Etat Providence.

On a vu dans le précédent numéro, en « Thème du mois » consacré à la question de la dette publique, que nous ne pouvons sauver ce à quoi nous tenons que par la voie sociale démocrate. En effet, les populismes, les replis sur soi de droite ou de gauche et le libéralisme débridé sont un danger au regard de cet objectif. Alors, allez y ! Utilisez ces deux échéances pour protéger la démocratie politique, économique et sociale comme il se doit. Ne laissez pas ceux qui veulent la détricoter, dans l’un quelconque de ses aspects, entamer ou poursuivre leur œuvre. Avec eux point de salut, ni dans votre commune, ni en Europe.

Dans votre commune, dès le dimanche 23 mars, ne jouez pas avec le feu dangereux de la xénophobie. Il ne mène à rien, même en matière de laïcité et de protection contre l’arrogance du religieux dans nos sociétés contemporaines. Votez dans tous les cas, mais votez pour des républicains et, s’il n’y a pas d’autre choix, votez « blanc », mais ne restez pas chez vous, ou alors il ne faudra pas venir vous plaindre…

Pour les élections européennes, on y reviendra d’ici le mois de juin, mais retenez déjà que l’Europe ne pourra mener une autre politique économique et monétaire, moins funeste en termes d’austérité, qu’avec une majorité sociale démocrate. Ne l’oubliez pas, ce sont des libéraux qui sont aujourd’hui aux manettes étant majoritaires au sein des Etats de l’Union. Si vous n’êtes pas satisfaits de cette politique d’austérité, il faut être cohérents et donner une majorité sociale démocrate au Parlement européen. On peut espérer en outre des peuples de l’Union européenne, aujourd’hui majoritairement gouvernés par des libéraux, qu’ils changent leurs gouvernements nationaux dans le même objectif à l’occasion de leurs échéances électorales nationales.

Dans cette ligne, ce numéro de DECODA est consacré très majoritairement aux questions que soulèvent ces échéances électorales : le coût réel de l’immigration en « Thème du mois », les récents prolongements donnés à la question de la dette publique par le FMI en « Droit de suite », et, en « Dernières minutes » les dernières nouvelles de deux amis de longue date : notre ex président, l’homme « batterie de cuisine » tant il traine de casseroles, et son ami Poutine qui se révèle dans toute sa splendeur sur l’Ukraine.

Et, puis, DECODA accueille une nouvelle rubrique !  Un « Courrier des lecteurs » qui permettra de communiquer à tous les abonnés vos contributions… en commençant dans ce numéro par celles reçues sur la question de la dette publique.

DECODA sera ainsi encore davantage fidèle à sa philosophie de combat contre tous les totalitarismes, qu’ils soient politiques, religieux ou économiques, dans le pluralisme des idées qui concourent à l’expression politique, pourvu qu’elles soient républicaines.

Le thème du mois

Le coût réel de l’immigration !

Le Front National, pour justifier sa ligne politique de réduction drastique et brutale de l’immigration et, donc, de la présence d’étrangers en France, avance que l’immigration à un « coût » de 70 milliards d’euros par an, sur la base des travaux d’universitaires isolés qui appartiennent tous à la mouvance d’extrême droite et/ou aux catholiques radicaux[1]. Un « coût » de 70 milliards ? Pour être plus clair cela veut dire, ne vous y trompez pas, qu’il s’agit d’un déficit… C’est à dire que ce que « coûtent » les étrangers présents en France à l’économie nationale est supérieur de 70 milliards à ce qu’ils « rapportent » et, ce chaque année[2].

Au delà du caractère discutable d’une telle comptabilité au regard des valeurs traditionnelles de ce pays en matière d’accueil, allons y néanmoins. Chiche ! Jouons le jeu, vérifions ces données et ce « coût ».

Prenons le FN sur son propre terrain, puisque les vertus républicaines ne semblent plus être les points cardinaux de la majorité des français qui, d’après ce que nous disent nos bons « oracles sondagiers », seraient 70% à trouver « qu’il y a trop d’étrangers en France ».

Mais, si le chiffre du FN (70 milliards de déficit annuel) est inexact, cela voudra dire que cette comptabilité n’est qu’un alibi. Qu’en réalité, rien n’a changé, qu’il s’agit toujours de l’aversion de l’étranger, de l’Autre, et donc, qu’avec son habillage ethnique ou religieux, qui lui va si bien au teint, il s’agit simplement de xénophobie…[3].

Alors, qu’en est il du déficit de 70 milliards annuel dû à l’immigration, avancé par le FN dans son programme ? On va vous démontrer que c’est faux. On va se mettre en premier lieu d’accord sur les données chiffrées démographiques sur des bases incontestables (I) et, ensuite, on en tirera les conséquences qui en découlent concernant le « coût [4]» réel de l’immigration (II).

I. Au delà des sentiments, des impressions ou des fantasmes, retenir des chiffres sérieux et incontestables

1) En premier lieu, sur ma gauche et ma droite, il va falloir admettre que l’immigration est un sujet sérieux qui doit être traité comme tel, c’est à dire pas de manière impressionniste, subjective et passionnelle.

Le ressenti individuel, du genre « il y a trop d’immigrés  en France» comme le pense aujourd’hui, paraît il, 70% des français, doit être enregistré pour ce qu’il vaut on le verra plus loin, mais ne peut se substituer aux données chiffrées objectives. Au contraire, c’est à l’aune de ces données qu’il faut croiser ce sentiment pour mieux le toiser.

C’est comme pour la température, il y a la température réelle et la température ressentie. Seule la première est objective. Pour la seconde, si on a froid, on met un pull ou si on est grippé on se soigne, on ne monte pas le chauffage pour tout le monde… et vice versa. Le sentiment selon lequel il y aurait trop d’immigrés, comme d’ailleurs, celui des 30% qui ne pensent pas cela, n’est qu’une impression subjective sans valeur scientifique objective.

En effet, pour poser la question du sondage qui a donné cette mesure de l’opinion, comme pour y répondre, personne n’a défini ce qu’on englobait dans la notion « immigrés ». S’agit-il des étrangers en situation régulière et aussi des clandestins? S’agit-il des enfants d’étrangers nés en France et donc français, de deuxième génération voire de troisième génération pourquoi pas ?

On ne le sait pas. Sans même parler de la part d’inavouable de cet impressionnisme qui peut englober dans la notion « immigrés » tout ceux qui en présente le « faciès », comme les centaines de milliers de français des départements d’outre-mer présents en métropole ou les 3,5 millions de magrébins bien français.

Donc le sentiment n’a aucun intérêt puisqu’il n’est pas rationnel et ne peut permettre de construire une véritable politique républicaine, mais seulement, bien sûr, un discours populiste et xénophobe fondé sur de l’impressionnisme comme alibi de sa honte ou son opposé le prêchi prêcha bien angélique, faisant fi des réalités.

Pour quantifier l’immigration, il faut donc s’en tenir non pas aux appréciations populistes, ni angéliques d’ailleurs, qui, n’étant que des paroles militantes, ne valent strictement rien d’un point de vue scientifique même si, ici, on ne les place pas sur le même plan, loin de là. Il faut s’en tenir aux données chiffrées des organes officiels internationaux (ONU), européens (OCDE, UE) ou français (INSEE, INED et OFCE).

2) Ensuite, sauf à vouloir prendre le risque de ne pas être soi même pris au sérieux, il ne faut pas s’en tenir aux données sur l’immigration officielle et régulière, mais prendre en compte aussi l’immigration irrégulière et illégale.

Ce qui est à considérer ce sont tous les étrangers, au sens de non nationaux, présents sur notre territoire que leur situation soit régulière ou non. Ce qu’on appellera ici « immigration » est donc l’ensemble des étrangers présents sur le territoire national à un moment donné. Sur ces bases, on peut avancer sur un chiffrage sérieux et exact de l’immigration, en dehors des sentiments, des impressions ou des fantasmes.

Les données quantifiées incontestables dont on dispose concernant la France indiquent d’après les Nations unies, qui ont une définition large de la notion d’immigré, que la France compte 7,2 millions d’immigrés soit 11% de sa population. En revanche, selon l’INSEE les immigrés sont 5,3 millions, soit 8%.

La différence tient au fait que l’INSEE ne prend en compte, dans son évaluation du nombre des immigrés, que les personnes étrangères présentes en France et nées étrangères à l’étranger. Ce qui peut sembler normal, les personnes nées françaises à l’étranger et venant en France ensuite ne pouvant être considérées, dans notre approche de l’immigration et à la différence de celle de l’ONU, comme des étrangers puisqu’elles sont françaises.

En conséquence, nous comptons 5,3 millions d’étrangers présents en France en situation régulière[5]. Qu’il s’agisse des données de l’ONU ou de celles de l’INSEE la France n’est pas en tête du hit parade des pays d’immigration. Elle vient largement derrière les USA, la Russie, l’Allemagne et se situe à la même hauteur que le Royaume Uni.

Ce chiffre (5,3 millions d’étrangers) s’accroît d’environ 100.000 étrangers par an, puisque, si nous accueillons, depuis plus de dix ans, autour de 200.000 nouveaux entrants étrangers chaque année, il en repart, ou disparaît, chaque année également, environ 100.000, librement, de facto (par décès), ou forcés.

Le chiffre de 5,3 millions d’étrangers a été fourni par l’INSEE en 2010 sur la base du dernier recensement. Il faudrait donc lui ajouter quatre années d’entrées d’étrangers selon le même ratio de 100.000 par an, soit au total 5,7 millions d’étrangers. Mais en même temps, chaque année nous naturalisons un peu plus de 100000 étrangers qui deviennent ainsi français et réduisent le nombre d’étrangers présents en France.

En conséquence, les deux flux s’annulent (+100.000 d’un côté, – 100.000 de l’autre) et ceci permet d’affirmer qu’aujourd’hui les étrangers en situation régulière sont au nombre de 5,3 millions en France, chiffre relativement constant depuis une décennie.

Mais alors, comment comprendre ce qui se passe dans la tête d’une partie de nos concitoyens, au delà de ces données au caractère scientifique indiscutable ?

Pour faire cette analyse, il faut changer de registre et passer à un terrain plus subjectif, pour percevoir l’origine du sentiment exprimé par 70% des français selon lequel il y aurait trop d’immigrés dans notre pays. Au delà même du rôle des médias, il faut, pour cela, admettre une autre comptabilité, peu glorieuse, mais qui est faite, indubitablement, par nos concitoyens dans leur perception du phénomène de l’immigration.

Plus ou moins consciemment, nos concitoyens ajoutent aux étrangers comptabilisés scientifiquement, les personnes qui, bien que françaises, ont une origine ou une ascendance étrangère et souvent même une apparence étrangère notamment par la couleur de leur peau. Cette comptabilité implicite, qui n’a aucun sens puisqu’elle additionne des étrangers et des français, aboutit à un chiffre beaucoup plus élevé que 5,3 millions[6].

Cette comptabilité, funeste au regard de l’approche républicaine, est en plus parfaitement vaine au regard des possibilités d’évolution de la politique del’immigration puisqu’elle additionne un tiers de véritables étrangers et deux tiers de français contre lesquels personne ne peut rien.

Elle nourrit néanmoins, même si on peut le regretter, le sentiment sur l’immigration d’une partie de nos concitoyens.

En quittant le domaine des perceptions subjectives et en revenant aux données objectives et sérieuses, au chiffre de 5,3 millions d’étrangers présents en France en situation régulière, doit être ajouté le nombre des étrangers en situation irrégulière pour disposer d’une appréciation complète et honnête de la situation de l’immigration dans notre pays.

Par définition, ce qui est clandestin est caché et ne peut être que difficilement connu et mesuré. Tel est bien le cas des étrangers en situation irrégulière. Des évaluations existent néanmoins et il faut les prendre en compte dans notre calcul.

Compte tenu des divers facteurs déterminants le nombre des clandestins et de leur permanence, le nombre d’étrangers en situation irrégulière est un stock relativement stable depuis une dizaine d’années en France. En effet, on sait que la majorité des situations irrégulières nait de la fin des droits attachés à une situation régulière par expiration des titres de séjour (90%) ; on sait aussi que le nombre annuel de reconduits à la frontière est à peu près constant (36.000 en 2012), ainsi que le nombre estimé de nouveaux entrants irréguliers chaque année ; de même le nombre des régularisations qui, intervenant par vague jusqu’à une certaine époque (début des années 2000), n’interviennent plus depuis 2002 qu’au cas par cas ne subit plus de variations brutales.

Le nombre des clandestins a ainsi été évalué par le ministère de l’Intérieur à 200000 étrangers et par le Bureau international du travail à 400.000 étrangers présents sur notre territoire.

La fourchette, 200.000 à 400.000 étrangers en situation irrégulière, est sans aucun doute exacte pour un motif simple : le nombre de bénéficiaires de l’Aide médicale d’Etat (AME), qui est un indicateur fiable du nombre de clandestins en France, puisque c’est l’aide médicale qui leur est réservée. Fin 2011, on comptabilisait 209.000 bénéficiaires de l’AME.

Compte tenu du fait que tous les étrangers en situation irrégulière ne se déclarent pas à l’AME, le chiffre du BIT (400000 étrangers clandestins) doit être proche de la réalité. On le retiendra donc.

Au total, pour calculer le « coût » de l’immigration, le véritable nombre d’étrangers présents en France s’élève, en additionnant les personnes en situation régulière et celles qui ne le sont pas, à environ 6 millions, soit 9% de la population française. Tout le reste n’est que littérature et fantasmes.

II. En tirer les conséquences qui s’imposent concernant le calcul du « coût » de l’immigration

1) Méthodologiquement, si l’on veut être sérieux dans cette comptabilité, il faut identifier le coût unitaire moyen d’un immigré. Pour cela il faut diviser la différence entre la somme de tout ce qu’ils versent (a) et la somme de tout ce qu’ils perçoivent ou génèrent comme dépenses publiques (b), par le nombre d’étrangers présents sur le territoire (x). La formule magique est donc « (S (a) – S (b)) / x ». Enfantin, non ?

Si vous voulez vous amuser davantage encore, vous pouvez définir d’autres jeux et appliquer le raisonnement aux juifs, aux francs maçons, aux tziganes ou aux homosexuels, mais il ne faudra pas oublier de déduire les coûts de l’extermination sinon le calcul sera inexact, ce qui serait dommage[7].

Dans cette énumération dont le classicisme rappelle les meilleurs souvenirs, vous aurez observé que l’on ne cite plus les communistes, car c’est une espèce en voie de disparition…

Mais, pour redevenir sérieux, on veut tenir l’engagement et calculer le véritable coût de l’immigration pour démonter l’argumentaire du FN à 70 milliards de déficit annuel dû à l’immigration. Donc, on va le faire et sérieusement. En plus, c’est assez facile quand on a réussi à définir, comme on vient de le faire, le nombre d’étrangers présents sur le territoire national puisque c’est d’eux seuls qu’il peut s’agir et pas des citoyens français… même basanés.

2) Des universitaires français de l’Université de Lille travaillent sur le sujet du coût de l’immigration depuis plus de dix ans, en équipe, ce qui est une garantie de sérieux, et avec des directeurs de recherche successifs différents[8], ce qui en est une autre.

Il s’agit d’un travail universitaire indépendant, d’un travail de longue haleine, méthodologiquement éprouvé au fil du temps. Bref, tout le contraire d’études de circonstance, ou de commande, idéologiquement utilitaristes pour ceux qui les réalisent ou ceux les commandent.

Les conclusions de ces études sont sans ambiguïté, le solde entre ce que « coûtent » et ce que « rapportent » les immigrés (au sens d’étrangers présents sur le territoire) en termes de dépenses et de recettes publiques est positif. Il varie dans une fourchette entre 4 et 12 milliards d’euros selon les époques sans même prendre en compte les apports non mesurables car non monétaires[9]. L’étude prend bien en compte tous les « coûts » et tous les « apports » des immigrés en termes de dépenses ou de ressources publiques.

En revanche, les analyses de cette étude ont été critiquées, à juste titre, car elles n’ont porté que sur les étrangers en situation régulière. Il est possible de compléter cette analyse en prenant en compte les clandestins. Et on va le faire ici pour clore toute discutaillerie !

Même si les clandestins n’ont pas les mêmes droits que les étrangers en situation irrégulière et, donc qu’ils « coûtent » moins aux finances publiques (ni par définition les mêmes devoirs en termes de cotisation ou d’imposition et, donc, qu’ils « rapportent » moins aussi), il est parfaitement possible d’extrapoler les données connues pour les étrangers en situation régulière à ceux qui ne le sont pas pour avoir un chiffrage plus complet. Le calcul n’est pas très compliqué. Même pas besoin d’être polytechnicien !

Par convention pour simplifier, on admettra que l’étranger en situation irrégulière a le même « coût » pour les finances publiques que l’étranger en situation régulière, alors même que c’est faux puisqu’il a beaucoup moins de droits par exemple en termes de prestations sociales du fait de sa clandestinité.

De même, pour éviter d’être critiqué du fait d’une sous évaluation, on admettra qu’il ne « rapporte » rien en termes de recettes publiques alors même aussi que c’est faux puisque par exemple, comme tout le monde, il paie les impôts sur la consommation (TVA). Néanmoins, on fera l’impasse sur ces recettes publiques dans une première analyse qui se veut simple et sans raffinement excessif.

Le  montant unitaire moyen des dépenses publiques pour un étranger en situation régulière est de 9.000 euros par an selon l’étude précitée. Si l’on multiplie ce coût moyen par le nombre de clandestins retenu plus haut (400.000 étrangers en situation irrégulière), on obtient un montant de charges supplémentaire dû à l’immigration irrégulière de 3,6 milliards d’euros de dépenses publiques annuelles. Ce montant de 3,6 milliards d’euros vient s’ajouter aux dépenses publiques consacrées aux étrangers en situation régulière (47,9 milliards, on le rappelle), soit au total 51,5 milliards.

P’tite récap[10]

Nombre CUM Charge Produit solde
Réguliers 5,3 9000 47,9 60,3 +12,4
Irréguliers 0,4 9000 3,6 0 – 3,6
Total 5,7 9000 51,5 60,3 + 8,8

 

Le complément apporté au coût de l’immigration, lié aux étrangers en situation irrégulière que l’étude n’avait pas pris en compte à tort, n’est donc pas de nature à changer significativement le solde positif du bilan économique de l’immigration. Il ne représente que moins de 8% des montants générés par l’immigration régulière.

Pour être encore plus clair, il faudrait sur notre territoire qu’il y ait près de 1,5 millions d’étrangers en situation irrégulière, au lieu de 400.000, pour que le solde des coûts/recettes de l’immigration devienne négatif d’un premier euro.

Il faudrait près de 14, ou 15, millions d’étrangers, réguliers et non réguliers, en France pour justifier les chiffres du front national (70 milliards de déficit annuel des finances publiques liés à l’immigration). L’absurdité de ces chiffres saute ainsi aux yeux.

En conséquence, la seule « explication » possible aux données avancées par le Front national (70 milliards de déficit public annuel dû à l’immigration) est que le FN ne doit pas se limiter aux étrangers présents sur le territoire (réguliers ou non, comme on vient de le faire), mais qu’il englobe dans son calcul du coût de l’immigration des personnes qui, françaises par le droit du sol, la naturalisation ou même leur simple origine, ont l’apparence de l’étranger par leur faciès, leur religion et/ou leur culture.

En quelque sorte, fidèle à sa tradition xénophobe, il vient, comme par hasard, traduire en chiffres le sentiment d’une partie des français selon lequel « il y a trop d’immigrés en France. » Aucune science, aucune rigueur, aucune rationalité là dedans, juste un sentiment : le rejet de l’étranger ou de celui qui en a l’apparence.

Au delà du caractère discutable de cette entreprise, cela démontre que rien n’a changé au FN. Cela devrait suffire à discréditer sa recherche de respectabilité, son programme concernant l’immigration et son ambition d’accéder aux responsabilités.

Même ceux tentés par le bleu Marine, et qui ne sont pas tous, loin de là, des gens de l’extrême droite fascisante, devraient partager cette appréciation puisque, si par impossible le FN parvenait au pouvoir avec sa préférence nationale, il ne pourra rien faire, et on s’en félicite, de ce qu’il promet s’agissant des français d’origine ou d’aspect   étranger par leur faciès, leur religion ou leur culture ! Qu’on se le dise !

Droit(s) de suite

1) D’abord mille excuses pour l’erreur commise à la fin de l’article sur la dette publique dans le numéro 13 concernant les propositions de l’UMP de réduction des dépenses publiques. Personne ne l’a relevé, mais l’honnêteté intellectuelle dont je me réclame me conduit à rectifier. De moi même.

J’ai indiqué que l’UMP proposait de réduire les dépenses publiques de 60 milliards par an à compter de 2017. C’était inexact et j’en suis resté à tort à des annonces précédentes qui n’ont pas finalement été sans doute retenues. La proposition retenue par le programme de l’UMP est une réduction de 130 milliards de réduction des dépenses publiques à compter de 2017. Ces nouvelles réductions feront suite à celles opérées par le gouvernement actuel d’ici 2017 à hauteur de 50 milliards.

Néanmoins, mon raisonnement reste valable au delà des montants car, à de telles hauteurs (130 milliards), il faudra couper par pans entiers dans les services publics et les prestations sociales on ne peut plus seulement se limiter àécrêter tout le monde.

2) Ensuite, une bonne nouvelle sur la dette publique sur la question de savoir s’il existe un seuil critique  de dette publique au delà duquel la croissance serait compromise.

Certains l’ont longtemps cru à droite et chez les économistes libéraux…. et, zut alors, ce n’était pas vrai ! La croissance d’un pays ne ralentit pas automatiquement lorsque sa dette publique dépasse le seuil de 90 % du PIB.

C’est la conclusion d’une récente étude du Fonds monétaire international (FMI). Contrairement aux conclusions de deux universitaires de Harvard qui publièrent un article assurant qu’un taux d’endettement public supérieur à 90 % du PIB entraîne systématiquement une baisse du taux de croissance et, ce, quel que soit le niveau de développement du pays considéré.

La « démonstration » de Harvard eut pourtant une influence majeure sur la conception des plans d’ajustement mis en œuvre dans les pays du sud de l’Europe. On savait déjà qu’une partie des équations des deux économistes était fausse car deux étudiants de l’université Amherst du Massachussetts avaient identifié plusieurs erreurs grossières dans les formules de calculs Excel utilisées. De plus, les données de certains pays, la Nouvelle-Zélande, le Canada et l’Australie, avaient été exclues sans motif justifiable du champ de leur enquête.

Sur tous ces points, voir l’article de Marie Charrel publié par « Le Monde.fr » le 18 février dernier. Petit à petit, la vérité se fait jour sur la dette publique au delà des affirmations du credo libéral (voir à ce sujet le « Thème du mois » du numéro n°13 de DECODA).

3) Toujours sur la dette publique et la politique économique et monétaire, l’Europe doit changer de politique ! Elle doit se convertir, elle aussi, au keynésianisme que pratiquent la plupart des pays développés (USA, Japon, Grande Bretagne même et bien d’autres) qui jouent sur leurs instruments monétaires pour soutenir leur économie !

Avec notre Europe actuelle et sa majorité de gouvernements libéraux, avec ses institutions bureaucratiques contaminées par l’idéologie néolibérale, nous sommes, en jouant trop aux premiers de la classe en matière d’orthodoxie monétaire et budgétaire, en réalité les pires ânes que la planète comporte en n’accompagnant pas la reprise qui s’amorce alors que nous sommes la première puissance économique mondiale. Peut-on, franchement, être plus bête que ça ?

Une évolution de la politique communautaire vers un peu plus de souplesse, permettrait à notre pays de desserrer les liens qui l’étranglent et l’empêchent de mener autant qu’il le faudrait, en même temps que les autres pays de l’Union, une politique de relance. Accompagnée, car c’est indispensable, de ce qu’il essaie de faire avec le Pacte de compétitivité : une politique favorisant la reconstruction d’une offre digne de ce nom.

Une étude économique récente (de Francesco de Palma, Cf. infra les références en note 11), absolument remarquable, vient de conforter très scientifiquement l’intuition que beaucoup avaient sur les effets multiplicateurs négatifs des décisions en matière de réduction des dépenses publiques.

L’Europe en mettant économiquement à genou ses peuples par des contraintes d’une grande rigueur sur les Etats et les déficits publics (même si certains, c’est sûr, comme la Grèce, ont été dispendieux) va dans le mur en ajoutant de l’austérité budgétaire à l’austérité résultant de la crise et de ses méfaits ! Comme le montre l’étude précitée de De Palma, Il faudrait faire exactement le contraire du simple point de vue de l’efficacité économique[11].

Cette situation, ne vous y trompez pas, constitue la véritable camisole qui enserre la politique économique de notre pays et qui nous empêche en Europe, alors que nous sommes, on le redit, la 1ère puissance économique mondiale, de faire ce que font tous les plus mal classés mais qui eux ont compris comment on favorisait la relance d’une économie en situation de crise. Sûrement pas en ajoutant de l’austérité à l’austérité, ce qui est suicidaire.

Ce sur quoi l’Europe bute, ainsi que le Président et le gouvernement français pour mener une autre politique, c’est l’option politique libérale majoritaire en Europe que ce soit dans l’idéologie dominante au sein des institutions, par la majorité au Parlement européen ou par la couleur politique de la majorité des gouvernements des pays de l’Union.

Pour que cela change, il faut que les peuples d’Europe décident de changer les majorités libérales qui les gouvernent. A eux de jouer, dès juin et lors de leurs échéances nationales, mais s’ils confirment la domination des néolibéraux, voire l’accentue, ils ne seront plus fondés à se plaindre et la déconstruction du modèle de l’après guerre continuera.

Dernière(s) minute(s)

1) Notre ex président « batterie de cuisine » collectionne les casseroles… c’était déjà presque devenu un peu normal pour un responsable politique national, ça l’est encore plus quand il s’agit d’un parti de droite et ça relève maintenant du Guinness des records quand on a la conception du pouvoir et de leur séparation qu’a notre bon NS.

Vous avez un peu oublié tellement il y en a des casseroles ? J’avoue que moi aussi, et j’ai dû faire des recherches pour écrire ces lignes et ne rien oublier. Vous me l’auriez reproché ! Alors récapitulons. Faut être pro !

J’en comptais plus que quatre au début de la semaine dernière : 1) rétro commissions de l’affaire Karachi au profit de la campagne de E. Balladur dont il était le trésorier, 2) arbitrage Tapie trafiqué à 400 millions, 3) sondages illégaux de l’Elysée au profit de la société du micro Buisson et 4) financement de sa campagne de 2007 par la Lybie de Kadhafi. Il faut dire qu’il venait d’être blanchi par un non lieu des juges d’instruction dans l’affaire Bettencourt, sinon ça faisait cinq, ce qui avait plus de gueule. C’est comme pour les fromages et les roses, il vaut mieux un chiffre impair.

Le bon goût a vite repris le dessus rassurez vous ! Quatre et trois font sept, ouf, on respire : trois nouvelles affaires le rattrapent en une semaine. Ce juge Gentil aurait fini par foutre le bordel avec son ordonnance de non lieu dans l’affaire Bettencourt. Sept affaires aux fesses à ce jour, là ça en jette !

En outre, la Cour de cassation vient de rejeter le recours de l’avocat Herzog et de son client pour tenter de faire sortir de la procédure les agendas de NS. Ce   pourvoi était irrecevable, l’intéressé ayant bénéficié d’un non lieu.

Encore plus drôle, la droite et les avocats de NS avaient fait feu de tout bois contre le juge Gentil, allant chercher jusqu’au fond des poubelles pour le déstabiliser : les médias ne l’ont pas assez dit je crois, donc je vous l’écris en bien gras, la Cour de cassation vient de valider toute la procédure du juge Gentil dans l’affaire Bettencourt.

En bref, les trois nouvelles casseroles du sieur NS sont les suivantes. Le financement de sa campagne en 2012 aurait donné lieu à des surfacturations au profit d’une société amie de l’UMP (Bygmalion) et une information judiciaire vient d’être ouverte.

Son ancien conseiller spécial, Buisson, a enregistré de multiples conversations dans le cadre de ses fonctions à l’Elysée, au mépris du droit à la vie privée qui s’y applique aussi.

Et, last but not least, pèse sur NS, après les écoutes des conversations téléphoniques tenues avec son avocat, une affaire de soupçon de trafic d’influence et de violation du secret de l’instruction, avec la complicité d’un des plus hauts magistrats français, il faut le dire vieil ami de la droite.

Cette nouvelle affaire donne lieu à des cris d’orfraie à droite, les juges qui instruisent cette affaire ayant mis sur écoute téléphonique judiciaire l’ancien président et son avocat.

Il faut le dire tout net ces écoutes sont légales et il n’y a rien à dire, toutes les garanties légales ont été respectées. Si on n’est pas satisfait, il faut changer la loi. Mais pour dire quoi : qu’elle ne s’applique pas aux anciens présidents ? Ni aux avocats ? Grotesque.

Citoyen ordinaire désormais, l’ancien président ne bénéficie d’aucun passe droit et, ce, d’autant qu’ils se sont, avec son avocat organisés pour échapper aux écoutes judiciaires grâce à des téléphones achetés sous fausse identité[12]. Comment ne pas considérer qu’ils sont encore plus suspects, quelqu’un n’ayant rien à se reprocher ne fait pas cela. A cet égard, le culot des gens de l’UMP est sans limite et en plus, c’est un comble, ils prennent ainsi les français, franchement, pour des abrutis !

Alors que leur favori pour 2017 (notre ex président) est rattrapé dans la même semaine par les trois affaires précitées, ils crient au complot, à la main du gouvernement et à je ne sais quelle malveillance de la magistrature à l’égard de leur favori. Espérant ainsi, par ces actions glorieuses, faire échapper un peu leur favori à l’opprobre public qui devrait être normalement de droit pour lui avec sept affaires dans la musette…

Ils s’emploient même à retourner la situation en leur faveur en instillant que le gouvernement était informé du contenu des écoutes judiciaires[13] et que l’on est en présence d’un véritable Watergate ! A pleurer de honte pour eux…

D’abord, ils oublient juste que les deux premières affaires de la semaine dernière n’ont rien de judiciaires et ont été révélées par des médias amis de la droite (Le Point et le site Atlantico), seule la troisième est judiciaire et ne constitue qu’un événement légal dans une instruction concernant un citoyen ordinaire et son avocat. Pour eux, donc, un complot contre Sarko… entre d’un côté sur ma droite, le duo Le Point et Atlantico (de droite), et sur ma gauche deux juges d’instruction (bien sûr de gauche)… encore à pleurer tellement c’est bête, mais pourquoi se priver ça marche avec la médiocrité des médias, leur cynisme et leur appétit du scoop qui rapporte.

Ensuite, la vérité, c’est que manifestement à l’UMP, on croit que Sarkozy continue à être au dessus des lois et à pouvoir mettre sous sa coupe la justice comme il l’a fait, tout du long de son mandat avec aux manettes le sinistre Guéant. En prime, il l’aurait donc fait, si c’est avéré au terme de l’instruction, on le découvre stupéfaits, avec la complicité d’un très haut magistrat.

Car en effet, voilà t-y pas qu’un Premier avocat général à la Cour de cassation est soupçonné d’avoir renseigné NS en violant le secret de l’instruction ; après l’arbitre de l’affaire Tapie, un autre haut magistrat qui nous a coûté plus de 400 millions d’euros, il ne manquait plus que ça !

Et, bien sûr, sans même parler du comportement du Parquet de Nanterre du triste Courroye dans l’affaire Bettencourt qui a conduit à devoir dépayser le traitement judiciaire de cette affaire à Bordeaux. Que les militants de base croient au complot et l’ânonnent, comme de vulgaires groupies, devant les caméras ou les micros, vraiment on les plaint mais on peut le comprendre, ce parti n’ayant jamais ébloui par une quelconque lumière depuis une bonne partie de sa base.

Mais que les dirigeants répandent une telle thèse dans les médias c’est vous prendre pour des ânes de manière étonnante. Ce n’est pas cela la dignité en politique. En plus, ils enfument la galerie en détournant l’attention sur le bon vieux gros fantasme des écoutes politiques, dada de la gauche qui donc s’en trouve gênée et s’emmêle les pinceaux sur des dates contradictoires.

Franchement que la Garde des sceaux ait été prévenue le 26 février ou le 2 mars 2014, quelle importance alors que les écoutes judiciaires étaient en branle depuis plusieurs mois sans que quiconque le sache? Les juges ayant décidé fin février d’ouvrir une nouvelle instruction judiciaire compte tenu de ce qu’ils avaient découvert, dès lors cela ne pouvait plus rester secret, et jusqu’à la presse qui s’en est emparée (révélations du Monde début mars).

Donc, ce qui est grave dans tout ça, ce n’est pas l’amateurisme de C Taubira en matière de communication[14], ce sont les faits reprochés à notre ancien président et à ses successeurs à l’UMP. La justice appréciera sereinement, j’en suis sûr, c’est à dire pas comme la classe politique de droite et les médias.

2) Ensuite, avec un saut qualitatif dans le cynisme et l’ordurier, passons à Poutine, ami du précédent qui, souvenez vous, avait réussi à le cuiter avant une conférence de presse en Russie. Poutine vient de montrer ce dont il est capable lors de la crise en Ukraine.

Piétinant le droit international et la souveraineté de l’Ukraine au nom de ses intérêts stratégiques, dont on ne doute pas de l’importance, espérons que la communauté internationale et la communauté européenne, dont on salue au passage le rôle dans cette affaire n’en déplaise aux cassandres, vont réussir à le faire plier sans dommage pour l’Ukraine. Mais le crime paie : c’est très mal parti pour la Crimée…

Dans cette affaire, n’oubliez jamais l’essentiel : l’ancien président d’Ukraine a été régulièrement destitué par le Parlement ukrainien en conformité avec la Constitution et c’est un gros porc immonde corrompu. En revanche, le Parlement de Crimée a décidé d’un référendum d’autodétermination pour la Crimée en totale violation de cette même Constitution. On sait de quel côté sont les voyous et les fascistes !

Courrier(s) des lecteurs

De C. L. à Saint Peray (Ardèche)

« Cher François,

Tu trouveras ci-après les quelques réflexions que m’a inspiré la lecture, fort intéressante, de ton dernier numéro de DECODA. C’est moins technique que tes analyses, et sans doute plus « politique », c’est à dire contestable!

Je partage la plupart de tes analyses, porte un diagnostic à peu près identique au tien. En revanche, sur la politique menée, je reste persuadé que la situation (politique, sociale et économique) nécessite un véritable volontarisme  qui me paraît aujourd’hui faire défaut à FH et son gouvernement.

Pire, des reculades ont été observées (pigeons, banques, taxe Tobin…) qui sont autant de signaux  négatifs, ou pour le moins brouillés, donnés à l’opinion !

Or, on a besoin de toutes les énergies pour passer le cap et mettre en œuvre cette révolution de l’offre (Cf. l’article du DG de la fondation Jean Jaurès dans le monde daté du 22 février !) dont la France a absolument besoin !

A condition de ne pas délaisser la demande (je ne connais pas un entrepreneur qui investira s’il n’a pas l’espoir de commandes !) et surtout de ne pas sacrifier les réformes indispensables à l’assise d’une véritable politique socialiste (emploi, services publics, redistribution, lutte contre les dangers de la finance dérégulée et les inégalités criantes…).

Sans les symboles d’une plus grande justice sociale, d’une véritable lutte contre les inégalités, (d’où l’urgence de la grande réforme fiscale), il ne sera pas possible de demander aux classes moyennes les efforts que la situation financière demande !

C’est là, à mon sens, le véritable enjeu, du moment!

Comme tu vois on est loin de l’analyse académique, des polémiques stériles sur l’économie  de l’offre ou de la demande, de savoir si Keynes se retourne dans sa tombe, et si le sexe des anges est enfin déterminé (social démocrate ou social libéral ?!).

FH sera considéré, ex post, comme social démocrate, s’il a tenu ses objectifs : donner de l’emploi au plus grand nombre en maintenant les acquis de notre modèle construit par le CNR [15] et qui scelle le pacte  de la démocratie sociale à la française.

Si, en plus, il réussit à enclencher une dynamique de négociation entre les partenaires sociaux et redonner du tonus à notre économie, alors, oui, il rentrera au panthéon des dirigeants socio-démocrates européens de sa génération.

Acceptons en l’augure ! Mais il y a du boulot !!

A très bientôt.

C. L. »

 De A. B. à Lima (Pérou) :

« Cher François,

Je me félicite du retour de Décoda.

Je voudrais apporter quelques précisions sur le thème du mois du dernier numéro :

Premièrement tu indiques que la dette se réduit mécaniquement si le taux de croissance ajouté à l’inflation est supérieur au taux d’emprunt. Certes, cependant cela n’arrive quasiment jamais.

La croissance stagne depuis 5 ans (au mieux 1% par an), l’inflation est maîtrisée par la politique monétaire de la BCE (1 à 2% par an maximum). Quand au taux d’emprunt sur les marché obligataire, bien que variable il est actuellement aux alentours de 2,5%. Pour ainsi dire le terme diminution est un peu fort, il vaudrait mieux parler d’atténuation du niveau de la dette.

Pour élargir la réflexion et ce raisonnement j’invite les lecteurs à raisonner en « valeur réelle » lorsqu’on leur balance des chiffres et non en « valeur numéraire ».

La différence est que la valeur réelle est une valeur « déflatée », à laquelle nous avons enlevé l’impact de l’inflation (c’est à dire la perte de la valeur de la monnaie) pour fournir un élément de comparaison viable vis à vis des années précédentes. Petit exemple: on nous rabâche sans cesse que le prix de la baguette a explosé avec le passage à l’euro.

Commencez par enlever l’inflation depuis 2002, puis nuancez votre analyse avec l’évolution du coût du travail et celui des matières premières et vous verrez que la hausse n’est pas si importante.

Deuxièmement le ratio dette/PIB mesure la solvabilité d’un état, il compare sa dette à un moment donné par rapport aux richesses qu’il crée. Cela détermine les taux auxquelles l’état empruntera plus tard.

Comme tu le soulignes dans ton propos lorsque l’on s’endette pour rembourser ses emprunts, c’est le début d’un cercle vicieux. Plus un état est endetté, plus son taux d’emprunt sur les marchés est fort. Rappelons également que la dette ne peut pas être considérée comme un stock car elle est variable. Les dettes des états sont titrisées, elles sont cotées sur les marchés financiers et les taux sont variables. A 1an, 2ans, 5ans ou 10 ans les taux ne sont pas les mêmes, ces taux varient chaque jour.

Troisièmement je suis d’accord pour raisonner en termes d’actifs/passifs lorsqu’on l’on aborde le sujet de la dette.

Malheureusement il est très difficile d’évaluer les actifs. Bien que les infrastructures soient plus ou moins évaluables, il est difficile de calculer combien rapportera un étudiant diplômé qui trouvera un travail, tout comme il est difficile d’évaluer combien fait économiser un homme en bonne santé.

C’est pourquoi il est très difficile d’obtenir un chiffrage précis.

Enfin pour terminer je réfute complètement les débats idéologiques voulant imposer des remèdes libéraux, keynesiens, par l’offre, par la demande et que sais-je. Comme tu le dis si bien ce sont des théories universitaires, basées sur des hypothèses à un instant «  t »  qui ne sont absolument plus valables aujourd’hui.

Il serait temps de prendre conscience de ces éléments et de présenter des solutions nouvelles, en se basant sur les faits nouveaux, s’adaptant aux systèmes nouveaux.

Ainsi, je te remercie de préciser la fin des calculs d’épicier (Jean-luc, Marine), centrés uniquement sur la France, pour les français. Nous sommes au 21ème siècle, dans une économie, un système politique et un monde globalisé!

Nous ne pouvons faire comme si nous étions seul au monde, au risque de se mettre sur la touche tout seul.

Très cordialement.

A. B. »

Le(a) crétin(e) du mois

On avait eu Tibéri, Dassault, les cars de petits vieux et de petites vieilles, ou de nonnes, conduits aux isoloirs le dimanche après midi après le poulet petits pois, bref déjà des experts en magouilles électorales à droite, mais là ils sont tous enterrés par le FN avec ses listes pour les municipales où des dizaines de personnes sont inscrites à l’insu de leur plein gré comme candidats à être élus…

A force de cracher à la gueule des élus avec son « Tous pourris ! » le FN a su trouver la réponse à la crise des vocations qu’il a fait naître… bravo, chapeau, ils sont balèzes chez Marine.

Pour ce motif, si le titre de Crétin du mois a été, ce mois-ci, âprement disputé (Copé qui vole son propre parti, Poutine qui annexe l’Ukraine, et même un peu C. Taubira qui invente le négatif de la pierre philosophale et transforme l’or en plomb…), on l’attribue à ce bon FN et c’est mérité.

Il se tire tellement de balles dans le pied (et nous montre d’ailleurs, du même coup, la nature de ses méthodes) que cela aurait justifié pleinement, même, un titre spécial exceptionnel de « Crétin émérite ».

Et je ne parle même pas de Marseille où le FN a réussi à inscrire une mamie de 102 ans sur sa liste, mais il faut dire que son petit fils était tête de liste…

Ah, ah ! La famille, c’est fondamental à droite. Longue vie à la mamie donc, car le mandat c’est quand même six ans.

Bref, le FN Crétin du mois… ça c’est pas volé !

La p’tite biblio

De circonstance :

« Comment j’ai vaincu la crise »

de Franklin D. Roosevelt, Editions Les petits matins, en plus c’est pas cher, 5 euros, même pas un paquet de clopes.

A signaler, à défaut d’offrir, à chaque candidat aux élections au Parlement européen… outre bien sûr la question de confiance sur la laïcité (Cf. numéro 13 de DECODA).

 

[1] Un peu comme les soutiens universitaires de Faurisson ; en l’espèce il s’agit de Jacques Bichot, Jacques Dupâquier et Yves-Marie Laulan qui avancent d’ailleurs des chiffres différents les uns des autres ; il faut leur accorder le même crédit que l’on peut accorder aux scientifiques qui se comportent purement et simplement comme des militants. La science au service du militantisme, ou d’un point de vue politique, on sait ce que cela donne ! On se réfèrera donc plutôt à des travaux de vrais équipes universitaires et scientifiques et pas simplement à des individus militants du sauvetage de l’occident par le « grand retour » en réponse au « grand remplacement » ! Il n’est pas étonnant que le FN s’appuie sur de semblables thèses en essayant de nous en faire gober les chiffres farfelus…

 [2] Si pour le FN le chiffre qu’il annonce n’est pas un solde mais ne représente que les dépenses publiques générées par les étrangers, alors son calcul n’est pas honnête puisqu’il ne prend pas en compte les ressources que versent aux comptes publics les étrangers

[3] Cette crainte n’est pas un fantasme de bobo parisien protégé ; elle est justifiée par le discours des « braves gens » au café du commerce sur la bonne immigration, c’est à dire celle des étrangers sans problème par leur origine européenne ou de pays développés ; bref l’étranger des beaux quartiers contre lesquels bien sûr on a rien ! A la différence des étrangers pauvres qui viennent bouffer nos allocs et piquer les sacs de nos petites vieilles, quand ils n’ont pas pu prendre notre boulot…

[4] On voit bien à cette seule terminologie que nous employons tous sans même y penser avec le mot « coût », que la pensée est orientée défavorablement par un présupposé, l’immigration « coûte » ; que dirait on si l’on posait le problème avec une terminologie faisant seulement référence aux bénéfices tirés de l’immigration ?

[5] Il faudrait ajouter à ce chiffre une partie des jeunes descendants directs d’immigrés en situation régulière qui n’ont pas encore acquis la nationalité française par application du droit du sol. Mais au sein des descendants directs d’immigrés, il est impossible de quantifier la part que représentent ceux demeurés étrangers ; quoi qu’il en soit du fait du droit du sol elle est très faible

[6] Dans cette comptabilité même si elle n’a pas de sens en matière de politique de l’immigration, on aboutirait à un chiffre situé à la hauteur de 15 millions, soit 25% de la population, en ajoutant aux véritables étrangers les français descendants d’immigrés, les naturalisés, et les français originaires des DOM /TOM !

[7] Là on plaisante, mais on frémit quand on lit dans l’ouvrage de l’ami Marc Olivier Baruch (« L’Administration française sous Vichy ») que, lors des réunions interministérielles sur la politique de collaboration, la direction du budget du ministère des finances de l’époque était la seule administration à s’opposer à certaines mesures de déportation et d’internement compte tenu de leur coût ! Les comptes rendus (les fameux « bleus » de Matignon) en font foi…

[8] Les professeurs Hillel Rapoport en 2005 et Xavier Chojnicki depuis 2009 ; ce dernier a publié, chez « les échos – Eyrolles » en 2012, avec Lionel Ragot, un ouvrage « L’immigration coûte cher à la France. Qu’en pensent les économistes ? », ouvrage qui a largement été débattu dans la presse

[9] Par exemple, pour l’année 2010 : 47,9 milliards d’euros de dépenses publiques et 60,3 milliards de recettes publiques pour les étrangers en situation régulière sans parler des apports non monétaires tels le fait qu’ils occupent les emplois dont les français ne veulent pas ou que, par les salaires plus faibles qu’ils perçoivent, les prix à la consommation sont plus bas  

[10] Données de l’étude de 2009 (Cf. Le Monde.fr, Courrier international, 2 décembre 2010)

[11] Mille mercis à Arnaud Bodet de m’avoir indiqué cette étude d’un de ses amis strasbourgeois Francesco de Palma, enseignant à l’université de Strasbourg. Il s’agit d’une étude économique aussi récente que remarquable, qui établit que l’effet multiplicateur des décisions budgétaires est plus favorable dans le cas d’une relance par la dépense publique que dans celui d’une réduction des dépenses publiques ; elle établit aussi que ce n’est pas l’euro qui est en cause mais la politique économique et monétaire délibérément choisie par les institutions communautaires, coachées politiquement il faut le dire, par la majorité des gouvernements nationaux de l’Union qui sont des gouvernements libéraux (Cf. « Les enseignements du multiplicateur : le problème n’est pas l’euro mais l’austérité », par Francesco de Palma le 17 février 2014, consultable sur son blog http//depalmafrancesco.wordpress.com/blog/)

 [12] Sous le nom d’un camarade de lycée de Herzog, un certain Paul Bismuth qui finalement aux dernières nouvelles ne déposera pas plainte pour usurpation d’identité, c’est vraiment un bon camarade…

[13] La garde des sceaux, conformément à la loi, a été informée le 26 février de l’ouverture d’une nouvelle enquête judiciaire pour trafic d’influence et violation du secret de l’instruction décidée par le juge d’instruction compte tenu des éléments réunis grâce aux écoutes Il n’y a rien qui permette de penser que le juge d’instruction a transmis le contenu des écoutes au parquet ou à qui que ce soit avant. Donc la droite jette un écran de fumée et tente de détourner l’attention de son NS chéri ;

[14]S’il devait s’avérer que C. Taubira a menti, elle devra partir mais on sait pourquoi la droite la pourchasse et demande sans discontinuer son départ… elle doit prochainement défendre au Parlement sa loi pénale qui prévoit le développement des peines de substitution et fait ainsi vomir la droite 

[15] NDLR : Conseil national de la résistance

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