Billet d’Actu du 2 juillet 2015

Envoyer les grecs se faire voir… chez les grecs ?

L’envie est forte chez certains dirigeants européens et du FMI, dans les médias et aussi dans l’opinion, de satisfaire le petit plaisir irresponsable de ce titre, sans en connaître les conséquences en termes de risques économique et politique. 0u, pire, en les pressentant très bien mais en s’en tamponnant le coquillard.

Il faut dire que l’usine à crétins, avec ses experts de plateau TV tout autour du ventre, vous ressasse sans relâche, à propos de la Grèce, la fable de la cigale et de la fourmi, dès fois que vous n’auriez pas compris. Elle vous l’a servie en leur temps pour l’Italie, le Portugal, l’Espagne, voire la France, bref pour tous ces pays du sud de gros fainéants bien assistés. Là, avec la Grèce, elle remet le couvert derechef et sans retenue…

La Grèce n’aurait à s’en prendre qu’à elle même : une Nation qui n’a même pas d’Etat, ni de cadastre, le pays des armateurs et des curés orthodoxes qui ne paient pas d’impôt, le pays qui se vautre dans un bonheur factice grâce à la manne européenne et à nos largesses, la Grèce ce pays de tricheurs et de corrompus, ce pays du clientélisme et du népotisme…

Et, nous disent ils, faut les comprendre tous ces gros bosseurs des pays du nord qui en ont marre de payer pour la cigale. En outre, en ont marre, aussi, toutes ces ex cigales des quelques pays du sud qui, grâce aux efforts qu’ils ont faits, eux, sont presque devenus des fourmis à casque à pointe…

Tout ça, ce sont des contes pour les enfants, la fable est en l’occurrence une blague !

En fait, le petit peuple grec a déjà payé d’efforts au moins aussi importants que ceux consentis ailleurs en Europe face à la crise et même comme peu de pays (25% de chômage, baisse des retraites et des salaires de 30%). Par ailleurs, c’est bien la politique d’austérité qui a été imposée à la Grèce par la troïka (FMI/BCE/Commission) qui a fait « exploser » la dette de ce pays en réduisant son PIB, rendant la dite dette insoutenable, alors qu’elle est stable en volume depuis plusieurs années et que le budget grec est en excédent de solde primaire.

C’est pourtant simple, non ? Si vous mesurez la dette en part de PIB et que le PIB se réduit par les effets d’une politique d’austérité, la dette, même stable en volume voire en diminution… augmente en part de PIB (1). Le tour est joué pour le discours du petit comptable libéral…

La Grèce ne peut pas s’en sortir dans l’Europe actuelle car la doxa libérale européenne majoritaire ne peut admettre la politique pour laquelle Tsipras a été élu, ce qui est pourtant la démocratie. De manière surréaliste, cette doxa libérale européenne persiste dans la voie suicidaire d’une politique qui ajoute à la crise économique de l’austérité, et toujours plus d’austérité, ce qui a déjà démontré son inefficacité totale, en Grèce notamment.

On pourrait même se demander, tellement tout ça est bête, s’il n’y a pas là, une action d’adeptes de la théorie du chaos… Il est vrai, en outre, qu’on n’a plus de bonnes vieilles guerres régulatrices par le vide…

Le cœur du sujet grec est en fait double, et pas que grec, malgré les nécessaires réformes que le pays doit faire et que Tsipras est le premier d’ailleurs, depuis longtemps, à être résolu à s’y attaquer.

D’un côté, premier cœur du sujet : la majorité politique libérale qui est aux manettes en Europe entend bien maintenir une politique économique suicidaire pour les peuples. Au motif d’adaptation à un marché mondial ouvert, elle s’accommode, quand elle ne le veut pas elle même directement, du dumping social comme variable d’ajustement des économies nationales. Face à cette majorité politique libérale, que les citoyens d’Europe ont choisie, et les français avec eux aux dernières européennes, ni Hollande, ni Renzi, ne peuvent s’imposer du dedans car ils sont minoritaires. Ils peuvent juste peser comme ils l’ont fait dans les négociations avec la Grèce pour tempérer les ardeurs des plus brutaux et pousser sans relâche au compromis.

De l’autre côté, second cœur du sujet : comment dans le cadre européen imparfait d’une monnaie unique sans politique économique et budgétaire commune, ni harmonisation des législations, peut on assurer une effectivité à la démocratie qui peut amener un peuple à choisir une autre politique que la doxa européenne d’une politique économique libérale qui pressurise les peuples ?

C’est bien les questions que posent chaque jour depuis cinq mois Tsipras et Syriza et c’est pour ça qu’on les soutient ici même si leurs solutions de politique économique ne sont pas toujours les nôtres.

Donc si l’Europe est plus démocrate qu’attachée à sa doxa libérale et si elle est respectueuse des choix des peuples, elle n’exigera pas des grecs des réformes qui sont, outre idiotes économiquement, aux antipodes de leurs choix politiques et de la justice sociale la plus élémentaire qu’ils ont souhaitée. En outre, compte tenu de l’insoutenabilité de sa dette, elle octroiera à la Grèce les allègements qui lui sont nécessaires pour redémarrer sur des bases viables. Même le FMI le pense et le dit.

Mais cette Europe libérale le souhaite t-elle seulement ? On peut en douter quand on la voit prétexter d’un référendum légitime (2) pour ne plus discuter avec le gouvernement grec, préférant attendre le résultat du référendum qui, dans les deux cas, celui du « oui » ou celui du « non » lui permettra de satisfaire son désir de punir.

En effet, punir, soit, en cas de victoire du « non » en tentant de renvoyer la Grèce hors zone euro avec le risque d’ouvrir une autoroute aux souverainistes et à l’extrême droite, ou soit, en cas de victoire du « oui », en se débarrassant de Tsipras et en soumettant la Grèce à ses oukases libérales de plus grande pressurisation encore du peuple grec. C’est très clairement la position exposée par Nicolas Sarkozy en soutien de Merkel et celle que combattent, de l’intérieur, Hollande et Renzi. Il faut savoir cela et s’en souvenir.

Nous on a choisi notre camp et on le dit : Allez les grecs ! Avec nous dans l’euro et dans l’Europe !


Notes de bas de page

(1) On renvoie ici à notre article sur la dette publique paru dans SLATE et qui n’a pas pris une ride… on le trouve sur ce blog en rubrique « Archives » Sous rubrique « documents » « Et si on parlait sérieusement de la dette publique ? »
(2) Tsipras a pris tout le monde de court une fois de plus en annonçant ce référendum qui a une double légitimité : d’une part étant allé au bout de ce qu’il se sentait autorisé à lâcher dans la négociation par rapport à son mandat populaire issu d’élections récentes, il ne pouvait, avant d’accepter ou de refuser l’accord sur lequel FMI et UE campent, que se retourner vers son peuple, d’autre part, cette annonce était aussi une arme dans la négociation en cours et cela a failli marcher

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