Brèv’vertes n°6

Les « Brèv’vertes » de Lucas, DECODA 47 – septembre 2016

Cette rubrique souhaite apporter de l’eau (ou ce qu’il en reste) au moulin des informations traitées en une ligne dans les bandeaux des chaînes continues. Comprendre les liens entre les mobilisations locales, entre les idées géniales, entre les phénomènes climatiques isolés afin d’en dégager une réflexion globale, tel est l’objectif de ces « brèv’vertes ».

L’intelligence et la bonne foi qui m’accompagnent au quotidien dans la rédaction de ces Brèv’vertes m’obligent à mettre les pieds dans le plus important débat médiatico-politico-économico-scientifico-environnemental du 21ème siècle, voire du 22ème : le burkini. Outre la décadence linguistique du terme, tout bon analyste qui se respecte doit faire un choix. Je propose donc de remplacer la rubrique « Sauvons la planète ? » de votre Décodanages préféré, par la rubrique « Dans ton cul la planète ! ». Après tout, personne n’a le monopole de l’indécence et de la vulgarité.

 La planète a le feu aux fesses ! (titre nouvellement assumé par l’auteur) Incendies ravageurs au Portugal et en Californie, inondations mortelles en Louisiane, au Soudan, en Macédoine et au Niger, séismes destructeurs en Birmanie et en Italie, et en Europe la canicule, comment veux-tu comment veux-tu…. « A ce jour, 22 Etats seulement ont ratifié l’accord de Paris sur le climat, qui pèsent pour à peine plus de 1% des émissions anthropiques »[1], c’est-à-dire provenant de l’activité humaine. C’est un peu comme si 3 élèves seulement répondaient présents pour l’ensemble de leur classe lors de l’appel. Aucune analyse ne peut être portée sur ces tragédies climatiques (non-ratification comprise) sans procéder à de longues minutes de silence… Pas de chance, comme l’a observé le bioacousticien Gordon Hempton, il n’y a dans le monde qu’une cinquantaine de zones à l’abri des nuisances sonores humaines[2], soit une cinquantaine de zones à l’abri de BFM TV. L’Accord de Paris de la COP 21 commence de plus en plus à ressembler à l’encéphalogramme de Vincent Lambert, et pour couronner le tout sans aucune transition intéressante, la production française de vin devrait baisser de 10% en 2016 à cause des intempéries. Monde de merde.

La ligne verte dans le couloir de la mort… Le « Jour du dépassement » a eu lieu au début du mois, le 8 août plus précisément. Il ne s’agit pas d’un jour férié dédié aux chauffards ni d’un quelconque hommage aux athlètes des Jeux Olympiques de Rio. Il signifie simplement que depuis ce jour, le lundi 8 août, nous avons consommé la totalité des ressources disponibles de la planète pour l’année ! Et à partir de ce lundi 8 août, nous vivons de ressources à crédit. Comme tout bon crédit qui se respecte, il n’est ni foncier, ni agricole, et encore moins mutuel, puisque nous empruntons à la planète des ressources qu’elle n’a pas ou n’aura plus, créant une bulle spéculative qui retombera sur les générations de moins en moins futures[3]. Pour faire simple, « en 1990, le jour du dépassement survenait le 7 décembre. En 2000, c’était le 1er novembre. En 2010, c’était le 21 août et aujourd’hui le 8 août »[4].

 

Une étude complémentaire internationale (scientifiques universitaires + ONG Wildlife Conservation Society) montre que les humains menacent de plus en plus la diversité de la vie sur Terre, avec un impact croissant de 9% en seize ans. L’empreinte humaine est telle qu’une réplique de la Terre sur le modèle de Lascaux ou de Chauvet, ce ne serait pas suffisant ! Le plus surprenant et le plus angoissant, c’est la forte corrélation entre la pression humaine exercée sur la planète et l’agriculture [5]: cette étude, passée totalement inaperçue dans les mass media, nous oblige, chacun à notre échelle, à repenser notre modèle de production et de consommation, en privilégiant une agriculture de localité, de saisonnalité et de diversité. En effet, cette étude montre dans le même temps l’importance des « écorégions » et autres formes de protection de la biodiversité locale, puisque la pression sur l’environnement a ralenti dans ces zones d’environ 20%. Seules les régions reculées ne sont pas directement impactées, mais pour combien de temps ?

« L’optimisme est dans l’action ! », fondateur des Brèv’vertes.

 

Notes de bas de page

[1] http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/08/18/pas-de-treve-pour-le-climat_4984469_3232.html

[2] http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/08/18/l-homme-qui-cherchait-le-silence_4984570_3244.html

[3] http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1547772-depuis-lundi-notre-planete-vit-a-credit-nous-sommes-partis-pour-la-sixieme-extinction.html

[4] http://tempsreel.nouvelobs.com/planete/20160805.OBS5875/depuis-ce-lundi-notre-planete-vit-a-credit-et-s-epuise.html

[5] http://www.lemonde.fr/biodiversite/article/2016/08/26/les-hommes-mangent-leur-planete_4988456_1652692.html

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