Brèv’vertes n°7

Les Brèv’vertes de Lucas n°7 – octobre 2016

Cette rubrique souhaite apporter de l’eau (ou ce qu’il en reste) au moulin des informations traitées en une ligne dans les bandeaux des chaînes continues. Comprendre les liens entre les mobilisations locales et les actions internationales, entre les idées géniales et les absurdités, entre les phénomènes climatiques isolés et l’avenir de la planète, tel est l’objectif de ces « brèv’vertes ».

D’ailleurs, qu’en dis Gandhi ? Quand Gandhi dit, l’esprit s’agrandit.

 

  • Vous reprendrez bien une COP ? Cela fait bientôt un an que la COP 21 a éveillé les espoirs de tous les observ’acteurs attentifs. Historique et ambitieux, deux conclusions qui signifient généralement l’échec de tout accord international. Le principal objectif est de contenir le réchauffement climatique sous le seuil de 2°C par rapport au niveau préindustriel. Pour atteindre cet objectif, il fallait encore que chaque Etat prenne ses responsabilités par une ratification de cet Accord de Paris. Afin de valider cet accord, 55 pays signataires devaient effectuer cette ratification, et représenter au moins 55% des émissions mondiales. Un an après la COP21, la COP22 se profile. Elle se déroulera à Marrakech du 7 au 18 novembre. Elle devrait (conditionnel) symboliser l’entrée en vigueur de l’Accord de Paris, ce qui devrait (conditionnel) marquer un tournant historique et devrait (conditionnel) assumer son ambitieux programme pour lutter contre le réchauffement climatique.

Plus de soixante pays ont déjà ratifié le texte, dont les deux premiers pollueurs mondiaux, les Etats-Unis et la Chine, accompagnés sur le podium par l’Inde, qui a procédé à la ratification le 2 octobre dernier, date anniversaire de Gandhi : « devenons le changement que nous souhaitons voir dans le monde » est une citation que nous nous approprions progressivement. L’ensemble de ces pays doit représenter 55% des émissions mondiales sans quoi l’entrée en vigueur serait impossible. Il est nécessaire que ce chiffre soit atteint le 7 octobre, soit un mois avant le début de la COP22, pour des raisons administratives. Or, le 4 octobre, le Parlement Européen votera la ratification suite à l’autorisation par les Etats-membres émise le 30 septembre. A ce jour, seuls 6 Etats-membres ont achevé leur processus de ratification. L’Europe ne doit pas rater ce rendez-vous avec l’Histoire.

Si l’urgence est administrative, l’urgence est aussi réelle. En Inde, des émeutes ont éclaté autour du fleuve Cauvery. La rivalité centenaire entre deux Etats voisins, à la langue et la culture différentes, s’est ravivée suite à une mécanique complexe : faible mousson, surexploitation des nappes phréatiques pour la riziculture, politiques publiques de réduction des prix de vente. Trop facilement appelée « crise de l’eau », il s’agit avant tout d’une crise politique face à la réalité climatique et environnementale.

De même, plus de 90% des habitants vivent dans des zones trop polluées, selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Parmi les principales sources, on trouve « les modes de transport inefficaces, les combustibles ménagers, la combustion des déchets, les centrales électriques alimentées au charbon et les activités industrielles »[1].

A part ça, les Parisiens continuent de se plaindre de la piétonisation des berges… Peut-être faudrait-il renommer l’Accord de Paris ?

  • L’Anthropocène face à l’Indécène… De même que l’Anthropocène n’est pas une crise masculine de la quarantaine, de la cinquantaine, ou de la soixantaine, l’Indécène n’est pas un nouveau mouvement musical indy et branché. Il est la contraction et le mélange d’indécence et d’obscène, mais aussi de stupidité, d’inculture, d’opportunisme, malheureusement tout ne pouvait pas rentrer dans un seul mot. Ou alors seulement dans un gros mot : Sarkozy. J’avais promis à Décodanages de lui laisser le monopole de la politique, mais ce cher Nicolas a le chic pour s’immiscer jusque dans les Brèv’vertes.

Cours de Rappel (rien à voir avec la situation judiciaire de l’ancien Président) :

– « Il faut être arrogant comme l’homme pour penser que c’est nous que c’est nous qui avons changé le climat »,

– « l’homme n’est pas le seul responsable de ce changement »,

– « le concept du réchauffement climatique a été créé par et pour les chinois, pour rendre l’industrie américaine moins compétitive ».

Une citation de Donald Trump s’est introduite dans ces propositions, sauras-tu la retrouver gentil lecteur ?

Alors même que le Congrès Géologique International venait d’inscrire collectivement et unanimement le terme d’Anthropocène de Paul Crutzen dans l’histoire géologique de la planète, nous avons eu droit à la reprise partout de cette sortie sans pression. Au lieu d’analyser un phénomène relevant de compétences psychiatriques que je n’ai pas, je vais effectuer une transition. Maintenant.

« Nous devons changer radicalement la façon dont nous envisageons le rôle de l’éducation dans le développement mondial, car elle joue le rôle de catalyseur pour le bien-être des individus et l’avenir de notre planète ». Le discours de la directrice générale de l’Unesco, Irina Bokova, n’a pas été diffusé sur nos écrans, lors de la présentation du « rapport mondial de suivi de l’éducation » le mardi 6 septembre. L’innovation de ce rapport est d’avoir étudié la corrélation entre l’éducation, ses contenus, et le développement durable, en prenant notamment en compte les problématiques liées au réchauffement climatique. Il note d’ailleurs que « pour lutter contre les effets du changement climatique, il est plus efficace d’élargir l’accès à l’éducation que d’investir dans des infrastructures comme les digues ou les systèmes d’irrigation ». On peut légitimement se poser la question de l’urgence d’agir face à cette exigence d’éducation dont les effets seront récoltés dans une génération ou deux… Il ne s’agit pas tant d’un affrontement entre deux méthodes que de voies (voix?) parallèles à intégrer et à mettre en œuvre le plus rapidement possible. Afin de devenir le changement que nous souhaitons voir dans le monde, comme le préconise Gandhi, pensons par nous-mêmes à ce que nous souhaitons pour les générations futures mais aussi les générations présentes. Après tout, personne n’est trop vieux ou trop jeune pour changer le monde !

  • Pendant ce temps-là… En rachetant Monsanto, Bayer pourrait s’assurer plus d’un quart du marché mondial des semences et des pesticides et renforcer sa position sur le marché. Le futur numéro un mondial des semences et des pesticides se donne pour ambition de contrôler toute la chaîne agricole, depuis les semences jusqu’à l’assiette du consommateur[2].

« Moins on possède, moins on désire ». Le contraire serait donc vrai aussi, mon cher Mahatma?

« Peu importe si ce que vous devez faire est insignifiant. Faites-le aussi bien que possible. » (Fondateur des Brèv’vertes… Non je déconne, c’est encore Gandhi !)

« L’optimisme est dans l’action ! », fondateur des Brèv’vertes.

 

Notes de bas de page

[1] http://www.lemonde.fr/pollution/article/2016/09/27/92-de-la-population-mondiale-respire-un-air-ambiant-trop-pollue_5003841_1652666.html

[2] http://www.lemonde.fr/entreprises/article/2016/09/15/rachat-de-monsanto-par-bayer-l-ue-inquiete-du-risque-de-monopole_4998381_1656994.html