Comme une ode à neuneu ?

Pourquoi [1] ?

Vous allez me dire qu’il faut être gonflé pour oser seulement l’envisager à l’heure où les militants FN agrémentent les meetings de la blonde de sonores et joyeux « Macron on t’enc… ! ».

Mais, malgré tout, même s’ils sont cons et odieux ces militants ce qui pourrait être une bonne définition du salaud, le problème, notre problème, demeure. Nous avons plus de 50% des électeurs qui, au premier tour, ont voté pour un des candidats qui veulent foutre en l’air, chacun à sa manière et avec ses chances propres de succès, notre ordre économique, social et politique, national, européen et mondial, par tous les replis frileux et imaginables… derrière des « lignes Maginot » de pacotille en forme de corde de pendu.

Et, là, entre les deux tours la réalité n’est pas plus joyeuse.

« A droite les catholiques identitaires de « La Manif pour tous », après avoir soutenu Fillon, passent chez Le Pen avec armes et bagages. Ils considèrent qu’il est beaucoup plus urgent d’interdire aux homosexuels de se marier que de défendre les principes républicains, auxquels ils ne croient plus. Sur une base identitaire, Laurent Wauquiez et quelques autres refusent d’appeler à voter Macron. Un tiers des électeurs de François Fillon penche vers le FN. Priorité à l’antilibéralisme sociétal et culturel…

 A gauche, Jean-Luc Mélenchon reste muet alors qu’il avait été l’un des plus virulents contre Jean-Marie Le Pen en 2002. La France insoumise tergiverse, même si les trois quarts de son électorat restent sur une ligne anti-FN. Alors même que leurs positions sont évidemment très différentes, ils souscrivent les uns et les autres à la rhétorique antiélites, au nom de la lutte contre l’Europe du libre-échange. Priorité à l’antilibéralisme économique et social. »

Laurent Joffrin s’alarmait, dans les termes que je viens de citer, du manque d’effroi qui, à cette présidentielle et à la différence de 2002,  laisse inerte le corps social à la perspective de voir Marine Le Pen au second tour dans quelques jours. Comme si c’était normal. Depuis, Mélenchon a confirmé son infâme absence de consigne jouant sur les mots comme le pire jésuite. Même les Evêques de France se sont mis à la lâcheté et à la compromission…

Mais faut-il s’en étonner après de nombreuses années de dédiabolisation permanente du Front national, d’excuse généralisée des électeurs quel que soit le bulletin qu’ils déposent dans l’urne ? Le citoyen consommateur n’a t-il pas le droit, n’est ce pas, d’adopter la pensée de la honte, de zapper entre les options politiques comme il zappe les chaines de TV entre les séries et les téléréalités débiles ? Faut-il donc s’étonner que le pays ne s’émeuve plus, ne monte plus au créneau comme un seul homme, jeunesse et syndicats unis en tête, comme il avait sur le faire en 2002 ?

Eh bien, non, au risque de surprendre je vais répondre négativement. Non, il ne faut pas s’en étonner pour deux raisons principales.

D’abord, on a expliqué aux gens, à longueur de journaux télévisés, d’émissions politiques, de colonnes de papier, que le FN était dans notre paysage en somme un parti parmi les autres dans l’offre politique. Qui a expliqué au journal de 20h la différence entre un parti « légal » et un parti « républicain » ? Qui a expliqué en quoi et pourquoi le programme du FN n’est pas dans les clous du point de vue des valeurs de la République ?

Personne ne l’a fait, ni Pujadas, ni Salamé, ni qui que ce soit d’autre[2]. Le savent-ils seulement ? Après, demandez donc aux gens d’être intelligents et vertueux tout seul… Il y a ceux qui le savent ou le sentent et puis il y a ceux qui ne savent pas ou chez qui le ressentiment est le plus fort.

Ensuite, on n’a pas réglé les difficultés économiques et sociales : notre système ouvert et concurrentiel sur l’Europe et le monde (malgré sa générosité avec des 57% de dépenses publiques et ses 46% de prélèvements obligatoires qui en font un des plus beaux amortisseurs de crise au monde), aggrave les difficultés des plus pauvres et des moins favorisés et désarticule une grande partie de la classe moyenne, tous voyant les emplois fuir à l’autre bout de l’Europe et leur avenir et celui de leurs enfants s’assombrir. En plus, pendant qu’élites et classe moyenne sup, mondialisées, semblent s’éclater comme des malades sous leurs yeux…

On n’a pas réglé la question, non plus, de « l’insécurité culturelle » qu’on a laissé naître, croître et embellir, pas seulement dans les quartiers mais, par la grâce des JT de 20h, dans le moindre village, même s’il n’a jamais vu un maghrébin ou un début de voile islamique, ni même de foulard.

On a laissé se développer un islamisme conquérant qui avance ses pions cultuels et culturels comme dans du beurre, d’autant plus facilement que nos élus, locaux et nationaux par démagogie ou faiblesse, n’opposent aucune résistance à l’islam qui méprise, récuse et combat nos valeurs d’égalité et les droits des femmes. Odieux, même quand il ne se fait pas assassin de CHARLIE et de tout le bataclan.

La gauche, massivement, comme à l’habitude, minaude. Elle explique, et excuse, avec ses causes exclusives économiques et sociales. Elle compatit sur les nouveaux damnés de la terre que le ciel d’Allah lui fournit sur un plateau. Super con… Car depuis des lustres des républicains sincères (et de gauche) expliquent clairement ce qui se passe, sans que rien ne change dans l’analyse et l’action politiques à gauche.

Et alors, que croyez vous que neuneu fît ? Désespéré, il se rêva de nouveau Gaulois ou Franc, et se remit Martel en tête… Pour le bonheur de Marine, de ses nazillons et de ses autres débiles profonds.

Alors, si on ne règle rien de ce qu’il vit d’infernal, il a le droit, le citoyen électeur, de jouer à neuneu (à défaut de l’être obligatoirement) car on se paie sa tête, et depuis longtemps, à ne pas régler les difficultés, ou à être impuissants devant elles. Là, ça continue entre les deux tours comme si de rien n’était. On les avait pris pour des cons avant le premier tour, ils nous l’ont bien rendu. On continue ?

On en prend pour preuves les analyses qui se développent dans les colonnes des journaux et à la TV après ce premier tour pour nous expliquer les plus de 50% de vote « contre le système ». Comme si se rejouait la coalition des « non » de 2005 contre le projet de Constitution européenne… Des analyses, cartographiées avec l’aide de géographes à la mode, qui se répandent comme trainées de poudre par leur magie simplificatrice et tendent soi-disant à nous montrer deux France, une à l’est, l’autre à l’ouest d’une ligne imaginaire. Avec une explication économique et sociale exclusive comme la bien pensance en raffole : un Est en déclin et un Ouest porteur d’avenir ?

Sauf que ça ne marche pas le coup de la méridienne. Il y a, partout, des poches où l’électorat résiste à la sinistrose frontiste, ou à la révolte insoumise, et même à l’est de la ligne. Ce sont les grandes métropoles, sans exception. A l’ouest, certaines zones en souffrance voient le vote radical en pleine expansion… Alors, les cartes simplifiées du JT de 20h, vous savez où on se les met et on n’est même plus seul[3].

De même, à privilégier l’économique et le social et à oublier le culturel, on s’égare car si l’explication était aussi valide et exclusive qu’on nous le dit à gauche le vote insoumis aurait dévoré depuis longtemps le vote populaire frontiste. A peine le grignote t-il un peu à cette élection sur la personne de Jean-Luc Mélenchon…

C’est donc qu’il y a autre chose qui tracasse neuneu, qui donc ne va pas chez Mélenchon parce que ce dernier est comme le reste de la gauche et que cela ne lui va pas.

Et cet autre chose a pour nom l’islam et l’étranger. Car sinon pourquoi chanter, comme en réaction, « On est chez nous! » dans tous les meetings de la blonde ? Si ce n’était pas le cas, ils chanteraient « On veut des sous ! ». Ouvrez les yeux et les oreilles, si vous n’avez pas encore compris.

L’explication par les données économiques et sociales du vote FN est une vaste blague. Les électeurs de ce parti sont dans un trip anti émigré, anti islam que l’on ne réduira pas par des incantations vertueuses, ou des améliorations économiques et sociales, même significatives. Il n’est que de voir ce qui se passe depuis un an : les résultats économiques arrivent, notre système social protecteur est préservé, les perspectives sont bonnes, même dès 2017 et… Le Pen progresse. Cherchez l’erreur.

Soyons clair et pas de faux-semblants. Tant que l’on ne réglera pas le problème que pose l’islam prosélyte et les pratiques culturelles communautaires agressives, conquérantes et rétrogrades dans les quartiers populaires[4], neuneu aura l’impression de ne plus être chez lui et il ne faudra pas s’étonner de ses réactions.

A feindre à gauche que le problème n’existe pas, que c’est juste du racisme, et que cela ne fait pas problème de voir des français musulmans haïr leur propre pays, récuser ses valeurs et détester leurs coreligionnaires français non musulmans pour s’enfermer dans le ghetto d’une idéologie barbare et totalitaire, il ne faut pas s’étonner que cette gauche soit abandonnée par les classes populaires. Elle leur paraît ne rien comprendre à leurs vraies difficultés et avoir fait le choix des seuls gagnants de la mondialisation, qui ne vivent pas dans leurs quartiers ou dans les périphéries qu’eux habitent. Et elles ont quelque part raison.

Qui peut en blâmer neuneu ? Franchement ? On ferait mieux de penser et d’agir enfin à l’en sortir. Sans haine.

Quant à Macron, pour qui on appelle à voter massivement au second tour, il ferait bien, lui, de muscler ses exigences sur ce terrain. On l’a déjà dit et écrit et il faut s’en désoler, pas grand chose ne se passe de son côté sur ce point… Y a comme un doute.  On va finir par s’énerver…

Il nous retrouvera sur son chemin après son élection. Là, pas de doute.

 

 

Notes de bas de page

[1] Que l’on ne s’y trompe pas, « neuneu » est l’électeur lambda du FN et n’est pas un de ses militants ou dirigeants xénophobes ou racistes ; le qualificatif est plus affectueux que méprisant, l’affection que l’on peut qu’avoir, quand on est de gauche, pour le peuple que notre système économique broie sans pitié ; mais qu’il ne se trompe pas neuneu, il a une responsabilité écrasante et un crédit limité ; il sera coupable, si cela nous amenait au pire…

[2] Seule Audrey Pulvar a pris parti ; pas à l’antenne de CNews, juste en signant une pétition; elle l’a payé de sa place; à ce propos signez donc la pétition ci-jointe pour que ce scandale cesse https://www.change.org/p/direction-de-l-information-cnews-réintégrez-audreypulvar-présidentielle2017-fn/share?utm_source=action_alert_sign&utm_medium=email&utm_campaign=741881&alert_id=GghrJhApXd_E3IC3I374FfmLBtuTx5gUht4crnR3%2Bb8kYxDPezzbKk%3D

[3] Voir à ce sujet le remarquable article de mise au point publié par F. Gilli dans le Monde daté du 28 avril page 25 qui montre qu’il n’y a pas deux France qui s’opposent

[4] Voir le remarquable ouvrage collectif « Une France soumise, Les voix du refus » sous la direction de Georges Bensoussan, qui réunit de multiples témoignages et expériences de terrain vécues, chez Albin Michel, préface d’Elisabeth Badinter

 

Postérieurement à la publication de ce billet, l’ami Jean-Luc G. m’a transmis l’extrait d’un texte de Jacques Juillard datant de 2012 au sujet d’un autre Jean-Luc encore moins sympathique cinq ans plus tard. Je ne résiste pas au plaisir de l’offrir à mes lecteurs, il suffit d’y remplacer Hollande par Macron et ça fonctionne toujours aussi parfaitement:

 

Publicités