DECODA n°26, 20/01/ 2015

SOMMAIRE

Edito

2015 : Résolutions ? Enormes…

Pour CHARLIE !

Thème du mois

« Petit bréviaire » à l’usage des non initiés et de ceux susceptibles, suite au drame, de mollir… »

Vous en voulez, franchement, d’une « laïcité encore plus ouverte » ?

Billet d’Actu

« Pour un aggiornamento de l’islam ! »

Par Wanda Diébolt

Dernière(s) minute(s)

Dieudonné et ses supporters qui confondent encore « opinion » et « délit »…

Les nouvelles du front bébête…

sont toujours des nouvelles d’effroi…

Marine, une première grande erreur qui a du sens…

Chiffres clés

Les chiffres qui tuent….

Le(a) crétin(e) du mois

Et d’un coup apparu un crétin absolu

Et Rama se planta …

La p’tite biblio

Lettre au monde musulman

Abdennour Bidar

 

Edito

2015 : Résolutions ? Enormes ! Pour CHARLIE !

Avec ce que nous venons de connaître tout ce qui me trottait dans la tête pour ce numéro 26 est devenu bien dérisoire, fade, petit même. Car ici nous ne sommes pas remis de ce qui s’est passé et on ne s’en remettra pas, jamais.

Mais pour CHARLIE, il faut continuer. Il faudrait se laisser aller, se laisser abattre ? Alors que lui, CHARLIE, avec ses morts à peine enterrés, il continue ? Non ! Impossible !

On va donc continuer et on va leur rentrer encore plus dedans à tous ces tordus et crétins, d’où qu’ils soient, qui qu’ils soient. On va les défoncer chaque mois et il n’y aura pas de quartier. Mais, attention, nous c’est sur le terrain des idées, sans arme autre que le verbe, la verve et la plume.

DECODA c’est aussi DECONA dans un dédoublement bien sympathique de personnalité. DECODA est CHARLIE comme il l’a crié dès le lendemain de l’horreur du 7 janvier, mais sans blague, juré craché à la gueule de la bêtise, DECONA est encore plus CHARLIE ! Et vous allez voir ce que vous allez voir.

On va donc continuer et encore plus fort, c’est obligatoire. Désolé pour ceux qui préféraient le gentil DECODA au méchant DECONA et ses excès de langage. Je pense qu’ils comprendront pourquoi, puisque « nous sommes tous CHARLIE », comme le peuple de France a crié son attachement à nos valeurs, la tête haute et sans peur, depuis ce jour funeste.

Mais on va continuer différemment, plus percutant si possible plus court, 7 ou 8 pages maxi, hors sommaire. Beaucoup l’ont souhaité. Il est vrai que DECODA avait tendance à s’étaler mais il y a tellement à dire, tellement à crier !

On va continuer, encore plus résolus, à dénoncer ce qui veut nous détruire : les barbaries religieuse, politique et économique et leur alliée, la bêtise. Et, à cet égard, à tout saigneur tout honneur ! On va faire leur fête aux religions et à une partie de leurs fidèles, comme Charb et les autres savaient si bien le faire.

Pas aux fidèles qui respectent la loi de la République, non, ceux là on les respecte, on les aime s’ils acceptent et promeuvent la séparation des églises et de l’Etat et l’égalité homme/femme. Non, la fête aux religions qui produisent massivement de par le monde des fanatiques et des individus aliénés, car, même s’ils en restent au verbe et se contentent d’imprécations, ils démontrent qu’ils sont aliénés par une doctrine, un dogme qui annihile leur capacité intellectuelle, leur esprit critique.

La lumière irradiante d’une logique imparable m’est venue d’un iman inconnu le 12 janvier au soir au JT de Pujadas (eh oui ! on vit des temps exceptionnels). Cet imam a simplement dit que les préceptes de l’islam ne s’imposent pas aux non musulmans[1]. Elémentaire mon cher Watson, mais d’une puissance infinie. Cela mériterait presque un Nobel.

En effet, et là c’est moi qui l’ajoute, si l’on ne part pas de ce principe lumineux, digne de Marie Curie, il faut alors que les musulmans respectent les préceptes des autres confessions… et lycée de Versailles. Ridicule achevé ou guerre des religions, voilà où nous mènent tous ceux qui veulent placer leurs préceptes religieux au dessus des lois de la République.

Dans le « tout ceux », il y a les crétins qui ânonnent ce qu’ils ont mal assimilé sur le net et les réseaux sociaux, bref des irresponsables, et il y a des responsables, des vrais, des musulmans doctrinaires et intégristes, dignitaires religieux ou simples fidèles, situés en France ou à l’étranger.

Il n’est que de voir les réactions encore hostiles dans le monde musulman lors de la sortie du dernier Charlie le 13 janvier et les peurs des anglo-saxons qui floutent de trouille face aux communautés qu’ils ont laissé s’imposer par une domination sur les esprits[2].

On nous dit, de tous côtés, pas d’amalgame ! L’islam n’y serait pour rien, ce ne serait pas l’islam. L’immense foule des musulmans modérés disent « Pas en mon nom ! ». Je suis enclin à la croire car je suis bon, puisque je suis CHARLIE. Mais au fond, je ne marche pas dans la mystification : ce n’est pas LEUR islam, in fine c’est tout ce que je leur concède. Mais c’est celui de beaucoup d’autres, très nombreux.

Le discours lénifiant qui blanchit mieux qu’OMO, renvoyant le radicalisme, l’intégrisme et la barbarie hors islam est du foutage de gueule. L’islam a enfanté l’islam radical et l’horreur, comme le catholicisme en son temps avait enfanté l’inquisition, le martyre de Calas pour refus d’abjuration, le supplice du Chevallier Lefebvre de la Barre pour blasphème et, encore aujourd’hui les brigades anti IVG.

Trop facile d’essayer de nous embobiner avec ce discours qui veut aussi nous faire prendre toute critique de l’islam pour de « l’islamophobie ».

L’islam a une responsabilité dans ce qui s’est passé, car il n’a pas fait son aggiornamento démocratique et il faut le dire. Il n’a même pas encore produit son Vatican II ! Et Dieu sait que ce dernier est encore insuffisant en termes de modernité.

L’islam de France, quant à lui, doit conduire cette révolution et s’il pouvait être le premier au monde et être une force d’entrainement, ça aurait vraiment de la gueule. lslam de France réveille toi, tu es de France, c’est ta chance ! Saisie là comme t’y invite Abdennour Bidar, philosophe musulman (voir rubrique « P’tite Biblio ») et comme l’amie Wanda en donne le cadrage général dans un papier lumineux en rubrique « Billet d’Actu ».

Pour nous, la sortie par le haut ne pourra se faire également que par les principes de laïcité et de séparation des églises et de l’Etat, réaffirmés et surtout pas dévoyés par de nouveaux affadissements (voir ci-après en « Thème du mois » pour ceux qui doutent ou ceux qui en veulent en profiter notre « Petit bréviaire pour les non initiés et ceux qui sont tentés de mollir sur l’exigence laïque »).

« Bonne année !» et, comme disait une amie nonne, la sœur « Condicion », sans laquelle rien n’est possible, « Meilleurs vœux ! ». Comprend qui peut…

Thème du mois

« Petit bréviaire à l’usage des non initiés et de ceux susceptibles de mollir sur l’exigence laïque… »

Vous en voulez, franchement, de la « laïcité encore plus ouverte » ?

Et on recommence à entendre la petite musique habituelle, à peine quelques jours après la barbarie religieuse revendiquée…

Dans différents tons bien sûr… de la musique de chambre à la symphonie orchestrée, en passant par le pipeau solitaire !

De Benoit Apparu, qui, de manière surréaliste, a parlé dans l’Express de « totalitarisme laïcard » à tous ceux qui, s’interrogeant sur les causes, croient en trouver dans une culpabilité qu’ils imputent, au soi-disant refus des différences, à une soi-disant « islamophobie », paravent commode de l’interdiction de critiquer l’islam et d’identifier sa responsabilité. Ce qui conforte tous les dénis de notre République et de la démocratie pour motifs religieux et tous les crétins du net.

Il faut le dire les religions, toutes les religions, souhaitent développer leur prosélytisme et pouvoir faire leur marché à peu près comme bon leur semble. C’est une question de survie pour elles, pour se maintenir et se développer.

Du soliste au chef d’orchestre, en passant par le compositeur, tous disent en fait la même chose à leurs troupes, celle de certains musulmans pour lesquels l’idéal laïque républicain est inacceptable et celles des chrétiens insatisfaits de la séparation des églises et de l’Etat. Ils entonnent tous le même refrain : foin de l’intégrisme laïque, il nous faut une laïcité « encore plus ouverte » !

Pour eux, il nous faudrait évoluer vers davantage de reconnaissance des communautés en acceptant encore et toujours davantage de manifestations de leurs différences et convictions religieuses, en somme à l’anglo-saxonne.

Et pour cela en renonçant en tout ou partie à nos principes bien sûr. La collusion des religions sur ce plan est patente, elles ont toutes à y gagner. Il n’est que de voir les récentes et alambiquées déclarations du Pape sur la liberté de la presse, bien tempérée par l’offense aux religions !

Sans même parler des ânes qui pensent que la réponse au drame est dans une plus grande place donnée aux religions dans l’espace public et dans nos vies, cette petite musique reçoit un certain crédit chez certains de nos concitoyens pas forcément informés de ce qu’en seraient les conséquences concrètes ou qui, face au drame, s’interrogent et comparent ce qu’ils voient ou imaginent dans les pays démocratiques anglo-saxons. « Ouvrir » davantage la laïcité, qu’est ce que cela voudrait dire ? On va vous l’expliquer clairement et simplement, pas par de grands discours, on va vous l’expliquer très concrètement. Vous aurez été prévenus et a priori vous ne goberez plus cette ânerie.

La loi de 1905, enfin ce qu’il en reste après tous les coups de canifs qui lui ont été portés depuis un siècle[3], comporte un certain nombre d’interdictions mettant en œuvre le principe constitutionnel de laïcité et de séparation des églises et de l’Etat.

Il s’agit, pour faire simple, de la non reconnaissance des confessions par l’Etat[4] et de l’interdiction pour ce dernier de devoir se soumettre à l’une d’entre elles[5].

Il s’agit aussi de l’interdiction d’en salarier les officiants ou de subventionner les religions en investissement ou en fonctionnement. Outre, bien sûr, leur exfiltration de l’école de la République.

Bref, l’exact contraire de ce qui est fait en Alsace-Moselle en application du concordat napoléonien maintenu en vigueur. Donc je vous le demande simplement « ouvrir davantage la laïcité », si ça vous tente, ça veut dire quoi ?

Sans rire, mais précisément, en sortant des « à peu près » journalistiques se contentant de slogans ou des oukases simplistes.

Financer sur fonds publics la construction des lieux de culte et financer leur fonctionnement ? Vraiment, c’est ce que vous voulez ?

Rétribuer sur fonds publics leurs officiants, les faire nommer par l’Etat ? Vraiment ?

Subventionner les manifestations cultuelles, des plus folkloriques bien hypocrites aux plus ouvertement prosélytes? Vraiment ?

Admettre que les religions puissent venir faire leur marché auprès des jeunes esprits dans les écoles publiques en les laissant y dispenser un enseignement religieux ? Vraiment ?

Tolérer, sans moufter, la soumission rétrograde de la femme par les signes religieux les plus divers ? Revenir sur nos législations sur les signes religieux ostensibles à l’école ? Vraiment ?

En remplaçant l’intégration républicaine des individus par l’inclusion des communautés, finir comme les anglo-saxons à devoir flouter les caricatures et les idées pour ne pas faire de peine à des fidèles ou des illuminés ? Vraiment?

Bref, admettre que les religions s’épandent tous azimuts dans l’entreprise, à l’école, à l’université, sur la voie publique, dans toute notre vie et qu’elles sortent encore plus de la sphère privée et des lieux de culte ? Vraiment ?

Non, vous n’en voulez pas, j’en suis sûr, de cette laïcité soi-disant « encore plus ouverte ». C’est celle, peu ou prou, applicable en Alsace-Moselle avec en prime le scandaleux délit de blasphème !

Vous n’en voulez pas ? Alors dites vous bien que vous n’êtes que d’infâmes totalitaires laïcards ! Maintenant que vous êtes mieux éclairés, vous en êtes très heureux, j’en suis certain.

Vous ne souhaitez donc plus qu’une chose aux alsaciens et mosellans, en cette période de vœux, qu’ils en soient débarrassés ! Nous aussi !

Mais méfiez vous, les musulmans fanatiques ne vont pas se laisser faire et continuer à s’attaquer à nos intérêts ou à des églises, tandis que d’autres cons s’en prendront aux mosquées ! Et ce serait la faute de ceux attachés aux valeurs laïques qui veulent résister face à l’obscurantisme des religions ? Quel crétinisme !

Méfiez vous aussi, tant que le régime de l’Alsace-Moselle perdurera, il restera une sorte de laboratoire, de point de référence, pour tous ceux qui sont prêts à de nouvelles lâchetés face aux confessions.

Billet d’Actu

« Pour un aggiornamento de l’Islam ! »

par Wanda Diébolt

D’abord, en guise d’échauffement, deux remarques : la première, c’est le contraste inouï entre la diffusion confidentielle de Charlie-hebdo en vitesse de croisière, 40 000 exemplaires par semaine, la dimension d’un quartier urbain, et le nombre de Musulmans sur la planète. Comment des dignitaires religieux assis sur des centaines de millions de fidèles d’une religion en pleine expansion peuvent-ils se sentir piqués par ce microbe, presque invisible à l’œil nu? Le symbole suffit-il à expliquer cette polarisation sur un adversaire minuscule? Quelle fragilité, quelle irrationalité là-dessous ?

Deuxième remarque : nous avions délégué à Charlie le soin d’entretenir la liberté d’expression, l’insolence, l’irrespect, et nous, les Français, nous avions paresseusement renoncé, comme ça a été souligné ces derniers jours, les laissant bien seuls aux avant-postes ; j’ai le sentiment que les autre pays démocratiques ont, de la même façon, délégué à la France cette fonction sur la scène internationale. C’est pourquoi ils nous soutiennent officiellement mais floutent les caricatures, ou ne les publient pas. Nous sommes, en quelque sorte, leurs frondeurs par procuration.

Tout cela ne rend pas optimiste. Alors, que faire ?

Il y a eu dans les médias, et il y a encore, des dizaines de propositions d’action qui ont été formulées, dans le domaine de la sécurité, dans celui de l’éducation, de l’action internationale de la France[6] etc. Mais ce qui nous a, je crois, le plus inquiété, le plus interpellé comme on dit, c’est l’incompréhension, le rejet dans une partie de la jeunesse française d’origine maghrébine à l’égard de ce que nous défendons comme essentiel et qui nous a fait enfin nous mettre debout.

Il faut, bien sûr, expliquer et discuter ; et pour cela, donner aux profs la formation qui leur permet de faire face à «ça», qui est si loin de ce que nous ressentons qu’on en reste interdit et démuni.

Former les enseignants à l’instruction civique, et la mettre réellement en application (et pas seulement sur le papier), dès l’école primaire. Arrêtons d’avoir honte d’enseigner la République et ses valeurs aux enfants. Mettons l’histoire des religions dans les programmes, donnons aux profs les éléments de langage quand la tension monte, ils sont en première ligne. Rappelons au besoin les réservistes : de nombreux retraités de l’éducation nationale seraient certainement volontaires s’ils y étaient dûment préparés. Et tant qu’on y est, déconcentrons enfin la gestion des établissements, donnons aux responsables la possibilité de créer et de fidéliser les équipes éducatives, et payons-les mieux. Le déficit budgétaire, dans ces circonstances, ne doit plus être la priorité.

Mais l’école est loin de pouvoir tout faire, tout rattraper. Il faut aussi mettre beaucoup, beaucoup d’argent public pour recréer en masse des éducateurs, des animateurs pour suivre les jeunes en dehors de l’école et faire le lien avec les familles, aller dans les prisons etc. Il n’y a pas assez d’argent public? On peut toujours arrêter de concevoir des équipements type éléphant blanc pour privilégiés (dans lesquels je me range) : que n’aurait-on pu faire dans les quartiers avec les 400 millions de la Philarmonie ? Ou avec ceux du musée des confluences de Lyon ? Pourquoi ne pas drainer des fonds privés pour financer ce raccomodage vital du tissu social avec des abattements fiscaux très supérieurs à ceux en vigueur actuellement pour le mécénat d’entreprise? C’est une levée en masse de travailleurs sociaux qu’il faut faire maintenant, ainsi qu’un soutien non moins massif aux associations qui oeuvrent à ce raccomodage.

Mais cela ne suffit toujours pas ; s’il n’y a pas de perspective de boulot, tout le mode le sait et le dit, l’enchaînement chômage-délinquance-radicalisation est probable. Dans une économie de marché, les marges de manœuvre de l’Etat sont limitées, et pourtant, nous l’avons vu encore plus ces derniers jours, il y a le feu.

Alors, j’ose lancer une proposition : quid de quotas pour les jeunes issus des « quartiers », dans l’ensemble des entreprises du territoire national? Je vois déjà le distingué juriste qui .préside aux destinées de DECODA s’évanouir d’horreur. Oui, je sais, il n’y a en France ni critère ethnique ni religieux pour caractériser les individus, c’est illégal ; oui, je sais, c’est contraire à la liberté des entrepreneurs ; mais enfin, il y a bien les quotas de femmes en politique et on s’en est plutôt bien portés. Dans la situation où nous sommes, je crois qu’on devrait au moins essayer de réfléchir à quelque chose comme une préférence, « intégratoire » comme mesure de crise et d’exception, pour une durée limitée.

Mais cela ne suffit toujours pas ! Rien ne changera vraiment si les prescripteurs religieux ne modifient pas leur discours. Et tout ce que nous avons mis en place ou allons instaurer (espérons !) dans les mois qui viennent sera largement inopérant si une lecture terroriste (pour aller vite) du Coran n’est pas contrecarrée par les autorités religieuses ; dénoncer les actes ne suffit pas : c’est la lecture elle-même qu’il faut condamner. Je m’avance avec prudence, car je ne connais rien à la théologie musulmane. Mais je fais le parallèle avec la religion catholique. Pendant des siècles, elle a été dans le camp de l’obscurantisme, du fanatisme, et dans le meilleur des cas, du conservatisme ; elle n’a accepté que bien tardivement la démocratie, et plus tardivement encore les grandes évolutions sociétales : dans les années soixante encore, les curés italiens tonnaient en chaire contre le divorce ; et je ne parle pas de la contraception, du droit à l’avortement ou de la libération progressive de la femme. Seulement, elle a fait son aggiornamento : Vatican2 en a été un jalon essentiel, et peu à peu le catholicisme est devenu ce que devrait être toute religion : une croyance d’ordre privé à laquelle la République garantit la liberté de culte. Je sais bien que la religion musulmane n’a pas le caractère centralisé, avec un chef unique, du catholicisme.

Mais sans doute est-il possible que les responsables religieux de notre pays se concertent et se mettent d‘accord sur un point de doctrine qui serait publié et qui définirait ce qu’est l’islam dans un société démocratique et laïque, et quels droits et devoirs cela entraîne pour la population de confession musulmane de notre pays. Une condamnation explicite et forte de tout acte de violence ne gâcherait pas le tableau. Cela permettrait aussi, si besoin, de clarifier en arabe des concepts qui nous sont propres, et dont j’ignore comment ils sont actuellement traduits : comment dit-on en langue arabe « Athée » ? « Agnostique » ? « Laïc », « Laïcité » ? Comment ces concepts sont-ils expliqués par les imams de France ? Comment devraient-ils l’être? Nous savons depuis Camus que mal nommer les choses ajoute au malheur du monde, mais là, c’est urgent et vital. Parler d’ « athée » ou de « mécréant », ce n’est pas tout à fait la même chose, et on voit bien quelles conséquences funestes peuvent en découler.

Ce travail, qui pourrait être suggéré par l’Etat aux autorités religieuses, ou, mieux encore, qui serait demandé par une partie des fidèles, mobiliserait théologiens, chercheurs, linguistes etc. et comme interprétation autorisée du Coran, fournirait enfin le socle doctrinal pour un islam compatible avec la République. Il en va de notre avenir commun, que nous soyons musulmans ou pas.

Est-ce naïf, est-ce utopique ? Le catholicisme a montré que c’était possible. Le défi qui s’impose à nous, c’est de mener en quelques années cet aggiornamento que l’Eglise a mis plus d’un siècle à accomplir. Raison de plus pour commencer.

Dernière(s) minute(s)

Dieudonné et ses supporters qui confondent encore « opinion » et « délit »…

Dieudonné qui entonne avec d’autres illuminés, ou mal informés, le bon vieux deux poids deux mesures : « ces salauds peuvent caricaturer et moi je ne peux pas dire « je suis Charlie Coulibaly » ?

C’est comme ça, mes gros benêts, c’est la loi de la République et elle est plus intelligente que les préceptes religieux ou politiques qui vous animent. Aux termes de cette loi républicaine, seules sont interdites et sanctionnées pénalement, outre l’apologie du terrorisme, les attaques contre les personnes quand elles revêtent un caractère injurieux, diffamatoire, raciste, antisémite, xénophobe, ou discriminatoire. Au contraire, la critique des religions et des croyances, ou de toutes opinions, doit être possible et sans aucune entrave sinon il n’y a plus de débat démocratique et donc plus de démocratie.

Et, ceci n’est pas à l’appréciation du premier couillon venu sur les réseaux sociaux, ou dans une classe, ni au premier religieux venu au regard de préceptes qui n’engagent que lui et ses semblables, non c’est à l’appréciation des tribunaux. Le Pape et les musulmans qui soutiennent le contraire commettent une erreur fondamentale inacceptable.

Pour Dieudonné, la question qu’auront à trancher les tribunaux, et eux seuls, est celle de savoir si sa saillie constitue une apologie du terrorisme.

Ceux à qui tout cela ne va pas peuvent créer un parti politique et militer, puis devenir majoritaires (hi, hi !) pour changer notre constitution et notre loi. Cela s’appelle la démocratie. Si cela ne leur convient pas non plus, alors là, ils peuvent aller voir ailleurs.

Tout ceux qui, idéologues religieux ou fidèles mystifiés, ne s’inscrivent pas dans le pacte républicain et ne distinguent pas opinion et délit, ici, on ne veut même plus les entendre. Ils sont porteurs du délit d’opinion pour motif religieux, autrement dit du délit de blasphème, comme le président du Conseil régional du culte musulman d’Alsace-Moselle qui vient de réclamer le maintien de ce délit en Alsace-Moselle et son extension à tout le territoire !

Les nouvelles du front bébête…

sont toujours des nouvelles d’effroi…

Marine, une première grande erreur qui a du sens !

Le FN et sa chef se sont mis hors du champ du sursaut républicain au motif qu’elle n’y avait pas été invitée, la pauvre chérie. Parce qu’il faut l’y inviter, cela ne va pas de soi ? Tiens, tiens… Allez, jt’invite ma grande à entrer en République ! Il est vrai que la fifille à un papa qui n’est pas CHARLIE, et qu’une partie de ses troupes attaque les mosquées et les cimetières juifs à l’occasion.

En se refusant à la supplier de venir, Valls et Hollande ont bien fait, elle n’avait, in fine, rien à y faire en l’état de son mouvement[7] .

Comme 97% des français ont dit, dans un sondage, qu’il fallait aller à ce grand soulèvement populaire national, on en déduit que 3% sont de la marine quand la République est en jeu…

Chiffres clés

Les chiffres qui tuent….

6,35, 9,65…

and so on, tristes sires…

Le(a) crétin(e) du mois

Alors que gauche et droite républicaines étaient en phase, laissant aux islamo-gauchistes et au FN xénophobe, respectivement le ridicule et l’horreur de leurs positions, deux personnages ont dérapé dans la politicaillerie pour l’une et dans le contresens le plus absolu pour l’autre.

1) Et d’un coup, en Express, apparu un crétin absolu…

Etonnez moi Benoit ! Alors qu’avec ce drame, on paie des excès doctrinaires religieux (sinon franchement c’est quoi?), Benoit Apparu, qu’on ne suspectait pas d’être aussi nul même s’il y avait quelques indices, donne une interview à l’Express où il se prononce contre….. Devinez ? Le « totalitarisme laïcard » ! Plus nul, mon gars, t’es l’imam en chef de DAECH ! Après les islamo-gauchistes… les islamo-centristes… On n’est pas dans la mouise !

2) Et Rama Yade, qui avait plutôt tout juste dans sa Tribune au Monde du 14 janvier par son exigence d’un messianisme républicain et laïque, face au messianisme religieux et communautariste et à celui honteux du Front national, sombra d’un coup, dans le même article, dans la bêtise politicienne…

Alors qu’elle s’interrogeait, dans son texte, sur les causes de la dérive de ces assassins qui ont trente ans passés et sur les insuffisances de l’éducation nationale, elle incrimine des soi-disant « causes » qui ont toutes moins de deux ans (les ABCD de l’égalité, les rythmes scolaires), mais qui ont l’avantage d’être des réformes de gauche qu’elle n’aime sans doute pas.

Pas de pot Rama, des causes de deux années et moins ne sont pour rien dans le crétinisme coulibalien et tu te comportes comme la dernière des cruches politiciennes. Allez, on va t’appeler Nadine si tu continues. Dommage… t’étais bien partie dans ta tribune.

La p’tite biblo

« Lettre au monde musulman » d’un philosophe musulman, lecture indispensable pour qui souhaite comprendre quelque chose à l’islam et à ses/nos difficultés :

http://quebec.huffingtonpost.ca/abdennour-bidar/lettre-au-monde-musulman_b_5991640.html?utm_hp_ref=tw

 

Notes de bas de pages

[1] Et ce d’autant qu’il s’agit, dans le cas de la caricature, d’une prescription (ne pas représenter le prophète) parfaitement contingente (elle n’est pas dans le Coran mais a été inventée à l’époque moderne par des doctrinaires sunnites) et même pas partagée par tous les musulmans (les chiites représentent le prophète) ; alors relativisons l’offense et la souffrance !

[2] Quel exemple extraordinaire que de voir les médias anglo-saxons ne pas montrer les caricatures et Skynews censurer Caroline Fourest qui entendait les montrer à l’écran lors de son interview ! on a ainsi une idée très précise du « où » nous conduiraient ceux qui sont tentés par une plus grande prise en compte des désidératas des communautés et des religions au détriment de nos valeurs et principes

[3] Voir sur ce blog en rubrique « archives », sous rubrique « documents » nos articles publiés par SLATE, « Laïcité : que reste t-il de la loi de 1905 ? » et « Laïcité : de l’iconoclastie comme principe constitutionnel »

[4] A la différence des Etats théocratiques qui en choisissent une et lient leur sort à elle en confondant le civil et le religieux selon une gradation de gravité qui va jusqu’à son extrême la charia en passant par la confusion sur la tête d’un monarque des deux dimensions avec la monarchie de droit divin

[5] Par exemple, la République, et ses représentants en fonction n’ont pas à être obligés de se soumettre à des rites, tel le port de la Kipa et, ce, même à la synagogue ; d’ailleurs, vous observerez, sans aucune perfidie mais juste par lucidité, que les religions en demandent plus à la République qu’à leurs coreligionnaires des autres religions puisque ces derniers ont pu à la grande synagogue conserver leur couvre-chef propre alors que la République n’a pu, ou n’a pas cru pouvoir, rester tête nue… Hein François et Manuel !

[6] A ce propos, la plaie purulente du conflit israëlo-palestinien devrait venir en tête : c’est une des causes majeures de ce qui nous arrive.

[7] Comme me l’a suggéré l’excellent Arnaud B. Marine le Pen à une marche républicaine, c’est comme, à front inversé, Martin Luther King à un meeting du Ku Klux Klan !

 

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