« La Grande France » par Michel Guénaire

A l’heure où les candidatures les plus hétéroclites pointent leur nez pour les primaires de la droite, ou même pour celles, fantasmagoriques, d’une partie de la gauche et à l’heure même, pour certains, où l’on candidate sans vergogne directement pour les présidentielles de 2017 sans passer par la case primaire (on compterait déjà une trentaine de candidats…), il faut revenir sur terre !

A l’heure où par la grâce de la médiocrité des médias ces candidatures tous azimuts se font dans un silence programmatique désespérant pour qui s’attache plus au contenu de l’offre politique qu’à la question des personnes, il faut aussi redescendre de la lune où certains semblent se percher au risque de faire mourir de rire non seulement Micromégas, mais tout Saturne !

A l’heure où on ne veut plus, non plus, d’une présidentielle mystificatrice derrière laquelle on planquera tous les rafistolages d’entre deux tours, pour certains avec ceux qui leur ont craché à la gueule pendant cinq ans juste pour reverdir ou rerougir un peu et, pour d’autres, pour brunir la couleur du premier, ou à l’inverse envisager de savantes opérations de pastellisation centristes à géométrie variable….

A l’heure enfin, vraiment, où on ne veut même plus, ici, écouter tous ceux qui, à gauche, avec une couche de savon à planche qui dépasse l’entendement, ont passé trois ans à vouloir faire croire que Martine Aubry ou Arnaud Montebourg avaient gagné la primaire socialiste de novembre 2011, puis l’élection présidentielle de 2012, en se planquant derrière les mots d’une phrase prononcée au discours du Bourget, mots qu’au demeurant ils trafiquaient en remplaçant « adversaire » par « ennemi » pour mieux forcer le trait et étaler plus facilement le savon… Ah les cons !

A ces heures là, essentielles, DECODA n’enfumera pas, il décodera ! Et d’ici 2017, on analysera les propositions de programme lorsqu’elles existent fustigeant sans relâche ceux qui n’en ont pas et ne jouent que leur bobine d’arrivistes.

Il est donc rafraichissant de pouvoir commencer cet exercice qui se veut de salut public, en présentant un projet complet, qui est en plus celui d’un ami, Michel Guénaire (lequel sera candidat aux primaires de la droite), même si l’on en partage pas la philosophie économique dérégulatrice extrêmement libérale. Et tel est le cas, celui de la clarté programmatique, du projet de Michel Guénaire « La grande France » publié il y a peu sur le site de « sociétécivile2017 » et qui comporte un projet en dix axes, 100 propositions et un chiffrage[1].

La-Grande-France-Le-projet

La-Grande-France-Les-100-propositions

La-Grande-France-Le-chiffrage

De manière fondamentale je dirai que si le projet appréhende bien les enjeux pour notre pays, l’Europe et même la planète, les réponses, compte tenu de l’ambition affichée et de la filiation revendiquée avec de grandes époques antérieures de consensus républicain (notamment 1945 et le Conseil National de la Résistance), me semblent décevantes. En effet, de mon point de vue et de celui des propres objectifs du projet, le compte n’y est pas, il y a un fossé. Il y manque notamment un souffle quant à ce que se doit, au moment présent, de porter notre pays au regard de son histoire. Alors même aussi que nous sommes en guerre contre une nouvelle barbarie totalitaire absolument détestable car elle a pour ressort une religion encore plus exécrable que les autres et la foi de centaines de millions de charbonniers qui n’ont rien d’auvergnats.

Face aux enjeux de dumping social et fiscal d’une mondialisation dérégulée et à l’arrogance d’une nouvelle idéologie islamiste totalitaire, l’heure n’est plus  de simplement s’en tenir aux boites à outils du libéralisme économique en interne et au silence au plan international sur les valeurs. Au contraire, en effet, l’heure est venue pour notre pays d’afficher, en interne et à l’international, une vraie ambition.  Il s’agirait par l’affirmation d’un nouveau principe fondamental, de « Placer l’homme et le milieu dans lequel il vit au centre de toutes choses ». Ce devrait être l’axe de l’action internationale de la France sur les valeurs et principes fondamentaux. On ne peut plus se contenter de s’en tenir aux droits fondamentaux tels que nous les connaissons depuis deux siècles[2]. Face aux enjeux actuels, nos grands principes classiques ne sont en effet plus suffisants. On a déjà écrit là-dessus et je ne peux qu’y renvoyer (http://www.slate.fr/story/95099/sixieme-republique). C’est beaucoup plus important que le mécano institutionnel dans lequel tout le petit monde politico médiatique se complait.

Sans cette action nationale et internationale sur les valeurs d’un humanisme à refonder en ce début de  XXIème siècle, comment prétendre répondre aux défis conjoints de l’intégrisme religieux, du populisme et du désespoir qui éloigne des urnes, et peut être même un de ces jours de la démocratie, une part croissante des électeurs ?

Ensuite sur l’Europe la solution proposée par le Projet « La Grande France » d’un gouvernement de l’UE à 6 membres constituant un exécutif est bien pensée « technocratiquement » mais ne constitue pas une réponse politique opérante car elle ne passera jamais auprès des 28 pays membres. On a trop élargi pour que l’Europe puisse encore progresser, ni peut être même se sauver sur les bases qui sont les siennes.

Il nous faut une vraie ambition politique qui puisse rallier les peuples et on ne peut, pour repartir sur des bases intégratrices plus poussées, que préconiser un nombre d’Etats plus réduit. Quand on s’est trompé dans la construction de la maison dès les fondations, il faut l’admettre et repartir du point de départ. Une véritable Europe intégrée ne pourra se faire que progressivement avec un petit nombre de pays autour du couple franco allemand, au besoin sans les britanniques s’ils n’en veulent pas. C’est comme ça, le reste ne sera que rafistolage précédant l’effondrement. Soyons lucide, l’engrenage technocratique construit intelligemment par Jean Monet pour contraindre les hommes politiques à avancer dans une amorce de construction européenne, alors qu’ils avaient refusé la fusion entre France et Grande Bretagne dans les circonstances dramatiques de 1939, est à bout de souffle.   Si l’on souhaite avancer il faut désormais passer à autre chose, en plus petit comité et sur des bases politiques et sociales qui constitueraient un Pacte nouveau pour les européens.

Par ailleurs, il faut faire un focus sur la question de la laïcité, enjeu majeur pour tous les républicains face à l’intégrisme islamiste et au salafisme qui veut nous détruire, nous et nos valeurs et qui, pour cela, nous ont déclaré la guerre. Là aussi on attendait plus de fermeté républicaine dans le projet « La Grande France » qui est, somme toute, assez silencieux sur cette question.

A cet égard, le projet aurait pu proposer utilement un dispositif constitutionnel (un Pacte) par lequel notre constitution fixerait les règles du jeu s’imposant aux individus et aux partis politiques pour être admis au débat démocratique et à son expression publique. Là aussi nous avons à quelques uns écrit sur ce sujet et on ne peut qu’y renvoyer (http://www.slate.fr/story/89331/fn-dissolution). En effet, puisqu’il est antinomique de nos valeurs, il faudra bien mettre hors la loi et hors de combat le salafisme. Pour cela il nous faut une base constitutionnelle, la loi n’y suffit pas.

Enfin, sur l’idée même d’un projet « société civile » dénommé « La Grande France » qui, implicitement, mais nécessairement, appelle à dépasser certains clivages politiques traditionnels à l’instar de précédents républicains célèbres comme celui de 1945, la réponse ne peut pas être exclusivement libérale avec des outils de dérégulation supplémentaire qui constituent, outre leur aspect régressif, autant de chiffons rouges pour des gens de la gauche même modérée (mesures purement idéologiques telles la suppression des 35h, le primat général du contrat sur la loi, le recul du départ à la retraite, etc.). Ils constituent certes des piliers de la pensée de la droite libérale mais ne sont pas de nature à provoquer le rassemblement d’Union nationale que l’on peut souhaiter dans les circonstances que nous connaissons.

On peut donc dire du projet de Michel Guénaire qu’il est, en l’état, plus le « point de départ libéral » d’une discussion vers une éventuelle union républicaine que l’ébauche de son aboutissement même si son intitulé « La Grande France » et sa filiation revendiquée pouvaient le faire espérer.

 

Notes de bas de page

[1] http://www.societecivile2017.fr/la-grande-france-le-projet/ http://www.societecivile2017.fr/la-grande-france-100-propositions/ http://www.societecivile2017.fr/la-grande-france-le-chiffrage/

[2] « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit », celle belle égalité formelle individuelle n’est plus suffisante, il nous faut en outre une garantie collective pour l’espèce face aux menaces venues de la terre ou du ciel ; quoi de mieux pour ce faire que « de placer l’Homme et le milieu dans lequel il vit au centre de toutes choses », bref au dessus des intérêts individuels et de groupes, de fait et de droit avant même les dieux que certains, dans leur folie, peuvent s’inventer  

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