La rupture du… jeunot

Le festival continue…

Après la reculade sur le grand discours promis mais jamais venu sur la laïcité, les déclarations à l’occasion du 500ème anniversaire du protestantisme qu’on a commenté ici même à propos de la société civile française qui ne serait pas laïque même si la République elle l’est, les visites « es qualité » aux confessions juive et musulmane à l’occasion de tel ou tel dîner ou repas de rupture de ceci ou de cela, on se demandait ce que fichait notre Jeunot national…

Il préparait son mauvais coup suivant le bougre… et à tout seigneur tout honneur le réservait à la mère aimée de la France, on l’a nommée par son petit nom, l’église catholique.

Pour vous faire une « religion », DECODA vous livre le discours du Jeunot hier au Couvent des Bernardins (dire qu’on l’a restauré bordel avec des crédits monuments historiques il y a quelques années…) devant les Evêques de France et de Navarre :  https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/Emmanuel-Macron-Bernardins-discours-2018-04-09-1200930420.

Lisez le, c’est toujours mieux que de faire confiance aux médias qui ne s’intéressent qu’aux petites phrases ou aux laïques de circonstance ou d’opportunité à visée politicienne.

Mais ici, nous qui l’avons lu attentivement, le coeur à plusieurs reprises au bord des lèvres, sommes édifiés et consternés… Ce type est dangereux et il parachève en forme d’apothéose une évolution navrante depuis des décennies qui progressivement a vidé de sa portée et de son sens la loi de 1905(1).

Et, là, il met le paquet le Jeunot et annonce tout de go qu’il veut rétablir un lien abîmé selon lui entre l’Etat et la religion catholique… C’est bien la « rupture du Jeunot » mais pas avec un mois d’abstinence comme nos amis musulmans, non avec un siècle d’histoire laïque de la part d’un président de la République.

Va falloir qu’il s’explique puisque pour lui, qui est intelligent et cultivé, les mots ont un sens et il ne prend jamais l’un pour un autre. Va falloir qu’il nous explique quel est ce « lien » qu’il veut restaurer alors que  Etat et Eglise sont séparés depuis 1905 et depuis 1958 de manière constitutionnelle(2). Séparés, mais pour lui liés, et encore avec un lien de meilleure qualité. Va falloir qu’il nous dise qui l’avait abîmé ce lien (qui n’existe plus) et en quoi va consister son amélioration. On attend avec intérêt les mesures de traduction concrètes.

Tout son discours n’est pas celui du Président d’une République laïque qui se tient à distance prudente des cultes compte tenu  de ce qu’est ce monde de fous des dieux et de la nature de sa charge, mais celui d’un chanoine oecuménique, d’un minable chanoine lyonnais comme le fut localement Gérard Collomb. Il nous impose sa vision personnelle de la spiritualité appliquée à la présidence de la République ! Lamentable.

Maintenant on attend et on redoute les actes qui suivront et qui ne vont pas tarder pour que les évêques et leurs troupes droitières ne se fassent pas cocufier comme des glands. Cela se produira n’en doutons pas sur les chantiers qui se profilent notamment en matière de bioéthique ou d’égalité des droits. On redoute ce qu’il faudra servir aussi aux autres confessions pour pas qu’il y n’est pas de jaloux, autrement dit, sans rigoler et en droit, en application du principe d’égalité ou de non discrimination.

Lamentable. Juste lamentable.

 

 

Notes

(1) Voir notre article bilan dans le magazine SLATE : http://www.slate.fr/tribune/80101/laicite-loi-1905-peau-de-chagrin et les nombreux autres articles qui lui ont fait suite dans Slate ou dans Marianne (voir rubrique « Nos tribunes » sur ce site)

(2) Rappelons que depuis une décision du Conseil constitutionnel de février 2013 les principes de la loi de 1905 ont une portée constitutionnelle ; voir notre commentaire dans SLATE : http://www.slate.fr/tribune/83673/iconoclastie-principe-constitutionnel

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