Le forcené tient toujours…

Tiens, tiens ! Pourquoi donc ?

2F se maintient car il est innocent[1] et personne de son camp ne peut le dégommer car il n’y a pas de plan « B », autre que « Bérésina »… Tel est le discours qu’on nous tient depuis quelques jours et ceux de son camp, qui crachaient sur lui sans vergogne devant les caméras et les micros, se sont brusquement rangés derrière son panache qui n’est pourtant plus que blanc très sale.

Ca cache quelque chose… On se paie notre tête à bon compte et il faut décoder ça d’urgence.

Même si 2F bénéficie de la présomption d’innocence au plan pénal, au plan moral et de l’éthique il est débiteur d’une obligation d’irréprochabilité s’agissant de l’emploi de fonds publics par un élu et aucune innocence n’est présumée sur ce terrain en application des articles XIV et XV de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen[2]. Donc, la présomption d’innocence en matière de morale publique ou d’éthique, ça ne marche pas. Exit !

2F a répondu au « tribunal médiatique » qui, il est vrai, ne le lâche plus, dans une conférence de presse il y a quelques jours, mais il n’a pas pourtant pas invité les journalistes présents à se lever, alors c’était bien eux les accusés en même temps que le grand méchant Parquet national financier. Risible et pitoyable. Ce n’est pas qu’on n’aime pas le 2F, c’est juste qu’on a des billes qui donnent envie de vomir.

2F se moque des Français dont il sollicite les suffrages…

Ses explications sont foireuses, variables, erronées,  scandaleusement cyniques, comme nos confrères « Les Décodeurs du Monde » l’ont bien montré dans un document accablant pour la défense de 2F.

On le reproduit ici pour votre édification: il suffit de cliquer dessus comment-francois-fillon-ment-et-ment pour apprécier la défense de 2F à sa juste valeur morale.

2F n’est pas un idiot, il est profiteur et cynique. Il trouve normal de profiter comme il l’a fait et ne s’excuse que d’une « erreur ». Il ne propose pas de rembourser alors qu’il a capté au profit de membres de sa famille, et donc à son profit, les sommes mensuelles (presque 10 000 euros) que lui alloue le Parlement pour payer de véritables collaborateurs. En outre, il a capté aussi, s’il n’a pas restitué ces sommes versées sur un compte bancaire dédié, l’indemnité pour frais, d’environ 5000 euros par mois, destinée à financer notamment les frais d’une permanence dans la circonscription du député, alors qu’il n’a jamais eu de permanence dans la Sarthe, ailleurs qu’à son domicile personnel. Au total, triple culbute de son « salaire » de parlementaire fixé à environ 5000 euros. Il s’en excuse car les français n’ont pas compris, les pauvres ! Que ne rembourse t-il pas, ils comprendraient peut être mieux, non ?

Vous appelez ça comment, vous ?

Moi du même nom qu’un bénéficiaire d’alloc qui les touche pendant des décennies alors qu’il n’y a pas droit et qu’il le sait, ou qu’un gros richard qui planque son fric dans un paradis fiscal. Voleur, c’est ça ? Le seul problème c’est que les deux derniers nommés ne sont pas élus et ne briguent pas un mandat présidentiel. Ils ne sont pas assez gonflés pour ça.

Eh 2F ! Elles sont passées où les valeurs chrétiennes, amigo ? Charité bien ordonnée, commence par soi-même ? C’est ça ?

En outre, le « profiteur maximus » est aussi un beau dégueulasse puisqu’il s’en prend aux institutions et aux contre-pouvoirs qui lui demandent compte de sa gestion détestable. Comme si c’était eux les coupables, un comble lamentable. On dirait une vulgaire Le Pen, ou le vieux neuneu peroxydé, avec toujours en bandoulière un bouc émissaire à portée de main. Pas mieux qu’eux au fond, le 2F.

Zut alors, l’honnête homme, plutôt cohérent, que l’on avait cru déceler même si son programme était une horreur sociale; l’anti « bling bling », n’était qu’un vernis. Dessous ce n’était pas beau, mais on ne le voyait pas. C’est pas possible il a des danseuses…

Et ses avocats ? Comme ceux de Sarkozy avant eux, ils prétendent n’importe quoi pour gagner du temps allant même jusqu’à alléguer que « l’inviolabilité parlementaire[3] » dont bénéficie pleinement 2F est un obstacle aux pouvoirs d’enquête du parquet.

C’est en fait vouloir placer les parlementaires au dessus des lois que de refuser qu’un parquet puisse enquêter sur l’un d’entre eux car il ne s’agit, par une enquête en effet, que d’établir un éventuel crime ou délit. En revanche, s’agissant des poursuites susceptibles d’être engagées après enquête et de mesures privatives de liberté, une fois le délit ou crime établi, l’inviolabilité pourra être alléguée si le parlementaire le souhaite. Elle pourra être levée ensuite par l’assemblée dont il relève si elle en décide ainsi. Tel est notre droit et rien d’autre et là dessus, comme sur le reste, 2F et ses soudards mentent et mentent encore.

Alors, quel peut être le sens de tout cela puisque c’est énorme. On n’en voit qu’un, puisqu’on n’a pas affaire, a priori, à des imbéciles ou des neuneus. En fait, à droite ils jouent la montre et plutôt qu’un renoncement de 2F maintenant, ce qui n’ouvrirait aucune perspective à part une belle pagaille faute de candidat alternatif consensuel pour leurs gros barons, ils mettent, en forme de pari, deux fers alternatifs au feu, toute honte bue :

– 2F ne fait pas l’objet d’une mise en examen, ou d’un renvoi direct devant une juridiction correctionnelle, avant l’élection ; il peut tenter sa chance à la présidentielle, et advienne que pourra…

– 2F fait l’objet, avant l’élection, d’une mise en examen, ou d’un renvoi direct devant une juridiction correctionnelle et doit renoncer comme il l’a promis à un JT de 20H. Le tout est de savoir à quelle date !

Et donc il faut tenir, tenir et tenir encore… et ralentir la procédure pour qu’il y ait toutes les chances qu’une mise en examen, ou un renvoi direct en correctionnelle, ne tombent qu’après la mi-mars, date à partir de laquelle le Conseil constitutionnel peut reporter la présidentielle en application de l’article 7 de la Constitution dès lors qu’un candidat décède ou est empêché[4].

Ce qui permettrait ainsi à la droite d’organiser, dans le délai supplémentaire fournit par le Conseil constitutionnel, de nouvelles primaires de la droite et du centre[5].

C’est beau comme de l’antique, non ?

Seul le Parquet peut déjouer le stratagème en renvoyant 2F direct en correctionnelle avant la date fatidique (mi-mars) ou en confiant le dossier à un juge d’instruction qui le mettrait en examen avant cette même date. Dans cette hypothèse, il ne pourrait pas y avoir de report de l’élection décidée par le Conseil constitutionnel.

Le Parquet le fera t-il ? Franchement impossible à mon avis, compte tenu du retentissement politique et du piège à division qui s’ouvrirait ainsi pour la droite républicaine… Même dans ces colonnes, même s’ils sont consternants à droite, on ne le leur souhaite même pas… C’est dire.

Mais en attendant ce nouvel avatar, pour nous comme pour deux tiers des Français, Fillon ? Franchement ? Ras le fion….

 

Notes de bas de page

[1] Sur les faits reprochés qui deviennent sept pêchés capitaux voir : http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170210.OBS5167/7-scandales-qui-accablent-francois-fillon-decryptes.html#xtor=EPR-1-%5BObsActu8h%5D-20170211

[2] Article XV de la DDHC de 1789 « la société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration », mais aussi l’article XIV qui donne « à tout citoyen le droit de… suivre l’emploi de la contribution publique… »

[3] « Inviolabilité » et non « immunité » comme beaucoup d’ânes des médias le disent ; l’article 26 de la Constitution protège les opinions et les votes du parlementaire d’une «  immunité » très large (une irresponsabilité) ce qui est normal s’agissant de protéger l’exercice du débat démocratique des immiscions d’un juge ou des parties qui pourraient l’instrumentaliser ; en revanche pour tout acte qui ne se rattache pas à ses votes et opinions l’élu ne bénéficie que d’une inviolabilité qui protège le parlementaire, là vis-à-vis de l’exécutif, d’une arrestation ou autre mesure privative de liberté qui n’est possible qu’avec l’autorisation du bureau de l’assemblée dont il dépend ; en aucun cas l’immunité ou l’inviolabilité n’empêche une enquête préliminaire d’avoir lieu ; on n’a jamais vu ça !  

[4] L’idéal pour la droite étant que 2F soit empêché après que sa candidature ait été enregistrée officiellement car là le Conseil constitutionnel doit reporter l’élection, si c’est avant (et jusqu’à sept jours avant la date limite de dépôt des candidatures) il le peut aussi mais n’est pas obligé de le faire…

[5] On peut se demander si un renoncement volontaire d’un candidat mis en examen serait considéré par le Conseil constitutionnel comme un empêchement au sens de l’article 7 de la Constitution ; cet article 7 ne qualifie pas l’empêchement de « légitime » au sens de la jurisprudence habituelle de nos cours et tribunaux et on peut penser que le Conseil constitutionnel serait sensible au fait qu’une des grandes familles politiques ne peut rester sans candidat à l’élection majeure de notre régime politique, son candidat n’ayant pas renoncé par caprice mais s’étant considéré comme empêché par une décision d’une autorité juridictionnelle ; le Conseil constitutionnel fait du droit, du droit constitutionnel, mais il est aussi le gardien des institutions et le garant de leur bon fonctionnement ; en dehors de toute opinion partisane on ne pourrait que soutenir ici un décision de report prise par le CC s’il advenait que le candidat de la droite républicaine dusse se retirer du fait d’une mise en examen décidée par l’autorité judiciaire, ou d’un renvoi direct en correctionnelle ; quant à décider qu’une mise en examen n’est pas suffisante pour rendre « légitime » l’empêchement, on ne peut y souscrire compte tenu de l’évolution des pratiques politiques et notamment de la jurisprudence dite « Balladur » qui conduit à écarter ou à faire s’écarter de fonctions exécutives les ministres mis en examen ; comment en juger différemment pour un candidat président ?