Le programme des candidats aux primaires de la droite

Les programmes des candidats LR

Derrière des candidats aussi divers que nombreux, une face unique : la soumission à un libéralisme pur et dur et une mystification politique totale compte tenu de la réalité politique prévisible pour le second tour en 2017

Résumé : Suppression de l’ISF, fin des 35 heures, allocations chômage dégressives, allègements de la fiscalité sur les entreprises et sur les ménages les plus aisés, réduction drastique des dépenses publiques (au moins 100 milliards), relèvement de l’âge légal de départ à la retraite à 63 voire 65 ans, réduction des effectifs des fonctionnaires et modifications de leur statut… tous les prétendants à ces primaires présentent une ligne libérale décomplexée avec un allègement de l’État et la rétractation de notre modèle social ; ce programme est celui d’un camp politique exclusivement marqué à droite alors que le candidat de ce camp ne pourra, le cas échéant, l’emporter au second tour contre le FN sans les voix de l’autre camp, celui de la gauche non sectaire; le cynisme de la droite qui sait déjà cela et n’en tient pas compte est donc absolu ; dans ces conditions, serons nous, nous gens de gauche, stupides au point de voter malgré tout pour elle au second tour en 2017comme nous l’avons encore fait aux dernières régionales ?

 

Il s’agit de traiter ici des programmes des candidats aux primaires de la droite républicaine sur le plan économique et social ; on traitera dans un numéro ultérieur la question des valeurs et les « questions de société » de ce même côté de l’échiquier politique.

Du point de vue économique et social, ce qui est déjà essentiel pour la vie quotidienne, la galerie de portraits des candidats à la primaire de la droite ressemble à une mauvaise pièce de boulevard, des « personnages caricature » déjà vus, des scènes convenues et des dialogues de comptoir façon bar popu, avec comme seul liant le madelinisme, ses illusions théoriques et ses remèdes de cheval, du type 1986[1].

Vous pouvez prendre, pour chacun, leur programme, autant qu’ils sont les Sarkozy, Juppé, Lemaire, Mariton, Copé, Morano, Alliot-Marie et NKM (et les quelques autres dont on a même zappé les noms)[2], les faces sont diverses, plus ou moins attrayantes humainement, mais, pas d’illusion, le programme de gouvernement est commun, celui du jeu délibéré du dumping social et fiscal face aux difficultés de notre pays dans un monde ouvert (A). La mystification est bien réelle compte tenu de la réalité politique qui veut que le candidat que ce camp retiendra va devoir passer pour se faire élire au second tour de 2017 contre le FN par un soutien important de voix de gauche (B).

A) Un programme de gouvernement de dumping social et fiscal

Sur ce sujet comment ne pas faire confiance au canard du bon vieux d’Ormesson qui a fait une excellente présentation comparative des programmes des différents candidats à la primaire de la droite. On vous y renvoie pour tous les détails que vous pourrez souhaiter[3] et ici on se limitera à faire une synthèse sans entrer dans l’épaisseur du trait qui sépare parfois les différents candidats.

Sachez le si cela vous a échappé, exit l’ISF qui frappe les 300 0000 pauvres défavorisés que compte notre pays ; une vraie mesure de fête pour les ânes qui croient à la théorie du ruissellement. Pour faire plaisir aux mêmes qui croient que les chômeurs sont tous des fainéants qu’il faut punir, réduction de leurs droits en durée et quotité, faut bien que la fête soit complète !

Et après tout, puisque tous les salariés sont aussi des fainéants suppression des 35h car il est vrai que dès lors qu’il y aura de moins en moins de travail il ne faut surtout pas le partager et il faut que chacun travaille plus longtemps. Exit bien sûr le compte pénibilité pour ceux qui se sont démoli, voire tué au travail ! Tant qu’on y est, ils suppriment le distinguo CDI/CDD et en donnant à chaque entreprise la possibilité de déroger aux dispositions aujourd’hui d’ordre public du code du travail.

Bien entendu, ils réduiront aussi les services publics, les prestations sociales et l’Etat en réduisant les dépenses publiques de 100 à 130 milliards sur cinq ans, soit de 9 à 12% de leur montant actuel, soit l’équivalent d’un tiers du budget de l’Etat, ou encore la moitié des dépenses des collectivités territoriales ! Sans dire bien sûr ce que l’on supprime comme missions ou prestations publiques aujourd’hui…

Et, cerise gâtée sur le gâteau idéologique rance, aux antipodes de la philosophie du CNR, du gaullisme et de la social démocratie à la française, réduisons à peau de chagrin, outre leur nombre, le statut des fonctionnaires pour préparer leur alignement sur le droit privé au mépris de notre conception d’une République dotée d’un Etat impartial.

De petits comptables sans vision politique, prêts à sacrifier notre modèle social alors que notre société est déjà en voie de désintégration et que les inégalités ne font que s’accroître, voilà ce qu’est notre droite républicaine. Ils veulent revenir au pouvoir avec un programme digne de 1986 qui fait peur même à son plus fervent thuriféraire de l’époque, Alain Madelin ! C’est dire, la bêtise. On leur promet des lendemains qui chantent soit l’internationale, soit « Maréchal nous voilà » ! Rien d’autre.

B) L’arnaque est patente compte tenu de la réalité politique

La réalité politique du pays n’est pas celle d’un tripartisme contrairement à ce qu’ânonnent tous les crétins des médias, aussi lucides qu’un papillon de nuit devant le lampadaire sur lequel il se crame consciencieusement. La réalité politique de ce pays est celle d’un quadripartisme composé d’une droite et d’une gauche, chacune divisée en deux du fait de ses extrémistes : bref un bon vieux quatre quarts autour de 25% la part, grosso modo.

A un deuxième tour contre un des deux quarts extrémiste (que ce soit un gros quart FN ou un petit quart gauches radicales et écolo) aucun des deux quarts modéré, de droite ou de gauche (LR ou PS), ne peut prétendre gagner sans les électeurs de l’autre. Là est la mystification des programmes des candidats aux primaires de la droite : on sait déjà que le candidat républicain de droite, face au FN au second tour, ne pourra pas être élu sans les voix de la gauche sociale-démocrate. Pourtant tous les candidats LR font comme s’ils n‘allaient être élus que par des voix de leur « camp électoral naturel ». Juppé se démarque certes en promettant de pratiquer des ouvertures personnelles sur certains individus de type « macronien »[4].

Mais d’un point de vue programmatique les ralliements personnels de personnalités ne changent absolument rien, ce sont elles qui se rallient et le programme politique lui ne change pas. Malgré tout, sachant très bien cela, les candidats à la primaire de la droite se présentent tous avec un programme économique et social de détricotage, de casse de l’Etat providence, un « programme de classe » qui veut rendre encore plus aux plus aisés et réduire les droits et prestations des défavorisés ou moins aisés. Une idéologie du « toujours moins » aussi détestable que celle du « toujours plus »[5].

Nous ne participerons pas à une telle mystification par laquelle la droite républicaine nous refait le coup de 1995 ou celui de 2002 car, demain, il n’y aura pas d’effet de surprise[6]. Il serait souhaitable que les candidats de la droite républicaine intègrent par avance ce facteur connu car on ne nous fera pas deux fois cocu. A défaut, on restera plutôt à la maison, ou on votera blanc. Et sans les voix de la gauche sociale démocrate contre le FN ils perdront, tous autant qu’ils sont !

 

Notes de bas de page

[1] Au point d’ailleurs que, Alain Madelin, chantre du reagano-tathchérisme des années 80 s’est senti obligé d’alerter ses « camarades » sur leurs surenchères libérales respectives frisant le ridicule intégriste… en somme, de vieilles birbes qui se comportent comme des fraichement convertis !  

[2] On attend de voir le programme du dernier qui s’est récemment pointé à ces primaires, Henri Guaino, pour voir ce qu’il aura pu conserver du gaulliste qu’il se prétend être ! Sûrement une belle fidélité sur les valeurs, ça ne coûte rien… pour le reste on demande à voir 

[3] Voir : http://www.lefigaro.fr/economie/le-scan-eco/dessous-chiffres/2016/02/22/29006-20160222ARTFIG00006-primaire-a-droite-comparez-les-programmes-economiques-des-candidats.php

[4] Comme Sarkozy l’avait pratiqué en 2007 au début de son septennat avec les Jouillet, Besson, Kouchner et consorts alors qu’il n’avait gagné pourtant, contre Ségolène Royal, qu’avec des voix de droite, désespérant ainsi une partie de son camp

[5] Voir par exemple : http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20160502.OBS9660/primaire-de-droite-he-oh-la-gauche.html et http://tempsreel.nouvelobs.com/edito/20160426.OBS9234/vive-le-bon-vieux-clivage-gauche-droite.html

[6] Chirac en 1995 se fait élire sur la fracture sociale et arrivé au pouvoir prend Juppé comme premier ministre pour mener une politique de détricotage social ; Chirac, le même en 2002, élu avec au moins 35 ou 40 % de voix de gauche et qui maintient un programme qui ne parle qu’à son camp

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