Le programme et les idées du Front national en matière de culture : la voix(e) de la honte pour la France !

(Article publié en Thème du mois du n°15 de DECODA(NA)GES)

Après avoir critiqué le programme économique du Front national en ce qu’il emprunte son irresponsabilité à l’extrême gauche en promettant de raser gratis, aux néolibéraux le discours poujadiste sur les impôts, aux souverainistes les plus « rétro » le repli de la France sur elle même et la sortie de l’euro et, enfin, à ses racines profondes xénophobes son traitement de l’immigration, on va ici parler de la conception de la Culture dans le programme du Front national.

Sur le sujet culturel le pire est certain avec le FN vu ses ressorts idéologiques, vu la gestion de certaines villes où il a déjà démontré son savoir faire entre 1995 et 2002, vu ses engagements présents et les déclarations de ses dirigeants, et, ce, malgré le « vernis de Marine » avec lequel le FN et une partie des médias s’emploient à tout ripoliner.

Les gens de culture ne s’y sont pas trompés dès l’entre deux tours des municipales : tous ont dit leur aversion, et même très courageusement comme Olivier Py, directeur du festival d’Avignon. Certains ont annoncé qu’ils resteraient pour se battre pour notre conception de la culture, d’autres qu’ils s’en iraient en cas de victoire du FN. Les villes FN, ça commence bien pour l’image et la réussite de la France.

Que certains au Front (et même plus globalement sans doute certaines couches sociales) préfèrent les cultures régionales (au hip hop ou au rap), l’art figuratif des peintres du dimanche (à l’art contemporain), le patrimoine historique religieux (à la création), la chanson de variété légère (à la musique classique ou moderne atonique), c’est leur affaire si c’est leur goût. Rien à dire, c’est leur pratique… mais la Culture ce n’est pas que ce qu’ils aiment.

En effet, pour un pays, son image et son peuple, ce n’est pas un programme de développement culturel que de flatter les seuls penchants pour la facilité, voire parfois la médiocrité, quand il ne s’agit pas d’un discours rétrograde.

En réalité, on ne peut pas davantage faire confiance à Marine Le Pen sur la question culturelle que sur les autres questions comme l’économie ou l’immigration, malgré ses déclarations lénifiantes sur le FN qui aurait changé. En fait le FN, et ses idées rétrogrades, est parfaitement étranger à la conception française de la Culture, puisque cette conception est universaliste depuis le siècle des Lumières, et bien entendu humaniste et républicaine.

Notre conception républicaine de la Culture est faite tout autant de la protection de notre patrimoine que de soutien à la création contemporaine, même la plus échevelée, et aux arts émergents, musicaux ou non, qui révulsent le frontiste moyen. Elle repose sur la démocratisation culturelle qui a pour objet d’élever les esprits et les âmes en les ouvrant à la nouveauté et à la diversité des cultures, de toutes les cultures.

On citera à cet instant la phrase due à André Malraux, ministre du Général de Gaulle, qui a créé le ministère de la Culture, phrase figurant à l’article 1er du décret fondateur du 24 juillet 1959, rédigé par Malraux lui-même et qui définit les missions du ministère de la Culture.

« Mission de rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création de l’art et de l’esprit qui l’enrichisse ».

En conséquence, rien de figé sur le passé ni sur une culture immuable figée elle aussi, mais au contraire l’universalisme et le mouvement, la dialectique entre la mémoire et la création, entre le patrimoine et l’art vivant, entre culture dite savante et culture populaire, dans le dialogue entre la culture française et le reste du monde, et couronnant le tout la démocratisation culturelle pour élever à la fois les esprits et les âmes. Souvenez vous, De Gaulle et Malraux, les maisons de la culture… pas celles du patrimoine religieux et du folklore régional.

En outre, clé de voute pour garantir cette conception humaniste, l’indépendance scientifique, artistique et de création la plus totale pour les personnes en charge des responsabilités culturelles sur les contenus, qu’ils soient personnels de l’Etat, des collectivités territoriales ou ayant en responsabilité les institutions et établissements culturels qui reçoivent un financement public.

C’est ainsi et ce n’est pas autrement, quoi qu’en pensent les ténors et élus du FN. Ce n’est pas un objet de débat possible, mais un élément du Pacte humaniste républicain sur lequel il n’est pas question d’accepter une nano seconde de revenir même très partiellement.

C’est cela qu’a exprimé Olivier Py, directeur du Festival d’Avignon, au sujet de la menace d’élection d’une mairie frontiste en Avignon. Pour bien comprendre, un peu d’archéologie des idées politiques ne peut pas faire de mal. Il faut bien identifier les fossiles pour les empêcher de renaître.

a) Notre conception républicaine de la Culture est d’abord antinomique avec les racines idéologiques passéistes des penseurs de l’extrême droite.

Même s’il est tapi dans l’ombre, ou au deuxième plan, ce système de pensée est au sein du Front national le corpus idéologique de référence pour le volet « national » d’un parti qui apparaît désormais de plus en plus « national socialiste » en empruntant, au moins dans son discours, à la gauche extrême son anticapitalisme primaire.

Il s’agit d’un discours de la décadence française très classique à l’extrême droite depuis l’élan contre-révolutionnaire et monarchiste du début du XIXème siècle, repris et relayé par Charles Maurras et son « nationalisme intégral » qui a influencé toutes les droites conservatrices et réactionnaires au XXème siècle.

En matière culturelle, ce discours prône le retour à la vraie France, à ses provinces et leur culture populaire ancestrale (celle des folklores), gangrénée par les visées décadentes des protestants, des juifs, des francs maçons et autres métèques.

Cette imprécation contre la décadence n’a jamais cessé au sein de l’extrême droite aussi bien dans les discours de JM Le Pen que dans certains de ceux de sa fille (comme lors de ses vœux aux français en 2010) et jusqu’au président du « FN jeunesse » (Rochedy) qui publie en 2010 « Le marteau. Déclaration de guerre à la décadence moderne ».

Cette idéologie franchouillarde a fondé tous les dérapages historiques sur les genres et expressions culturels émergents de l’aversion initiale du jazz à celui aujourd’hui du hip hop ou du rap (toutes musiques de métèques), en passant par le rejet constant de l’art contemporain, art dégénéré et de la décadence.

Le projet du FN de 2013 pour la Culture ne dit pas un mot de l’art contemporain ! Si vous ne comprenez rien à l’art contemporain et si vous ne voulez pas vous couvrir de ridicule et d’une honte ineffaçable quand vous aurez fini de lire ce paragraphe, dites que vous n’aimez pas, car cela chacun a le droit, mais ne dites pas que c’est de la « m…. », de la dégénérescence ou de la décadence, car alors vous rejoindrez Goebbels qui avait organisé pour Hitler, en 1937, un exposition réunissant les plus grands peintres vivants de l’époque (Picasso, Chagall, Nolde, Kirchner) intitulée… « l’Art dégénéré »… Franchement qui sont les dégénérés, les exposés ou les exposants ?

b) Ensuite, notre conception républicaine de la Culture a été mise en danger dans les villes qui ont été gérées par le passé par le FN entre 1995 et 2002

Dans ces villes les incidents se sont multipliés que ce soit à Orange, Toulon, Marignane ou Vitrolles par des suppressions de subvention aux institutions qui ne plaisaient pas, des interventions politiques réalisées dans les choix artistiques ou les choix des ouvrages des bibliothèques publiques, des fermetures de structures culturelles ou des limogeages de personnes non conformes au modèle culturel du Front national (le supplément Culture du Journal Le monde daté du 22 mars dernier en fait l’historique complet).

On ne peut pas dire qu’on n’a pas eu de précédents : ils existent, sont connus et sont consternants. Ceci explique et justifie les réactions des personnalités du monde culturel, qui, elles, contribuent au rayonnement de la France autrement mieux que les ténors du Front national qui, sur ce sujet là comme sur d’autres, ne font que rabaisser notre pays.

c) Notre conception républicaine de la Culture est menacée par les déclarations les plus récentes de certains dirigeants du FN, malgré les dénégations officielles et le « vernis de Marine » bien policé, et on ne peut qu’être très inquiet et stupéfait par leur caractère rétrograde.

Quelques exemples parmi d’autres. Philippot a publié un pamphlet sur le site du FN contre le Fonds régional d’art contemporain de Champagne Ardennes le qualifiant « D’écrin pour de la merde » et le candidat FN à la mairie de Reims parle lui de « pseudo œuvres qui pourraient être réalisées par un enfant de cinq ans, voire une animal auquel on aurait mis de la peinture sur les pattes et la queue ». Le sieur Gollnish, président du groupe FN au conseil régional de Rhône-Alpes parle lui « d’art dit contemporain », propose « d’arrêter de financer le glauque et les escrocs » et parle de « mafia des cultureux ».

Certains candidats du FN souhaitent même que la population choisisse elle même la programmation artistique des institutions culturelles, sans doute pour que les gens ne voient, ou n’entendent, pas autre chose que ce qu’ils ont déjà sur les chaines de TV les plus médiocres ! En fait, par démagogie populiste, tous ces dirigeants érigent en politique publique des propos de buvette de stade ou de café du commerce. Sans doute n’aiment ils pas la Culture… car ils détestent tout ce qui leur est étranger.

La conception du FN en matière culturelle est la négation même de la création contemporaine, de l’idée d’avant garde et de progrès et, donc, de toute évolution artistique et, ce, au profit d’une culture fossilisée sur son passé par trouille de la modernité, insupportable pour tous les réactionnaires. Incontestablement, les cadres du Front national restent imprégnés de l’idéologie passéiste et autoritaire de l’extrême droite et elle se révèle au grand jour dans le domaine culturel car cette matière, par sa nature, s’y prête admirablement. Cette idéologie constitue toujours l’ossature intellectuelle du Front national malgré le vernis gestionnaire derrière lequel il tente de se masquer.

En conclusion, les idées du FN en matière de Culture illustrent aussi le caractère non républicain de ce parti. Caractère que l’on a vérifié également en matière d’immigration et de situation des étrangers en France où ce parti formule des propositions contraires au Pacte républicain car discriminatoires (préférence nationale et traitement discriminatoire des étrangers régulièrement présents sur le territoire national).

Le FN est un parti légal au sens où il n’est pas interdit par la loi et il est admis à concourir à l’expression démocratique, notamment par les élections. Mais, un parti peut être légal sans pour autant s’inscrire dans le Pacte républicain au regard de ses idées et de son programme. Dans ce cas il n’est pas républicain. C’est simple, non ? Si on n’est pas de mauvaise foi, on ne confond pas les deux.

Ce distinguo (légal/républicain) n’est pas réservé au Front national et d’autres exemples existent ou ont existé. C’est le cas des mouvements qui souhaitent le retour de la Royauté en France et ce serait le cas d’un mouvement qui souhaiterait lui aussi l’abandon de la République pour instaurer par exemple un Etat religieux.

Dans les deux cas, s’ils respectent le droit applicable en matière de fonctionnement des partis politiques, ils ne se font pas interdire et ils sont dès lors « légaux », mais ils ne peuvent être qualifiés, à l’évidence, de parti, ou mouvement, républicain (1).

Qui le soutient pour un mouvement royaliste ? Qui peut dès lors le soutenir pour le FN compte tenu de ses positions non républicaines ? En l’état du droit, notre démocratie ne confond pas, et distingue bien, les deux appréciations sur la «légalité d’un parti» et celle de son «caractère républicain» car nous sommes une démocratie ouverte et, ce, jusqu’à admettre ceux qui la conteste dès lors qu’ils respectent la légalité et les règles posées pour l’expression des idées politiques.

On le voit bien, sans diaboliser, il faut sans relâche expliquer ce qu’est réellement le FN, ses idées et son programme et surtout ne pas les banaliser comme le font actuellement lamentablement un certain nombre de médias. Il faut, au contraire de ce qui se fait de plus en plus, dire haut et fort ce que le Front National et ses idées ont de honteux au regard des principes républicains.

Il n’y a aucune raison d’abdiquer nos principes, d’autant plus que, depuis vingt ans au moins, l’expression du suffrage universel s’est avilie avec l’aide de la médiocrité des médias, et de leur veulerie pour faire du scoop. Réaffirmer, sans jamais faiblir, nos principes et dire à ceux qui les piétinent que c’est vil et honteux est désormais une exigence fondamentale qui relève de l’éthique républicaine et on s’y tiendra rigoureusement dans ces colonnes… sans aucun compromis possible.

(1) Dès lors se pose la question de la dissolution des mouvements ou partis non républicains (Cf. l’article en rubrique « Archives » sur « Faut il dissoudre le Front national ») 

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