Mais où nous mènent les médias ?

(Article paru dans DECODA n°16 et mis à jour depuis)

Les médias transforment notre démocratie en une simple démocratie de l’Opinion par leurs multiples sondages, par leurs indices de ceci, leurs micros trottoir de cela et autres questionnements débiles pour le « Grand Soir 3 ». Vous l’avez vous aussi remarqué d’ailleurs, le seul grand soir qui nous reste, c’est le « Grand Soir 3 », on est bien malade…

En mettant en scène permanente et continue, le sieur Pecus, de son prénom Vulgum, les médias pervertissent en fait l’idée assez noble d’opinion publique en tant qu’expression démocratique. Les médias, notamment audiovisuels, et leurs complices sondeurs, poussent en effet la démocratie à sa caricature en instaurant, sans aucun mandat, une démocratie directe et permanente, dans laquelle, comme chaque bulletin dans l’urne, toutes les opinions se valent.

Mais, s’il faut l’admettre comme un bienfait de l’histoire pour les urnes et pour des échéances électorales bien identifiées, comment le comprendre et l’admettre pour gouverner au quotidien une société de plus en plus complexe. Cela n’est pas possible.

Pourtant c’est bien le cas de cette démocratie « médiatisée » dans laquelle l’opinion de celui qui ne sait rien semble valoir autant que celle de celui qui sait. Voire même certainement beaucoup plus, vu les forces en présence.

En plus, la contemplation de soi, le narcissisme ambiant et le culte de l’image font le travail de légitimation. Le sommet de bon nombre de benêts n’est il pas, sans aucune pudeur, de se voir sur le petit écran, au besoin en déballant tout de son intimité ou de celle de ses proches ? Alors vous pensez bien, l’avis du coin de rue, du café du commerce, de la buvette du stade ou de celle du Théâtre des Champs Elysées prend alors toute son importance.

Combiné à la « superficialité abyssale » des chaines d’infos en continu, où des pseudos journalistes, pérorent en faisant mine de savoir tout de sujets dont en fait ils ne savent rien, nous nous enfonçons chaque jour davantage dans la soupe de la bêtise…

Caricature de démocratie que celle de la société de communication et des médias. Et qui dit caricature, dit chansonnier pour le genre oral. C’est bien connu ! De plus en plus de journalistes audiovisuels ont en effet une approche de chansonnier, observez les… Ils ricanent de tout s’agissant de la classe politique, de tout tant rien ne trouve grâce à leurs yeux; tout est approché de manière cynique ou dérisoire. Ils légitiment ainsi leur propre pouvoir comme tous les cyniques qui, ne maîtrisant rien sur le fond des sujets, se bornent à en ricaner en affectant la distance d’une pseudo intelligence.

Le devoir d’informer du 4ème pouvoir ? Ce ne semble être plus, aujourd’hui, que celui de dénigrer les trois autres ! Ils discréditent tout sans jamais pouvoir être remis en cause autrement que par un tribunal et très longtemps après… avec juste un entrefilet en pages intérieures à la différence de l’impact de leur violation de la loi qui fait leur une et leurs scoops juteux.

Alors que l’idée de châtiment pénal à effet dissuasif (de recommencer pour l’auteur de l’infraction et de commettre les mêmes fautes pour le reste du corps social) suppose une proportionnalité entre le plaisir, ou le bénéfice, tiré de l’infraction et la punition infligée par le corps social, qui ne voit que les médias jouissent d’une quasi impunité de ce point de vue entre les bénéfices tirés par eux de leurs violations des lois et les sanctions qu’ils encourent.

En fait ils souhaitent régenter le réel sur leurs plateaux, ou dans leurs colonnes, et faire croire que c’est là qu’on y voit clair, que c’est là que ça se passe, se décide, que c’est là que s’arbitre notre avenir et cela selon leurs modes, l’émotion et le scoop qui compte… Ils incarnent d’une certaine façon  en s’emparant de tout les sujets, et à tout moment, pour exercer leur pouvoir de former « l’Opinion artefact » la négation de la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif, judiciaire), .

Le « bashing », horrible anglicisme témoin d’une époque (pour ne pas dire dénigrement, ce qui est beaucoup moins sexy), avait commencé dans les médias avec Sarkozy en exploitant à outrance ses erreurs, il se poursuit avec Hollande sur un mode démultiplié et avec des attaques personnelles beaucoup plus cruelles. Franchement, comme si Sarkozy était compétent… et Hollande incompétent. Comme si Sarkozy était la volonté faite homme et Hollande l’indécision. Qui peut croire à des crétineries pareilles ?

Et puis, en prime, il y a les « médias voyou » qui, comme Closer violent délibérément la vie privée (et bien d’autres avec lui et tous leurs complices qui reprennent comme des infos celles volées sur les vies violées), avec la complicité active de tous les voyeurs qui y prennent plaisir. Ca me rappelle l’affaire Strauss-Kahn, pour laquelle nos chaines d’infos en France qui n’ont pas le droit de montrer des personnes arrêtées et menottées, nous montraient les images des chaines américaines diffusant à tire larigot des images de Strauss-Kahn menotté en nous disant que ce n’est pas chez nous qu’on verrait des choses pareilles… La présentatrice de la chaine de service public s’appelait CG.  Comment vous appelez ça vous ? Moi j’ai un nom, mais il ne s’écrit pas…

Ils se font condamner par les tribunaux à répétition comme je vous l’avais annoncé pour Closer et la violation de la vie privée du Président, mais ils continueront, n’en doutez pas ! Impunité politique garantie pour tous, moyennant quelques milliers d’euros d’amendes ou de dommages et intérêts et quelques lignes d’infos, après des pages entières d’immondices…. Et pourtant… ça marche !

Et puis, il y a France 2, la TV soi-disant de service public, en fait obligatoire puisqu’elle est financée par une redevance prélevée comme un impôt dès lors que vous avez un récepteur… Le service de la soupe de 20H y est assuré tous les jours ou presque par le sinistre Pujadas qui, en prime, offre à Marine Le Pen, comme si c’était normal avec son air bien content de lui, plus de deux heures de direct… juste après les municipales et pour commencer à bien préparer les européennes, puis la suite…

Ils n’ont eu de cesse, tous ces médias, d’annoncer une victoire du FN aux municipales, puis ensuite de nous dire qu’elle avait eu lieu et qu’elle était sans précédent alors que ce parti de la honte ne fait que reproduire, peu ou prou, ses résultats de 1995 avec un peu plus de mille conseillers municipaux en France. Quel ras de marée ! 11 communes sur 36000, 1200 conseillers sur 400000 ! 10% du corps électoral lors de européennes pour le FN (car 25% de 40% font 10%), c’est un tsunami ! Ah les ânes…

Mais, il faut bien qu’ils continuent à banaliser le FN, pour tenir le scoop en haleine, car la Marine, comme le Georges Marchais il y a quarante ans, ça fait bien vendre de la page de pub. On la sent bien, leur envie sue à l’écran, ils aimeraient tant avoir un autre 21 avril 2002 en 2017, c’est tellement plus rigolo et plus juteux ! Leurs sondeurs  d’ailleurs à vous prennent le fion pour y trouver Marine, 2ème au premier tour dans trois ans ! C’est y pas beau, Mme Soleil ?

C’est à vomir tout ça car ils participent très activement à la banalisation des idées du Front national et à la montée du populisme Après, ils peuvent commenter, d’un air même plus navré, le dernier sondage où 26% de français désormais admettent leur racisme. Comment s’en étonner, ils ont fait le boulot ces tristes sires ! Alors, que faire ? Se battre contre toute cette bêtise. Dire haut et fort ce que c’est que l’abomination FN et faire honte, de nouveau, à ceux qui la fréquentent.

De plus, ne surtout pas se laisser enfumer par l’idéologie de la liberté absolue de la presse et des médias. Rappeler, avec Montesquieu en son temps pour les trois pouvoirs législatifs, exécutif et judiciaire, que les pouvoirs doivent toujours être séparés et cantonnés les uns par les autres dans leur exercice. Sinon, une Nation n’a pas de Constitution démocratique. Dire ainsi qu’aujourd’hui le quatrième pouvoir, les médias (y compris Internet, ses réseaux dits sociaux, et son état de non droit), ne sont pas cantonnés dans leur exercice, et génèrent un régime qui n’est plus la démocratie équilibrée telle que l’a conçue le siècle des lumières.

Ce n’est pas non plus un régime républicain car il n’en défend pas les valeurs. Dites moi quel journaliste de l’audiovisuel s’est, à l’antenne, interrogé sur le caractère républicain ou non du Front National ? Lequel d’ailleurs fait la différence entre légal et républicain ?

Le quatrième pouvoir n’a quasiment plus de borne… Animé par le scoop et l’émotion, comme vecteurs de la recherche du profit par les entreprises de presse, et porté majoritairement par des gens peu fréquentables, quand ce ne sont pas purement et simplement des bandits du type Closer, ce régime est un despotisme de type nouveau.

Le régime médiatique est un despotisme de la transparence et de la médisance qui broie tout, et notamment les individus qui, au premier motif, ont cessé de plaire. C’est un totalitarisme. En plus, il est stupide car il scie la branche sur laquelle la démocratie, la vraie, l’avait assis.

Mais Narcisse peut continuer tranquillement à s’y contempler…

C’est le principal pour lui car il ne se fait même pas peur quand il se voit. Et pourtant…

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