Par ici la sortie…

 

Face au fatras, pour ne pas dire pire, des revendications disparates des gilets jaunes et après quatre semaines de conflit et de violences tous azimuts[1], que peut faire le chef de l’Etat, président de la République, pour nous sortir de ce foutoir dans lequel avec ou après d’autres il nous a peu ou prou plongés ? Que va t-il donc pouvoir décider et annoncer ?

 

Ce qu’il ne peut pas décider et annoncer

Il ne peut pas en rester aux mesures déjà proposées par son Premier ministre qui ont été engrangées sans contrepartie par les gilets jaunes et qui ne sont pas jugées suffisantes, alors même qu’elles satisfont les demandes initiales d’un mouvement fondamentalement d’automobilistes. Mouvement qui, en effet, se revêt d’un de leurs attributs le plus visible (le gilet jaune),  en occupe un des lieux symboliques (le rond point) et détruit les instruments qui le contraignent (les radars) dans sa soif éperdue de liberté de rouler comme bon lui semble[2].

Macron ne peut pas démissionner même si on le lui demande partout sur l’air des lampions ou de la lanterne. Inacceptable que de soumettre après 18 mois, alors que le mandat démocratique est de cinq ans, au contreseing permanent des mouvements sociaux et à la rue le verdict résultant d’élections libres. Et franchement, sauf pour des gilets cintrés, quel forfait a-t-il commis qui le justifierait ? S’il démissionne autant le dire, c’en est terminé de l’actuelle République et toute possibilité de gouverner la cinquième, ou sixième, puissance économique mondiale. Sauf s’il est devenu fou, il ne démissionnera donc pas.

Il ne peut pas non plus céder aux revendications d’augmentations généralisées (et dans les proportions lourdes revendiquées) des minima sociaux, des salaires et des retraites même si elles pourraient apparaître justifiées. En effet, nous sortirions alors des clous de sa rationalité économique. Je dirais qu’il est de ceux qui entend ne redistribuer, et encore pas assez, que les richesses qui ont été créées. Il ne pourra donc satisfaire les demandes de revalorisation économique et sociale à la hauteur des espoirs fous des uns et des autres. Rappelons d’ailleurs que si le gouvernement décide du montant du SMIC, il ne décide pas de la revalorisation généralisée des salaires qui relève d’un éventuel accord entre partenaires sociaux. Même en 1968 ce sont les accords de Grenelle entre ces partenaires qui en ont décidé, pas le Gouvernement ni le Général.

Il ne peut pas renoncer purement et simplement à ses convictions et à son programme de réformes nationales, européennes et internationales pour adopter le programme de ses adversaires politiques qu’ils soient insoumis, frontistes de l’ex-FN ou encore plus libéraux que lui (comme le PR de L. Wauquiez). Il faut être débile pour le lui demander en espérant être suivi.

En outre, on sait déjà que les coups de pouce qu’il pourrait proposer dans une mesure compatible avec son option politique de favoriser, pour l’emploi, la compétitivité des entreprises françaises, seront jugés à tous coups insuffisants par les gilets jaunes sur le mode déjà entendu du « On ne fait pas l’aumône » ou « Manu garde tes miettes ! ».

Il ne peut pas non plus accéder à la demande de suppression de l’Assemblée nationale et/ou du Sénat pour entrer de plain-pied dans une démocratie directe remplaçant la démocratie représentative qui est notre régime politique depuis bientôt deux siècles. La cinquième, ou sixième,  puissance mondiale ne va pas se laisser inféoder par une démocratie directe généralisée, a fortiori fut-elle de points ronds.

L’article 3 de notre Constitution rappelle d’ailleurs notre choix du régime représentatif et non pas de la démocratie directe. Cet article prévoit que même si le Peuple est le titulaire de la souveraineté nationale il exerce sa souveraineté par la voie de ses représentants. Certes il  peut exercer une part de démocratie directe par la voie du référendum  y compris depuis la réforme de 2008 par le référendum d’initiative populaire.  Cet article 3 rappelle aussi l’interdiction faite à toute section du peuple ou tout individu de s’attribuer l’exercice de cette souveraineté. Ce qui est la définition de la sédition laquelle conduit au poteau d’exécution en cas de guerre civile.

 

Alors que reste t-il ? Que lui reste t-il ?

Avec quelques mesures institutionnelles du type amélioration du référendum d’initiative populaire[3], ce qui est important mais pas l’essentiel des enjeux pour les gilets jaunes, et de mesures d’améliorations économiques et sociales qui seront considérées comme des miettes, sans même parler de grandes messes de concertation sur le système fiscal, le Président de la République, ne sauve pas son quinquennat et sa politique de réforme pour les trois ans qui viennent.  Avec de la pure « com » sur une nouvelle méthode non plus.

Il ne semble disposer que d’une seule arme s’il entend sauver son quinquennat et son programme politique. Une seule, pas deux et il faudra qu’elle marche le mieux du monde. Dans tous les autres cas, il est plié, rétamé, mort politiquement et avec lui sa volonté de réforme. Comme il m’étonnerait qu’il entende être inerte ces trois prochaines années,  je le suppose assez intelligent pour s’en rendre compte.

Pour cela, il lui faut revenir devant les électeurs pour faire conforter à nouveau par les urnes, et contre la rue, son programme politique. Comme De Gaulle fin mai 1968. C’est son seul espoir. Il ne peut démissionner comme on l’a dit car, alors, s’il advenait qu’il se représente, le scrutin se centrerait contre sa personne. Il ne peut non plus pour le même motif faire un référendum (en plus sur quelle question ?). Il ne lui reste donc, s’il souhaite un électrochoc, que l’arme massue de la dissolution de l’Assemblée Nationale pour jouer son va-tout.

Les inconvénients en sont nombreux et le danger existe pour la majorité actuelle. Mais de quelle autre solution dispose le Président s’il souhaite ne pas se limiter à des miettes qui n’arrêteront pas le mouvement des gilets  jaunes, ni la violence démente qui se répand sur notre sol ?

Dissoudre serait le seul moyen de solliciter le pays dans son ensemble et pas seulement 130 000 gilets jaunes qui,  avec le soutien des médias, s’accaparent la qualité de peuple alors qu’ils n’en sont qu’une frange. Que risque le président à dissoudre l’Assemblée nationale ?

Une cinquantaine de députés gilets jaunes élus comme avec Poujade sous la quatrième République ? Et alors, cela leur fera le plus grand bien de tâter de la démocratie représentative.

Une cohabitation si la La RM n’était plus majoritaire, ce qui est à craindre ? Avec qui ? En l’état des forces politiques du pays, personne ne sera en mesure de gouverner seul. Il faudra une coalition majoritaire.

Une coalition est impossible entre Insoumis et le RN de Le PEN,  car nous ne sommes pas l’Italie (et Mélenchon n’est pas Pépé Grillo). Une coalition est possible à gauche mais elle ne sera jamais majoritaire. Une coalition majoritaire est donc  seulement envisageable entre les centres, gauche et droit, et la droite républicaine.

Belle victoire pour les gilets jaunes qui risqueraient ainsi la vraie purge libérale qui les suivra certes peut-être sur la baisse des impôts et des taxes, pour ceux d’entre eux qui la souhaitent, mais pas sur les améliorations de pouvoir d’achat qu’ils attendent à des hauteurs que la droite libérale, pas plus que Macron aujourd’hui, ne sera en mesure, ni n’aurait même envie, de leur offrir. En effet, ces améliorations induiraient, outre le risque d’affaiblissement économique, la sortie de l’Union et de l’Euro. Seuls des populistes peuvent le promettre et ensuite ne pas le tenir.

Il reste  en conséquence à E. Macron d’avoir une bonne intelligence de la situation.

Préfère t-il voir son quinquennat  se terminer dans l’inertie et l’inaction les plus médiocres pendant trois ans en survêtement devant la TV, ou le jouer à quitte ou double ?  C’est la question à laquelle il doit répondre.

 

 

 

Notes de bas de pages

[1]Contre les forces de l’ordre, contre les personnes civiles, les adversaires politiques devenant chez le neuneu moyen des réseaux sociaux un ennemi soumis à l’invective, l’anathème, à l’excommunication,  à l’insulte et à l’injure quand ce ne sont pas les menaces de violences physiques ou de mort…  et même entre militants du mouvement

[2]Dans une logique similaire à celle du droit d’être armé aux USA, ici l’automobiliste revendique le droit de ne pas être « emmerdé »

[3]Référendum d’initiative populaire dont les conditions de mise en œuvre sont actuellement trop restrictives et que nous pourrions rapprocher de celles de la Suisse pour qu’elles aient une portée opérationnelle réelle et satisfasse le besoin de démocratie directe qui s’exprime ; actuellement en application de l’article 11 de la Constitution, il faut un nombre de signature représentant 10% du corps électoral alors qu’en Suisse ce ratio est de 2% ; on passerait ainsi de 4,5 millions de signature à 900 000 signatures

 

 

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