Rapport : Pour une nouvelle utilité publique de l’architecture, juillet 2009

 

Thierry TUOT

Conseiller d’Etat

François BRAIZE

Inspecteur général des affaires culturelles

Michel BRODOVITCH

Inspecteur général de l’équipement

 

Juillet 2009

 

                                                                 

 

SOMMAIRE

 

Introduction 

Première partie : Constats 

I – Un constat extrêmement préoccupant   

    I-1. L’état très préoccupant du cadre de vie des français

    I-2. Le cadre légal et réglementaire actuel ne fournit pas   les réponses appropriées

II- La situation dégradée de la profession d’architecte en France

    II-1. Des comparaisons internationales peu favorables à notre pays

    II-2 . Une maîtrise d’œuvre éclatée entre de multiples intervenants et au sein de laquelle les architectes ne peuvent jouer le rôle qui devrait être le leur

    II-3. Une profession en voie de paupérisation, une image incertaine, un rôle méconnu

    II-4. Des atouts incontestables qu’il convient, dans l’intérêt général, de mieux employer

III – Les défis à relever conduisent à reconnaître une nouvelle utilité publique à l’architecture

    III-1.   Les nouveaux défis majeurs à relever

    III-2. La réponse : reconnaître une nouvelle utilité publique à l’architecture

 Conclusion

Deuxième partie : Propositions dans le champ opérationnel

 I – Placer l’architecture au cœur des stratégies et décisions d’aménagement et d’urbanisme

I-1. Motifs de la proposition et positionnement

    I-2. Introduire un parti architectural au sein de l’urbanisme réglementaire

    I-3. Poser l’exigence d’une orientation architecturale des grandes infrastructures

 II- Une nouvelle priorité : le recours à l’architecte pour lutter contre la consommation d’espace abusive et la dégradation conséquente des paysages

    II-1. Constat

    II-2. Rôle de l’architecture

II-3. Propositions de réformes

III – Faire de l’architecte la clef d’une alternative à l’urbanisme traditionnel

 IV – Rénovation, modernisation de l’existant : l’architecte garant de la qualité environnementale et de la préservation du patrimoine

 Conclusion

Troisième partie : Propositions relatives aux conditions d’exercice  

I- Une formation initiale aujourd’hui adaptée mais une formation continue à améliorer significativement pour répondre aux enjeux

II – Une organisation et une représentation de la profession à renforcer 

III – Plus d’architectes, plus visibles, disposant de nouveaux outils

 IV – Un Etat exemplaire

 V – De nouveaux moyens pour les collectivités territoriales

 VI – Une recherche appliquée à développer

 Conclusion

 

Récapitulatif des propositions

 

 

Introduction

 Au moment où les auteurs de ce rapport achevaient sa rédaction, la revue « Le Débat » consacrait une partie de sa livraison d’été[1] à d’intéressantes contributions autour de la question d’un retour à la discrétion de l’architecture, quittant le geste architectural, flamboyant produit du « star system », pour une architecture plus discrète, modeste, « donnant la priorité au contexte et à l’invisible négociation avec les contraintes du programme et du site ».

Autant le reconnaître d’emblée, les propos qui suivent refusent de rentrer dans cette distinction : ils reposent sur le refus de la réduction de l’architecture à un geste, créatif, sublime et irresponsable, laissant aux ingénieurs et aux constructeurs le soin subalterne de construire ; comme sur le refus d’une architecture réduite à la portion congrue d’un emballage joli, cantonné à une fantaisie de commande et dissimulée (comme la première !) derrière l’esprit de sérieux des gens qui savent, parce qu’ils font de la science et de la technique, et qu’il faut construire, peu importe quoi. Ils reposent sur des partis pris, qu’il faut exposer ici clairement.

Le premier est celui de la reconnaissance de l’architecture comme un art – avec tout ce que cela exige de compétence, de science, de technique, d’expérience, de rigueur ; ce n’est pas l’art des poètes échevelés (qui du reste écrivaient des alexandrins), mais plutôt celui de la composition musicale la plus savante (qu’on enseignait au Moyen-âge parmi les sciences, entre mathématique et théologie…).

Le deuxième est celui de la reconnaissance de l’architecture comme une discipline, une fonction (sociale), un point de vue, à caractère global, généraliste, non spécialisé. L’architecte intègre, surplombe, enveloppe, assume. Rien ne lui est étranger, ni l’histoire ni le vivant, ni la technique, ni le paysage, ni le fantasme ni la nécessité ; il offre à ceux qui habite autre chose que la fonctionnalité qu’assumait la caverne : un choix, une esthétique, répondant à des besoins mais dépassant la stricte fonctionnalité, intégrant les contraintes physiques ou sociales mais les exploitant. Le summum du talent d’un interprète est de faire croire à la facilité de son interprétation ; de même, le travail de l’architecte, qui concilie et réunit l’ensemble des exigences qu’une construction porte, dans l’espace et dans le temps, et impose in fine son évidence, cachant les mille contraintes de tous ordres qu’il a pu et su fédérer dans une construction devenue soudainement lisible, mais plus encore, vivable.

Le troisième est le partage d’une ambition – qu’on pourra certes trouver naïve ou utopique – pour l’architecture, reposant sur la conviction qu’elle est l’un des chemins par lequel une collectivité peut refuser de subir, informer son destin, décrire son devenir. L’immense complexité du monde moderne et le déclin de l’« agir collectif » ne doivent pas triompher d’une volonté, sociale et politique, de demeurer maitres de nos vies. La nouvelle utilité publique de l’architecture est là, qui inspire ce qui suit.

 

Première partie : Constats

« N’importe quelle traversée du territoire devient un parcours d’obstacles entre une succession de ronds points inutiles et des boîtes métalliques laquées de différentes couleurs, posées à la lisière de zones regroupant des maisonnettes de pacotille. Comme pour émerger de ce chaos, quelques réalisations rivalisent d’audace et d’efforts dans la recherche de « nouveautés » susceptibles de signifier une modernité ou une différence. Le spectacle qu’offrent ces réalisations plus ou moins récentes est celui d’une architecture réduite à des objets isolés, figés, sans autre lien entre eux que les nappes et rubans d’un bitume omniprésent. »[2]

 

Le constat de la dégradation continue de notre cadre de vie est plus que préoccupant, au moins autant par ses causes que par ses effets (I) et la situation des professionnels de la conception susceptibles de contribuer à sa qualité, en particulier des architectes, est en crise (II). Dans le même temps des défis majeurs doivent être relevés en matière environnementale et pour satisfaire le développement de l’offre d’habitat. En conséquence, conformément aux orientations des pouvoirs publics[3], des réponses à la hauteur des enjeux sont aujourd’hui indispensables afin de produire une qualité architecturale, urbaine et paysagère significativement améliorée et, ce, de manière durable; les défis à relever conduisent à assigner à l’architecture une nouvelle utilité publique (III).

I – Un constat extrêmement préoccupant

La situation en France [4] est préoccupante : d’une part en ce qui concerne l’état des paysages urbains et ruraux que des tendances lourdes continueront à dégrader si aucune inflexion significative n’est opérée (I-1), d’autre part le cadre légal et réglementaire aujourd’hui applicable au droit des sols n’est pas de nature, en l’état, ni à lui seul, à fournir les réponses appropriées (I-2).

I-1. L’état très préoccupant du cadre de vie des français

Soulignons d’emblée qu’au rang des réussites françaises les grand pays étrangers saluent et envient, souvent beaucoup plus qu’on ne le fait au sein de nos frontières, la conservation d’un exceptionnel patrimoine bâti non seulement s’agissant de monuments isolés, mais également de tissus urbains, ou de villages ou sites classés.

Mais lorsqu’on s’éloigne de ces monuments ou de ces sites, le constat est accablant et c’est même devenu un lieu commun de dire que les paysages urbains se sont profondément dégradés en France, en particulier dans les « entrées de ville », ou les zones d’activité et d’urbanisme commercial, dont la surface est aujourd’hui largement supérieure à celle des quartiers construits antérieurement lors des trente dernières années. La cause principale de ce phénomène tient à l’insuffisance de conception architecturale, urbaine et paysagère, même si d’autres facteurs interviennent aussi [5] . Ces espaces de piètre qualité ont vocation, n’en doutons pas, à devenir à l’horizon de quelques décennies de nouvelles friches dont notre société ne saura que faire à l’image, mais à une toute autre échelle, des stations-service aujourd’hui abandonnées le long des routes nationales.

De même, des lotissements sans originalité et aux fonctionnalités dégradées s’étendent progressivement, mais inexorablement, sur le territoire à la périphérie des villes. Consommant à la fois de l’espace et de l’énergie, ils présentent un coût social lourd et contribuent à la dégradation des conditions de vie de leurs habitants dans des temps de transport de plus en plus long et coûteux par l’effet de centrifugeuse sociale inhérent au mécanisme du marché du foncier [6].

En outre, l’impératif quantitatif de construction et la captation des marges économiques par des acteurs de plus en plus nombreux dans les processus de construction et d’aménagement, contribuent à inciter à des réalisations médiocres, sinon toujours esthétiquement, du moins dans leur insertion dans le tissu urbain, et aggrave incontestablement la situation.

Quant au paysage rural, il est durablement atteint par la construction de bâtiments d’exploitation agricole sans originalité et que l’industrialisation des matériaux et des procédés de production, ainsi que les nouveaux modes d’exploitation, par leur organisation du travail et les volumes produits, a éloigné des qualités traditionnelles de ces bâtiments, par le passé bien intégrées dans les paysages ruraux. De même, la multiplication en milieu rural, et aux abords des villages, de lotissements de petite taille mitant le territoire contribue aussi à dégrader le paysage des campagnes.

A ces travers déjà nombreux s’ajoutent, notamment par l’effet de l’article 11 des plans locaux d’urbanisme rédigés pour leur immense majorité sur un modèle très frileux, le mimétisme régionaliste des constructions individuelles et, par l’effet de l’intérêt économique de certains acteurs, la diffusion de modèles standards sans originalité. Ces facteurs produisent l’anesthésie quasi complète de toute velléité de création architecturale. Cette situation n’a guère pour seul « mérite » que de contribuer à satisfaire l’aspiration de nos concitoyens à l’habitat individuel, mais dans des conditions extrêmement médiocres dans l’immense majorité des cas.

On ne sera pas plus enthousiasmé par les constructions urbaines issues d’initiatives privées, même si letableau est ici plus contrasté, d’excellentes réalisations apparaissant cependant trop isolées pour remédier au sentiment d’enlaidissement du tissu urbain ou de simple médiocrité.

Enfin, il faut souligner qu’en matière de logement social l’impératif a été le plus souvent, dans l’urgence depuis plus de quarante ans, de donner un toit et du confort aux bénéficiaires successifs des politiques publiques mises en œuvre [7] sans que les préoccupations qualitatives, indispensables pourtant, soient prises en compte. C’est aussi, souvent également, un reproche qui peut être fait à la mise en œuvre des politiques de rénovation, trop souvent purement cosmétiques, sacrifiant également le qualitatif au quantitatif. Ces politiques ne répondent pas, ou trop peu, aux préoccupations fondamentales des français en matière d’habitat et ces derniers, dès qu’ils en ont les moyens s’en détournent pour aller trouver ailleurs ce qu’ils recherchent, notamment dans un habitat pavillonnaire le plus souvent de piètre qualité intrinsèque même s’il répond mieux à leurs aspirations.

En conclusion sur ce point, l’état très préoccupant du cadre de vie dans ses différentes expressions présente un dénominateur commun : l’absence, ou l’insuffisance, de conception qualitative architecturale, urbaine et paysagère que ce soit au plan ponctuel, projet par projet, ou de manière plus générale, pour un territoire donné dans les documents d’urbanisme fixant les règles d’occupation et de gestion des sols.

C’est bien à cette situation globale préoccupante qu’il conviendra de remédier en agissant sur tous les leviers, les exigences du développement durable donnant une amplification très aiguë à des difficultés déjà parfaitement identifiées comme regrettables en elles-mêmes.

I-2. Le cadre légal et réglementaire actuel ne fournit pas les réponses appropriées

 Aux termes de l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture «  la création architecturale, la qualité des constructions, leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant, le respect des paysages naturels ou urbains ainsi que du patrimoine », sont déclarées « d’intérêt public » par la loi.

La logique et la cohérence du régime fixé par la loi du 3 janvier 1977 résultent de cet article 1er qui, ayant déclaré l’architecture, « expression de la culture », d’intérêt public, en tire trois conséquences : une obligation pour les maîtres d’ouvrage de faire appel au concours d’un architecte dans les conditions et limites que la loi fixe, la création dans chaque département d’un Conseil en architecture, urbanisme et environnement (CAUE) pour aider et informer le public notamment en deçà des seuils et, enfin, la réglementation de la profession d’architecte, organisée autour d’un ordre professionnel à l’instar en France d’autres professions pour lesquelles un intérêt public et des considérations d’ordre public (en l’occurrence la sécurité des consommateurs) peuvent entrer en jeu.

Ainsi, cette loi a instauré l’obligation de recours à l’architecte pour établir le projet architectural faisant l’objet de la demande de permis de construire, tout en prévoyant une exception à cette obligation au profit des personnes physiques déclarant vouloir édifier, ou modifier, pour elles mêmes des constructions de faible importance dont les caractéristiques, et notamment la surface maximale de plancher, devaient être déterminées par décret en Conseil d’Etat [8].

En corollaire, la loi avait prévu, en dessous des seuils dont le principe était ainsi fixé, l’intervention obligatoire du CAUE, structure départementale associative dont elle a créé la catégorie, au profit des personnes physiques bénéficiant de l’exception au recours obligatoire à l’architecte pour les constructions de faible importance au sens de la loi.

L’ensemble était donc cohérent [9] et avait pour but de favoriser les objectifs que l’article 1er de cette loi avait déclarés d’intérêt public.

En deux étapes ce dispositif a été rapidement mis à mal.

D’abord, le décret d’application du 3 mars 1977, modifié pour la dernière fois en 1979 [10] a prévu des seuils très élevés (170m² de Shon pour les constructions non agricoles et 800 m² pour les constructions agricoles), par rapport à ce que pouvait laisser penser le texte législatif qui avait visé les constructions de faible importance. L’intention du législateur ne pouvait être d’exclure la quasi intégralité des constructions individuelles ; or ce fut le cas par l’effet de ce décret d’application.

Ensuite, en décembre 1981, pour d’autres motifs que ceux ayant conduit à édicter des seuils élevés, l’intervention obligatoire des CAUE en dessous des seuils fut supprimée par le législateur, achevant ainsi de mettre à mal la cohérence du dispositif de 1977 [11]. Depuis lors, les gouvernements successifs n’ont pas su, ou pu, régler les questions ainsi nées des brèches ouvertes dans le dispositif de la loi de 1977 [12].

Le marché de la maison individuelle fut, ainsi, grandement libéré de la « contrainte » du recours obligatoire à l’architecte, avec les suites que l’on connaît sur la qualité des constructions. Les architectes se sont largement absentés de ce marché, alors que celui-ci, progressivement, avec celui de la réhabilitation, pour lequel la loi n’avait pas prévu l’intervention d’un architecte, allait devenir dominant.

Le législateur dut intervenir, en 1990, pour protéger la sécurité des consommateurs (loi n°90-1129 du 19 décembre 1990 relative au contrat de construction d’une maison individuelle), mais cette loi, très faiblement protectrice du point de vue de la qualité architecturale et paysagère, est, en tout état de cause, mal appliquée. Cette situation a également conduit la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbain), du 13 décembre 2000, à poser le principe du volet paysager des lotissements, dont le décret d’application n’a marqué aucun progrès concernant l’intervention de professionnels qualifiés (architectes et paysagistes).

Le cadre législatif et réglementaire applicable à la construction neuve n’est donc pas de nature aujourd’hui en France à produire les réponses qualitatives attendues eu égard aux besoins de conception et aux enjeux qualitatifs. Or, c’est bien, selon toutes les études, près de 70% du marché de la construction qui s’effectue en France sans architecte[13].    

 S’agissant d’autres domaines que la construction neuve (réhabilitation des constructions existantes [14], projets d’urbanisation, aménagement de zones d’activité, lotissements) le cadre législatif et réglementaire applicable ne prévoit pas l’intervention des architectes pour leur conception. De même, aucune obligation n’existe aujourd’hui de faire appel à des professionnels de la conception lors de la préparation des documents d’urbanisme par les collectivités territoriales.

Le cadre d’emploi des agents de ces dernières ne dispose pas, d’ailleurs, de corps d’accueil spécifique pour les architectes à la différence de ce qui existe pour l’Etat (corps des architectes urbanistes de l’Etat), ou dans d’autres pays européens comme l’Espagne.

En résumé, le cadre législatif et réglementaire existant aujourd’hui en France est lacunaire quant à l’exigence d’intervention des professionnels de la conception dans les processus de construction, ou d’aménagement, et dans la préparation des documents d’urbanisme. Ces derniers se sont perfectionnés et améliorés au fil du temps, le PLU devant l’expression (en principe) de choix tactiques de développement à l’échelle (inter)communale, inscrits dans les grands desseins que trace le SCOT, lui même éventuellement structuré par les grandes lignes d’une DTA. Mais l’innovation de grande portée qu’a été la création du PADD (Projet d’Aménagement et de Développement Durable) n’a rien changé, ou à peu près pour des motifs qu’il serait trop long de rappeler ici, à l’architecture issue de l’urbanisme réglementaire. Tant est si bien qu’aujourd’hui la France forme, dans un dispositif d’enseignement supérieur public professionnalisant de qualité, des architectes pour lesquels depuis trente ans on n’a pas su assurer, ni même maintenir, à un niveau satisfaisant l’intervention dans les processus de construction et d’aménagement au regard de l’objectif de qualité dont chacun bien sûr, par ailleurs, déplore la dégradation, voire la disparition. Remédier à ce hiatus – un pays, des collectivités, qui pensent leur développement et ne se représentent pas les constructions, qui naissent sans avoir été voulues – est un des enjeux de ce rapport.

II- La situation dégradée de la profession d’architecte en France

En France, la situation des architectes situe notre pays en queue de peloton des pays européens (II-1), leur situation professionnelle est difficile du fait de l’éclatement de la maîtrise d’œuvre (II-2), leur image est incertaine et l’intérêt de leur rôle méconnu (II-3), alors même que cette profession, que l’on peut craindre en voie de paupérisation, dispose de nombreux atouts (II-4).

II-1. Des comparaisons internationales peu favorables à notre pays

 L’étude réalisée pour le compte de l’Architects’ council of Europe par le Cabinet « Mirza and Nacey Research » sur trente deux pays [15] fournit de nombreux enseignements extrêmement intéressants.

En premier lieu, l’analyse montre que, sur les 32 pays analysés, la France se situe dans la partie très basse du palmarès en nombre d’architectes par habitant.

En effet, avec 0,5 architecte pour 1000 ha, la France se situe nettement en dessous de la moyenne européenne (0,8 architecte pour 1000 ha en moyenne des 32 pays) dans le cadre d’une fourchette qui va de 0,2 (la Slovaquie) à 2,1 (l’Italie) en passant par dix pays supérieurs à 1 architecte pour 1000ha. Ainsi, 18 pays sur les 32 étudiés se situent devant la France et 26 devant elle, ou à égalité avec elle.

En clair, seul six pays sur les 32 étudiés ont un plus mauvais résultat que le nôtre en nombre d’architectes par habitant; il s’agit de six pays dits de l’ancien bloc de l’est.

Pour affiner leur pertinence et leur intérêt, ces éléments statistiques doivent être mis en relation avec l’importance du marché de la construction dans chacun des pays analysés par l’étude.

A cet égard, notre pays est le second pays sur les 32 pour l’importance de ce marché après le Royaume-Uni. Ce point renforce le caractère extrêmement défavorable de la situation française située, comme on l’a vu, dans les dernières en nombre d’architectes, et en même temps presque la première pour le marché qui est susceptible de leur être ouvert.

Autre caractéristique significative de la situation française, la répartition du travail des architectes français entre « private housing » (logement privé), « commercial et other private » (constructions commerciales et autres hors logement) et « public » (constructions publiques) – selon les trois catégories retenues par l’étude – place la France en dernière position pour les deux premières catégories cumulées et nettement en tête pour la troisième. A la différence de leurs collègues européens, les architectes français pénètrent moins le marché de la construction privée et bénéficient de manière plus importante que leurs collègues de commandes publiques. On voit là le reflet d’une idiosyncrasie française : l’architecture (et l’architecte) est pour le roi, le prince, le noble, aujourd’hui l’Etat, les pouvoirs publics, mais pas pour le particulier, qui le croit inaccessible ou le juge inutile, au pays du système D où d’ailleurs l’habitat rural si typique qui informe encore pleinement notre goût et nos aspirations, n’a pas été bâti sans concepteur, mais parait l’avoir été sans architecte…

En ce qui concerne les revenus tirés de l’activité, la France n’est en tête, avec le Royaume-uni et le Danemark, que pour les agences dont les effectifs sont supérieurs à 10 personnes. En revanche, elle est en dessous de la moyenne des revenus pour les architectes travaillant seuls et l’on sait qu’ils sont très nombreux dans ce cas en France. En terme de profits (hors charges et coûts) les architectes français se situe en queue de peloton quels que soient les effectifs des agences[16]. Si l’on s’intéresse aux chiffres à l’export, 12 pays sur les 17 étudiés de ce point de vue, font de meilleurs résultats à l’export en termes de revenus générés par l’activité de leurs architectes nationaux au delà de leurs frontières et la France se situe nettement en dessous de la moyenne, soit 3,9% du chiffre d’affaires de la profession pour la France, alors que la moyenne pour les 17 pays est de 6%.

Enfin, lorsque l’étude établit, au regard d’un certain nombre de critères, le « top five » des 32 pays étudiés, notre pays n’apparaît pas dans les cinq meilleurs que ce soit au regard du nombre des architectes, de la hauteur des revenus dégagés ou du niveau de satisfaction.

Il est, en revanche, premier au regard du taux de féminisation de la population des architectes. Il est cinquième pour la proportion d’architectes travaillant à l’export. Il est quatrième, après l’Italie, l’Allemagne et le Royaume-Uni pour l’importance financière du marché de l’architecture, ces trois premiers pays présentant néanmoins des résultats respectivement cinq fois, quatre fois et trois fois supérieurs aux nôtres de ce point de vue.

Les résultats de ces comparaisons internationales sont édifiants et corroborent le constat de la dégradation de la situation de l’architecture et des architectes en France et peuvent être légitimement mis en relation avec la dégradation de la qualité de notre cadre de vie, qu’il soit urbain ou rural. Même si l’on ne peut, à l’évidence, y voir la seule cause, il faut agir sur elle : non pas tout attendre de l’architecture, mais se mettre en position d’obtenir d’elle tout ce qu’elle peut donner à une société.

II-2 . Une maîtrise d’œuvre éclatée entre de multiples intervenants et au sein de laquelle les architectes ne peuvent jouer le rôle qui devrait être le leur

 Nombreux sont les interlocuteurs rencontrés par la mission qui ont souligné leurs regrets de voir la maîtrise d’œuvre s’être complexifiée à l’excès dans un désordre peu discutable.

Sans même considérer ici la multiplication récente des obligations de diagnostics de toutes natures qui se sont progressivement ajoutés, sans véritable dispositif de certification, sinon, le plus souvent, auto proclamé, ni coordination véritable des intervenants, il faut bien relever qu’au schéma classique « un maître d’ouvrage, un maître d’œuvre, un entrepreneur », schéma simple et clair, s’est progressivement substitué un schéma extrêmement complexe éclatant désormais la maîtrise d’œuvre sur de très nombreux acteurs [17] , mais tendant aussi, puisque certains de ces acteurs empiètent sur l’amont ou l’aval de la maîtrise d’œuvre, à rendre plus floues les frontières entre les trois fonctions sus indiquées et à rendre moins lisible un dispositif dans lequel l’architecte ne peut qu’avoir beaucoup de mal à jouer son rôle d’ensemblier [18].

Cette évolution de la maîtrise d’œuvre a compromis le positionnement normal de l’architecte qui ne peut plus jouer le rôle qui lui est dévolu par la loi et qui justifie l’existence d’une profession réglementée, garante de l’intérêt public attaché à l’architecture et au cadre de vie, tel que défini par l’article 1er de la loi de 1977.

En outre, les architectes qui occupent une place à part dans les professions de la maîtrise d’œuvre de part le caractère généraliste et transversal de leur vocation en raison de leur rôle de conception, ont vu, en moins de trois décennies, leur profession être frappée par une évolution de la commande et du marché qui leur a été défavorable pour trois motifs principaux.

A cet égard, les droits exclusifs confiés aux architectes par la loi se sont avérés être une garantie illusoire compte tenu de l’importance des dérogations et du non respect de ces droits exclusifs ou de leur détournement. En outre, la diminution en part relative du volume des marchés traditionnels (construction neuve) a appauvri la profession dans son ensemble et, enfin, la complexification de la construction et de la maîtrise d’œuvre a contribué à recentrer l’intervention des architectes sur la mission de conception, voire à les cantonner à la préparation du permis de construire pour des projets préétablis.

De même, le « droit de suite » donné aux architectes par la loi de 1977 pour s’assurer que les documents d’exécution et les réalisations respectent le projet architectural est souvent privé de toute portée, même parfois lorsque le contrat prévoit une mission complète.

En effet, les difficultés liées à la complexification de la maîtrise d’œuvre et de la construction, ainsi que l’inadéquation des modalités de rémunération de cette activité, obligent trop souvent l’architecte à se cantonner à l’établissement du projet architectural.

Pourtant, on y reviendra (Cf. Troisième partie, III), il serait d’intérêt général, au regard même de cette complexité dans laquelle le maître d’ouvrage se perd, mais aussi au regard des exigences nouvelles liées au développement durable, que ce rôle de concepteur – généraliste ensemblier – reprenne toute son importance tant en matière de construction, de réhabilitation que de projet d’aménagement.

II-3. Une profession en voie de paupérisation, une image incertaine, un rôle méconnu 

Parler ici de paupérisation pourra surprendre, voire choquer, y compris les architectes qui n’en ont pas forcément conscience. Néanmoins, les données statistiques disponibles et les études réalisées sont incontestables qu’elles soient purement françaises ou comparatives au plan international comme on va le voir.

En effet, outre les éléments de comparaison internationale indiqués ci-dessus (Cf. I-1) qui situent notre pays dans une position très loin de l’excellence et en queue de peloton des 32 pays européens étudiés, il faut dire qu’en France, à côté des quelques grands noms qui assurent le rayonnement de la profession à l’étranger et qui constituent une vitrine un peu illusoire, la vision de l’architecture et des architectes par les particuliers ou par les décideurs publics est brouillée, voire négative : l’architecture est perçue comme un luxe coûteux sans contrepartie perceptible pour les particuliers, assurant un « geste esthétique », et une source de lenteur et de coût pour la commande publique.

La culture des français n’est pas ouverte à l’architecture contemporaine, ce qui peut être considéré comme un paradoxe au regard de l’attrait des français pour leur patrimoine architectural. A la différence de nombreux pays européens, dans lesquels d’ailleurs leur intervention n’est souvent pas obligatoire, il n’y a pas de réflexe de recours à l’architecte dans la culture française. Cette situation, qui semble présenter les traits d’un phénomène culturel propre à la France, a de nombreuses causes.

Cette situation est due pour une part à l’importance de la commande publique dans l’activité des architectes, qui renforce l’aspect « luxe inaccessible pour le commun des mortels », mais aussi à l’absence d’identité collective de la profession – quelques stars médiatisées sur toute la planète, un ordre qui comprend tous les architectes – maîtres d’œuvre, mais n’assure pas une véritable représentation et des syndicats extrêmement faibles … sans parler des divisions des uns et des autres sur les grands enjeux. Ici comme ailleurs, l’existence d’une politique publique de soutien affecte négativement l’ampleur du mécénat privé. La création, dont témoignait encore les villas privées des années 20 et 30, semble limitée à quelques « grands chantiers ».

Il ne faut pas non plus méconnaître le rôle, dans le constat de cette situation défavorable, de la nature de l’enseignement initial, longtemps resté, avant sa réforme encore récente, trop coupé des réalités techniques, technologiques, voire même scientifiques – à la différence de nombreux autres pays – et des besoins sociaux, la faiblesse de la formation continue, les modes dominants d’exercice de la profession en France (en libéral individuel [19]) qui ne positionnent pas l’architecte en situation de force.

En conséquence, et de nombreux rapports le montrent (Cf. à ce sujet les rapports cités en bibliographie), la population des architectes est en position de faiblesse aujourd’hui en France et en voie de paupérisation. Cette situation se mesure particulièrement au regard de plusieurs facteurs.

Tout d’abord en matière de rémunération des actifs [20]: 70% des architectes déclarent un revenu annuel inférieur à 24392 € tandis que seule une proportion de 2% se situent dans la tranche de revenus supérieurs à 99000€ ; ces résultats sont extrêmement modestes en comparaison européenne.

S’agissant des missions assurées, il faut noter que les missions partielles croissent nettement plus que les missions complètes. Par ailleurs, les architectes ne traitant que 20% du marché de la réhabilitation et leur pénétration de ce marché progressant moins que sur celui de la construction neuve, alors que le marché de la réhabilitation est désormais le plus important en France, les travaux neufs représentent encore 73% de l’activité des architectes français. La part de la profession sur la question urbaine augmente certes entre 2001 et 2006, mais reste à un niveau anormalement faible en Europe en ne représentant que 1,3% de l’activité de la profession, alors que les enjeux qualitatifs déterminants pour le cadre de vie, s’expriment largement à ce niveau.   Or, l’avenir de la profession est à la fois dans les constructions existantes et, à l’échelle des territoires, dans les secteurs déjà urbanisés : il faut aujourd’hui pérenniser un bâti pas toujours esthétique, de qualité de construction très inégal, et d’une efficacité écologique très médiocre ; il faut reconquérir des espaces gaspillés par l’étalement urbain ou périurbain, et faire face à la croissance des populations et de leurs besoins en consommant moins d’espace. L’avenir des architectes n’est pas dans la construction neuve au milieu des champs, il est dans la reconstruction – reconquête et reconfiguration – du paysage urbain.

Au total, l’évolution de ces trente dernières années a été défavorable aux architectes en France du fait des fluctuations du marché (phénomènes de « stop and go » liés aux crises successives et à la trop grande dépendance à l’égard de la commande publique), de l’accroissement de la commande privée massivement en mission partielle, de l’inversement du rapport entre travaux neufs et travaux de réhabilitation (sans que, pour ces derniers, l’intervention des architectes ne soit obligatoire) et de la difficulté à intégrer les nouveaux enjeux du fait des faiblesses du système de formation initiale, au moins jusqu’au début des années 2000, et, encore aujourd’hui, du dispositif de formation continue des architectes (Cf. III-I).

Dans le même temps, le nombre des architectes exerçant la maîtrise d’œuvre augmentait significativement en France entre 1970 (14500) et 2007 (29000). Le nombre d’étudiants formés chaque année explosait (416 en 1973, 1655 en 1984, 2800 à la fin des années 1990 et, aujourd’hui, environ 1600 diplômés d’Etat par an).

En outre, du fait de l’étroitesse des marchés, ou de la difficulté à les pénétrer, force est de constater que les jeunes architectes diplômés se sont vite découragés et que la population des architectes en activité est une population vieillissante et qui ne se renouvelle pas, ni ne se développe. Les données relatives aux tranches d’âge en activité et en particulier celle relative aux jeunes architectes sont préoccupantes : si le recensement de 1990 dénombrait 10% d’architectes de moins de 30 ans, celui de 1999 voyait ce pourcentage plonger à 4% alors que la décennie a produit les plus importants contingents de DPLG. Aujourd’hui, cette tendance désastreuse pour l’avenir ne s’est toujours pas inversée et elle s’aggrave. En effet, en 2007, la tranche d’âge inférieure à 30 ans a encore diminué (de 4% à 2,52%), tandis que les tranches inférieures à 40 ans et à 50 ans diminuaient aussi, seules celles des 50/60 ans et celle supérieure à 70 ans étant en augmentation !

Tout semble donc indiquer que de nombreux jeunes diplômés ont renoncé à se déclarer comme architectes et ont dû quitter les métiers de la maîtrise d’œuvre et du cadre de vie.

Comme l’indique le rapport n°64 du Sénat cité en bibliographie « Cette situation est d’autant plus regrettable que, dans le même temps, la formation n’a cessé de s’améliorer et que les architectes représentent un potentiel de conception et de création remarquable …. Cette situation est grave : quel est l’avenir d’une profession qui enregistre une telle hémorragie de jeunes talents, au risque de compromettre son renouvellement démographique ? … Notre pays n’aurait-il plus besoin d’architectes alors qu’aux ambitions traditionnelles de qualité architecturale viennent s’ajouter les nouveaux défis de la planification territoriale et du renouvellement urbain ?». On se permettra de compléter les exigences citées par le Sénat, et qui sont toujours actuelles, en y ajoutant les défis énergétiques et environnementaux issus du Grenelle de l’environnement et les engagements pris sur le logement social.

Enfin, même si la question du respect des droits de propriété intellectuelle des architectes peut apparaître relativement plus secondaire que les questions évoquées ci-dessus, il faut néanmoins souligner que ces droits ne sont pas aujourd’hui respectés que ce soit au travers de la mention du nom du concepteur sur les constructions réalisées[21] ou sur l’image de ces constructions lors de l’exploitation commerciale dérivée des images des œuvres architecturales, notamment grâce aux nouvelles technologies de reproduction et de diffusion. Ceci est un signe supplémentaire d’une profession en difficulté[22], et en situation de faiblesse, car elle n’apparaît pas très attachée à ses prérogatives et ne veille pas au respect de ses droits, ni individuellement, ni collectivement[23]. Comment mieux dire l’anonymat de l’architecture contemporaine ?

II-4. Des atouts incontestables qu’il convient, dans l’intérêt général, de mieux employer

Les architectes français, et l’architecture française, ont une très bonne image internationale et une réussite incontestable à l’export et cette profession est reconnue comme l’une des meilleures sur la scène mondiale. Cela rend d’autant plus regrettable la situation au sein de nos frontières.

En conséquence, ces atouts devraient pouvoir être davantage mis à profit sur la scène nationale en s’appuyant sur les qualités dont dispose cette profession, qualités qui tiennent fondamentalement au fait qu’il s’agit de généralistes capables d’embrasser aujourd’hui la diversité des enjeux et des défis qui doivent être relevés.

A cet égard, la récente réforme de la formation initiale devrait permettre de renforcer significativement cette caractéristique qui est un atout et, en même temps, de diversifier l’offre de compétences architecturales et de mieux répondre aux enjeux nationaux et internationaux (Cf. Troisième partie, III-1, infra [24]).

L’enseignement supérieur de l’architecture a ainsi évolué dans le cadre de la mise en place du LMD (« licence-master-doctorat » issu du dispositif de Bologne) et la représentation assez négative, qui peut subsister encore parfois dans les esprits, ne correspond pas à la réalité nouvelle qui résultera de plus en plus de la mise en place de cette réforme.

Aujourd’hui 1600 étudiants obtiennent chaque année le diplôme d’Etat à cinq ans et 1700 diplômés ont à ce jour effectué la HMONP (Habilitation de l’architecte diplômé d’Etat à exercer la maîtrise d’œuvre en son nom propre) selon la nouvelle formule. La scolarité est depuis longtemps majoritairement assurée par des professionnels en exercice : en effet, dans les écoles nationales supérieures d’architecture (ENSA), 60% des enseignants sont des architectes libéraux, avec des ingénieurs dans certains champs; dans les autres champs (sciences humaines, histoire de l’architecture), les universitaires sont majoritaires.

La formation dans les ENSA ne comporte pas de spécialités, comme cela peut exister chez les médecins par exemple, car cet enseignement entend conserver un caractère généraliste au regard de la vocation fondamentale des architectes de concepteur de projet qui suppose cette généralité.

Néanmoins, il faut bien aussi répondre aux besoins de spécialisation et, après le diplôme d’Etat à cinq ans, outre la formation doctorante et le diplôme d’habilitation à exercer la maîtrise d’œuvre, il existe des diplômes de spécialisation et d’approfondissement dans les écoles dans quatre champs (patrimoine, programmation et maîtrise d’ouvrage, projet urbain, matériaux et structures), diplômes de spécialisation ou d’approfondissement qui s’ajoutent aux DEA et DESS de spécialité maintenus au plan universitaire. L’arsenal, articulant caractère généraliste et réponses aux besoins de spécialisation, existe donc bel et bien.

La formation, dans ses nouvelles caractéristiques issues du LMD, répond donc aux enjeux contemporains[25]. En effet, elle est désormais plus adaptée par la confortation des éléments déjà présents dans les écoles (ingénierie de la construction) et le développement du projet urbain. Les enquêtes les plus récentes sur ce que deviennent les architectes diplômés, après 3 ou 5 ans, montrent une excellente insertion professionnelle (85% après 3 ans). En outre, le dispositif d’enseignement a introduit les contraintes du développement durable dans les « TD de projet » pour en faire un élément de la conception du projet.

Contrairement à de nombreuses idées reçues sur le dispositif actuel d’habilitation à la maîtrise d’œuvre (HMONP) parfois critiqué[26], il faut souligner l’intérêt et l’adaptabilité du dispositif français. Il s’effectue dans les écoles, ce qui est un atout, mais de plus avec le concours actif des professionnels de l’architecture pour sa gestion et sa mise en œuvre, et il se traduit par un diplôme délivré par l’Etat.

Sa durée (une année scolaire, et non pas six mois comme on l’entend souvent) est adaptée compte tenu de ses modalités spécifiques. En effet, les stages de mise en situation de professionnalisation s’effectuent tout au long du cursus et dès les cinq premières années préparant au diplôme d’Etat. De plus, si le dispositif de HMONP est d’une durée d’un an avec un stage obligatoire de six mois, il est possible, au choix du diplômé d’Etat, d’y substituer une pratique professionnelle puis une validation des acquis de l’expérience (VAE) d’une durée qui est en définitive au choix de l’étudiant après le diplôme d’Etat. Ce dispositif nouveau connaît des premiers résultats très satisfaisants et, comme on l’a dit précédemment, une très bonne insertion pour les premières générations qui en sont sorties[27].

Suite aux orientations fixées à l’automne 2007 par le Président de la République, le ministère de la culture et de la communication et les écoles nationales supérieures d’architecture ont développé trois axes : le développement des double cursus architecte/ingénieur, l’intégration des écoles d’architecture aux pôles universitaires de niveau international (PRES) et, enfin, la coaccréditation des ENSA dans les écoles doctorales.

Aujourd’hui 12 écoles d’architecture pratiquent le double cursus architecte/ingénieur avec une école d’ingénieurs, 11 ont intégré un PRES et 8 sont associées à des écoles doctorales; le mouvement se poursuit et va se développer. Il conviendra de veiller en permanence à ce que ce dispositif soit de nature à bien fournir aux architectes, ou aux ingénieurs, qui en bénéficient, les compétences qui en constituent l’objectif et qui sont nécessaires au bon positionnement de ces professionnels par rapport aux enjeux. Au besoin, il conviendra de faire évoluer le dispositif [28] .

Si l’enseignement initial est ainsi sur la bonne voie, c’est sans nul doute en matière de formation continue que le bât blesse aujourd’hui car le dispositif n’est pas en mesure de préparer, ou d’adapter, le « stock » des architectes en exercice aux nouveaux enjeux. En effet, l’Etat n’est pas acteur d’un dispositif qui est essentiellement paritaire (patronal et syndical) au sein des OPCAPL. Il existe des pôles régionaux de formation continue associant les CROA, les CAUE et les Maisons de l’architecture pour fédérer les offres de formation.

L’Etat n’a qu’un rôle incitatif et se limite à cofinancer des organismes de formation (0,3M€ par an de crédits publics …); il peut ainsi favoriser certaines thématiques (handicap, développement durable). La majorité des écoles participe à la formation continue, mais la majorité de la formation continue est faite sans les écoles. Il serait indispensable d’utiliser davantage les enseignants des écoles, et les écoles elles mêmes, pour lutter contre une offre massivement insuffisante aujourd’hui au regard des 29000 architectes en exercice et des enjeux nouveaux auxquels il faut répondre, sans parler des offres peu sérieuses, voire fantaisistes. Cela supposera des moyens financiers supplémentaires.

Au total, le dispositif d’enseignement français de l’architecture semble avoir récemment évolué dans le bon sens et être capable de mettre désormais sur le marché des professionnels aptes à répondre à l’ensemble des demandes publiques ou privées en diversifiant l’offre de compétences architecturales au travers de divers niveaux de formation. En effet, au dispositif précédent – « monochromatique » du DPLG en six ans – va succéder un dispositif plus diversifié et complet, harmonisé au niveau européen, capable de mieux répondre aux différents types de besoins qui ne se réduisent pas à l’acte de construire.

Ainsi, du diplômé d’Etat en cinq ans doté de compétences architecturales de niveau master (d’une durée équivalente aux études d’ingénieur) susceptible d’être employé dans de nombreux cadres publics ou privés, au docteur d’Etat orienté sur la recherche ou l’enseignement, en passant par le diplômé d’Etat habilité à exercer la maîtrise d’œuvre en son nom propre – ou les diplômés post master par spécialisation ou approfondissement, l’offre de compétences architecturales sera largement diversifiée et adaptée. C’est incontestablement un atout pour cette profession aujourd’hui en difficulté. Cette diversification était indispensable au regard des enjeux et défis à relever.

III – Les défis à relever conduisent à reconnaître une nouvelle utilité publique à l’architecture

 III-1 – De nouveaux défis majeurs à relever

Sans qu’il soit ici utile d’insister trop longuement sur ces défis puisque chacun en a aujourd’hui conscience, à défaut d’avoir toujours la volonté ou les moyens de les relever, il suffit de noter que, outre les éléments de constat indiqués précédemment qui justifieraient à eux seuls une action résolue (Cf. I et II ci-dessus), la situation défavorable de notre pays décrite supra se trouve amplifiée par un certain nombre de facteurs qui eux aussi justifient une action tout aussi résolue.

Il en va ainsi de la concurrence européenne et des impérieuses exigences environnementales renouvelées par le Grenelle, notamment le défi énergétique d’un habitat à réhabiliter – habitat qui constitue quasiment autant de « bombes thermiques à retardement » qu’il y a de logement collectif ou d’habitat individuel. Mais il en va aussi de l’impossible poursuite de la consommation d’espace par l’étalement urbain, ainsi que des aspirations sociales les plus diverses et les plus légitimes (à la propriété, à la maison individuelle, à l’accès aux services urbains…) qui sont aujourd’hui non satisfaites et à satisfaire. S’y ajoutent incontestablement des besoins quantitatifs maintenus, voire plus importants (logements, locaux industriels et commerciaux…), ainsi qu’une nouvelle vision de l’urbanisme décentralisé dont on peut tracer, après trente ans, un bilan contrasté.

Face à ces multiples constats, dont le caractère alarmant est patent par les désastres sociaux qu’ils portent en germe, ou qui sont déjà avérés, les principes posés par l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977 peuvent apparaître aujourd’hui trop limités, voire désuets, et ont été, d’ailleurs, depuis largement dépassés, en termes de niveau d’exigence, par un certain nombre de textes européens dont la France a été à l’origine[29]. Il faut ainsi reconnaître une nouvelle utilité publique à l’architecture permettant de fonder des réponses adaptées aux enjeux et défis identifiés.

III-2. La réponse : reconnaître une nouvelle utilité publique à l’architecture

 La loi du 3 janvier 1977 a construit, on l’a vu, un dispositif qui avait une cohérence mais qui a rapidement été mis à mal (Cf. supra I-2). Aujourd’hui, le dépassement des difficultés qui en sont nées, ou qui se sont surajoutées depuis, appellent une nouvelle définition de l’utilité publique qui s’attache à l’architecture et qui devrait être inscrite à l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977.

Cette nouvelle utilité publique, ancrée dans le développement durable et, en particulier devant contribuer à relever les défis du réchauffement climatique et de la perte de biodiversité, mais aussi à la recherche d’une plus grande qualité du cadre de vie, sera fondée sur la capacité de conception que peuvent apporter les professionnels de l’architecture qu’il s’agisse de l’acte de construire, de celui de réhabiliter et de l’acte d’aménager mais aussi, en amont de ceux-ci, de la conception de la gestion et du développement des territoires dans l’urbanisme réglementaire, notamment décentralisé. Si le gouvernement décide de suivre cette proposition (Proposition n°1) que la mission juge fondatrice, il faudra engager une modification de l’article 1er de la loi de 1977, telle que proposé au tableau figurant ci-après, afin de donner une nouvelle définition de l’utilité publique qui s’attache à l’architecture.

Proposition n°1  
Modifications de l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
Définition d’une nouvelle utilité publique pour l’architectureL’architecture est d’utilité publique.Elle exprime la culture, participe au développement durable et contribue au progrès social.Elle sert les intérêts généraux qui s’attachent à la création, à la lutte contre le réchauffement et la perte de biodiversité, le respect des patrimoines et des paysages et l’amélioration du cadre de vie 

 

 

 

 

Refonder, en s’inspirant des textes européens, l’intérêt public qui s’attache à l’architecture en passant de la logique de la loi du 3 janvier 1977, exclusivement culturelle, à une logique ancrée aux exigences et objectifs liés au développement durable , sans perdre pour autant la dimension culturelle de l’architecture 

Cette nouvelle utilité publique, ainsi définie et ancrée au développement durable et, en particulier, au défi énergétique, ainsi qu’aux enjeux sociaux plus globaux, fonde une nouvelle approche du rôle de l’architecte. Elle conduira aussi à devoir modifier la loi du 3 janvier 1977 en ce qui concerne la définition du projet architectural (article 3, alinéa 2) pour y traduire l’orientation proposée (Proposition n°2).

Proposition n°2  
Modifications de l’article 3 alinéa 2 de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
     « Le projet architectural mentionné ci-dessus définit, par des plans et documents écrits, l’implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l’expression de leur volume, ainsi que le choix des matériaux et des couleurs, son insertion dans l’environnement ainsi que les solutions techniques propres à assurer les objectifs du développement durable, notamment en matière de maîtrise des dépenses énergétiques et de consommation de l’espace ». Modification de la définition du projet architectural dans la loi en conséquence de la nouvelle utilité publique proposée pour l’architecture

La réponse ne sera pas pour autant dans une réglementation contraignante visant à multiplier les obligations de recours à l’architecte, mais plutôt, principalement, dans l’invention d’un nouveau rôle de l’architecte, clairement placé comme l’ensemblier intégrant les contraintes de la complexité de la construction – complexité environnementale, technique, esthétique, historique, de l’habitabilité, des normes de construction de toutes natures, etc.

Quelle que soit la dimension de son intervention – de la réhabilitation thermique à la conception d’un quartier, de la préservation du patrimoine à l’invention de nouveaux modes d’habitat, l’architecte doit être regardé comme le concepteur d’ensemble apte à permettre les dialogues entre spécialistes, à articuler les besoins et les possibilités techniques d’y répondre, à optimiser la réponse aux contraintes fonctionnelles de toutes natures. Une construction (ou une intervention sur une construction) ne peut plus être regardée comme un geste unique, durable et irréversible ; c’est une fonction qui est mise en œuvre, fédérée avec d’autres, et la complexité de leur articulation doit être maîtrisée par l’architecte, anticipant sur la durée et les usages possibles.

Seule la mission complète de l’architecte (de la conception du chantier à la garantie de ce que son achèvement est conforme, en passant par la conduite de toutes les opérations) répond à cette conception. Pour que le recours à l’architecte ne soit plus un prétexte ou une contrainte, le contenu de cette mission (notamment dans ses rapports avec les autres professions, dont la coordination lui incombe) y compris dans sa dimension économique, doit être aussi refondé. L’architecte doit devenir le chef d’équipe d’un projet intégré (y compris en lui offrant les éléments statutaires nécessaires – Cf. Troisième partie).

Dès lors deux scénarios s’offrent pour mettre en œuvre cette proposition (Proposition n° 3) :

1° soit rendre obligatoire par la loi la mission complète en modifiant radicalement le dernier alinéa de l’article 3 de la loi du 3 janvier 1977,

2° soit modifier cet article pour inciter à la mission complète et donner, à tout le moins, à l’architecte le rôle de coordonnateur-ensemblier. Dans les deux cas, il est impératif de renforcer le droit de suite aujourd’hui peu respecté.

Les propositions de texte correspondant à ces deux options figurent ci-après.

Proposition n° 3  
Modifications du dernier alinéa de l’article 3 de la loidu 3 janvier 1977 Motifs
Scénario 1 (mission complète obligatoire)« L’architecte assure une mission complète qui s’étend de la conception du projet architectural à sa réalisation et à la conformité de cette dernière au projet qu’il a défini.»Scénario 2 (incitation à la mission complète et affirmation du rôle d’ensemblier de l’architecte)« La mission confiée à l’architecte est définie par le contrat passé avec le maître d’ouvrage. Ce contrat doit mettre l’architecte en mesure d’assurer la coordination de l’ensemble des personnes participant à la conception du projet architectural et à sa réalisation. Même si l’architecte n’assure pas la direction des travaux, le maître d’ouvrage doit le mettre en mesure, dans des conditions fixées par le contrat, de s’assurer que les documents d’exécution et les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions du projet architectural élaboré par ses soins. Si ces dispositions ne sont pas respectées, l’architecte en avertit le maître d’ouvrage et l’autorité qui a délivré l’autorisation d’urbanisme. »

 

Mission complète obligatoire   

 

 

Disposition ayant pour objectif de redonner à l’architecte un rôle d’ensemblier jusqu’à la réception de l’ouvrage, mais sans rendre obligatoire la mission complète

 

 

Ajout en fin d’alinéa d’une obligation d’information nouvelle dans l’objectif de responsabiliser les autorités décentralisées et pas seulement le maître d’ouvrage (ce qui est largement inefficace celui-ci n’ayant pas forcément intérêt à souligner la non conformité de la réalisation au projet architectural)  

 

La préférence de la mission va très nettement en faveur de la deuxième solution, dansl’esprit général des propositions faites, qui reposent beaucoup plus sur le pari d’une dynamique collective que sur l’effet, sans doute très discutable, et le plus souvent inadapté, de nouvelles contraintes.

Conclusion de la première partie

 

Au delà des suggestions de rédaction ou d’options qui ne visent qu’à donner un support à la réflexion et au débat qui suivra entre les différentes parties prenantes, il convient d’insister sur l’esprit de cette nouvelle utilité publique sur laquelle l’ensemble du rapport repose.

La réglementation d’une profession, on l’a dit, ne va pas de soi, notamment dans une Europe où la liberté de concurrence et d’établissement démontre à l’envie que le rapport entre recours systématique à l’architecte et réglementation est à peu près inexistant : l’architecture est bien plus un choix social qu’un devoir réglementé, là où elle joue son rôle. Les pouvoirs publics peuvent contribuer à changer les options collectives, moins par l’interdiction et le monopole (qui ne résisteraient ni à la concurrence ni à la pratique) que par l’incitation, la reconnaissance, l’offre d’objectifs et d’outils.

La nouvelle utilité publique vise à marquer aux yeux de tous l’importance due à la nécessité de mettre fin aux tendances relevées dans le constat ; à investir collectivement une profession, en la plaçant plus nettement dans le rôle singulier qui est le sien, dans la reconquête des espaces, des paysages, d’un patrimoine et d’une créativité ; à donner de nouveaux fondements à la réglementation de cette profession non plus seulement comme une protection – celle du consommateur devant alors primer en tout état de cause – mais comme l’incarnation du devoir de dépassement des logiques binaires élémentaires – de coût, de facilité, de nécessité circonstancielles – au profit d’une gestion dans l’espace et dans le temps des dynamiques sociales et économiques, environnementales et politiques que l’acte de construire ou d’aménager exprime et suscite tout à la fois.

Sans doute autrefois aurait-on vu là la désignation, aux architectes, d’un horizon de service public dont on les saurait chargés– avec, bien entendu, d’autres professions, métiers de l’ingénieur, urbanistes, économistes, etc., avec lesquelles ils doivent collaborer. Il n’est pas sûr que la notion éclaire assez sur le dessein ainsi conçu, même si on n’en récuse pas l’esprit. Il faut cependant, au delà des catégories anciennes, inventer cette nouvelle utilité publique. Elle repose sur un rôle nouveau : la deuxième partie décrit ceux des enjeux auxquels elle se confronterait, et les mesures qui concrétiseraient cette utilité dans plusieurs champs ; orientations mises en débat, qui supposent un travail important de concertation et de conciliation dans la conception ; d’expérimentation ou d’évaluation, auquel le parlement, les collectivités territoriales et l’ensemble des partenaires sociaux devraient travailler. Elle suppose une profession profondément renouvelée : la troisième partie indique dans quels domaines ceux qui en portent l’avenir, architectes, ordre, syndicats, pouvoirs publics, professions et secteurs intéressés, pourraient aborder les questions essentielles.

 

Deuxième partie : Propositions dans le champ opérationnel

« En faisant de l’architecture, est-on utile à d’autres, au sens, par exemple, de soulager, comme certains métiers médicaux et sociaux, ou de contribuer activement à la société, comme certains engagements essentiels ? » [30]

 I – Placer l’architecture au cœur des stratégies et décisions d’aménagement et d’urbanisme

I-1. Motifs de la proposition et positionnement

L’architecture n’est pas le résultat de l’intervention tardive d’un spécialiste aux compétences limitées, qui apporterait à un projet un supplément d’âme ou d’esthétique. Elle est la condition d’un urbanisme durable, c’est à dire habitable, utilisable, adaptable, malléable aux besoins et aux valeurs aujourd’hui encore inconnus et nécessairement différents des nôtres à des horizons relativement brefs. On saisit alors que l’enjeu n’est pas seulement dans la solidité des constructions (à laquelle il faut du reste préférer l’adaptabilité, la capacité à des rénovations et reconstructions pouvant en modifier les usages), mais bien dans une conception qui entrevoit leurs évolutions au sein du système urbain.

La réflexion, ici comme sur d’autres points, est fondée sur l’idée que la prise en compte de l’architecture ne peut efficacement commencer au stade de la construction individuelle, mais doit s’insérer au cœur même de la stratégie d’aménagement. Ce n’est que si, initialement, les préoccupations architecturales sont traitées et mises en œuvre que les interventions ultérieures, jusqu’à la délivrance des autorisations de construire (qui sont, le plus souvent et seront de plus en plus fréquemment, des autorisations de reconstruire), auront une efficacité. Il ne sert à rien de discuter du seuil en mètre carré au delà duquel l’intervention d’un architecte s’impose si les documents qui norment la construction n’ont pas eux même été conçus dans la perspective d’une architecture choisie, pensée, débattue d’abord et formulée comme une politique ensuite.

Telle n’est pas aujourd’hui la conception sous-jacente aux réglementations d’urbanisme et d’aménagement. L’architecture y est ravalée au rang des préoccupations relativement secondes, au même titre que les normes de construction et de sécurité par exemple.

L’architecture est dans le pire des cas un habillage – après qu’on a décidé quoi construire, et où ; souvent limitée à l’habitat, comme si les usines et bureaux ou les infrastructures et la signalétique ne faisant pas tout autant parti du paysage urbain ; réduite à des exigences formelles limitant les choix de couleurs ou de matériaux, ou recyclant les contraintes de hauteur ou de gabarit en exigences de silhouette ou d’inscription dans le paysage.

Dans le meilleur des cas, la part de l’architecture reste limité à une vision des bâtiments, qui peut être novatrice, admettre les gestes créateurs, mais demeure confinée à la construction comme élément individuel et à son aspect extérieur, ainsi qu’à sa distribution interne et ses détails.

I-2. Introduire un parti architectural au sein de l’urbanisme réglementaire

On précisera d’emblée que le parti architectural [31] que le rapport propose devra faire appel, pour son élaboration, outre les architectes, aux autres professionnels de la conception tels les urbanistes et les paysagistes pour lesquels, d’ailleurs, le rapport (Cf. infra Troisième partie) propose l’entrée à cette fin, sur leur demande, dans la profession d’architecte par la voie de la validation des acquis de l’expérience et l’inscription au même tableau de l’ordre que les architectes diplômés d’Etat.

La nouvelle utilité publique de l’architecture appelle une toute autre ambition pour la place de l’architecte dans l’urbanisme tant réglementaire qu’opérationnel. La vision développée plus haut de l’architecte comme incarnation de la confrontation et de la combinaison entre les différentes demandes et aspirations et les différentes techniques et modalités d’aménagement et de construction en fait non le stratège (rôle qui demeure celui des élus locaux, ou de l’Etat, suivant les niveaux), mais le véritable chef d’état major.

L’innovation récente la plus féconde de l’urbanisme a consisté à découpler les objectifs stratégiques, centrés sur le développement durable, et leurs modalités réglementaires de mise en œuvre, au sein des dispositions réglementaires d’un PLU rénové. Entre les deux niveaux doit s’insérer désormais le parti architectural. A partir des ambitions et contraintes affichées et retenues – sur l’usage des territoires, leurs relations et leurs vocations, et avant de passer au traditionnel zonage réglementaire comportant les règles pratiques d’usage, il manque manifestement un niveau où confronter des objectifs stratégiques nécessairement de long terme et affranchis des contraintes pratiques de réalisation – une stratégie de transformation, de développement, de restauration ou de rénovation, peu importe, – et avant d’en venir aux règles de hauteur, de prospect et d’implantation, il faut aider la puissance publique (donc, les habitants) à concevoir non la forme des maisons mais celle des paysages : leur profil, leur couleur, l’image que le déplacement en leur sein donne, qui résulte de l’alliance d’une esthétique, indéniablement, avec des contraintes techniques de toutes natures (qu’expriment les ingénieurs de tous types, pour les réseaux divers, énergétiques, logistiques, de déplacement d’équipement).

De la même façon que, dans la relation entre le maitre d’ouvrage et le maitre d’œuvre, l’architecte, conseille, concilie, suggère, propose, arbitre, son rôle (et le statut de l’architecture) est d’assurer la conversion entre la stratégie d’aménagement et de développement et les prescriptions, à un niveau opératif qui prend déjà en compte les contraintes techniques et légales mais assure encore par un geste créateur une liberté de choix : plus que le résultat de la combinaison d’une série de données physiques, mais pas ce geste architectural un peu mythique et romantique auquel on veut le cantonner.

On constate en effet trop souvent aujourd’hui que les PADD (y compris au niveau des SCOT) sont soit parfaitement réalisés parce que les collectivités ont eu les idées nécessaire et les moyens de les traduire, soit quelque peu stéréotypés parce que ne résultant pas d’une réflexion originale ou mal traduits par des conseils au statut indéfini ; mais dans les deux cas, ils n’expliquent pas entièrement les choix réglementaires, qui souvent seuls intéressent les populations : un pôle de développement se traduit encore en zone commerciale d’entrée de ville, avec rocade et parcelles à viabiliser, une zone de développement urbain abouti à des lotissements sans âme aux conséquences environnementales redoutables et à caser quelques HLM. La vocation du parti architectural est de garantir que les choix stratégiques faits par les élus vont se traduire par les formes et volumes qu’ils auront choisi, que la vision à long terme en deux dimensions – des croquis sommaires sur un plan – vont se développer en quatre dimensions, l’aspect initial et son évolution dans le temps. Les règlements de zone ne doivent plus être écrits par défaut ou par habitude (en quoi un quartier d’habitat diffus doit il impliquer qu’on ne peut construire sur la limite séparative ? ) mais devenir la conséquence nécessaire de choix affinés. Adopter un parti architectural, c’est assumer jusqu’au bout les choix collectifs, ne pas s’en remettre à des tiers quant aux détails qui souvent dévoient les orientations initiales.

Pour que la population s’approprie les objectifs stratégiques, il faut qu’elle puisse aussi appréhender la forme qu’ils donneront à la ville ou au territoire, et qu’une ou plusieurs visions non seulement du paysage mais aussi de la trame des déplacements, des usages de l’espace, lui soit proposée, pour susciter la réaction et le débat. Un zonage mentionnant une zone artisanale n’évoque rien – et justifiera demain une série de bâtiments au bardage de tôle et murs de parpaings peints, combinés au hasard des implantations espérées grâce aux réductions fiscales.

L’architecture, ici, n’est pas dans le choix de la couleur du bardage ou de la hauteur des murs, ni dans la plantation de trois arbres comme prétexte ; elle est dans la réflexion critique : quelles entreprises, combinées comment, utilisant les espaces de travail, de circulation, commerciaux, dont les artisans résident ou pas à proximité, ouverts ou pas au public, consommant des services ou des énergies, témoignant traditionnellement de modalités spécifiques d’occupation (y compris non permanentes, non réglementées) de l’espace. Il est alors possible, en croisant les questionnements les techniques, les expériences, de proposer des normes d’implantation, de construction, adaptées, modulables, économes en espace et en énergie, donnant à la zone un caractère et une identité, choisies et non subies.

Cet exemple, multipliable à l’infini, montre comment un parti architectural inséré dans les SCOT et les PLU peut radicalement rénover l’approche ultérieure des bâtiments, au niveau réglementaire : ce n’est plus, comme dans les articles 11 traditionnels, un simple catalogue de plafonds et limites, fermant l’éventail des formes, des couleurs et des matériaux,  mais une conception, un parti et des prescriptions pour que tout élément s’insère dans le fonctionnement d’un système.

Le parti architectural est en effet au service d’une ambition stratégique, et il est donc la description d’une dynamique urbaine (ou rurale) qui n’est pas le constat réglementaire des caractéristiques d’un stock de construction, mais la description des conditions dans lesquelles l’occupation durable de l’espace s’insère dans un système à l’échelle du bloc ou du quartier ou du territoire. Fondé sur les notions de trame (et de maille) de rythme, d’allure, le bâti n’est plus nécessairement objet d’une analyse individuelle contrainte (le terrain, les droits qu’il ouvre, et l’enveloppe physique au sein de laquelle le bâtiment s’insère de façon définitive) mais devient peu à peu le moment d’une construction qui en relaie d’autres, au sein de réseaux évolutifs, contribuant à caractériser un paysage. Il devient alors possible (nécessaire, souhaitable) de construire en mitoyenneté et en limite séparative, de réfléchir à la combinaison des volumes et non plus à la juxtaposition des bâtiments successifs isolés, de partager des accès et des espaces, d’apprécier les hauteurs et les profils relativement à une idée d’ensemble et non sur leurs mérites intrinsèques. La réglementation devient alors garantie du respect de l’esprit d’un système d’occupation de l’espace (choisi parmi ceux servant les objectifs et agréés par les élus), qui, demain, évoluera avec les techniques et les aspirations, reconstruit sur lui même ou modulé au gré des besoins.

Ce parti architectural doit pouvoir être introduit au sein de tous les documents réglementaires :

1) En ce qui concerne les DTA, désormais elles mêmes dotées d’un PADD, il doit concerner notamment les infrastructures majeures que ces documents ont vocation à insérer à l’échelon d’un territoire interrégional. Qu’on imagine à quel point changerait la perspective des habitants si, au lieu d’un schéma indiquant le positionnement de l’aéroport de ND des Landes ou la zone portuaire du Havre ou de Fos, on envisageait l’allure générale d’une zone aéroportuaire, l’insertion dans le paysage industriel des industries de type Seveso II, en prenant en considération les flux de voyageurs visiteurs et travailleurs, les usages (qui pense la réglementation par rapport à la nuit industrielle illuminée aujourd’hui ?), les normes de toutes nature, les modalités de déconstruction et de réutilisation, la reconquête des espaces naturels, la forme des horizons sous différents angles, l’ensemble devant inspirer les architectes qui demain construiront les bâtiments ou les équipements.

2) Il doit nécessairement être aussi celui du SCOT, dont le rôle croissant dans la stratégie d’aménagement, par les éléments incitatifs à son adoption qu’a mis en place le législateur, impose aussi qu’il repose sur un parti architectural d’ensemble, articulant à l’échelon du territoire les objectifs d’urbanisme réglementaire et d’aménagement avec les exigences et les apports de choix architecturaux d’ensemble.

Compte tenu de la vocation du SCOT, son parti architectural devra notamment porter :

– sur les zones ouvertes à l’urbanisation futures (dont son adoption conditionne l’existence) : c’est toute la vision de l’aspect et de l’affectation de ces espaces qui devrait, à grands traits, être débattue et choisie à l’occasion de l’élaboration du SCOT,

– sur l’articulation des espaces urbains et des espaces ruraux, puisqu’il lui revient d’assurer la conciliation entre les deux, et que la reconquête des lieux de transition, leur restauration, font partie des ambitions nécessaires de restauration des paysages,

– sur les grands équipements et projets d’infrastructure résultant des choix de développement qu’il fait, en assurant leur continuité et leur cohérence.

Certes, on pourra objecter que les textes relatifs aux SCOT ne s’opposent pas à cette démarche, mais la difficulté tient à ce qu’elle n’est pas mise en oeuvre. Il s’agit donc ici d’en faire une obligation légale et prévoyant les moyens (Cf. Troisième partie, III, notamment les compétences humaines) d’atteindre cet objectif d’effectivité.

3) Enfin, le PLU lui même est naturellement le principal niveau où doit s’exercer le choix d’un parti architectural. Il ne s’agit pas de préfigurer, par le parti architectural, la déclinaison en prescriptions de l’article 11 du PLU, dont il serait en quelque sorte l’exposé des motifs, mais, comme on l’a esquissé, de convertir en choix visibles des objectifs de principe.

L’espace entre la désignation de la vocation d’une zone, et le règlement qui la concerne dans ses divers aspects, c’est celui du choix – par les élus, donc par la population, d’une façon d’occuper l’espace, de le peupler, de l’habiter, de l’informer. Si ce choix n’est pas fait – ce qui est le plus souvent le cas – dans le cadre du PLU et par ceux qui l’élaborent et y sont associés, il sera opéré par défaut (résultant de ce qui est compatible avec le règlement), ou pour des raisons qui ne prendront en considération ni les intérêts généraux, ni l’harmonie de l’ensemble.

Il est clair que cette proposition constitue un bouleversement significatif supplémentaire des normes d‘urbanisme, survenant peu après une décennie ou deux d’évolutions majeures. Elle est très exigeante envers les élus, et suppose des moyens pour faire face à une responsabilité qui va jusqu’au bout de la décentralisation, conçue comme la maitrise locale des conditions de vie.

C’est pourquoi elle pourrait justifier un débat assez large, et une phase d’expérimentation, à laquelle des dispositions incitatives devraient contribuer, avant de l’évaluer et de décider des conditions de sa généralisation.

Mais, pour ne pas perdre d’avantage de temps, la mission propose que l’Etat décide plutôt de prendre une mesure législative de principe général pour introduire le parti architectural dans l’urbanisme réglementaire en réservant la discussion des modalités de mise en oeuvre à la préparation du décret d’application dans la concertation la plus large   (Proposition 4).

Au contraire, si le Gouvernement décide d’expérimenter l’introduction du parti architectural avant de proposer au Parlement de légiférer sur une généralisation, il faudra le faire sur un calendrier assez serré et sur un certain nombre de régions représentatives.

Par voie de conséquence, la mission propose à titre principal d’ajouter au sein de l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977 que l’architecture doit être placée par les collectivités territoriales au cœur des stratégies de l’urbanisme réglementaire décentralisé en prévoyant la définition d’un parti architectural dans les documents d’urbanisme; un décret viendrait préciser le contenu et les modalités du parti architectural après une réflexion complémentaire qui pourrait être confié à un groupe de travail associant des experts à cette réflexion.

Proposition n°4
Modifications de l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés)«  Les autorités habilitées à fixer les règles d’occupation des sols ainsi que les autorités habilitées à délivrer le permis de construire ainsi que les autorisations de lotir les autorisations de construire ou d’aménager     s’ assurent , au cours de l’instruction des demandes, du le respect de cet intérêt.En conséquence :1° Les autorités habilitées à fixer les règles d’occupation des sols s’assurent le concours d’un architecte afin de définir un parti architectural lors de l’élaboration des documents d’urbanisme dans les conditions prévues au titre 1er ci-après ;

 2° Les maîtres d’ouvrage sont tenus de faire appel au concours des architectes dans les conditions et limites indiquées au titre II 1er ci-après;

 3° Des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement sont institués. Ils sont chargés d’aider et d’informer le public conformément au titre III ;

L’exercice de la profession d’architecte et son organisation sont soumis aux règles figurant aux titres IV et V. »

Motifs
Ajouter les autorités habilitées à fixer les règles d’utilisation des sols aux autorités chargées du respect de l’intérêt public attaché à l’architecture Annonce, dans ce 1° nouveau, des dispositions d’un nouveau titre 1er de la loi relatif aux obligations des autorités chargées de fixer les règles d’occupation des sols

Cette proposition n°3 impliquera l’ajout d’un titre 1er nouveau à la loi du 3 janvier 1977 fixant les conditions dans lesquelles l’intervention d’un architecte, ou d’un autre professionnel de la conception ayant bénéficié d’une validation des acquis de l’expérience (VAE), devra être effectuée par les collectivités territoriales lors de l’élaboration, ou de la modification, de leur document d’urbanisme réglementaire afin de préparer le parti architectural proposé ci-dessus (Proposition n° 5).

Proposition n°5
Ajout d’un titre 1er nouveau à la loi de 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
Titre 1 De l’intervention des architectes lors de l’élaboration des documents d’urbanisme      Article 2bis (nouveau)

      « Les autorités habilitées à fixer les règles d’occupation des sols font appel, lors de l’élaboration ou de la modification des documents d’urbanisme, à la collaboration d’un architecte [32] afin de définir le parti architectural mentionné à l’article 1er. A défaut d’être assurée en régie directe par un architecte relevant d’un cadre d’emploi de l’autorité compétente, cette collaboration prend la forme d’une prestation de service.

       Un décret en Conseil d’Etat détermine les objectifs, le contenu et les modalités du parti architectural. »

Titre nouveau introduit dans la loi pour prévoir l’intervention des architectes [33] lors de la préparation du parti architectural des documents d’urbanisme Article nouveau prévoyant l’intervention d’un architecte dans la préparation des documents d’urbanisme soit en tant que salarié de l’autorité, soit sous forme d’une prestation de service.

On n’ignore pas qu’on opposera à cette proposition qu’elle ne constitue qu’une nouvelle couche procédurale et réglementaire dont les finalités sont en partie celles du PADD. Cette critique suppose qu’on n’ait pas partagé le constat initial : on peut se passer de parti architectural si on estime que le premier centre commercial venu dans une plaine autrefois dévolue à la culture delabetterave et desservi par un rond point paysager est une réponse satisfaisante aux aspirations collectives et au défi environnemental. Mais l’ambition est de sortir d’une esthétique de boîtes, jetables, et uniformes, dont on craint qu’elles disent trop ce qu’est l’éthique de la société qui les accepte.

I-3. Poser l’exigence d’une orientation architecturale des grandes infrastructures

On ignore encore trop souvent que l’architecture ne se limite pas au bâti industriel et au logement, mais s’étend aussi aux ouvrages d’art, à la signalétique, au mobilier urbain et aux réseaux apparents : les exploitants de ligne à haute tension eux mêmes ont désormais des ambitions architecturales, après les constructeurs de ponts ou de tunnels, ou ceux de châteaux d’eau.

Le plus souvent à base d’investissements publics, ces infrastructures essentielles, placées au cœur d’une stratégie environnementale que la Constitution place désormais au cœur de toutes les politiques publiques, sont à la fois de plus en plus nombreuses, fonctionnent comme des signaux et des repères ; remplaçant la structure du paysage traditionnel fait de moulins à vents et à eau, de bacs et de tours de guet ou de clochers chers à l’imaginaire néo rural, par des stations d’épuration, des transformateurs et des châteaux d’eau.

A côté de réalisations superbes (dont les ponts français sont souvent l’emblème, du viaduc de Garabit au Pont de Normandie) la logique fonctionnelle prévaut seule dans trop de cas (cas des stations d‘épuration ou captage), la préoccupation étant le plus souvent de cacher plus que d’ « architecturer ». Imposer un parti architectural doit aboutir à restaurer la liberté de choix des élus dans le paysage que dessine la communauté qui les a désignés, plutôt que de subir le résultat de réalisations qui, chacune éventuellement pensée, ne s’articulent ni ne se répondent, voire échappent à tout choix

Reprendre la main dans ce domaine passe par une exigence légale de subordonner les décisions d’investissement public à un choix architectural concomitant au choix technique, économique ou social. Il ne s’agit pas, là non plus, d’une rustine ou d’un prétexte, d’un habillage a posteriori, mais bien d’une intervention volontaire pour sortir ces équipements (au delà de ceux qui sont naturellement l’objet, par leur dimension, d’une telle réflexion) de leur position fatale : nécessité fait loi, qui les relègue, les impose à ceux qui ne s’en peuvent défendre, derrière un mur ou un rideau d’arbres qui ne les cache même pas. Ils sont pourtant notre mode de vie incarné – générateurs ou relais des flux que nous consommons, organisons ou rejetons et ne peuvent de ce fait, ni surtout ne doivent, échapper à une intervention architecturale les assumant, les insérant, les illustrant, les rendant acceptables et reconnaissables.

C’est à l’évidence dans les documents d’urbanisme passés rapidement en revue que cette exigence devra être prise ne compte, mais elle doit aussi être introduite à d’autres niveaux, pour restaurer une capacité de choix aux décideurs publics et offrir des options à la consultation du public. La question des compétences humaines disponibles chez les acteurs concernés sera ici aussi essentielle (Cf. troisième partie, infra).

Propositions 6 à 9
Devraient ainsi pouvoir être envisagés :

  • P 6) d’imposer une réflexion architecturale préalable à la commande publique pour les plus importants appels d’offre ;

 

  • P 7) de prévoir, dans le processus d’enquête publique, des études d’impact architectural de même type que les études d‘impact environnemental, en commençant par les réalisations majeures (grandes infrastructures de réseau, UTN, zones littorales et de montagne);

 

  • P 8) de proposer à la décision publique des options architecturales de type différent (de la même façon qu’on étudie des tracés pour les infrastructures, ou des phasages pour les travaux), en définissant des trajectoires architecturales, aidées par des appels à réflexion, notamment en amont des grandes opérations d’aménagement donnant lieu à convention ;

 

  • P 9) de subordonner (et éventuellement bonifier) les financements publics là où ils sont essentiels (DGE et FCTVA, logement social, etc.) à des réflexions architecturales en amont.

 

Il ne s’agit pas de brider la liberté de l’architecte du projet, mais au contraire d’enrichir son espace d’intervention en plaçant l’architecture au premier rang des exigences à satisfaire au stade de la conception.

 

II – Une nouvelle priorité : le recours à l’architecte pour lutter contre la consommation d’espace abusive et la dégradation conséquente des paysages

II-1. Constat

Le Grenelle de l’environnement a attiré l’attention du grand public sur un phénomène extrêmement préoccupant dans toutes ses dimensions : l’accroissement démesurément rapide de l’artificialisation des sols résultant de la surconsommation d’espace.

Alors que les évolutions des modes d’occupation de l’espace étaient historiquement longues et lentes (le mouvement de déforestation de la France médiévale comme la reforestation du XXe siècle, les mouvements de préservation des forêts ou de cloisonnement par généralisation des enclosures, dans l’Angleterre d’après la conquête, la naissance des bocages, etc.), le rythme non seulement de modification des paysages, qui fait qu’aucun en France ne peut plus être regardé comme « naturel », s’est à la fois démesurément accéléré (qu’on compare la respiration multiséculaire de la colonisation agricole des montagnes moyennes et leur repli, avec l’essor, sur vingt ans seulement des stations de ski) mais a aussi changé de nature : on modifiait le couvert végétal ou la faune, on ne les supprimait pas ; on a pu régulariser les cours des fleuves, pas les vider de leur contenu.

La consommation actuelle d’espace est telle que nous artificialisons l’équivalent de la surface d’un département tous les 10 ans ; pour le dire autrement, en dix siècles, – le tiers de l’histoire des paysages humains en France -, mais en fait, compte tenu de l’acquis et de ce qui est inutilisable, en beaucoup moins de temps, deux siècles encore peut être – nous en aurions fini avec le stock à consommer.

Car l’artificialisation est très difficilement réversible : outre qu’elle chasse et détruit les espèces, non seulement locales mais même lointaines, privées de leurs corridors écologiques de déplacement, de migration et de reproduction, non seulement résidentes, mais aussi celles en dépendant, non seulement la flore et la faune mais aussi les capacités des sols. Tout est remplacé par des surfaces en matériaux rapportés, des sols et plantations exotiques (au sens propre) des faunes et des flores importées ou subies.

A terme, la stérilité à envisager est celle de ces rares îlots de l’océan pacifique définitivement rendus inhabitables, insusceptibles de toute vie, par des choix extrêmes. On peut, un certain temps, vivre dans ces milieux artificiels, mais on ne doit s’y tromper, l’homme ne peut vivre que dans le milieu naturel (dans les limites de ce qu’il supporte comme dégradation) et dont la destruction est à terme la sienne.

Dans l’intervalle, la surconsommation d’espace est en elle même lourde de conséquences de toutes natures. L’extension démesurée des périphéries, l’éloignement croissant des zones d’habitat, de consommation et de travail ou de loisir, accroissent les dépenses d’infrastructure et les coûts énergétiques, les flux entrant et sortant (d’énergie, de déchets, etc.). Aussi longtemps que l’espace est gratuit (en tant que partie d’un milieu, seul le coût marchand de la propriété, qui ne reflète en rien sa valeur environnementale, étant appréhendé), la déséconomie externe vertigineuse de sa consommation est sans effet sur la rentabilité des choix individuels faits. Les choix collectifs, qui ne s’appréhendent pas directement en terme monétaires, sont déjà désastreux : pertes de temps, fatigues, dues aux déplacements, phénomènes sociaux de ghettoïsation, coupures artificielles sources de violence et/ou d’exclusion.

Le gaspillage d’espace se combine le plus souvent avec le manque d’imagination dans la construction (à quoi bon réfléchir à l’esthétique des cours intérieures, au choix des ouvertures au regard des vis à vis, à l’usage des cheminements comme dessertes et comme coupures, à l’utilisation des espaces interstitiels), si de toute façon on peut déployer 50 000m2 de cube faisant centre commercial ou usine, ou une barre de deux cents mètres de logements ? Comme le montrent à l’envie les cœurs de villes historiques ou de villages remarquables, c’est de la contrainte quant à l’espace occupable que nait non la beauté, mais le charme, l’identité, l’agrément, parce qu’on doit respecter une enceinte militaire, suivre les désirs d’un féodal ou encore s’adapter à une contrainte géographique. Bien sûr, la liberté avec un dessein donne Versailles (ou Chandigarh) ; mais entre le choix de la beauté et la préférence intéressée pour l’économie de conception, il y a le gouffre qui en sépare les zones commerciales, industrielles ou pavillonnaires et les grands ensembles….

II-2. Rôle de l’architecture

L’essentiel de la réponse à la double menace, immédiate et, à terme, fatale, que constitue la surconsommation d’espace n’est certes pas dans les seules mains de l’architecte. Il n’y aurait pire réforme que de voir en lui le sauveur qu’il ne peut être. Il est, à ce sujet comme pour bien d’autres, pas honnête de l’appeler à la rescousse quand il est trop tard, après que la surconsommation a eu lieu, en lui demandant de rhabiller de neuf la misère née des gaspillages et des surconsommations initiales, ou de corriger une décision absurde, par exemple celle de lotir un champ que rien ne relie au village ou à la ville historique, en lui demandant d’accomplir on ne sait quel « geste architectural » : la « maison d’architecte », au milieu du lotissement, est l’ultime pied de nez fait à l’architecture.

Il faut donc ici se borner à appeler de nos vœux deux évolutions majeures (Proposition n°10)  :

Proposition n°10– que le code de l’urbanisme demain privilégie la lutte contre la surconsommation d’espace, en faisant reposer la réglementation non sur la seule invocation de la redensification de l’habitat, que soutiennent avec une hâte trop excessive pour être honnête ceux qui cherchent des droits à construire, mais en refondant le système urbain sur lui même, ambition que le chantier du grand Paris a vocation à éclairer, expérimenter, développer et offrir : conception volumétrique de blocs au regard des services, réflexions partant des bilans carbones des systèmes urbains à construire, densification de l’existant, valorisation économique en vue de sa pénalisation de la consommation d’espace, etc. ;
– que l’ensemble de la réglementation et de l’économie de la construction fasse apparaître le coût environnemental de la décision, et que les systèmes publics (fiscalité, financement, budgets des collectivités territoriales, indicateurs d’investissements dans les services) n’incitent plus, comme aujourd’hui, à la consommation d’espace.

L’architecte peut alors prendre toute sa place dans ces réorientations majeures que les projets de loi Grenelle I et Grenelle II esquissent et dont le code de l’urbanisme donne déjà quelques signaux (comme les timides esquisses de renonciation à l’indépendance des législations, en permettant par exemple la double instruction permis/ Commission Départementale d’Equipement Commercial).

De quoi s’agit-il ? La surconsommation d’espace est liée d’abord, à l’échelle globale, à une trop grande ignorance des besoins liés à l’habitat et à leurs modalités de satisfaction : on construit sans se demander où les habitants vont effectivement consommer, se divertir ou travailler (même si la logique des PADD est d’appréhender les besoins, il y a une marge entre les desseins réglementaires et les comportements sociaux ; marge qu’occupe, normalement, ou que doit reconquérir, l’architecte, dont la mission est centrée, on l’a dit plus haut, sur l’élément humain du paysage qu’il dessine). C’est, assurément, aux décideurs publics de réfléchir à l’organisation de l’espace et d’y inscrire leurs choix systémiques. C’est, à l’évidence, dans la planification, assistée par les urbanistes, que le choix s’incarnera. Mais il ne peut être fait qu’éclairé sur ses possibilités (techniques, sociales esthétiques, interdisciplinaires dans une synthèse globale, qui est celle, on l’a vu, que l’architecte porte) et aiguillonné par des conceptions novatrices, créatrices – le véritable geste architectural n’étant pas le voile de la misère construite, mais la proposition d’une vision de la ville dans toutes ses dimensions.

Ensuite, les opérations d’aménagement confrontent aujourd’hui à un choix simple): ou la puissance publique s’empare du projet, ce qui n’est possible que si elle en a les moyens (de conception, de financement et en matière de foncier) et si l’opération s’y prête – on verra ailleurs que là aussi beaucoup doit être fait, mais un minimum d’intervention architecturale est en général présent ; ou bien le libre jeu de l’offre et de la demande abouti à diviser le foncier pour y construire de multiples maisons, ou immeubles, et , sur le plan économique, le terrain se divise de même en parcelles de zones industrielles et artisanales.

A supposer que l’architecture joue un rôle, il est tardif. La facilité est d’aller chercher un terrain vierge, d’y empiler ou juxtaposer les différentes fonctions. L’architecte peut offrir, sur le parcellaire existant, les possibilités de programmes neufs répondant aux besoins qui consomment moins d’espace, et inspireront des réglementations complètement différentes. On se bornera ici à l’exemple (banal) de la comparaison des rues de centre ville, si admirables que le plus souvent elle sont protégées par des exigences de maintenir l’effet de rue, l’alignement sur la voie publique et le rythme continu des constructions ; par quel aveuglement le lotissement (rural ou urbain) interdit-il la construction sur la limite séparative, et rend-il obligatoire le retrait au milieu de la parcelle, rendant la construction plus coûteuse, énergétiquement dispendieuse, surenchérie par les branchements ?

Pourquoi, là où les process industriels n’imposent rien, admettraient même les étages, les configurations circulaires, continue-t-on à ne concevoir entrepôts et ateliers que sur les mêmes modèles de boite à chaussure? Quand le mot d’ordre est aux réductions d’émissions et à la maitrise de l’eau, pourquoi allonger les trajets et étendre les surfaces qui aggravent le ruissellement ? A ces questions, le volontarisme d’une approche intégrée, reprenant à son compte des ambitions qui ne soient pas seulement quantitatives (en emplois créés et en m² construits, mais aussi en qualité de vie, en durabilité de l’habitat, en bilan environnemental) peut changer radicalement la donne.

Enfin, une vision absurdement négative de la densité semble continuer à ravager les imaginaires. L’idée reçue est que la seule densité des grands ensembles de logement sociaux crée la délinquance et le mal être : on ne dira jamais assez à quel point cette idée est absurde et radicalement fausse : la densité de Neuilly sur Seine est très supérieure à celle de Saint Denis ; et plus simplement, la question est moins celle de la densité que de la qualité de l’habitat (beauté des lieux et du quartier, pas seulement confort intérieur, de la fonctionnalité – enclavement et liaison, services et espaces accessibles, de sociabilité comme de détente…). Il y a une densité subie, où l’empilement répond à la facilité, à la rentabilité ou au pur fonctionnalisme né de l’urgence, comme la construction d’après la guerre d’Algérie, tentant de loger à la fois rapatriés, enfants du baby boom et immigrés ; et il y a la densité du Marais, du quartier des cathédrales dans les villes millénaires, mais aussi celle du Havre de Perret, ou celle de la Défense, densité choisie, pensée, assumée, et, du reste : habitée. C’est de cette densité là qu’il faut charger l’architecte, afin quelle ne soit pas spéculative ou utilitariste, mais vécue comme la conquête de toutes les dimensions de l’espace pour conserver celui qui doit demeurer (ou redevenir) vierge.

II-3. Propositions de réformes

C’est à l’évidence une réorientation radicale de la conduite des projets qui doit être opérée, et les mesures en ce sens doivent reposer tant sur des incitations que sur des évolutions réglementaires [34] .

Les programmes publics doivent désormais intégrer cette exigence de non consommation d’espace et de redensification urbaine. La logique d’urgence dans le logement ne peut pas ignorer le temps de cette réflexion. Depuis quarante ans que l’Etat empile les réhabilitations sans effet sur la trame sociale, il est peut être venu le moment de constater que le coût social de la précipitation dans le béton est devenu insupportable.

Aucun des financements publics ne devrait être alloué (à partir notamment des fonds du logement social gérés par la CDC) ni aucune opération d’ampleur conduite par les établissements spécialisés de l’Etat sans intégrer cette exigence (Proposition n°11) – on pense ici à des opérateurs d’excellence comme l’ANRU ou l’ANAH , dont le statut, les moyens et les règles d’intervention, déjà souvent orientées spontanément en ce sens pour certaines opérations, doivent être modifiés à cette fin (Proposition n°12) : un choix architectural concerté et réfléchi (en association avec les populations concernées, dans l’esprit de la gouvernance qu’a défini le Grenelle) limitant la consommation d’espace et tirant parti d’une densification (en hauteur, aux limites des parcellaires) recherchées pour ses effets bénéfiques.

Propositions 11 et 12
– Conditionner les financements publics (notamment à partir des fonds du logement social géré par la CDC) et les opérations d’ampleur conduites par les établissements spécialisés de l’Etat (ANRU, ANAH) à un choix architectural concerté et réfléchi ayant pour objectif la non consommation d’espaces et la redensification urbaine- Modifier les statuts, les moyens et les règles d’intervention de ces établissements à cet effet.

On doit cesser de détruire les barres pour présenter comme un triomphe la reconstruction à la place de quelques maisons de ville ou d’une pelouse étique : c’est une nouvelle utilisation de l’espace transformant son gaspillage qui doit être la racine du projet – qui doit pouvoir offrir plus de services et de logements qu’on n’en détruit ; dès lors que les habitants tireront nettement parti d’un progrès qualitatif, des services associés d’une meilleure insertion. C’est moins la construction qui est alors en cause qu’un tissu urbain, support d’un tissu social ; on ne travaille pas ce vivant là avec des normes (techniques ou réglementaires) mais avec des choix politiques.

Au delà de la réorientation des façons de faire par l’Etat, la réglementation doit désormais faire précéder les lotissements de choix architecturaux, entendus au sens défini plus haut ; non pas la maison type, déclinée à l’infini, mais l’utilisation d’un sol dans ses trois dimensions en croisant et cumulant les approches pour décider de l’allure générale, mêlant implantations, et silhouette, dessertes diverses et usages envisagés, accès au service et modes de vie privé (Proposition n°13 : Rendre obligatoire l’intervention d’un architecte [35] dans la conception des lotissements, en subordonnant la délivrance de tout permis d’aménager à la fourniture d’un dossier architectural, dont les documents d’urbanisme locaux pourront compléter le contenu).

Cette recherche d’optimisation de l’utilisation de l’espace (en insertion dans le paysage, dans l’existant, dans le réseau urbain de services et d’infrastructures, en valorisation des potentiels, en respect de la partie naturelle) doit permettre un double gain, pour l’opérateur, tirant un parti financier mieux valorisé, de la collectivité, économisant les coûts, pour l’ensemble des habitants, protégeant les espaces. La contrepartie de ces efforts initiaux doit être dans les dérogations possibles (sur une parcelle lotissable, la minimisation de la consommation et la sanctuarisation de la partie laissée intacte devant améliorer l’équilibre financier de l’opération, en permettant des surdensités ou des hauteurs, des formes et des implantations dérogatoires : il faut, en consommant moins, permettre de gagner plus…).

La même réflexion doit être conduite pour les lotissements de type industriel, artisanal ou commercial (Proposition n°14 : idem proposition 13, subordonner les permis d’aménager de tels lotissements à des dossiers architecturaux dont le contenu devra varier en fonction des objectifs d’aménagement et des exigences des règlements de zone ; l’articulation avec le parti architectural du PLU devra être au centre de ce dossier ; le permis pourra subordonner la délivrance des autorisations de construire au respect de certains engagements ou règles contenues dans ce dossier). L’intervention de l’architecte au stade de la conception même de la zone, de son insertion dans l’existant, de l’analyse de sa vocation, des évolutions qu’elle pourra connaître (développement d’activités, disparition d’autres, passage de la production au commerce, des commerces aux services), de l’adaptation des services et infrastructures en découlant (flux logistiques entrant et sortant, notamment, rapports à l’habitat local ou distant, services aux salariés…) devrait permettre d’optimiser les stratégies d’utilisation de l’espace. Là encore, la forte contrainte environnementale devrait inspirer des solutions jusqu’à présent abandonnées par habitude – le retour de l’activité au cœur du logement, la réimplantation des commerces et des services à proximité (pédestre) de l’habitat, la recherche d’une efficacité non pas individuelle mais collective (on sait à quel point l’utilisation des productions fatales de chaleur, par exemple, est favorisée par la proximité de l’habitat, ou combien un bilan carbone incorporant les déplacements change la perception des implantations).

Propositions n° 13 et 14 Instaurer l’obligation d’intervention d’un architecte pour la conception des lotissements et des zones d’activité commerciale, industrielle ou de services
Ajouter un article 5bis nouveau à la loi du 3 janvier 1977 ainsi rédigé :« Les projets de lotissement et les projets de zones d’activité commerciale, industrielle ou de services soumis à permis d’aménager en application du code de l’urbanisme font l’objet pour leur conception de l’intervention d’un architecte[36] présentant, ou réunissant auprès de lui, les compétences nécessaires en matière d’urbanisme et de paysage ».

Il va de soi que cette exigence d’un choix architectural et architecturé a un double coût : en temps (crucial pour le financement de projet de construction comme pour le succès économique des implantations), en prix de la réflexion architecturale. Il faut donc – au delà de la conviction que l’utilité collective est ainsi maximisée et que la rentabilité sociale et environnementale des ces surcoûts est assurée et considérable – que l’obligation (ardente ou réglementaire) trouve une contrepartie : soit qu’il en résulte des gains de temps ultérieurs – ainsi le projet de construction qui reprendrait le parti architectural de la zone sans l’amender pourrait faire l’objet d’une procédure très allégée, au regard de la législation de l’urbanisme mais aussi de celle de l’environnement (par exemple au titre de la loi sur l’eau, ou des plans divers de prévention des risques), globalisée comme l’a été l’analyse initiale ; elle serait essentiellement déclarative et pourrait se dispenser des avis ou consultation effectuées globalement ; de même, le recours à l’architecture dans la conception du projet de lotissement devrait pouvoir se traduire par des dérogations aux règles en vigueur des documents opposables dès lors que cette vision architecturale globale aurait été inspirée par la mise en œuvre des objectifs du PADD et des orientations du parti architectural décrit plus haut : dépassement de COS (en volume) de hauteurs ou de gabarits, desserrement des contraintes (comme celles sempiternelles relatives aux places de parking, si la desserte en transports et l’accès en modes individuels a été conçu convenablement), modification des règles d’insertion paysagère (si de l’espace naturel a été économisé voir reconquis, on peut supprimer le bouquet d’arbre alibi par parcelle), etc. (Proposition n°15)

L’optimisation des implantations doit même pouvoir trouver – en se combinant aux nécessaires réflexions sur la fiscalité environnementale, la taxation des vrais coûts ou des vraies rentes liées à la surconsommation – une rémunération : des choix pertinents aboutiront nécessairement à des charges collectives d’équipement et d’entretien inférieurs, donc à une moindre TLE (Taxe Locale d’Equipement, à des bonifications fiscales (dans la valorisation des bases, par exemple) ou, encore, à considérer que les efforts faits viennent, après validation par les services publics compétents, en déduction des charges fiscales normales (ainsi, dans un lotissement constructible de 1ha, remplacer les 20 parcelles de 500m2 de pavillons implantés chacun en milieu de parcelle avec desserte goudronnée, par 25 ou 30 maisons en parties jointives recherchant des effets de masse (pour l’efficacité énergétique et la réduction des coûts de réseaux) concentrées sur une partie de l’espace (façade sur place ou rue, combinaison de volume laissant les accès indépendants mais assurant la commonalité des structures, etc.) gérant la demande de jardin à l’échelle de micro collectivité (spécialisant les zones privatives, de culture, de loisirs, dédiées aux animaux, etc.) : et rendant de ce fait un demi hectare à la nature, en le sanctuarisant définitivement (dans un maillage vert décalquant à une échelle plus fine la notion de trame verte assurant les continuités écologiques à l’échelle d’une agglomération) devrait aboutir à admettre cette restitution d’espace, initialement classé U ou A, en paiement de droits à venir, fiscalité locale ou plus values.

Proposition n°15
Prévoir les allègements de procédure et les dérogations indiquées ci-dessus pour les opérations d’aménagement mentionnées aux propositions 13 et 14 ayant été conçues par un architecte

C’est dans cette perspective qu’il faut ici affronter deux problèmes très délicats : celui des maitres d’œuvre revendiquant devant la mission l’extension de leurs capacités à conduire des projets et la reconnaissance d’un rôle analogue, pour des projets limités, à celui des architectes ; celui, jumeau, du seuil d’intervention des architectes dans la construction de logements individuels.

Le professionnalisme et les capacités des maitres d’œuvre indépendants n’est pas ici en cause, mais la conviction qui inspire ce rapport est que l’élévation générale du niveau de la qualité de l’architecture entendue comme une nouvelle utilité collective exige, certes, de la part des architectes, un effort collectif considérable pour se hisser au niveau des attentes immenses auxquelles ils doivent répondre, mais, aussi, que seuls les professionnels ayant accédé par la formation adéquate, entretenue au long de la carrière, à l’exercice de compétences élargies dans bien des domaines soient responsable des réalisations attendues à tous les niveaux.

Les maitres d’œuvre y trouveront d’autant mieux leur compte, in fine, plutôt que dans l’illusoire poursuite d’un accès par la petite porte à l’exercice partiel de responsabilité auxquelles il ne sont pas formés que ce qui sous tend le déploiement d’une nouvelle architecture globale est aussi le nécessaire développement rapide de la construction, de logements, de locaux et d’infrastructures plus efficaces, de réhabilitation généralisée.

C’est dire aussi que la question du seuil ne se pose pas vraiment au plan national: la traiter en calibrant au plan national les quelques dizaines de m2 dont il faudrait modifier le niveau, en pensant immédiatement aux compensations à donner aux autres professionnels, aux dérogations, à la prise en charge du surcout initial, etc., c’est renoncer à toute ambition, non seulement en deçà de ce seuil, mais aussi au delà. L’architecte n’est pas un magicien – on ne discerne pas toujours, en regardant une maison standard dans un lotissement banal, si un architecte est intervenu ou pas dans sa conception, et on peut comprendre l’impatience d’autres professionnels du bâtiment devant une apparente survalorisation (y compris financière) d’une intervention dont la plus value, même en terme d’efficacité dans le projet ou de garantie de bonne fin, ne leur apparait, à juste titre en l’état de la réglementation, pas évidente. La position prise ici ne porte pas sur la comparaison entre les divers professionnels du bâtiment tels qu’ils sont aujourd’hui : elle repose sur l’ambition large, élevée, pour une architecture portée par une société s’en emparant pour dessiner un paysage, des systèmes de vie, reflet de ses besoins, de sa prudence, de ses désirs. L’architecte porteur de cette mission d’utilité publique est dans cet esprit le seul acteur de la conception du projet, d’abord urbain puis individuel, animant d’autres professionnels spécialistes, et, donc, coordonnant d’autres acteurs.

Si, alors, toutes les autres mesures étant en vigueur, la question du seuil se pose, ce sera dans le cadre d’une architecture présente en amont au niveau de l’urbanisme réglementaire, dans les projets d’aménagement et d’infrastructure, dans une zone lotie au sein d’un quartier réaménagé dans le cadre d’un PLU qui, chacun, auront été arrêtés après analyse et détermination de partis architecturaux de plus en plus fins, la question du seuil d’intervention de l’architecte se posera différemment.

Néanmoins, dans ces hypothèses favorables, il ne pourra être pour autant sérieusement envisageable de supprimer l’intervention obligatoire de l’architecte ou de relever le seuil à la discrétion de la collectivité territoriale, car l’intervention de l’architecte continuera d’être nécessaire pour chaque projet de construction, la qualité architecturale n’étant pas seulement nécessaire au niveau global, celui de l’urbanisme règlementaire, mais se posant aussi, projet de construction par projet de construction, notamment pour leur organisation intérieure et le soin apporté aux détails [37] , ainsi que pour répondre au besoin de coordination des différents intervenants à la conception et à la réalisation du projet ainsi qu’indiqué précédemment dans ce rapport.

En revanche, il pourra être sérieusement envisagé de donner aux collectivités territoriales compétence pour abaisser si elles le souhaitent le seuil national qui serait maintenu. Cette mesure de décentralisation est vertueuse et ne peut que conduire les collectivités territoriales à s’emparer de la question de la qualité architecturale, urbaine et paysagère sur leur territoire.

Par exemple, lorsque la division de champs en deux est le moyen d’acheter une retraite complémentaire ou la paix dans les campagnes, en gaspillant un espace agricole ou une biodiversité irremplaçable, que le SCOT ou le PLU abaissent le seuil d’intervention de l’architecte pourra se concevoir aisément pour permettre à ces collectivités si elles le souhaitent d’entrer encore davantage dans la recherche de la qualité architecturale, urbaine et paysagère (Proposition n°16 : Donner compétence aux collectivités territoriales pour décider dans leur PLU d’abaisser le seuil national d’intervention de l’architecte).

Proposition n°16
Compléter le 1er alinéa de l’article 4 de la loi du 3 janvier 1977 d’une phrase ainsi rédigée :« Les autorités décentralisées habilitées à fixer les règles d’occupation des sols peuvent décider dans le plan local d’urbanisme, après enquête publique, de seuils d’intervention obligatoire de l’architecte inférieurs aux seuils nationaux prévus par le décret en Conseil d’Etat mentionné ci-dessus. »

III- Faire de l’architecte la clef d’une alternative à l’urbanisme traditionne 

La complexité croissante de opérations de construction et d’aménagement n’est plus à démontrer : technique, par la variété des matériaux et des fonctionnalités, l’enrichissement constant des normes de toute nature, notamment en matière de sécurité et d’environnement, mais aussi réglementaire, la sophistication des règles d’urbanisme n’ayant cessé de croître. La multiplication des professionnels intervenant entre le moment où le maitre d’ouvrage décide de construire et la réalisation effective est impressionnante.

Cette complexité croissante a eu plusieurs effets néfastes, auxquels on a déjà fait allusion, sur l’exercice de la profession d’architecte : certains l’ont fui, se réfugiant dans une illusoire insularité de conception – artistique, créatrice, comme si ces qualificatifs exonéraient de tout réalisme, comme si on pouvait penser l’architecture comme un geste pur sans rapport avec le réel ; d’autres ont accepté – y compris par crainte de ne pouvoir assumer cette complexité, de n’en avoir ni les compétences ni les clefs – de se replier, parfois confortablement, sur le plan économique, dans un morcèlement de l’architecture, dans une position interstitielle ou l’architecte n’est plus qu’un intervenant parmi d’autres. On a aussi limité, d’autant plus que la complexité augmentait les coûts, l’architecte à cette pure fonction « d’emballage » dont on peut se demander si Cristo n’a pas été l’illustrate précurseur, l’architecte se limitant à une prestation d’esthétisation de choix techniques complexes lui passant au dessus de la tête, et excédant ses moyens (y compris financiers).

L’architecte est alors un alibi, dont la prestation, ou la seule signature, justifie le projet aux yeux des critiques de la nouvelle urbanité. La moins mauvaise variante de cette configuration est le projet phare concédé à tel architecte de renom, à l’abri du bruit duquel on en conduit cent qui n’ont pas bénéficié de ce traitement.

La dérive techno-financière des opérations d’aménagement, à rebours des besoins sociaux et de la volonté des élus, ne peut être acceptée comme inéluctable. Elle ne trouvera pas d’alternative dans d’illusoires et répétitives mesures légales obligeant à ceci ou cela, ni dans de chimériques « simplifications » du droit de l’urbanisme, qui ne sont que des exceptions multipliant les configurations de prise de décisions et augmentant la complexité qu’elles prétendaient réduire. Elle est dans la recherche de modes de traitement alternatifs des projets, dont aucun ne peut être la solution unique et définitive, partout adaptable, mais offrant des possibilités de reconquête collective du devenir urbain (Proposition n°17).

L’architecte paraît pouvoir être l’une des clefs de cette reconquête. Il est aujourd’hui, dans le meilleur des cas, saisi d’une mission complète, le lieu de résolution des conflits entre les besoins collectifs que les constructions vont satisfaire, qu’il a pour mission de traiter et mettre en forme de façon durable, des exigences techniques de toute nature portées par diverses professions avec lesquelles il dialogue, et des contraintes réglementaires (notamment celles des documents d‘urbanisme de toutes natures) ; la conciliation, sous contrainte d’efficacité économique ou de rentabilité financière, n’est pas toujours possible, et suppose des sacrifices ; les marges de négociations ne sont pas dans les normes et les règles ; elles sont donc dans le traitement des besoins à satisfaire, dans la durabilité (en solidité comme en soutenabilité environnementale) des constructions et aménagements.

La reconnaissance d‘une nouvelle utilité publique de l’architecture passe par l’inversion de la démarche : il s’agirait désormais de faire prévaloir l’identification des besoins collectifs en les détaillant dans le temps et dans l’espace (non seulement la distribution entre habitats, services et activités, mais les modes d’usage, de relation, de déplacement, leur évolution possible, pour en réserver la possibilité, les aspirations à satisfaire où les exigences futures de connexion, de relation, etc), opération de longue haleine impliquant un dialogue approfondi entre architectes et élus, impliquant la population et les acteurs locaux, afin d’aboutir à une décision – nécessairement politique, apanage des seuls élus, fixant clairement les objectifs à atteindre, à l’échelle d’un quartier ou d’un bloc : parc de logement, type d’activité, services à implanter, réseaux nécessaires, etc, en y ajoutant les exigences qualitatives, fonctionnelles, environnementales, culturelles, qui sont autant d’ambitions collectives et la marque de la façon dont une communauté s’identifie et habite son territoire.

Sur cette base – qui ne dirait rien, contrairement aux règles d’urbanisme en vigueur, des règles de hauteur, de gabarit, de matériaux ou d’implantation, les architectes définiraient, dans une démarche d’émulation (il s’agit ici plutôt du type de compétition qui peut régner entre bureaux d’études ou de styles au sein d’une même entreprise que d’un concours féroce où il y a un gagnant et des victimes…), chacun leur solution pour répondre à ce cahier des charges qualitatif : un urbanisme directif, fonctionnel, et non plus réglementaire, borné aux seuls moyens à mettre en œuvre ou à proscrire. L’autorité publique, la population, choisirait le chemin lui paraissant le meilleur, d’où se déduiraient les règles d’urbanisme à mettre ne œuvre.

On conçoit à quel point pareil mode de conduite de rénovation de quartier, d’utilisation de friche, de construction de zones nouvelles – typiquement, dans les quartiers de la politique de la ville, dans les zones rendues disponibles par le repli des forces armées ou d’industries anciennes, mais aussi dans le cadre très propice du Grand Paris, qui se prêterait remarquablement à pareille expérimentation – romprait avec les habitudes. Il repose sur une contractualisation sur objectifs de l’acte d’aménagement, non plus motivé par un besoin de financement qui en commande le contenu, comme dans une opération d’aménagement ou un partenariat public privé, mais par la volonté de laisser du dialogue entre les habitants et utilisateurs, d’une part, et les architectes, de l’autre, naitre des objectifs mis en forme (idem, Proposition n°17).

Ce n’est pas une illusoire vision de l’architecture dictée par les habitants, mais de la restauration de la capacité de décision des élus dont il s’agit. Le risque de privatisation de l’urbanisme, si grand quand la complexité devient aussi celle des financements, est ici prévenu par l’intervention d’un architecte indépendant dont la vision complète restaure l’autonomie de la sphère politique, capable de faire part aux opérateurs d’urbanisme et d’aménagement de ses décisions, sans subir malgré elle les leurs. Cette voie est aussi l’une de celle qui restaurerait un espace de créativité architecturale, non comme zone résiduelle de liberté, mais comme cœur même du projet, non plaqué sur une construction décidée ailleurs pour des motifs sans rapport avec l’architecture, mais résultant de ce choix architectural.

Il est possible de tester pareil nouvel outil dans des zones définies à cette fin (idem, Proposition n°17), sachant que des exemples étrangers dont on peut s’inspirer montrent que cette voie est praticable, notamment au sein du projet du Grand Paris. Pour une partie identifiée du territoire (un bloc, un quartier, sans rechercher une zone trop étendue), il faudrait ainsi définir les modalités adaptées de dialogue et d’élaboration, les instruments contractuels et réglementaires nécessaires, et exempter en même temps ce territoire des règles ordinaires (sans rien céder des impératifs qualitatifs de construction ou d’environnement, ou de protection). La détermination de l’implication des architectes devrait faire prévaloir le souci de varier les angles de vue, en permettant notamment aux jeunes architectes d’y occuper une place privilégiée. Ces projets seraient d’ailleurs, que les participants voient leurs propositions retenues ou pas, une excellente école de préparation à l’implication dans la définition des partis architecturaux des PLU et des SCOT décrite plus haut.

Proposition n°17– Organiser une alternative à l’urbanisme traditionnel par contractualisation sur objectifs de l’acte d’aménagement en laissant leur place d’un côté au dialogue entre les habitants et les utilisateurs et, de l’autre, à l’émulation entre architectes afin de faire naître des objectifs mis en forme.- Tester ce nouvel outil dans des zones définies à cette fin.

IV – Rénovation, modernisation de l’existant : l’architecte garant de la qualité environnementale et de la préservation du patrimoin 

Dans un pays qui a basculé en trois générations de plusieurs millénaires de ruralité à un habitat majoritairement urbain, il n’est pas étonnant que chacun souhaite, pour marquer son succès ou assurer son avenir et celui de ses enfants, devenir propriétaire – la France étant dans une situation unique de ce point de vue, comparée par exemple à l’Allemagne, l’Espagne ou à la Grande Bretagne. L’accroissement continu de la population, certes ralenti par rapport au baby boom, mais dont les effets sur la demande de logement sont accrus plus que proportionnellement par les nouveaux modes d’habitat (décohabitation générationnelle, évolution des structures familiales, etc.) a entrainé un essor de la construction, collective et individuelle, sans équivalent dans l’histoire du pays, même comparé à l’époque de la reconstruction, pour s’en tenir à la période récente.

Deux risques majeurs menacent aujourd’hui le patrimoine ainsi constitué, risques individuels et collectifs, tout à la fois.

Le premier, parfaitement identifié par le Grenelle de l’environnement, est le risque environnemental, dont on n’a pas fini de démultiplier les occurrences : la performance énergétique du parc existant est désastreuse, au point de menacer de rendre inhabitable (financièrement) certaines parties de celui-ci ; l’empreinte écologique est très mauvaise, qu’on pense à la situation au regard des activités, services et loisirs, aux flux énergétiques et de déchets entrant et sortant ; demain, on découvrira peut être, à l’issue du programme « Reach » sur les composants chimiques, ou des recherches sur les cancers environnementaux, des menaces du type de celle que l’amiante ou le plomb ont longtemps fait peser et qu’on n’a pu surmonter qu’à grands frais, et plus encore à grands coûts humains.

Le deuxième, moins connu, sinon des professionnels de l’action sociale, est celui de la disparition progressive du patrimoine bâti constitué notamment par les ménages les plus modestes.

Les immeubles construits, comme les maisons, ne sont pas de ceux qu’on admirera en les classant dans cinq siècles ; certains sont déjà dégradés au point que le vocabulaire de l’action sociale a intégré la notion comme définissant une pathologie collective particulière, celle de la copropriété dégradée (abrégée en « copro dégradée ») dans laquelle les habitants, souvent sous-locataires à des conditions financières démesurées, assistent impuissants à l’absence d’entretien et à la destruction lente de leurs logements, faute que les propriétaires consentent les efforts nécessaires, faute parfois que ceux ci soient à la portée des colotis ou copropriétaires, en raison des coûts démesurés résultant de choix techniques hâtifs ou erronés dans les années 70 ou 80.

Le pavillon de lotissement est souvent dans le même état, et s’il n’apparait pas encore relever de cette problématique, placera demain les héritiers devant l’alternative de se ruiner pour reconstruire ou de considérer que l’héritage est parti en fumée ; que chaque citoyen se trouve dans la même situation que l’héritier du château incapable de le restaurer ou de l’entretenir n’était pas tout à fait le promesse de la révolution française.

Bien entendu, il existe des remèdes, que les pouvoirs publics ont commencé à mettre en place. En matière énergétique, des nombreuses incitations à la modernisation ont été mises en place, pour réduire consommation et rejets, et reposant sur des incitations fiscales nombreuses, entrainant des dépenses publiques considérables ; de même, les opérations de traitement des copropriétés mobilisent les financements publics dans les quartiers de la politique de la ville. Reste que l’effort fiscal ou budgétaire que l’Etat peut accomplir n’est tout simplement pas à la hauteur des enjeux.

D’autre part, le résultat d’une approche désordonnée, n’identifiant que le matériel énergétiquement efficace en matière environnementale, ou se bornant à traiter les cas désespérés pour la dégradation du patrimoine patiemment constitué avec l’épargne familiale, présente un risque élevé de gaspillage de ressources publiques rares au profit de solutions médiocres, partielles, et sans rapport avec les enjeux. Quant au diagnostic initialement formulé en première partie – nous avons choisi de dégrader nos paysages urbains et ruraux, ce qui nous entoure est en général, laid ou au mieux quelconque quand il est neuf – il est laissé intact par cette méthode.

Le principal champ ouvert aux architectes, il faut en être conscient, n’est pas dans la construction neuve : il est – il doit être – dans la rénovation, la reconstruction, la réhabilitation, la préservation – et l’animation, la prolongation, la restructuration, la rectification, du patrimoine bâti existant. Nous ne pouvons accepter de demeurer dans le paysage hideux ou médiocre qui fait qu’aucun guide touristique (au rebours de ceux du XVIIIe et du XIXe) ne suggère à personne d’aller visiter un nouveau quartier ou une usine nouvelle. Là est l’enjeu.

L’efficacité environnementale est d’abord thermique, mais on ne peut la limiter à cet aspect. A ce titre, elle repose sur le système de chauffage/réfrigération, mais aussi sur les mesures passives (isolations, matériaux et huisseries, restructuration des issues et usages des pièces intérieures). Elle comprend également les traitements de flux et consommations (gestion des déchets, consommations et rejets d’effluents, pollutions lumineuses ou par ondes, etc.), celui des abords (parties communes, jardins privatifs ou collectifs, traitement de la faune et de la flore d’origine ou nouvelle, notamment des animaux, domestiques ou commensaux) et celui des cheminements.

Satisfaire aux ambitions du Grenelle n’est pas poser aux frais du contribuable un panneau solaire sur une maison de campagne, c’est maitriser les consommations collectives d’énergie dans une tour du Val Fourré, voire du XIIIè arrondissement de Paris, où personne n’a pensé au tri sélectif… Si on s’en tient à la mise en vitrine de quelques solutions énergétiques fiscalement soutenues, de façon parfois discutable, on laissera à la laideur actuelle s’ajouter le no man’s land qu’exige dans un jardin l’assainissement non collectif, les superstructures de panneaux solaires ou de pompe à chaleur, sans efficacité réelle. L’efficacité environnementale est un tout, qui doit être non la succession de mesures ponctuelles empilées par effet d’aubaines par les habitants qui en ont les moyens (et ceux du Val fourré ne les ont pas….) mais une conception d’ensemble assurant, pour une construction – pavillon, immeuble, usine, entrepôt, supermarché – une réduction durable, effective, de l’empreinte environnementale. Elle doit se faire en optimisant les conditions d’usage du bien, en restaurant son esthétique autant que possible, et même, en les améliorant.

On conçoit qu’il y a là une mission complète d’architecte bien plus complexe et délicate que la construction d’un pavillon de 100m2. C’est à lui d’assurer la combinaison fonctionnelle optimale mêlant choix des procédés, des matériaux, remodelage des usages, nouvelle apparence, au mieux des intérêts des habitants. Il faut, évidemment, que la profession soit capable d’offrir cette prestation – telles sont le but de plusieurs propositions formulées plus loin, telle devrait surtout être l’une de ses ambitions majeures pour les cinq ans à venir.

Si l’Etat ne peut rendre immédiatement obligatoire leur intervention à cette fin, il serait néanmoins possible d’en faire la condition d’usage des crédits publics pour les opérations de rénovation dans le collectif. Et il y a lieu de réfléchir à la réorientation des crédits fiscaux employés au soutien de la performance énergétique dans le logement en les subordonnant à une intervention architecturale – dont le surcoût allégué doit ici être vigoureusement démenti (Proposition n°18). Une telle intervention devrait en effet être financée par son résultat même, dans l’esprit du contrat de performance énergétique : l’intervention après le diagnostic initial devrait en effet permettre à l’architecte de s’engager sur une performance environnementale globale garantie (non seulement énergétique : réduction des consommations ; mais de toute nature : gérer le problème du compostage des déchets en milieu urbain réduit les coûts de TEOM, par exemple), cette garantie contractuelle étant gagée par avance sur les consommations futures.

La même démarche doit être envisagée pour les copropriétés ou les habitats individuels vieillissants (Proposition n°19), soit à l’occasion d’une restructuration à des fins d’efficacité environnementale, soit dans le seul but de donner une nouvelle espérance de vie au patrimoine bâti, en assurant sa rénovation, la reprise nécessaire des point de faiblesse, etc. Il n’existe pas d’obligations individuelles de ravalement ou d’entretien, il faut favoriser leur prise en charge, et à cette occasion, aiguillonné par le parti architectural des PLU, prendre en considération – y compris financière – la restauration de la beauté du cadre de vie, son habitabilité, sa sociabilité.

Le coût des travaux à conduire doit en conséquence ici pouvoir trouver une compensation dans les droits de reconstruction qu’ouvrirait une telle démarche architecturale d’ensemble : autoriser, dans un cadre d’ensemble, une copropriété à surélever, élargir ou prolonger un bâtiment devrait permettre de financer l’ensemble de l’opération – y compris les honoraires d’un architecte de même que la densification (par division de parcelle ou extension des constructions existantes, là où celle ci est souhaitable) pourrait financer celle de l’habitat individuel, limitant le risque de lotissement infini de l’espace rural. Là encore, il faut que la profession s’arme pour traiter des problématiques de ce type, qu’elle soit capable d’offrir à des propriétaires individuels colotis et aux élus les instruments leur permettant de s’approprier la démarche et d’entrer dans ce type d’opération.

Il est d’ailleurs souhaitable qu’une démarche de même nature soit envisagée pour les zones artisanales ou industrielles existantes (Proposition n ° 20). Même si les entreprises sont a priori mieux à même de peser sur leurs charges énergétiques ou environnementales, elles n’en font pas nécessairement une priorité et surtout ne conçoivent pas spontanément de logique territoriale d’actions en la matière ; de même, l’esthétique des bâtiments ne domine que rarement les préoccupations d’employeurs qui, notamment par temps de crise, ont d’autres priorités. La priorité architecturale ainsi comprise est pourtant économiquement rentable – qu’il s’agisse de préserver la valeur d’actifs ou de réduire les coûts d’exploitation, dans une démarche zonale permettant de partager les résultats. Pour inciter les entreprises (dont les organes consulaires pourraient ici aussi prendre en charge les intérêts collectifs), des mesures simples pourraient être envisagées, comme la non prise en compte dans les bases de taxation des améliorations d’ordre environnemental, ou l’immobilisation des frais consacrés à ces efforts, en raison de la récurrence du retour sur investissement auxquels ils conduisent, même s’il ne s’agit que de dépenses d’étude.

Propositions n°18 à 20
En matière de rénovation et de modernisation de l’existant faire de l’architecte le garant de la qualité environnementale et de la préservation du patrimoine pour le logement collectif, individuel et certaines zones existantes en faisant de l’intervention de l’architecte la condition d’obtention des crédits publics et en réfléchissant à la réorientation des avantages fiscaux employés au soutien de la performance énergétique

Conclusion de la deuxième partie                            

L’ensemble des propositions qui viennent d’être exposées procèdent de la même cause : la réintroduction de l’architecture dans la conception et la prise de décision stratégique, la planification, l’aménagement et l’urbanisme, puis la construction (d’où elle est, paradoxalement, trop absente). Si aucune de ces mesures n’a l’évidence qu’aurait une réforme technique simple (abaissement du seuil de surface à partir duquel un architecte doit intervenir, qui focalise les réflexions, par exemple) c’est que l’enjeu ne paraît pas être celui qu’une inflexion ou de simples adaptations permettraient de traiter : c’est un nouveau cours qui est nécessaire, dans lequel l’architecture prend toute la place nécessaire pour surmonter les échecs ou dérives et faiblesses décrites en première partie. Il s’agit de réintroduire l’architecture, du côté des décideurs comme du public, d’en permettre la diffusion et l’appropriation.

Encore faut-il que la profession soit à la hauteur de ces attentes. Recréer un besoin d’y recourir exige aussi de recréer un désir de le faire. Il n’est pas sûr que les architectes, globalement, soient, aujourd’hui, en mesure de répondre à ce que serait le défi de la mise en œuvre des orientations esquissées ci dessus. Qu’ils se hissent à la hauteur du défi ne saurait dépendre de mesures réglementaires, béquilles accusant les faiblesses plus qu’elles n’y remédient, mais d’une prise en main collective de leur rôle nouveau, dans un contexte de formation, d’organisation et de réglementation reconfiguré pour accompagner cet élan. A quoi se consacre la troisième partie.

Troisième partie : Propositions relatives aux conditions d’exercice

 « S’ils veulent continuer d’exercer leur art, les architectes doivent accepter de se soumettre à ces nouvelles exigences de leurs clients et pour cela maîtriser non seulement la plastique de l’architecture, mais aussi ses dimensions techniques et économiques depuis la conception jusqu’à la réalisation. Ils doivent garantir les qualités environnementales de leurs projets, dans un cadre financier bien maîtrisé. Cela suppose des agences mieux organisées, réunissant un faisceau large de compétences leur permettant d’offrir à leurs clients le service qu’ils en attendent, avec une efficacité économique indiscutable ».[38]  

I- Une formation initiale aujourd’hui adaptée, mais une formation continue à améliorer significativement pour répondre aux enjeux

La formation initiale des architectes apparaît, ainsi qu’il a été dit en première partie, de qualité. Les entretiens conduits ont certes relevé des faiblesses et des défauts, mais les critiques demeurent mesurées et au total aucune inflexion majeure n’est aujourd’hui demandée, ni décrite. Les critiques se concentrent plutôt sur l’habilitation à la maitrise d’œuvre en nom propre – le débat sur les moyens de doter les débutants d’un minimum d’expérience n’est ni propre à la profession d’architecte, ni susceptible de rencontrer une solution miracle ; moins que sur une réforme de la HMOP, sollicitée d’ailleurs en sens contraires et en prenant des exemples étrangers inégalement convaincants, l’effort devrait porter sur les conditions d’exercice de la profession dans les cinq premières années, cruciales, effort dont certains axes sont décrits par ailleurs.

En revanche, la formation professionnelle apparaît comme le terrain majeur sur lequel des progrès significatifs doivent être accomplis. On imagine bien que la complexité des sociétés modernes, rejaillissant sur l’habitat, la technique, la réglementation, exclut qu’un architecte formé pour être diplômé à vingt cinq ans demeure au fait de toutes les exigences de sa profession, ou simplement de celle de la pratique qui est la sienne, durant quarante ans. Aujourd’hui coexistent des formations remarquables et d’autres qui le sont moins, des écoles très inégalement impliquées (alors qu’elles devraient toutes l’être), des programmes devant beaucoup à l’air du temps et trop peu aux nécessités réelles (ressenties par les architectes, nées de conditions objectives ou correspondant aux besoins des utilisateurs) – et, surtout, une absolue discrétion de tout architecte quant à l’opportunité et la nécessité d’une formation.

Il n’est pas inutile de porter un regard sur les autres professions libérales – médicale, du droit ou du chiffre – pour constater qu’elles ont toutes, à des degrés divers, recouru à un mélange de contrainte réglementaire (au nom de l’intérêt général que sert la profession, dont la réglementation, protectrice, impose en conséquence des sujétions), de volontarisme professionnel et d’échanges mutuels d’expériences dont il est utile de s’inspirer.

Il appartiendra à la profession et aux pouvoirs publics d’ouvrir un vaste chantier devant préluder à la constitution, si possible conventionnelle plutôt que réglementaire, d’un appareil de formation permanente (et qui serait l’une des premières priorité du Forum de l’architecture suggéré en II, infra), portant sur les principaux points suivants (Proposition n°21) :

Proposition n°21
  • identifier de   façon collective, récurrente et contradictoire les enjeux professionnels exigeant une formation en cours de carrière; ce repérage doit permettre de discerner les formations qu’imposent les évolutions légales (par exemple les normes de consommation énergétique ou de sécurité), techniques (innovations matérielles et technologiques) mais aussi les nouvelles pratiques sociales (n’est il pas enfin temps de traiter, en architecture, la question des antennes paraboliques, du jardin privatif, de la possession automobile, des âges au mariage ou au premier enfant,…) individuelles ou collectives, les priorités politiques nationales ou communautaires (qu’ont à dire et à faire les architecte dans une zone Natura 2000 ?). C’est aussi l’un des champs réservés à la recherche (Cf. VI, infra);
  • s’accorder sur une structuration, c’est à dire une professionnalisation et une réglementation de l’intervention dans la formation professionnelle: si les écoles comme l’ordre sont des acteurs incontournables, ne faut-il pas réfléchir à l’agrément de formateurs ou de structures, selon des cahiers des charges et des modalités à définir, pour assurer une formation de qualité, préalable incontournable à la reconnaissance de ses résultats ?
  • définir le régime de la formation: légère, pour entretenir et renouveler des compétences, plus lourde pour assurer une réorientation ou un élargissement de la pratique, diplômante afin d’accéder à des spécialités, qui pourraient le cas échéant être reconnues comme telles – de la même façon qu’un avocat peut préciser sa spécialité sous des conditions légales, qu’un vétérinaire peut faire état de son école d’origine et des certificats détenus, on doit envisager sérieusement la possibilité de mentions, pour que demain l’architecte qui a construit des ponts ou celui qui s’est spécialisé dans le bâti social HQE ou dans le bâtiment agricole de qualité puisse non en faire la publicité mais se prévaloir de la reconnaissance par ses pairs d’un titre professionnel;
  • c’est donc inévitablement aussi vers la validation des acquis de l’expérience que doit se tourner la réflexion, afin que les architectes, ou d’autres professionnels de la conception, qui se forment par la pratique (notamment au sein d’équipes expérimentées, comme salariés, au sein de l’Etat) puissent voir reconnues des spécialités ou des capacités que la formation initiale ou permanente permet d’acquérir – validation pouvant se coupler avec une formation complémentaire.

Ces préalables traités, pourrait alors s’envisager l’entrée dans un système d’obligation quantitative de formation permanente. Un volume annuel apparaît comme une mauvaise solution : les jeunes architectes n’en ont pas encore besoin, les plus expérimentés la trouverait à juste titre ridicule, et c’est la porte ouverte à des formations n’en ayant que le nom et autres colloques de complaisance. La mesure sur un pas de temps long – dix ans par exemple, glissants (l’ordre portant un regard critique tous les trois ans sur la formation des dix dernières années, avec un volume minimal de certificats ou d’équivalents à faire valoir, par cumul de tous les types de formations et de VAE) apparait préférable, et permet un contrôle collectif (Proposition n°22). Il appartiendra à l’Etat et à la profession de traiter aussi, comme pour les autres professions réglementées, la question de la sanction à envisager en cas de manquement à l’obligation de formation.

Proposition n° 22
Créer un dispositif de formation permanente obligatoire par obligation quantitative sur un pas de temps assez long, par exemple dix ans

On voit que les suggestions faites conduisent aussi à articuler la réflexion sur la formation avec celle sur l’accès à la profession depuis d’autres métiers de conception pouvant conduire ceux qui les exercent à demander le bénéfice de la reconnaissance de la qualité d’architecte et du titre, passant par un processus d’intégration sanctionnant tant les diplômes initiaux que des capacités acquises par la pratique ou des formations suivies permettant une intégration par équivalence dans la profession (Proposition n° 23). Un ingénieur employé dans une firme d’architecture pouvant se prévaloir des chantiers ou projets auxquels il a participé, un urbaniste de l’Etat passé par un CAUE ou par la conduite de projets publics en DDE ou en collectivité territoriale, par exemple, devraient pouvoir, au prix d’un bilan de compétence, d’une VAE et le cas échéant de certificats de formation complémentaire, accéder en cours de carrière, à un tableau ad hoc de l’ordre (Cf. infra, II).

Proposition n° 23
Mettre en place une procédure de validation des acquis de l’expérience pour d’autres professionnels de la conception qui, outre leur formation initiale, pourraient faire état d’une pratique professionnelle en architecture au sens large, et accèderait ainsi au niveau du diplôme d’Etat d’architecte et pourrait être inscrit au tableau ad hoc de l’ordre et porter le titre d’architecte diplômé d’Etat

On imagine assez volontiers que les inflexions suggérées à la loi de 1977 puissent être l’occasion d’une habilitation des partenaires sociaux à décliner ces propositions en mesures concrètes dans un laps de temps de l’ordre de 18 mois pour mettre en œuvre cet appareil rénové de formation permanente, condition absolue de crédibilité des incitations ou des obligations à recourir aux architectes : il leur faut (re)conquérir la confiance des usagers de leur art, qui passe par un professionnalisme accru dont l’entretien des compétences est un des fondements.

II – Une organisation et une représentation de la profession à renforcer

Comme on l’a dit précédemment (Cf. supra, Première partie, II-3), la situation actuelle de l’organisation et de la représentation de la profession d’architecte est peu satisfaisante. Pour leur défense, les architectes sont à la fois organisés :

1° en un ordre professionnel depuis la loi du 31 décembre 1940, loi intégrée, à la libération de la France, dans l’ordre républicain, et l’existence de l’ordre a été reprise par la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture,

2° par deux syndicats principaux, l’Union Nationale des Syndicats Français d’architectes et le Syndicat de l’architecture.

L’existence d’un ordre professionnel s’inscrit dans la logique d’une profession réglementée par la loi, c’est à dire d’un exercice professionnel encadré à plusieurs points de vue compte tenu de l’intérêt public et des considérations d’ordre public qui s’y attachent.

C’est donc dans la logique d’une profession règlementée qu’en application de la loi du 3 janvier 1977 les architectes sont titulaires de droit exclusifs sur une partie de la maîtrise d’œuvre des constructions nouvelles, qu’ils ont une obligation d’assurance à cette fin pour protéger les consommateurs et qu’ils doivent être inscrits à un tableau géré par l’ordre lequel exerce sur eux, au regard d’un code de déontologie pris par décret en Conseil d’Etat, le pouvoir disciplinaire destiné à faire respecter ces obligations. Ce chaînage est celui, en France, de toutes les professions réglementées au regard de considération d’ordre public et de sécurité des consommateurs[39].

Par voie de conséquence, les missions de l’ordre des architectes sont celles de la tenue du tableau ordinal[40], du pouvoir disciplinaire sur les architectes, de la représentation de la profession auprès des pouvoirs publics, de la défense du titre et des droits des architectes, avec le pouvoir d’ester en justice à cet effet; en outre, l’ordre peut concourir à l’organisation de la formation permanente et de la promotion sociale.

L’ordre des architectes est organisé en ordres régionaux et en un ordre national et regroupe aujourd’hui environ 29 000 architectes inscrits au tableau pour pouvoir exercer la maîtrise d’œuvre.

L’ordre ne regroupe pas, cependant, tous les architectes puisque de nombreux architectes n’y sont pas inscrits dès lors que, de par leurs fonctions, n’exerçant pas la maîtrise d’œuvre ni de, même parfois, de missions relatives à l’architecture, ils n’y sont pas tenus[41]. La représentation de la profession par l’ordre est donc partielle si l’on considère celle-ci de manière globale et non pas du seul point de vue de la maîtrise d’œuvre. Cette situation peut être considérée comme regrettable, même si elle est dans la logique de la loi du 3 janvier 1977 qui tisse un lien très étroit, en fait un véritable noeud, entre l’exercice de la maîtrise d’oeuvre et l’inscription au tableau de l’ordre.

Quant à eux, les syndicats d’architectes sont très faiblement représentatifs puisqu’ils regroupent, selon leurs propres statistiques, 300 adhérents pour le Syndicat de l’architecture et 3000 adhérents pour l’UNSFA, ce qui est faible au regard des effectifs de la profession.

Cette organisation de la représentation de la profession est donc incomplète et peu puissante; cette faiblesse s’ajoute à celle, individuelle, des architectes dans les rapports de force actuels en matière de construction et d’aménagement (Cf. supra, Première partie, II-3). Cette représentation est, en outre, parfois profondément divisée entre les différents acteurs sur certains grands enjeux[42]. Il arrive même que des déchirements surviennent entre l’ordre national et certains ordres régionaux [43] .

En bref, la conclusion à laquelle arrivait le rapport IGF/IGAAC de février 1997 et qui se résumait en peu de mots « L’ordre et le syndicat sont donc également faibles » est donc encore parfaitement actuelle. La question du maintien d’un ordre professionnel peut donc être posée par le présent rapport.

D’un côté, l’utilité d’un ordre n’est pas évidente : il n’est pas sûr que, réfléchissant à l’organisation et à la réglementation éventuelle de la profession, le législateur créerait un ordre, s’il n’en avait hérité du passé. Curiosité juridique et avatar des corporations d’Ancien régime interdites par la loi Le Chapelier, les ordres professionnels, créés par Vichy dans l’objectif de juguler le fait syndical, ont été maintenus à la Libération dans leur rôle de gardien de la déontologie des professions réglementées, mais ils sont désormais concurrencés par les syndicats dans la mission de défense de la profession.

 

En outre, la réglementation de la profession pourrait être maintenue sans que la déontologie et les conditions d’accès et d’exercice soient l’objet des interventions d’une instance ordinale. La supprimer redonnerait un champ libre important aux syndicats, dont le renforcement leur permettrait de mieux peser, aux échelons nationaux et européens, sur l’avenir de la profession. Les ressources dégagées pourraient utilement être affectés à la formation permanent ou initiale (ou restituées en partie à la profession, par exemple en exonérant de cotisation les jeunes architectes nouvellement installés). La fin du particularisme français en la matière faciliterait en outre le respect des directives européennes dans tous les domaines (reconnaissance mutuelle des diplômes, liberté d’établissement et de prestation de service).

D’un autre point de vue, s’agissant de la profession d’architecte que l’on souhaite dans le présent rapport, dans un objectif d’intérêt général, renforcer, il serait paradoxal d’affaiblir sa capacité de représentation et d’organisation en proposant, dans le même rapport, la suppression de l’ordre, celui-ci contribuant largement (plus largement que les syndicats en tous cas lesquels, comme on l’a dit, sont faibles) en droit et en fait à la représentation de la profession. Le rapport ne le proposera donc pas, d’autant que le sujet des professions réglementées fait l’objet d’une réflexion plus large au plan communautaire qu’un exercice purement national pourrait prendre à contre-pied.

En réalité, aujourd’hui, la véritable question n’est pas celle de l’existence d’un ordre professionnel qui a le mérite d’exister mais celle de l’efficacité du dispositif de représentation de la profession mis en place. De ce point de vue, l’ordre des architectes paraît un atout dont il ne faut pas se priver [44].

Néanmoins, cinq mesures sont proposées pour améliorer la situation actuelle et, dans la philosophie du présent rapport, assurer une meilleure organisation et représentation de la profession conçues dans sa globalité la plus large.

1) Il convient, d’abord, de traiter la question des architectes diplômés, qu’ils soient DPLG ou diplômés d’Etat, qui n’exercent pas de missions de maîtrise d’œuvre et qui, en conséquence, n’ont pas d’obligation légale, aujourd’hui, de s’inscrire à l’ordre des architectes, sauf par une démarche volontaire.

Dans la philosophie du présent rapport qui, par ses propositions, a pour ambition de développer le rôle des architectes y compris hors des champs de la maîtrise d’œuvre – évolution qui rencontre d’ailleurs celle résultant de la récente réforme du LMD qui va mettre sur le marché du travail des diplômés d’Etat qui ne souhaiteront pas assurer des missions de maîtrise d’œuvre, ne feront pas la formation dite « HMONP » et n’auront par voie de conséquence à s’inscrire à l’ordre – il apparaît que cette diversification des missions, dans différents cadres publics ou privés, éloigne la nouvelle réalité qui se dessine du schéma prévu par la loi de 1977.

En effet, au schéma classique « monochromatique » de l’architecte DPLG, ou titulaire de la HMONP, qui, pour exercer des missions de maîtrise d’œuvre, s’inscrit au tableau de l’ordre par l’effet de la loi, va se substituer un schéma plus complexe dans lequel les architectes faisant de la maîtrise d’œuvre subsisteront, bien évidemment en nombre plus important qu’aujourd’hui d’ailleurs, mais où se développeront aussi, encore plus qu’aujourd’hui également, des architectes diplômés d’Etat, exerçant des compétences en matière d’architecture que ce soit au sein des services des personnes publiques (Etat, Collectivités territoriales, établissements publics, agences) ou de personnes privées, sans assurer pour autant de missions de maîtrise d’œuvre justifiant, par l’effet de la loi actuelle, une inscription au tableau de l’ordre des architectes.

Faut-il laisser ces populations d’architectes hors du dispositif de défense professionnelle ordinal ? La réponse sera plutôt négative au regard de l’approche et des préconisations du présent rapport.

En effet, les y laisser témoignerait d’une architecture à deux vitesses que les orientations du présent rapport ne justifie pas puisqu’elles tendent, au contraire, à faire émerger une nouvelle utilité publique de cette discipline, discipline conçue largement dans ses différentes catégories d’exercice professionnel, avec ou sans mission de maîtrise d’œuvre. Le temps de l’architecte DPLG « un et indivisible » est donc manifestement révolu dans l’intérêt même de la profession. Laisser les architectes qui n’exercent pas de mission de maîtrise d’œuvre hors du dispositif ordinal de défense de la profession tendrait ainsi à faire du dispositif d’inscription à l’ordre prévu par la loi de 1977, un dispositif très partiel, voire « croupion », nuisant à l’efficacité de la représentation collective de la profession, et même déniant cette réalité collective.

En conséquence, la mission propose que soit mis en place, dans un objectif de défense collective de la profession, un tableau spécifique d’inscription à l’ordre pour les architectes n’exerçant pas la maîtrise d’œuvre. La   cotisation en serait modique, l’ordre n’ayant à leur égard qu’une mission de défense des intérêts collectifs de la profession et aucune prérogative réglementaire, notamment disciplinaire.

De même, les professionnels de la conception (urbanistes, paysagistes, etc.) ayant bénéficié d’une validation des acquis de l’expérience leur reconnaissant la qualité et le titre d’architecte diplômé d’Etat pourraient être inscrits au même tableau (Proposition n° 24).

Proposition n°24
Mettre en place un dispositif d’inscription à un tableau spécifique tenu par l’ordre pour les architectes n’exerçant pas de missions de maîtrise d’œuvre et pour les autres professionnels de la conception (urbanistes, paysagistes, etc.) ayant bénéficié d’une validation des acquis de l’expérience. En conséquence, compléter l’article 9 de la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture d’un quatrième alinéa ainsi rédigé : «Toutefois, dans l’intérêt collectif de la défense de la profession, les architectes, au sens défini à l’article 2 qui n’exercent pas de mission de maîtrise d’œuvre, et les architectes diplômés d’Etat qui ne sont pas titulaires de l’habilitation à exercer la maîtrise d’œuvre en leur nom propre sont inscrits, sauf s’ils demandent à ne pas l’être, à un tableau spécifique qui ne confère pas tous les droits dévolus par la présente loi aux architectes exerçant des missions de maîtrise d’œuvre. » [45]

Au total, avec ces propositions, la profession gèrerait au sein de l’ordre des architectes deux tableaux principaux : le tableau des architectes habilités à exercer la maîtrise d’oeuvre en leur nom propre (HMNOP), profession réglementée dotée de droits exclusifs en matière de construction et d’obligations corrélatives définies par la loi de 1977 et, un second tableau, le tableau des architectes diplômés d’Etat que ce soit par leur formation initiale ou par validation des acquis de l’expérience pour d’autres professionnels de la conception. Cette seconde catégorie de professionnels de l’architecture aurait vocation à intervenir dans tous les domaines où l’exigence de la HMONP n’est pas formellement requise.

2) Il faut ensuite rappeler que la réglementation de la profession a largement été améliorée par l’ordonnance n°2005-1044 du 26 août 2005 qui a modernisé des pans importants de la législation issue de la loi du 3 janvier 1977 qu’il s’agisse du régime électoral des ordres régionaux et national dont le mandat a été porté à six ans au lieu de quatre pour donner davantage de stabilité à l’action, qu’il s’agisse de l’efficacité des sanctions appliquées en cas de défaut d’assurance (par la création d’une suspension administrative de l’inscription au tableau), qu’il s’agisse enfin de la procédure disciplinaire elle même qui a été largement modernisée y compris du point de vue des garanties des droits de la défense.

En conséquence, il convient d’inviter le ministère de la culture et de la communication à achever le travail réglementaire attendu en application de l’ordonnance précitée par la publication du décret portant modernisation du code des devoirs professionnels – actuel décret n°80-217 du 20 mars 1980 – qui est encore en préparation (Proposition n°25). Ce travail devra être conduit en tenant compte des modifications proposées dans le présent rapport sur les modes d’exercice et les métiers impliquant des compétences architecturales.

Proposition n° 25
Revoir en profondeur le décret portant code des devoirs professionnels des architectes en distinguant, outre un socle commun à tous les professionnels de l’architecture, les obligations déontologiques qui pèsent sur les architectes remplissant des missions de maîtrise d’oeuvre et les obligations pesant sur les architectes diplômés d’Etat  

3) Ensuite, dans l’objectif de renforcer la défense de la profession, il conviendra de redéfinir dans l’article 26, alinéa 2, de la loi du 3 janvier 1977, l’intérêt à agir en justice des instances ordinales au nom de la profession.

En effet, une tentative de redéfinition de cet intérêt à agir en justice des instances ordinales, au nom des intérêts individuels ou collectifs de la profession, avait été présentée par le Gouvernement à l’occasion de la préparation de l’ordonnance du 26 août 2005 mais fut refusée, lors de l’examen du texte, par le Conseil d’Etat au motif que la disposition proposée excédait le champ de l’habilitation donnée par le législateur au pouvoir réglementaire pour modifier par ordonnance la loi du 3 janvier 1977.

Il convient de rouvrir ce chantier et de reprendre la disposition qui avait été envisagée [46] en tenant compte aussi de l’élargissement du champ des inscriptions à l’ordre proposée au point précédent (Proposition n°26).

Proposition n°26
Améliorer le 2ème alinéa de l’article 26 de la loi du 3 janvier 1977 afin d’étendre l’intérêt à agir de l’ordre en justice notamment au regard des propositions n° 24 et 25

4) Pour surmonter les difficultés de la profession liées à sa faible visibilité, voire même à ses divisions, il conviendrait d’instituer sa représentation collective auprès des pouvoirs publics.

La mission propose de créer une instance associant l’ordre national des architectes, les syndicats d’architectes, ainsi que d’autres structures telles l’Académie d’architecture, la Fédération nationale des CAUE et d’autres syndicats, tels celui des Architectes urbanistes de l’Etat et celui des Architectes des bâtiments de France.

Un certain nombre de personnalités qualifiées, et en particulier de grands noms de l’architecture française ou étrangère, devraient être adjointes à ce Conseil, ou à ce Forum, qui serait présidée par une personnalité incontestable du monde de l’architecture (Proposition n°27).

Placée auprès du ministre chargé de l’architecture, voire du Premier ministre si l’on souhaite renforcer l’aspect interministériel, cette instance pourrait très utilement associer également des représentants des autres ministres intéressés par l’architecture (MEDAD, Logement, Ville, etc.).

L’objectif de cette mesure est bien, également, sur les grands enjeux auxquels est confrontée l’architecture, de fabriquer du consensus entre les acteurs, y compris au plan interministériel. A cet effet, il pourrait être prévu également que le président du Conseil, ou forum, participe de droit à certaines instances consultatives gouvernementales et, en particulier, à celles compétentes concernant la Ville ou le cadre de vie.

Proposition n°27
Créer, par décret, un Conseil supérieur de l’architecture, ou Forum de l’architecture, placé auprès du ministre chargé de l’architecture, voire du Premier ministre et assurant, auprès des pouvoirs publics, la représentation et la visibilité de la profession de la manière la plus large possible. Prévoir que le président de cette instance siège de droit dans d’autres instances gouvernementales compétentes concernant la ville et le cadre de vie.

5° Confier à ce Conseil, ou Forum, le soin de tenir des « Assises nationales de l’architecture et du cadre de vie » pour un premier cycle de cinq années pour accompagner, dans le débat le plus large avec tous les acteurs concernés, la mise en place des réformes, leur suivi et leur mise en œuvre. Ce cycle de cinq ans verrait, la première année, les Assises, qui seraient générales, consacrées aux questions d’architecture et d’environnement et les quatre années qui suivent seraient dédiées respectivement aux questions sociales, à l’efficacité énergétique, à l’architecture historique et à l’esthétique, et, enfin, à l’architecture en lien avec l’urbanisme. L’année suivante verrait l’organisation d’Assises bilan du premier cycle, avant un second cycle qui, au besoin, serait ensuite défini, en fonction des résultats du premier cycle ainsi conduit (Proposition n°28).

Proposition n°28
Donner au Conseil, ou Forum de l’architecture, un programme pluriannuel de travail ancré aux enjeux actuels et organiser des « Assises nationales de l’architecture et du cadre de vie » par cycle de cinq ans sur un programme précis et en associant tous les acteurs concernés.

III – Plus d’architectes, plus visibles, disposant de nouveaux outils

La France manque d’architectes au regard des autres pays comparables (Cf. supra, Première partie, II-1). Les capacités de son système de formation ne sont pas insuffisantes, même s’il est peut être nécessaire d’augmenter ses capacités de formation initiale. La difficulté réside plutôt dans le manque d’enrichissement, quantitatif pour être qualitatif, de la profession par l’accès en cours de vie professionnelle qui en serait concédé à des concepteurs issus d’autres formations, et dans la difficulté à maintenir une activité d’architecte, pour les raisons économiques ou statutaires déjà dites.

L’Etat (qu’on appelle plus bas à être exemplaire) doit être le premier à restaurer la visibilité des architectes (et, au delà de ces apparences, à restaurer et identifier sa capacité architecturale) et à rendre proéminente et identifiable leur intervention. Il est anecdotique, mais illustratif, qu’au ministère de la culture qui compte dans ses rangs plusieurs architectes de formation, ou dans les directions du ministère en charge du logement, de la construction et de l’urbanisme, aucun fonctionnaire ne peut remettre une carte de visite mentionnant qu’il est tout simplement architecte.

En dehors des quelques corps d’Etat aux vocations et fonctions bien délimitées et aux effectifs réduits – architectes urbaniste de l’Etat[47], architectes en chef des monuments historiques, architectes voyers de la ville de Paris – , la fonction publique (Etat ou territoriale) ne compte pas de corps d’architectes. Ce n’est pas que l’organe crée la fonction, mais il est clair que ne pas identifier en tant que tel les compétences d’architectes, tout particulièrement au sein des collectivités territoriales, n’incite pas à y recourir, ni ne crée dans le dialogue avec les cocontractants ou entre administrations d‘Etat et territoriales, la reconnaissance de compétences nécessaire à une relation fructueuse, qu’il s’agisse de conception, d’assistance ou de contrôle.

Les temps budgétaires traversés ne sont sans doute pas propices à la création d’un corps qui ne se justifie pas en tant que tel, sauf peut être pour la fonction publique territoriale qui, à la différence de l’Etat, mise à part le ville de Paris, n’en dispose d’aucun.

En revanche, la reconnaissance de la fonction, participant de la réorientation appelée par ce rapport, et le signal ainsi donné quant à l’éminence de la fonction architecturale et sa valorisation, devrait passer par la création d’un cadre d’emploi de référence, commun aux trois fonctions publiques, celui d’architecte public, identifiant tout fonctionnaire, ou agent public, réunissant les conditions (initiales ou issues de la formation permanente ou de la validation des acquis de l’expérience) pour être architecte diplômé d’Etat, ou même habilité à exercer la maîtrise d’oeuvre, et, de ce fait, inscrit au tableau correspondant de l’ordre et autorisé à porter le titre d’architecte habilité à exercer la maîtrise d’oeuvre, ou celui d’architecte diplômé d’Etat (Proposition n°29).

Proposition n°29
Créer un cadre d’emploi de référence commun à tous les architectes employés par les personnes publiques.

Les fonctionnaires relevant de ce cadre d’emploi (et les contractuels qui en relèveraient également pour la définition de leurs missions et prérogatives) seraient affectés ou détachés dans les corps qui aujourd’hui les accueillent (en fonction publique territoriale, pour l’essentiel le corps des ingénieurs territoriaux – dans lequel on ne peut que préconiser l’identification d’une filière ou spécialité « architecte » si l’on ne peut envisager la création d’un corps spécifique aux architectes – mais on peut imaginer que certains soient aussi administrateurs, ou relèvent des corps d’encadrement de la fonction publique hospitalière, de la pénitentiaire, commissariats des armées, etc.), où se dérouleraient leur carrière et d’où ils tireraient leur rémunération et leurs droits statutaires. Mais cette appartenance au cadre d‘emploi permettrait, outre le port du titre ad hoc, d’exercer certaines prérogatives à définir (intervention dans les opérations d’urbanisme et d’aménagement opérationnel et réglementaire, dans la conception la conduite l’instruction ou l’exercice de la tutelle…), et de faciliter les allers et retours avec le privé que les nouvelles orientations de la politique de la fonction publique visent à favoriser.

De la sorte également, rendre plus visible les architectes au sein des services de l’Etat permettra d’organiser un contrôle à la fois plus légitime et plus efficace de la part de ce dernier quant aux exigences de qualité architecturale, urbaine et paysagère que l’Etat attendra des collectivités territoriales et des aménageurs.

Dans le secteur privé, il apparait également nécessaire de réfléchir au développement de l’activité salariée des architectes, au delà du cadre actuel strictement limité par la loi, et à la possibilité corrélative d’inscription à l’ordre – sur un tableau dédié dont les contours seraient à définir, quant aux conditions d‘inscription et à leur portée, pour éviter toute concurrence interne ou toute récupération de la profession par l’industrie qui pourrait y trouver des alibis aux pratiques que le présent rapport entend combattre…) – d’architectes salariés d’entreprises. Il ne s’agit pas seulement des entreprises de BTP, mais aussi d’autres entreprises ou professions libérales (cabinets de conseil et conception en urbanisme, maître d’oeuvre en bâtiment reconnus qualifiés, études notariales, banques), la liste pourrait être limitative mais assez large (Proposition n°30).

Outre, que les jeunes architectes pourraient s’y forger un expérience utile et moins paupérisante que ne l’est leur actuel début de carrière, sur le modèle des carrières des professions du droit et du chiffre, ou peut en escompter un maintien officiel en activité d’architectes autrement absorbés par des carrières en entreprise qui se coupent définitivement de la profession alors même que leur pratique ne les a pas éloignés de l’architecture.

Proposition n°30
Développer, dans un cadre calibré et maîtrisé, la possibilité d’activité salariée des architectes habilités à exercer la maîtrise d’oeuvre en leur nom propre, pour favoriser l’emploi des jeunes diplômés.
Modification de l’article 14 de la loi du 3 janvier 1977 Motifs
Ajouter un 7ème alinéa ainsi rédigé à cet article :     « En qualité de salarié d’une personne physique ou morale reconnue par l’Etat qualifiée dans la conception architecturale, urbaine ou paysagère sur présentation de références professionnelles après avis d’une commission nationale comprenant en nombre égal des architectes et des représentants des professions concernées ; » Afin de favoriser l’emploi des architectes habilités à exercer la maîtrise d’oeuvre, ajout d’une hypothèse supplémentaire d’exercice de la profession d’architecte sous forme salariée auprès des « maîtres d’oeuvre concepteur » reconnus qualifiés par l’Etat

Ces deux axes d’élargissement des conditions d‘appartenance ou d’exercice débouchent naturellement sur la possibilité d’élargir les conditions d’accès. Un architecte, au sens du présent rapport, est un professionnel dont la formation et l’expérience lui permettent de concevoir dans l’espace les grandes fonctions, donc l’allure et les procédés constructifs d’un bâtiment. Cette définition générale peut recouvrir des statuts différents, permettant une plus ou moins grande implication dans l’acte de construction, la maitrise d’œuvre en mission complète en étant le plus complet exercice possible, mais rien n’interdisant de segmenter ou de qualifier les situations professionnelles dès lors que la réalité est aujourd’hui plus complexe qu’elle ne fut, du fait de l’existence sur le marché des architectes diplômés d’Etat, outre les anciens DPLG et les actuels et futurs architectes habilités à exercer la maîtrise d’oeuvre en leur nom propre.

 

En outre, comme on l’a déjà dit, on conçoit bien qu’un ingénieur qui depuis vingt ans s’implique dans la construction de bâtiments, de la construction à la conduite de chantier, n’aurait aucun mal à être regardé comme un pair par des architectes : il faut qu’il puise, par une démarche volontaire, reposant sur la validation des acquis (académiques ou professionnels) et celles de formations complémentaires nécessaires, être reconnu comme tel par la profession. Il en va de même de nombreux concepteurs (urbanistes, paysagistes, fonctionnaires de corps divers impliqués dans l’urbanisme réglementaire ou opérationnel), la diversification des pratiques et des prérogatives fait naître celle des tableaux d’inscription possible comme devant permettre de répondre à cette irrigation nécessaire, et même impérative, de la profession par un enrichissement en cours de vie professionnelle.

Cette « multiplication » des architectes, assortie de l’introduction de spécialisations ou de types d’interventions différents – reflets de la richesse de ce que recouvre le terme architecture aujourd’hui, qui va de la coopération, à la confection du PLU, à l’installation de panneaux solaires sur monument historique, en passant par le pavillon au milieu du jardin et la restructuration du grand ensemble de logement social, le palais d’été pour magnat fortuné, la porcherie aux normes et le hall d’assemblage pour airbus A 380…- exige le développement des outils de gestion de la polyvalence et de la pluralité des compétences.

 

C’est en ce sens que le présent rapport ne peut qu’inviter le Gouvernement à favoriser le développement des sociétés d’architecture après expertise plus approfondie des motifs de la situation actuelle en France et des statuts sociaux applicables permettant l’exercice de la profession d’architecte; dans cet esprit, il est indispensable que devienne beaucoup plus attractif le concept d’entreprise d’architecture, notre pays souffrant d’un retard criant on l’a vu plus haut par rapport aux autres pays développés notamment européens, entreprise employant aux côtés d’architectes associés, ou salariés, l’ensemble des professionnels spécialisés (économistes, thermiciens, spécialistes de sécurité, paysagistes, etc.), dont le morcellement actuel, on l’a vu aussi, ne peut que faire obstacle à la mission complète des architectes (Proposition n°31). Les mesures susceptibles de favoriser le recours à ce type de sociétés sont à rechercher dans les capacités qui leurs seront données de façon exclusive ou préférentielle (pour intervenir dans la définition des partis architecturaux, pour assister les maitres d’ouvrage dans les PPP), dans les avantages donnés aux architectes salariés qu’elles emploieraient (en termes de formation par exemple), indépendamment des possibilités d’extension des aides existantes à la création d’entreprises (du type de l’article 44 du code général des impôts, par exemple). Le diagnostic partagé (au sein du Forum dont la création est suggérée plus haut) des raisons de l’échec relatif du statut actuel des sociétés d’architecture par rapport à d’autres pays devra cependant précéder toute mesure d’aide.

Proposition n°31
Favoriser par toutes mesures incitatives le développement des sociétés d’architecture en France

Voisine est l’idée d’adapter la structure de groupement momentané d’entreprise à la prise de mission complète d’architecte, le chef de file étant l’architecte (entreprise ou personne) réunissant autour de lui toutes les spécialités nécessaires (urbaniste, ingénieurs, économistes, spécialistes divers…). La réponse en GME permettrait en effet de concilier l’intérêt de maintenir l’architecte dans la mission complète sans rien nier de la nécessité d’étayer son intervention de celle de tous les détenteurs de savoir ou de compétences à défaut desquelles il ne peut accomplir sa mission (Proposition n°32) .

Proposition n°32
Adapter la structure du groupement momentané d’entreprise pour favoriser dans le domaine de l’architecture le développement des pratiques de mission complète

Enfin, il apparaît souhaitable à la mission de veiller à ce que les droits de propriété intellectuelle des architectes soient mieux respectés et qu’en particulier le droit moral des architectes fasse l’objet d’une application plus satisfaisante par la mention du nom de l’architecte sur les oeuvres d’architecture ainsi que sur la reproduction de leur image conformément au droit commun de la propriété intellectuelle (Proposition n°33).

Proposition n°33
Modification proposée de l’article 15 de la loi du 3 janvier 1977 Motifs
Ajouter un second alinéa à l’article 15 de la loi du 3 janvier 1977 ainsi rédigé :« Pour l’application de l’article L112,7° du code de la propriété intellectuelle, les oeuvres d’architecture, ainsi que la reproduction de leur image quel qu’en soit le support ou le procédé, comportent la mention du nom de l’architecte ».  Traduire dans la loi du 3 janvier 1977 l’obligation légale de mention du nom de l’architecte résultant du CPI

IV – Un Etat exemplaire

L’Etat doit le, premier montrer qu’il ne considère pas le recours à un architecte comme une contrainte, un surcoût sans valeur ajoutée, ou un luxe dont l’urgence exigerait qu’on se dispense. L’architecture, sa prise en compte et sa promotion, doivent devenir la marque de fabrique de la construction publique ou de celle que l’Etat subventionne ou bonifie. C’est par cette discipline volontaire qui exemplifiera les bienfaits et les retombées d’une maitrise architecturale que l’effet d’entrainement des actions de l’Etat pourra jouer à plein. Il suffit de se rappeler l’impact des grandes infrastructures – viaduc de Millau, opéra Bastille,… – ou de grands projets d’aménagement, à la Défense ou dans certaines villes nouvelles, qui ont marqué les esprits, pour mesurer l’ampleur (historique) de la fonction démonstrative de l’architecture publique. Elle doit devenir visible dès les microprojets les plus simples, une gendarmerie, un bureau ; elle doit irriguer les flux financiers, des opérations de toutes nature à base de crédits publics ou bonifiés, selon une exigence portée par les architectes employés par l’Etat, et relayés par ceux consultés ou associés à cette fin. Croit on que le projet de Grand Paris aurait eu l’écho qu’il a eu, que l’exposition du projet aurait fasciné et suscité autant de débat si le point d’entrée n’avait pas été une volonté et une vision architecturales, des partis architecturaux au sens ou on en a appelé la généralisation ?

Sans s’illusionner sur la commande publique (comme l’école, mise à toutes les sauces des exigences du moment), alors que son premier objet et principal et qui doit le rester est de répondre à un besoin collectif porté par la collectivité qui passe commande, elle doit être un des vecteurs de cette prise en compte volontariste précoce de l’architecture, de même que les flux financiers de politiques ayant le bâti et les infrastructures comme contenu principal doivent être placés sous condition de prise en compte de la qualité architecturale : c’est à dire, non par une signature alibi masquant l’absence de réflexion réelle, mais une préconception, objet d’un dialogu, permettant de mesurer le parti architectural et son adéquation aux objectifs poursuivis par l’Etat en finançant.

 

L’une des façons d’inciter les partenaires (collectivités territoriales, établissements publics, cocontractants privés) à rentrer dans cette logique est d’exiger le plus souvent possible que la commande publique se fasse à coût complet (Proposition n° 34): non seulement celui d’investissement, mais aussi celui de fonctionnement sur la durée d’amortissement économique ou budgétaire des constructions, incorporant nécessairement les économies et déséconomies externes, sociales et environnementales : l’habitat social pensé sans service ou circulation, la simple boite posée pour loger une activité ou une population, apparaitrait alors comme démesurément plus coûteux que les bâtiments pensés dans leur avenir, pour une communauté d’habitants, en fonction de ses besoins, intégrant les évolutions possibles ou la possibilité d’évolution des pratiques sociales, des modes d’habitat. C’est alors, seulement par le recours à l’architecte tel qu’on a décrit sa fonction en première partie qu’il est possible de maitriser le projet pluridisciplinaire que devient la réponse à l’appel d’offre.

Proposition n°34
Généraliser la commande publique à coût complet

On soutiendra peut être que cet appel à construire par sélection sur coûts collectifs complets a déjà un précurseur, le partenariat public privé. Il est exact que le choix du partenaire – et l’équilibre financier du projet – se concrétisent dans un PPP, en en résumant grossièrement le principe, en additionnant les coûts de construction et ceux de fonctionnement, comme pour certaines industries. La difficulté est que la pratique des PPP semble, selon certains acteurs, se nouer aux antipodes des ambitions ici affirmées : la puissance publique n’a plus que des objectifs, lointains et quantitatifs, et non plus une vision claire des lieux d’une politique, dont la satisfaction par des choix techniques et financiers est entre les mains du cocontractant ; le cocontractant doit rentabiliser son engagement, et n’est enclin ni à écouter son architecte autrement que comme auxiliaire du respect des contraintes techniques et réglementaires parmi d’autres, ni à concevoir l’évolution du bâti ou son insertion autrement qu’au regard du bilan coût avantage pour lui même et lui même seul. Plusieurs professionnels estiment que le PPP ainsi conçu porte le deuil de l’architecture ; et les exemples cités invitent à investiguer cette question.

Il est sans doute nécessaire moins de réformer le PPP que de souligner la nécessité de renforcer -le PPP n’exigeant en rien par lui même qu’on l’abdique – l’autonomie de choix de la puissance publique en terme de parti architectural global, afin qu’elle ne borne pas l’émission de son vœu à des objectifs quantitatifs d’avenir (loger x centaines de prisonniers ou d’étudiants ) mais émettent un cahier des charges, avec toutes les collaborations nécessaires au plan conceptuel, dessiné dans l’espace et le temps porteur d’exigences politiques (un bâtiment pénitentiaire détermine par son architecture la politique d’exécution des peines qu’on y conduit, ce qui s’organise par classe d’âge ou par sexe ne permettra pas demain de gérer une politique par type de peine ou de délits, dessiner une faculté en dit plus sur sa méthode, sa vocation et ses débouchés que la lecture de ses programmes) que l’architecte doit proposer de convertir en options de construction, en axes de sélection des partenaires, en permettant de considérer (professionnellement) la malléabilité du bâti, son adaptabilité aux changements d’usage et aux évolutions sociales ou politiques (Proposition n°35).

Proposition n°35
Dans les PPP, faire précéder l’élaboration du contrat de partenariat de l’élaboration par le maître d’ouvrage d’un cahier des charges comportant un parti architectural préparé avec le concours de professionnels de la conception architecturale

V – De nouveaux moyens pour les collectivités territoriales

La réponse des collectivités locales aux propositions qui les concernent ou les impliquent est déjà connue, prévisible, et, il faut d’emblée le reconnaître, légitime. Une fois de plus une exigence de qualité et une mission nouvelle leur sont imposées ; une fois de plus la population va revendiquer la mise en œuvre des avantages que comporte ces orientations, refuser les contraintes qui en découlent, et blâmer les élus qu’ils s’en sont laissé conter ; une fois de plus les moyens ne suivront pas, ni la fiscalité, ni les transferts sous forme de dotation, ou de personnels, une fois de plus l’Etat transfèrera la réponse à ses carences aux héritiers de ses compétences sans en avoir pensé les instruments ni budgété le coût, qu’il n’aura jamais assumé lui même ; et une fois de plus, on accusera la dérive des budgets locaux, et l’incompétence d’élus dispendieux lâchant tout et ne concevant rien…

La réponse assez classique, à ces doléances fondées, repose sur un triptyque (Proposition n°36) :

Proposition n°36
– la richesse que crée une architecture maitrisée et non subie doit revenir à la collectivité qui la crée,
– les compétences humaines importent, en la matière, plus que les moyens financiers, ce sont elles qui doivent être transférées ou mis à disposition,
– le bon échelon de prise en compte est nécessairement l’intercommunalité.

Il n’est pas nécessaire d’insister sur ce dernier point : la commune rurale pour laquelle quelques habitants sacrifient du temps et de l’énergie pour en gérer les affaires avec de maigres moyens ne peut pas se voir reprocher le défaut de maitrise architecturale ; c’est au niveau de la communauté de communes (ou d’agglomération) au moins que la question doit être prise en main – ne serait-ce que pour pouvoir résister à la pression (humaine ou financière) de la demande d’extension de la constructibilité. Cela passe par un durcissement accru des possibilités de construire quand le PLU reste communal, a fortiori lorsqu’il n’y en a pas, et des assouplissements dès qu’un parti architectural est adopté à l’échelon communautaire de l’EPCI compétent en matière d’urbanisme. Ce n’est, en outre, qu’à cette échelle que prend sens l’urbanisme, réglementaire et opérationnel, et donc le préalable architectural dont on a proposé de l’enrichir.

La création d’un cadre d’emploi d’architectes proposé plus haut est un des moyens utiles pour mettre à disposition des collectivités territoriales les compétences que seules les plus importants réussissent aujourd’hui à déployer. Les plus petites ne peuvent à l’évidence employer en permanence les effectifs nécessaires même à l’échelon de l’EPCI, et elles sont trop souvent réduites à recourir à des conseils extérieurs privés, pour l’élaboration de la réglementation d’urbanisme notamment, dont la compétence n’est pas évidente à déterminer dans certains cas, tandis que les coûts demeurent élevés.

Il est temps que l’Etat accompagne la décentralisation en mettant l’élite de son encadrement en situation d’intervenir à l’échelon local. Les grandes écoles et grands corps techniques, pour un Etat qui n’a plus de mine, ne construit pas de pont et n’est qu’actionnaire des entreprises de réseaux, doivent trouver un débouché dans les régions. Autour d’architectes, entre autres, (la proposition dépassant de beaucoup le champ de ce rapport) les ingénieurs et spécialistes de toute nature doivent, au niveau territorial adéquat, être mis à disposition des collectivités territoriales (Proposition n°37), substituant aux apports financiers qui ont jusqu’à présent été la source principale de moyens, avec les transferts de personnels, des apports en industrie, c’est à dire un droit de tirage sur des capacités de conception entièrement placées à cette fin sous la direction de ces établissements de coopération (notamment pour les diagnostics territoriaux et la réalisation des documents de planification).

Proposition n°37
Développer les mises à dispositions des collectivités territoriales d’agents de l’Etat porteurs d’une capacité de conception et d’ingénierie

Parallèlement, il ne serait pas absurde que les instances professionnelles réfléchissent à la possibilité de définir des cahiers des charges de certification des différentes firmes de conseil, qui interviennent en amont des documents d’urbanisme, dans l’esprit d’y  faire sa place à l’architecture et de permettre aux collectivités qui les utilisent de discerner les qualités sur lesquelles leur choix vont se porter.

Il va de soi en outre que les CAUE devraient trouver un nouvel élan à cette occasion. Une réflexion critique et l’évaluation de leurs performances sont, plus de trente ans après leur création [48], nécessaires, pour établir les motifs du succès de certains d’entre eux – et les généraliser, déterminer les outils ou ressources qu’ils pourraient utiliser en s’orientant résolument, notamment en milieu rural, dans la concrétisation de la nouvelle utilité publique de l’architecture., en concentrant leurs efforts sur l’assistance aux collectivités territoriales (Proposition n°38). Une réflexion sur leur financement, aujourd’hui assuré exclusivement par la fiscalité indirecte, devrait être conduite pour mesurer l’intérêt qu’il y aurait à faire rémunérer par les utilisateurs certaines de leurs prestations[49] (Proposition n°39). De même, le gouvernement pourrait réfléchir utilement à la question du statut associatif des CAUE et à son évolution pour ceux qui le souhaiteraient vers un statut d’établissement public de coopération culturelle (EPCC). Ces deux pistes devraient donner lieu à des modifications par voie de conséquence de la loi du 3 janvier 1977 (Proposition n°40).

Propositions n°38 à 40
– P 38) généraliser les bonnes pratiques de certains CAUE
– P 39) engager une réflexion sur le financement des CAUE et introduire la possibilité de rémunération de certains des services rendus en particulier aux collectivités territoriales et aux aménageurs
– P 40) prévoir la possibilité d’évolution statutaire des CAUE du statut associatif vers le statut d’EPCC

Les modifications de la loi du 3 janvier 1977 en résultant seraient les suivantes :

Modifications de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
Article 6 « Il est créé, dans chaque département, un organisme de « conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement », sous la forme d’une association dont les statuts types sont approuvés par décret en Conseil d’Etat ; ces statuts définissent les conditions dans lesquelles sont appelés à y collaborer les représentants de l’Etat, des collectivités locales, des professions concernées ainsi que des personnes qualifiées choisies notamment en raison de leurs activités au sein d’associations locales. Le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement peut prendre la forme d’un établissement public de coopération culturelle.       Les départements dans lesquels il n’a pas été créé de conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement     disposent d’un délai de deux ans pour régulariser leur situation à compter de la publication de la présente disposition. Les moyens mis en œuvre par l’Etat pour pallier cette absence leur sont transférés.   Le président du conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement sera nécessairement élu parmi les représentants des collectivités locales, dont le nombre sera au moins égal à celui des représentants de l’Etat.

 

Le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement poursuit, sur le plan local, les objectifs définis au plan national en vue de promouvoir la qualité de l’architecture et de son environnement dans les conditions fixées à l’article 7 ci-dessous. »

 

Article 7

 

Rédiger ainsi que suit le dernier alinéa de l’article 7

« A l’exception des cas prévus par décret en Conseil d’Etat dans lesquels il est habilité à percevoir des rémunérations pour service rendu en contrepartie des prestations qu’il offre aux personnes morales publiques ou privées, les interventions du conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement sont gratuites. »

  

 

 

Disposition destinée à offrir aux conseils généraux qui le souhaitent une alternative statutaire au statut associatif et permettant d’associer d’autres collectivités publiques 

 

Trente ans deux ans après la création des CAUE par la loi, 9 départements n’ont toujours pas procédé à cette création ; il est d’intérêt général que cette situation soit régularisée; deux viennent de le faire récemment

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Introduire un dispositif de rémunération pour services rendus dans le financement des CAUE concernant les prestations offertes aux personnes morales publiques ou privées (maintien de la gratuité pour les personnes physiques)

 

On en saurait pour autant méconnaître l’importance des ressources financières : la qualité est un investissement rentable, mais la qualité architecturale a un coût, par le temps et les moyens qu’elle mobilise. Comment l’assumer, sous l’exigence de justice sociale et d’efficacité économique ?

Le principe doit être que la qualité, créatrice de valeur, doit être sa propre source de financement, par un mécanisme classique d’escompte

(Proposition n°41) :

Proposition n°41
Développer les mécanismes d’escompte sous contrôle public : parce qu’une commune adopte un parti architectural, elle réduira demain sa charge de gestion d’équipement, de rénovation, les coûts sociaux ou les déséconomies environnementales. Outre que l’optimisation des usages de son sol doit permettre d’élever quantitativement ses bases fiscales, sans élévation parallèles de ses charges, elle doit pouvoir escompter auprès de l’Etat ces gains futurs, ou les affermer auprès d’un partenaire sous contrôle public (opérateurs d’intérêt général comme l’ANRU, la CDC, l’ANAH, par exemple), le principe de base devant être que la collectivité qui génère le surplus ou l’avantage collectif doit pouvoir en conserver la rente sur une période raisonnable.

Limitée aux structures de coopérations intercommunales, ces mécanismes doivent permettre de dégager les ressources initiales nécessitées par les prestations intellectuelles puis par la mise en œuvre des surcoûts initiaux liés au respect d’un parti architectural, tandis qu’un système de mutualisation doit permettre d’assurer les collectivités contre les risques pris (en faisant des paris, notamment innovants, afin de ne pas cantonner les choix aux solutions éprouvées dont l’éternelle reproduction industrielle a défiguré nos équipements publics…).

Plusieurs solutions techniques sont ici envisageables, qui pourraient être testées simultanément pendant la période d’élaboration des textes nécessaires à la mise en œuvre des orientations du présent rapport, et être à maturité au moment de leur entrée en vigueur. On doit en effet insister sur le fait trop peu reconnu qu’on n’obtiendra plus des collectivités territoriales qu’elles prennent en charge de nouvelles priorités collectives définies par l’Etat sans moyens associés, comme du reste la Constitution en fait obligation…

VI – Une recherche appliquée à développer

Il ne fait pas de doute que la recherche en architecture, en histoire de l’architecture aussi, est à un niveau satisfaisant, quoique toujours perfectible. La question qu’on veut aborder ici est d’une autre nature : elle vise à nourrir l’architecture d’utilité publique dont les missions, le rôle et les conditions de production ont été décrites d’une réflexion pluridisciplinaire capable de donner au débat public les éléments de sa tenue.

L’exemple du pavillon individuel, tant décrié pour sa laideur, le mitage et la consommation d’espace qu’il incarne, et le non sens environnemental qu’il constitue, est à cet égard significatif. La dénonciation (par des critiques confortablement installés dans les beaux appartements du centre ville historique…) n’est assortie d’aucune proposition alternative. Outre qu’elle culpabilise les habitants qui n’ont pas vraiment eu le choix pour satisfaire leurs besoins selon leurs moyens, cette critique est stérile.

Il faut reprendre l’analyse des évolutions en cours : comment ne pas comprendre la volonté de quitter des zones d’habitat urbain inconfortable laides ou peu fonctionnelles et par surcroit hors de prix, pour trouver l’indépendance, la nature, un jardin pour les enfants et l’animal de compagnie, une propriété ? La critique n’a de sens – car elle est, on l’a dit, bien fondée dans son constat – que si ayant identifié les ressorts, individuels et collectifs, à l’œuvre dans ce choix préférentiel, on peut, ensuite, proposer d’autres voies pour les satisfaire. Qui s’y emploie ?

Nous vivons dans une société libérale, dans laquelle on ne peut, fort heureusement, décider où et comment la population habitera : il faut lui offrir ce qui répond à ses besoins, donc les connaître – ce qui est le fruit de recherches disciplinaires et pas d’intuitions rapides ou de schéma préjugés et plaqués sur la réalité. Centrer la recherche sur l’habitant (Proposition n°42), sur les fonctions et non sur le bâtiment (les architectes s’en chargent déjà) paraît nécessaire. Tant qu’un ambitieux programme, sur plusieurs décennies, n’aura pas commencé à défricher en détail les territoires de la connaissance sur nos manières d’habiter, nous ne parviendrons pas à les modifier dans le sens d’une utilité collective rejoignant les désirs et les nécessités individuelles ou économiques.

Cette ambition de recherche, qui devrait être l’objet là aussi des travaux du Forum, comme l’aliment des Assises nationales dont elle justifierait la reconduction permanente, doit être partagée par toute la profession, et se doubler de l’implantation d’une culture de l’évaluation, indépendante, participative et professionnalisée.

En effet, l’utilité publique de l’architecture telle qu’on veut la voir refondée a une dimension sociale essentielle : il ne s’agit pas seulement de construire selon les règles, y compris celles de l’art, ou de satisfaire un commanditaire, prince hier et EPCI demain ; il s’agit aussi d’œuvrer pour ceux qui habitent, travaillent se divertissent, consomment ou se déplacent au sein de ce qu’on construit, pour ceux qui font qu’un ensemble de construction devient un paysage – le paysage n’étant pas que dans le regard de celui qui l’observe, mais aussi dans l’existence de celui qui l’habite. Il faut donc, au delà des logiques de sélection et de commande, toujours prendre le parti architectural comme un début, et accepter d’observer et d’évaluer régulièrement sa réalisation, pour suggérer sa réorientation, acter son échec, discerner les modalités d’appropriation (qui en général sont autant de détournements, auxquels il faut s’adapter, et qui signent le véritable succès d’une conception).

Aidé par les écoles d’architecture et l’université, l’ordre pourrait trouver là un nouveau rôle, le légitimant et l’impliquant un peu plus encore dans la participation au pilotage de la profession (Proposition n°43), en participant à l’évaluation collective (impliquant les populations) des grands choix, au niveau des SCOT par exemple ; de même, l’idée qu’à tout choix architectural devrait succéder une évaluation critique ultérieure, un contre architecte (comme on parle de contre expert) prenant la parole a posteriori pour suivre la mise en œuvre au regard des objectifs assignés, corriger les dysfonctionnements, tirer les leçons, pourrait être envisagée.

Propositions n° 42 et 43
Centrer un nouveau et important programme de recherche sur l’habitant et les fonctions de l’ « habiter » en mobilisant l’université, les ENSA et la profession sur ce programme en liaison avec les Assises nationales proposées pour son suivi

Conclusion

On l’aura compris, le rapport qui précède n’ambitionnait pas de livrer clef en main, prête jusqu’au dernier bouton de guêtre, « la » réforme de l’architecture, ordonnée comme un jardin à la française et sortant toute armée du secret des meilleurs bureaux pour dérouler sans accident ses volutes législatifs et ses méandres réglementaires, comme s’il n’y avait pas de parlement, et que la société, passive, attendait de voir dans quel moule partie des siens allaient être cuits pour mieux être modernisés.

Il s’est agi tout au contraire de prendre parti, quant aux atouts et aux misères qui affectent le monde de l’architecture, et de suggérer, à partir de cet engagement, les axes autour desquels un renouveau peut être envisagé. On trouvera, les auteurs en sont sûrs, d’autres idées, d’autres réformes, d’autres techniques. L’espoir est que dans les trois années qui viennent les pouvoirs publics, les élus locaux, les professionnels, l’opinion dans son ensemble, s’emparent du débat et, utilisant les éléments ici rassemblés – que ce soit pour en tirer fruit ou, s’y opposant, en progressant à partir des choix exposés, – en tirent les conséquences, œuvrent aux politiques publiques nécessaires, aux choix collectifs qui s’imposent, et fassent de l’architecture une cause commune.

L’enjeu n’est pas de restaurer une profession (comme on le dit d’un monument qu’on se borne à conserver), ni de dessiner des solutions techniques à des problèmes administratifs – il est de bien plus grande importance : donner collectivement un cadre vivable à notre avenir, mettre sous nos yeux, offrir à nos concitoyens, dessiner pour chacun, un paysage humain habitable. C’est pour cette cause qu’on appelle à une réforme, dont le levier principal est : une nouvelle utilité publique de l’architecture.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

RECAPITULATIF DES PROPOSITIONS

 

 

 

 

 

 

 

 

Proposition n°1  
Modifications de l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
Définition d’une nouvelle utilité publique pour l’architectureL’architecture est d’utilité publique.Elle exprime la culture, participe au développement durable et contribue au progrès social.Elle sert les intérêts généraux qui s’attachent à la création, à la lutte contre le réchauffement et la perte de biodiversité, le respect des patrimoines et des paysages et l’amélioration du cadre de vie 

 

 

 

 

 

Refonder, en s’inspirant des textes européens, l’intérêt public qui s’attache à l’architecture en passant de la logique de la loi du 3 janvier 1977, exclusivement culturelle, à une logique ancrée aux exigences et objectifs liés au développement durable , sans perdre pour autant la dimension culturelle de l’architecture 

 

Proposition n°2  
Modifications de l’article 3 alinéa 2 de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
       « Le projet architectural mentionné ci-dessus définit, par des plans et documents écrits, l’implantation des bâtiments, leur composition, leur organisation et l’expression de leur volume, ainsi que le choix des matériaux et des couleurs, son insertion dans l’environnement ainsi que les solutions techniques propres à assurer les objectifs du développement durable, notamment en matière de maîtrise des dépenses énergétiques et de consommation de l’espace ». Modification de la définition du projet architectural dans la loi en conséquence de la nouvelle utilité publique proposée pour l’architecture

 

Proposition n° 3  
Modifications du dernier alinéa de l’article 3 de la loidu 3 janvier 1977 Motifs
Scénario 1 (mission complète obligatoire)« L’architecte assure une mission complète qui s’étend de la conception du projet architectural à sa réalisation et à la conformité de cette dernière au projet qu’il a défini.»Scénario 2 (incitation à la mission complète et affirmation du rôle d’ensemblier de l’architecte)« La mission confiée à l’architecte est définie par le contrat passé avec le maître d’ouvrage. Ce contrat doit mettre l’architecte en mesure d’assurer la coordination de l’ensemble des personnes participant à la conception du projet architectural et à sa réalisation. Même si l’architecte n’assure pas la direction des travaux, le maître d’ouvrage doit le mettre en mesure, dans des conditions fixées par le contrat, de s’assurer que les documents d’exécution et les ouvrages en cours de réalisation respectent les dispositions du projet architectural élaboré par ses soins. Si ces dispositions ne sont pas respectées, l’architecte en avertit le maître d’ouvrage et l’autorité qui a délivré l’autorisation d’urbanisme. »  Mission complète obligatoire   

 

 

Disposition ayant pour objectif de redonner à l’architecte un rôle d’ensemblier jusqu’à la réception de l’ouvrage, mais sans rendre obligatoire la mission complète

 

 

Ajout en fin d’alinéa d’une obligation d’information nouvelle dans l’objectif de responsabiliser les autorités décentralisées et pas seulement le maître d’ouvrage (ce qui est largement inefficace celui-ci n’ayant pas forcément intérêt à souligner la non conformité de la réalisation au projet architectural)  

 

 

Proposition n°4
Modifications de l’article 1er de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés)«  Les autorités habilitées à fixer les règles d’occupation des sols ainsi que les autorités habilitées à délivrer le permis de construire ainsi que les autorisations de lotir les autorisations de construire ou d’aménager s’ assurent     , au cours de l’instruction des demandes, du le respect de cet intérêt.En conséquence :

Les autorités habilitées à fixer les règles d’occupation des sols s’assurent le concours d’un architecte afin de définir un parti architectural lors de l’élaboration des documents d’urbanisme dans les conditions prévues au titre 1er ci-après ;

   2° Les maîtres d’ouvrage sont tenus de faire appel au concours des architectes dans les conditions et limites indiquées au titre II 1er ci-après;

     3° Des conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement sont institués. Ils sont chargés d’aider et d’informer le public conformément au titre III ;

   4° L’exercice de la profession d’architecte et son organisation sont soumis aux règles figurant aux titres IV et V. »

MotifsAjouter les autorités habilitées à fixer les règles d’utilisation des sols aux autorités chargées du respect de l’intérêt public attaché à l’architecture  Annonce, dans ce 1° nouveau, des dispositions d’un nouveau titre 1er de la loi relatif aux obligations des autorités chargées de fixer les règles d’occupation des sols

 

 

Proposition n°5
Ajout d’un titre 1er nouveau à la loi de 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
Titre 1 De l’intervention des architectes lors de l’élaboration des documents d’urbanisme      Article 2bis (nouveau)

 

      « Les autorités habilitées à fixer les règles d’occupation des sols font appel, lors de l’élaboration ou de la modification des documents d’urbanisme, à la collaboration d’un architecte afin de définir le parti architectural mentionné à l’article 1er. A défaut d’être assurée en régie directe par un architecte relevant d’un cadre d’emploi de l’autorité compétente, cette collaboration prend la forme d’une prestation de service.

 

         Un décret en Conseil d’Etat   détermine les objectifs, le contenu et les modalités du parti architectural. »

Titre nouveau introduit dans la loi pour prévoir l’intervention des architectes [50] lors de la préparation du parti architectural des documents d’urbanismeArticle nouveau prévoyant l’intervention d’un architecte dans la préparation des documents d’urbanisme soit en tant que salarié de l’autorité, soit sous forme d’une prestation de service. 

 

Propositions 6 à 9
  •  

    • imposer une réflexion architecturale préalable à la commande publique pour les plus importants appels d’offre ;

     

    • prévoir, dans le processus d’enquête publique, des études d’impact architectural de même type que les études d‘impact environnemental, en commençant par les réalisations majeures (grandes infrastructures de réseau, UTN, zones littorales et de montagne);

     

    • proposer à la décision publique des options architecturales de type différent (de la même façon qu’on étudie des tracés pour les infrastructures, ou des phasages pour les travaux), en définissant des trajectoires architecturales, aidées par des appels à réflexion, notamment en amont des grandes opérations d’aménagement donnant lieu à convention ;

     

    • subordonner (et éventuellement bonifier) les financements publics là où ils sont essentiels (DGE et FCTVA, logement social, etc.) à des réflexions architecturales en amont.

     

    Il ne s’agit pas de brider la liberté de l’architecte du projet, mais au contraire d’enrichir son espace d’intervention en plaçant l’architecture au premier rang des exigences à satisfaire au stade de la conception.

     

     

     

    Proposition n°10Faire en sorte :- que le code de l’urbanisme demain privilégie la lutte contre la surconsommation d’espace, en faisant reposer la réglementation non sur la seule invocation de la redensification de l’habitat, que soutiennent avec une hâte trop excessive pour être honnête ceux qui cherchent des droits à construire, mais en refondant le système urbain sur lui même, ambition que le chantier du grand Paris a vocation à éclairer, expérimenter, développer et offrir : conception volumétrique de blocs au regard des services, réflexions partant des bilans carbones des systèmes urbains à construire, densification de l’existant, valorisation économique en vue de sa pénalisation de la consommation d’espace, etc. ;
    – que l’ensemble de la réglementation et de l’économie de la construction fasse apparaître le coût environnemental de la décision, et que les systèmes publics (fiscalité, financement, budgets des collectivités territoriales, indicateurs d’investissements dans les services) n’incitent plus, comme aujourd’hui, à la consommation d’espace.

     

    Propositions 11 et 12
    – Conditionner les financements publics (notamment à partir des fonds du logement social géré par la CDC) et les opérations d’ampleur conduites par les établissements spécialisés de l’Etat (ANRU, ANAH) à un choix architectural concerté et réfléchi ayant pour objectif la non consommation d’espaces et la redensification urbaine- Modifier les statuts, les moyens et les règles d’intervention de ces établissements à cet effet.

     

    Propositions n° 13 et 14Instaurer l’obligation de recours à un architecte pour la conception des lotissements et des zones d’activité commerciale, industrielle ou de service
    Ajouter un article 5bis nouveau à la loi du 3 janvier 1977 ainsi rédigé :« Les projets de lotissement et les projets de zones d’activité commerciale, industrielle ou de services soumis à permis d’aménager en application du code de l’urbanisme font l’objet pour leur conception de l’intervention d’un architecte présentant, ou réunissant auprès de lui, les compétences nécessaires en matière d’urbanisme et de paysage ».

     

    Proposition n°15
    Prévoir les allègements de procédure et les dérogations indiquées ci-dessus pour les opérations d’aménagement mentionnées aux propositions 13 et 14 ayant été conçues par un architecte

     

     

     

    Proposition n°16
    Compléter le 1er alinéa de l’article 4 de la loi du 3 janvier 1977 d’une phrase ainsi rédigée :« Les autorités décentralisées habilitées à fixer les règles d’occupation des sols peuvent décider dans le plan local d’urbanisme, après enquête publique, de seuils d’intervention obligatoire de l’architecte inférieurs aux seuils nationaux prévus par le décret en Conseil d’Etat mentionné ci-dessus. »

     

    Proposition n°17Organiser une alternative à l’urbanisme traditionnel par contractualisation sur objectifs de l’acte d’aménagement en laissant leur place d’un côté au dialogue entre les habitants et les utilisateurs et, de l’autre, à l’émulation entre architectes afin de faire naître des objectifs mis en forme.Tester ce nouvel outil dans des zones définies à cette fin.

     

    Propositions n°18 à 20
    En matière de rénovation et de modernisation de l’existant faire de l’architecte le garant de la qualité environnementale et de la préservation du patrimoine pour le logement collectif, individuel et certaines zones existantes en faisant de l’intervention de l’architecte la condition d’obtention des crédits publics et en réfléchissant à la réorientation des avantages fiscaux employés au soutien de la performance énergétique

     

    Proposition n°21
    • Identifier de façon collective, récurrente et contradictoire les enjeux professionnels exigeant une formation en cours de carrière; ce repérage doit permettre de discerner les formations qu’imposent les évolutions légales (par exemple les normes de consommation énergétique ou de sécurité), techniques (innovations matérielles et technologiques) mais aussi les nouvelles pratiques sociales (n’est il pas enfin temps de traiter, en architecture, la question des antennes paraboliques, du jardin privatif, de la possession automobile, des âges au mariage ou au premier enfant,…) individuelles ou collectives, les priorités politiques nationales ou communautaires (qu’ont à dire et à faire les architecte dans une zone Natura 2000 ?). C’est aussi l’un des champs réservés à la recherche (Cf. VI, infra);
    • S’accorder sur une structuration, c’est à dire une professionnalisation et une réglementation de l’intervention dans la formation professionnelle: si les écoles comme l’ordre sont des acteurs incontournables, ne faut-il pas réfléchir à l’agrément de formateurs ou de structures, selon des cahiers des charges et des modalités à définir, pour assurer une formation de qualité, préalable incontournable à la reconnaissance de ses résultats ?
    • Définir le régime de la formation: légère, pour entretenir et renouveler des compétences, plus lourde pour assurer une réorientation ou un élargissement de la pratique, diplômante afin d’accéder à des spécialités, qui pourraient le cas échéant être reconnues comme telles – de la même façon qu’un avocat peut préciser sa spécialité sous des conditions légales, qu’un vétérinaire peut faire état de son école d’origine et des certificats détenus, on doit envisager sérieusement la possibilité de mentions, pour que demain l’architecte qui a construit des ponts ou celui qui s’est spécialisé dans le bâti social HQE ou dans le bâtiment agricole de qualité puisse non en faire la publicité mais se prévaloir de la reconnaissance par ses pairs d’un titre professionnel;
    • C’est donc inévitablement aussi vers la validation des acquis de l’expérience que doit se tourner la réflexion, afin que les architectes, ou d’autres professionnels de la conception, qui se forment par la pratique (notamment au sein d’équipes expérimentées, comme salariés, au sein de l’Etat) puissent voir reconnues des spécialités ou des capacités que la formation initiale ou permanente permet d’acquérir – validation pouvant se coupler avec une formation complémentaire.

     

    Proposition n° 22
    Créer un dispositif de formation permanente obligatoire par obligation quantitative sur un pas de temps assez long, par exemple dix ans

     

    Proposition n° 23
    Mettre en place une procédure de validation des acquis de l’expérience pour d’autres professionnels de la conception qui, outre leur formation initiale, pourraient faire état d’une pratique professionnelle en architecture au sens large, et accèderait ainsi au niveau du diplôme d’Etat d’architecte et pourrait être inscrit au tableau ad hoc de l’ordre et porter le titre d’architecte diplômé d’Etat
    Proposition n°24
    Mettre en place un dispositif d’inscription à un tableau spécifique tenu par l’ordre pour les architectes n’exerçant pas de missions de maîtrise d’œuvre et pour les autres professionnels de la conception (urbanistes, paysagistes, etc.) ayant bénéficié d’une validation des acquis de l’expérience. En conséquence, compléter l’article 9 de la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture d’un quatrième alinéa ainsi rédigé : «Toutefois, dans l’intérêt collectif de la défense de la profession, les architectes, au sens défini à l’article 2 qui n’exercent pas de mission de maîtrise d’œuvre, et les architectes diplômés d’Etat qui ne sont pas titulaires de l’habilitation à exercer la maîtrise d’œuvre en leur nom propre sont inscrits, sauf s’ils demandent à ne pas l’être, à un tableau spécifique qui ne confère pas tous les droits dévolus par la présente loi aux architectes exerçant des missions de maîtrise d’œuvre. » [51]

     

     

     

    Proposition n° 25
    Revoir en profondeur le décret portant code des devoirs professionnels des architectes en distinguant, outre un socle commun à tous les professionnels de l’architecture, les obligations déontologiques qui pèsent sur les architectes remplissant des missions de maîtrise d’oeuvre et les obligations pesant sur les architectes diplômés d’Etat 

     

    Proposition n°26
    Améliorer le 2ème alinéa de l’article 26 de la loi du 3 janvier 1977 afin d’étendre l’intérêt à agir de l’ordre en justice notamment au regard des propositions n° 24 et 25

     

    Proposition n°27
    Créer, par décret, un Conseil supérieur de l’architecture, ou Forum de l’architecture, placé auprès du ministre chargé de l’architecture, voire du Premier ministre et assurant, auprès des pouvoirs publics, la représentation et la visibilité de la profession de la manière la plus large possible. Prévoir que le président de cette instance siège de droit dans d’autres instances gouvernementales compétentes concernant la ville et le cadre de vie.

     

    Proposition n°28
    Donner au Conseil, ou Forum de l’architecture, un programme pluriannuel de travail ancré aux enjeux et organiser des « Assises nationales de l’architecture et du cadre de vie » par cycle de cinq ans sur un programme précis et en associant tous les acteurs concernés.

     

    Proposition n°29
    Créer un cadre d’emploi de référence commun à tous les architectes employés par les personnes publiques

     

     

     

    Proposition n°30
    Développer, dans un cadre calibré et maîtrisé, la possibilité d’activité salariée des architectes habilités à exercer la maîtrise d’oeuvre en leur nom propre, pour favoriser l’emploi des jeunes diplômés.
    Modification de l’article 14 de la loi du 3 janvier 1977 Motifs
    Ajouter un 7ème alinéa ainsi rédigé à cet article :      « En qualité de salarié d’une personne physique ou morale reconnue par l’Etat qualifiée dans la conception architecturale, urbaine ou paysagère sur présentation de références professionnelles après avis d’une commission nationale comprenant en nombre égal des architectes et des représentants des professions concernées ; » Afin de favoriser l’emploi des architectes habilités à exercer la maîtrise d’oeuvre, ajout d’une hypothèse supplémentaire d’exercice de la profession d’architecte sous forme salariée auprès des « maîtres d’oeuvre concepteur » reconnus qualifiés par l’Etat

     

    Proposition n°31
    Favoriser par toutes mesures incitatives le développement des sociétés d’architecture en France

     

    Proposition n°32
    Adapter la structure du groupement momentané d’entreprise pour favoriser dans le domaine de l’architecture le développement des pratiques de mission complète

     

    Proposition n°33
    Modification proposée de l’article 15 de la loi du 3 janvier 1977 Motifs
    Ajouter un second alinéa à l’article 15 de la loi du 3 janvier 1977 ainsi rédigé :« Pour l’application de l’article L112,7° du code de la propriété intellectuelle, les oeuvres d’architecture, ainsi que la reproduction de leur image quel qu’en soit le support ou le procédé, comportent la mention du nom de l’architecte ».  Traduire dans la loi du 3 janvier 1977 l’obligation légale de mention du nom de l’architecte résultant du CPI

     

    Proposition n°34
    Généraliser la commande publique à coût complet

     

    Proposition n°35
    Dans les PPP, faire précéder l’élaboration du   contrat de partenariat de l’élaboration par le maître d’ouvrage d’un cahier des charges comportant un parti architectural préparé avec le concours de professionnels de la conception architecturale

     

     

    Proposition n°36
    Considérer pour la mise en oeuvre des propositions du présent rapport que :- la richesse que crée une architecture maitrisée et non subie doit revenir à la collectivité qui la crée
    – les compétences humaines importent, en la matière, plus que les moyens financiers, ce sont elles qui doivent être transférées ou mis à disposition
    – le bon échelon de prise en compte est nécessairement l’intercommunalité.

     

    Proposition n°37
    Développer les mises à dispositions des collectivités territoriales d’agents de l’Etat porteurs d’une capacité de conception et d’ingénierie

     

    Propositions n°38 à 40
    – Généraliser les bonnes pratiques de certains CAUE
    – Engager une réflexion sur le financement des CAUE et introduire la possibilité de rémunération de certains des services rendus en particulier aux collectivités territoriales et aux aménageurs
    – Prévoir la possibilité d’évolution statutaire des CAUE du statut associatif vers le statut d’EPCC
    Modifications de la loi du 3 janvier 1977(ajouts en caractères gras et italiques, suppressions en caractères barrés) Motifs
    Article 6 « Il est créé, dans chaque département, un organisme de « conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement », sous la forme d’une association dont les statuts types sont approuvés par décret en Conseil d’Etat ; ces statuts définissent les conditions dans lesquelles sont appelés à y collaborer les représentants de l’Etat, des collectivités locales, des professions concernées ainsi que des personnes qualifiées choisies notamment en raison de leurs activités au sein d’associations locales. Le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement peut prendre la forme d’un établissement public de coopération culturelle.       Les départements dans lesquels il n’a pas été créé de conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement     disposent d’un délai de deux ans pour régulariser leur situation à compter de la publication de la présente disposition. Les moyens mis en œuvre par l’Etat pour pallier cette absence leur sont transférés.   Le président du conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement sera nécessairement élu parmi les représentants des collectivités locales, dont le nombre sera au moins égal à celui des représentants de l’Etat.

     

    Le conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement poursuit, sur le plan local, les objectifs définis au plan national en vue de promouvoir la qualité de l’architecture et de son environnement dans les conditions fixées à l’article 7 ci-dessous. »

     

    Article 7

     

    Rédiger ainsi que suit le dernier alinéa de l’article 7

    « A l’exception des cas prévus par décret en Conseil d’Etat dans lesquels il est habilité à percevoir des rémunérations pour service rendu en contrepartie des prestations qu’il offre aux personnes morales publiques ou privées, les interventions du conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement sont gratuites. »

      

     

     

    Disposition destinée à offrir aux conseils généraux qui le souhaitent une alternative statutaire au statut associatif 

     

     

    Trente ans deux ans après la création des CAUE par la loi, 9 départements n’ont toujours pas procédé à cette création ; il est d’intérêt général que cette situation soit régularisée; deux viennent de le faire récemment

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Introduire un dispositif de rémunération pour services rendus dans le financement des CAUE concernant les prestations offertes aux personnes morales publiques ou privées (maintien de la gratuité pour les personnes physiques)

     

     

    Proposition n°41
    Développer les mécanismes d’escompte sous contrôle public : parce qu’une commune adopte un parti architectural, elle réduira demain sa charge de gestion d’équipement, de rénovation, les coûts sociaux ou les déséconomies environnementales. Outre que l’optimisation des usages de son sol doit permettre d’élever quantitativement ses bases fiscales, sans élévation parallèles de ses charges, elle doit pouvoir escompter auprès de l’Etat ces gains futurs, ou les affermer auprès d’un partenaire sous contrôle public (opérateurs d’intérêt général comme l’ANRU, la CDC, l’ANAH, par exemple), le principe de base devant être que la collectivité qui génère le surplus ou l’avantage collectif doit pouvoir en conserver la rente sur une période raisonnable.

     

    Propositions n° 42 et 43
    Centrer un nouveau et important programme de recherche sur l’habitant et les fonctions de l’ « habiter » en mobilisant l’université, les ENSA et la profession sur ce programme en liaison avec les Assises nationales proposées pour son suivi

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    ANNEXES

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Annexe 1

     

    Lettre de mission

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Annexe 2

     

    Professionnels rencontrés

     

     

     

     

     

    PROFESSIONNELS RENCONTRES

     

    ORDRE DES ARCHITECTES

    Lionel Dunet, Président

    Lionel Carli, Vice Président

    Philippe Castans, Secrétaire national

    Isabelle Moreau, Directrice des relations extérieures et institutionnelles

     

    UNSFA

    Michel Rouleau, Président,

    Didier Prost, Vice-Président,

    Philippe Roux, Vice-Président

     

    SYNDICAT DE L’ARCHITECTURE

    Patrick Colombier, Président

     

    FEDERATION NATIONALE DES CONSEILS D’ARCHITECTURE D’URBANISME ET DE L’ENVIRONNEMENT

    Arnaud Dutheil, Directeur du CAUE de Haute-Savoie

    Bruno Letellier, Directeur du CAUE du Maine-et-Loire

    Yves Brien, Directeur de la FNCAUE.

     

    ARCHITECTES

    Paul Chemetov

    Dietmar Feichtinger

    Yves Lion

     

    ARCHITECTES ET URBANISTES DE L’ETAT

    Claude Sphor, Président de l’association des AUE

    Jean-Marc Blanchecotte, Président du Syndicat des ABF

    Frédéric Auclair, Président de l’association nationale des ABF

     

    FEDERATION FRANCAISE DU BATIMENT

    Jérôme Guyard, Président de la Commission relations de chantiers,

    Séverin Abbatucci, Secrétaire général du conseil national

    de la sous-traitance du bâtiment

     

    CONFEDERATION DE L’ARTISANAT ET DES PETITES ENTREPRISES DU BATINENT

    Patrick Liabus, 1er Vice Président

     

    SYNAMOB

    Claude Dufour, Président

    Bernard Delmas, Conseiller juridique

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Annexe 3

     

    Bibliographie

     

     

     

     

    Rapport sur l’ordre des architectesIGF et IGAAC – Février 1997

     

    Etre architecte : Présent et avenir d’une profession, ouvrage collectif sous la direction de François Barré (Editions du patrimoine- novembre 2000)

     

    De la maîtrise d’œuvre en France, constats et perspectives, Garcia et Grand, Ministère de l’Equipement, Avril 2003

     

    Les professions de la maîtrise d’œuvre, Elisabeth Coudurier et Guy Tapie, La documentation française, 2003

     

    Renforcer les formations à l’Urbanisme et à l’Aménagement, Jean Frébault et Bernard Pouyet (CGPC n°2004-0332-01)

     

    Sénat : Rapport d’information n°64 sur les métiers de l’architecture au nom de la commission des affaires culturelles (SO 2004-2005 – séance du 16 novembre 2004) par Yves Dauge, sénateur

     

    Sénat : Rapport d’information n°295 sur les métiers de l’architecture et du cadre de vie au nom de la commission des affaires culturelles (SO 2004-2005 – séance du 13 avril 2005) par Yves Dauge, sénateur

     

    Etude de l’Observatoire de la profession d’architecte, Etude IFOP 2008 (CNOA 2008)

     

    Rapport sur l’étalement urbain, CGPC, IGE et CGAAER (novembre 2008)

     

    Imaginer les métropoles d’avenir, Rapport de Dominique Perben, Assemblée nationale, janvier 2008

     

    Morphologie sociale et activités économiques – Eléments statistiques à propos de la profession d’architecte – Laboratoire Espace-travail (LET), ENSA Paris la Villette, Olivier Chadoin et Thérèse Evette – décembre 2008

     

    The Architectural Profession in Europe – 18 décembre 2008 – Etude commandée par l’Architects’ Council of Europe

     

     

    [1] Le Débat, n° 155 mai – août 2009 « De l’architecture spectacle à l’architecture de crise » p 152 et sq.

    [2] « Le débat », mai-août 2009, dossier « De l’architecture spectacle à l’architecture de crise », article de Claude Franck, « Un monde d’objets », page 153

    [3] Cf. les discours du Président de la République à la Cité de l’architecture et du patrimoine le 17 septembre 2007 et 29 avril 2009

    [4] Le présent rapport s’intéresse par définition à la situation française, mais il faut aussi rappeler qu’il s’agit d’une situation répandue au sein de nombreux pays de l’Europe médidionale bien que se manifestant de manière diverse

    [5] La recherche du moindre coût, la primeur donnée à l’emploi par les décideurs, l’industrialisation de la production du bâti et même certains effets pervers de la décentralisation de la gestion du territoire que ce soit par les documents d’urbanisme, les décisions ponctuelles sur les projets ou les incitations fiscales mal orientées

    [6] Les ménages les moins favorisés sont de plus en plus éloignés des centres des villes importantes – Cf. Rapport CGPC, IGE et CGAAER sur l’étalement urbain, novembre 2007, qui analyse fort bien (page 11) ce mécanisme

    [7] Politiques publiques qui ont conduit et conduisent encore à engager des milliards d’€ de dépenses publiques

    [8] Décret n°77-190 du 3 mars 1977 modifié relatif aux dispenses de recours à un architecte prévues à l’article 4 de la loi n°77-2 du 3 janvier 1977 sur l’architecture

    [9] Même si, après plus de trente ans, son champ apparaît limité aux constructions neuves; aujourd’hui ce champ serait défini tout autrement comme on s’y essaiera plus loin

    [10] Décret n°79-898 du 15 octobre 1979

    [11] Cf. article 1er de la loi n°81-1153 du 29 décembre 1981; on peut s’interroger sur les motifs qui ont conduit le gouvernement qui venait d’arriver au pouvoir, à porter cette modification peu en rapport avec ses engagements devant le Parlement ; la lecture des travaux parlementaires montre que ces motifs sont complexes ; figure clairement parmi eux que les CAUE ne souhaitaient pas devenir des « tamponneurs » de permis de construire, à l’instar des SDA qui venaient d’être créés, et voulaient pouvoir développer leurs missions sur un spectre large allant de la formation au conseil aux collectivités territoriales; le gouvernement a partagé cette position qui allait contribuer à ruiner le dispositif de 1977

    [12] A un point tel que, pendant plus de vingt cinq ans, ces gouvernements n’ont pu régler la situation des détenteurs de récépissé (1500 maîtres d’œuvre en bâtiment non agréés en 1977 et en situation d’attente d’une réponse de l’Etat sur leur recours gracieux formé contre le refus d’agrément). Il a fallu attendre une ordonnance de 2006, prise en application d’une loi habilitant le gouvernement à simplifier le droit, pour que cette question soit réglée

    [13] Cf. Sénat, Rapport n°64, sur les métiers de l’architecture, annexé au PV de la séance publique du 16 novembre 2004 qui l’a adopté, au rapport de M. Yves Dauge

    [14] Le marché de la réhabilitation était, dès le début des années 2000 en France, plus important que celui de la construction (54% contre 46%); or, son importance va être décuplée par l’effet des impératifs de rénovation thermique liés aux mesures prises suite au Grenelle de l’environnement

    [15] Autriche, Belgique, Bulgarie, Croatie, Chypre, Tchéquie, Danemark, Estonie, Finlande, France, Macédonie, Allemagne, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Latvia, Lithuanie, Luxembourg, Malte, Hollande, Norvège, Pologne, Portugal, Roumanie, Slovaquie, Slovénie, Espagne, Suède, Suisse, Turquie, Royaume-Uni

    [16] Pour tous les pays analysés par l’étude, les profits baissent en fonction de l’augmentation des effectifs de l’agence et ne recroissent que pour les agences dont les effectifs sont supérieurs à 50 personnes pour égaler celui des agences de 3 à 5 personnes, soit 25 % du chiffre d’affaires

    [17] bureau d’ingénierie du bâtiment et d’infrastructure, économistes de la construction, professionnels de l’ordonnancement, du pilotage et de la coordination, géomètres-experts, paysagistes, architectes et maîtres d’oeuvre en bâtiment; on note en particulier quasiment aujourd’hui une tendance fâcheuse à créer pour chaque nouvelle norme, une nouvelle catégorie d’intervenant au lieu de demander au maître d’ouvrage et au maître d’oeuvre de veiller à leur respect

    [18] Cf. à ce sujet les analyses très poussées des rapports du Sénat mentionnés en bibliographie

    [19] Même si le développement des sociétés d’architecture est une réalité aujourd’hui incontestable puisque le nombre des sociétés a augmenté entre 1999 et 2007 de plus de 80% (Cf. étude citée en bibliographie du LET – Ensa de Paris la Villette en décembre 2008)

    [20] Cf. Etude du LET-Ensa Paris la Villette, décembre 2008

    [21] Cette obligation de mention du nom résulte du code de la propriété intellectuelle (article L. 121-1) et constitue l’un des attributs du droit moral, inaliénable et imprescriptible; elle n’est pas appliquée à la différence d’autres époques (fin XIXème et début XXème siècle) au cours desquelles la mention du nom de l’architecte figurait sur les immeubles construits ; chacun a pu le vérifier dans de nombreux quartiers de Paris

    [22] On note aussi que le comportement des autorités publiques n’est pas toujours exempt de critiques au regard du concept même d’oeuvre architecturale au regard du code de la propriété intellectuelle. L’Etat qu’on appelle à être exemplaire plus loin devrait aussi l’être sur ce point ; les archives que sont les architectures qu’il a choisi ont le droit d’être préservées autant que celles de papier et au sans attendre qu’elles retrouvent un intérêt…archéologique.

    [23] Il est significatif d’ailleurs que l’on trouve dans les chroniques des procès figurant dans les revues juridiques de nombreux cas de propriétaires s’opposant à l’exploitation de l’image de leur bien sur le fondement de l’article 544 du code civil et quasiment aucun cas contentieux concernant les droits de propriété intellectuelle des architectes quant à l’exploitation de l’image de leur œuvre

    [24] On verra dans cette partie III-1 que cet a priori favorable devra faire l’objet de vérification constante quant à son adéquation permanente aux enjeux et, en particulier, quant à sa capacité à mettre les architectes en situation de répondre par la formation initiale aux demandes de compétences architecturales qui pourront s’exprimer suite à la mise en oeuvre des propositions du présent rapport

    [25] Même remarque que note ci-dessus

    [26] Au regard des dispositifs professionnalisant existant dans d’autres pays et qui sont d’une durée apparemment plus longue sous la forme d’une licence d’exercice faisant suite au diplôme d’Etat et dont la mise en œuvre relève de la profession elle-même et non pas de l’appareil d’enseignement public ou privé

    [27] Néanmoins, tout dispositif d’enseignement devant être en permanence évalué au regard de son adéquation aux objectifs et aux enjeux, l’évolution de la HMONP devra faire l’objet d’une « surveillance » continue de l’Etat et de la profession

    [28] Cf. Troisième partie, I

    [29] Résolution du Conseil sur la qualité architecturale dans l’environnement urbain et rural du 12 février 2001 (JOCE du 6 mars 2001, C 73, p. 6) et Conclusions du Conseil relatives à l’architecture : contribution de la culture au développement durable (JOCE du 13 décembre 2008, C 319 p.13 et suivantes)

    [30] Question posée par une étudiante en architecture à Guy Desgrandschamps rapportée in « Le Débat » mai-août 2009 précité, « L’architecture et la question de la modernité » p. 162

    [31] La dénomination retenue par le rapport est un choix résultant logiquement de la nouvelle utilité publique que les auteurs proposent d’assigner à l’architecture et dans cet esprit le parti architectural est aussi par définition intrinsèquement urbain et paysager

    [32] La rédaction devra être précisée pour indiquer qu’il ne s’agit pas seulement de l’architecte au sens de actuel de l’article 2 de la loi du 3 janvier 1977, c’est à dire l’architecte inscrit à l’ordre aux fins de l’exercice de la maîtrise d’oeuvre et portant le titre d’architecte, mais de manière plus large les professionnels de l’architecture comme on l’indique dans le présent rapport en troisième partie (voir aussi note 33 infra)

    [33] Comme cela a été indiqué, il s’agira d’un professionnel de la conception, architecte diplômé d’Etat, ou titulaire de la HMONP, ou de tout autre professionnel qualifié ayant bénéficié de la VAE et inscrit à ce titre à un tableau de l’ordre

    [34] Sans méconnaître la question du foncier et de son coût, il n’appartient pas au présent rapport qui porte déjà sur un sujet assez large de l’aborder

    [35] Même remarque qu’en note 32

    [36] Même remarque qu’en note 32

    [37] L’exigence de qualité architecturale doit être rendue présente au niveau macro, mais maintenue au niveau micro

    [38] « Le Débat », mai-août 2009, « Développement durable cherche architecture », Pierre Lajus, p. 192

    [39] Comme cela existe en France par exemple pour les médecins, les pharmaciens, les avocats ou les géomètres-experts

    [40] Tableau aujourd’hui composé du tableau principal des architectes, de celui des agréés en architecture et de celui des « détenteurs de récépissés », ces derniers ayant été régularisés depuis la mise en œuvre de l’ordonnance du 26 août 2005 – Cf. note 12 supra

    [41] Il est difficile de dénombrer avec exactitude la part de la profession non inscrite, mais elle doit avoisiner 15000 personnes diplômées puisque le chiffre de 44 000 architectes diplômés en France est souvent avancé

    [42] Voir à cet égard le désaccord actuel entre l’ordre national des architectes, qui accepte le dispositif de la HMONP, et l’UNSFA qui le refuse concernant la mise en place dans les agences d’accueil des stages d’habilitation des architectes diplômés d’Etat à exercer la maîtrise d’œuvre, l’UNSFA ayant après l’avoir donnée, retirée sa signature de l’accord national préparé sous l’égide du ministère de la culture

    [43] Cf. sur ce sujet le Rapport IGF/IGAAC de février 1997 sur l’ordre des architectes et les rapports d’audit de MM. François Veron et Pierre-Yves Bonnet, inspecteurs des finances, respectivement sur les ordres régionaux du Nord-pas-de-Calais et d’Ile-de-France, rapports d’audit annexés

    [44] Comme on le verra plus loin, on proposera ici plutôt de regrouper toutes les formes d’exercice de la profession dans le dispositif de représentation et de défense de la profession au sein d’une instance ad hoc

    [45] En réalité, Cf. infra, il faudra que l’Etat détermine quels sont les devoirs professionnels qui s’imposent aux architectes diplômés d’Etat inscrits à ce tableau nouveau

    [46] La rédaction qui avait été proposée élargissait l’intérêt à agir de l’ordre à différents champs que l’actuel article 26 ne couvre pas ; la rédaction proposée était la suivante : « Ils ont qualité pour agir en justice en vue notamment de la protection du titre d’architecte, du respect des droits conférés et des obligations imposées aux architectes par la présente loi. Ils ont, en outre, qualité pour agir sur toute question touchant au respect de l’intérêt public qui s’attache à l’architecture et, plus particulièrement, aux règles qui régissent l’accès à la commande, le recours obligatoire à l’architecte, les conditions de rémunération et les modalités d’exercice de la profession. »

    [47] Les architectes des bâtiments de France ne constituent plus un corps au sens du droit de la fonction publique depuis la création du corps des AUE au début des années 1990; il s’agit d’une fonction confiée à un AUE par le ministre sur un territoire départemental donné pour y exercer les pouvoirs propres dévolus par les lois et règlements (avis conformes sur les projet de travaux en abords de monument historique notamment)

    [48] Alors même, ce qui est anormal, que quelques départements n’ont pas encore créé de CAUE

    [49] Il était normal que leur financement ait été prévu à leur création par la fiscalité puisqu’ils devaient assurer un rôle « social » pour les constructeurs de maisons individuelles dispensés du recours obligatoire à l’architecte; ce rôle ayant été supprimé comme on l’a dit en 1981 par une loi un peu surprenante, leur régime de rémunération qui s’apparente à la rémunération d’un service rendu pourrait donner lieu à redevance

    [50] Comme cela a été indiqué, il s’agira d’un professionnel de la conception, architecte diplômé d’Etat, ou titulaire de la HMONP, ou de tout autre professionnel qualifié ayant bénéficié de la VAE et inscrit à ce titre à un tableau de l’ordre

    [51] En réalité, Cf. infra, il faudra que l’Etat détermine quels sont les devoirs professionnels qui s’imposent aux architectes diplômés d’Etat inscrits à ce tableau nouveau

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