« Vers une autre France » par Bruno Bertrand

« Vers une autre France, comment y arriver ? »

Par Bruno Bertrand

« Pour faire suite à mon Billet d’Actu sur « Les Trump(ettes) de Jéricho » publié par DECODA et sortir de l’analyse pour me risquer dans des propositions, je vous livre quelques idées, non exhaustives des réflexions à mener d’ici 2017.

La première réponse à faire au populisme montant, c’est en effet d’apporter une réponse aux problèmes qui l’ont suscité, autre que le retour en arrière conservateur et protectionniste, essentiellement xénophobe voire raciste et fondé sur l’égoïsme national.

Condamner ou diaboliser ne suffit plus, il convient d’imaginer autre chose, plus juste certes que le libéralisme mondialisé débridé mais aussi qui puisse avoir une véritable efficacité économique pour notre pays, contrairement au collectivisme d’Etat communiste ou à l’autogestion idéalisée mais marginale proposée par certains écologistes, qui n’aboutissent qu’à un appauvrissement généralisé.

Une idée qui commence à se faire jour est celle du transfert d’une partie importante des cotisations sociales prélevées sur les salaires et versés par les entreprises pour le compte de leurs salariés, à l’Etat, qui deviendrait ainsi le garant de la solidarité sociale minimale dans la société.

Cette idée permettrait une participation plus juste puisque fondée sur l’impôt dont une partie est progressive et non juste proportionnelle, par exemple à un revenu minimum garanti pour tous, notamment en cas de chômage ou de maladie.

Elle permettrait aussi d’alléger considérablement les charges des entreprises et de les rendre plus compétitives sur les marchés où elles sont en concurrence internationale et donc d’assurer le développement de nouveaux emplois dans le secteur privé.

Cela favoriserait aussi le maintien d’emplois salariés face à la robotisation de notre société. Celle-ci est inéluctable techniquement mais elle n’est pas inéluctable économiquement si les emplois salariés sont plus rentables que les robots. Il devient urgent de ralentir, par l’incitation et non la réglementation, le remplacement des caissier(ères) par des automates, supprimant des emplois peu qualifiés que nous ne pouvons plus remplacer par d’autres.

Pour ce faire il faut, enfin, abandonner la vision marxiste de l’entreprise, qui bloque notre réflexion depuis un siècle. Les cotisations sociales versées par une entreprise pour l’emploi d’un salarié ne sont pas des cotisations « patronales » qui doivent s’équilibrer avec des cotisations « salariales » par le biais de compromis paritaires. Ce sont des charges qui pèsent sur l’emploi de salariés en France et ne pèsent pas sur les emplois délocalisés à l’étranger ni sur l’emploi de robots. C’est une réalité et rien ne sert de diaboliser les méchants capitalistes qui préfèrent l’organisation la plus rentable à celle qui paraît socialement et nationalement plus juste. C’est juste mélanger la morale et l’économie, sans faire avancer le schmilblick.

La solution est donc de diminuer le coût du travail salarié, peut être d’abord pour la part de salaire inférieure ou égale au SMIC s’il faut le faire progressivement, en transférant à l’impôt le coût des cotisations sociales payées par les entreprises, au sein d’une caisse gérée désormais par l’Etat et non plus par les « partenaires sociaux » qui ne s’entendent paritairement que pour creuser de nouveaux déficits et conserver leurs fromages respectifs.

Abandonner ainsi la logique de « lutte des classes » ne se fera pas sans renouveler aussi le fonctionnement de nos entreprises en y intégrant réellement les salariés. Ceci passera par la généralisation de la distribution d’une partie significative des bénéfices aux salariés, soit sous forme de participation soit sous forme d’actionnariat salarié. D’autres pays tel l’Allemagne, qui n’est pas un fief bolchevique, y ont réussi.

L’incitation au développement massif de telles structures, amenant les salariés à profiter de la bonne santé de leur entreprise et à participer aussi à sa gestion, peut aisément être fait par l’incitation fiscale. En baissant l’impôt sur les sociétés, non de façon généralisée par dumping fiscal comme en Irlande, mais en retirant de l’assiette d’imposition toutes les sommes ainsi redistribuées aux salariés sur les bénéfices, voire en bonifiant ces comportements vertueux par une exonération supplémentaire. L’obligation de faire siéger des salariés au sein des conseils d’administration des sociétés avec droit de vote doit aussi être envisagée, au moins pour les entreprises autres que les très petites (moins de 10 salariés) où ce serait une complexité plus qu’un avantage pour cette collectivité.

Il ne faut pas non plus refuser de réfléchir à une baisse de certains impôts et taxes. Mais là encore il ne faut pas seulement raisonner en termes de justice sociale mais d’efficacité économique. L’impôt sur le revenu et l’ISF n’ont que peu d’impact sur l’activité des entreprises et les emplois qu’elles créent ou maintiennent. Or c’est sur ceux-là que se focalisent nos hommes politiques clientélistes, avec des résultats nuls.

Il n’en est pas de même pour les multiples taxes inventées par nos fertiles législateurs pour boucher les trous de budgets en déficits. Je ne les ai pas comptées mais ce sont des centaines de taxes qui sont prélevées tous les jours (par exemple sur les enseignes publicitaires des magasins en fonction de leurs tailles, des droits d’enregistrements sous forme de timbres, etc..) au fil des divers actes nécessaires à l’activité économique.

Ce sont de nouveaux octrois comme les marchands de l’Ancien Régime en payaient avant la Révolution à l’entrée de chaque ville et que celle-ci a supprimé pour favoriser l’essor économique de la France, avec succès. On peut voir aujourd’hui quelques bâtiments du XVIII° siècle aux portes de nos villes, souvent au milieu de ronds-points, car les octrois ne servent plus à rien et personne ne songerait à les rétablir…

La suppression de cette myriade de taxes sera en partie compensée par l’augmentation du revenu de ceux qui les payent et donc de la taxation automatique de ce revenu accru par d’autres impôts, directement ou indirectement. Elle permettra aussi l’allègement des tâches des fonctionnaires des collectivités territoriales ou de l’administration fiscale, utilement redéployés dans la chasse à la fraude fiscale.

Une autre France c’est aussi de rétablir une solidarité intergénérationnelle, mise à mal par le report de l’âge du départ à la retraite. Certes l’équilibre financier des caisses de retraite pose problème. Mais le choix qui a été fait d’un maintien du montant garanti des retraites entraînant une durée allongée de cotisation, c’est aussi choisir de privilégier les actifs âgés, ainsi maintenus plus longtemps en activité contre les jeunes au chômage ou en situation précaire. C’est aussi dire à ces derniers qu’ils n’ont rien à attendre de l’avenir quant à leur propre retraite, pour laquelle ils commenceront à cotiser à 30 ou 35 ans, avec une durée prévisible de 45 ans !

C’est l’échec de notre système de retraite et du paritarisme de sa gestion, là encore. Il faut d’urgence en changer et permettre, au moins de façon transitoire en période de chômage massif comme nous le vivons depuis 40 ans, de partir à la retraite plus tôt, avec une moindre retraite temporairement pour ceux qui le veulent. Ceci pour laisser de vrais emplois aux jeunes qualifiés qui les attendent en vain. Ceci sans recourir à l’usine à gaz syndicale de la pénibilité du travail comme seule voie d’une retraite avant l’âge légal reporté, idée généreuse mais confinant à l’absurdité économique pour sa mise en œuvre pratique.

Comment faire ?

– Organiser une caisse de compensation entre les caisses de retraite générales et l’indemnisation du chômage. L’augmentation du nombre de retraité partant avant l’âge actuel sera, quoi qu’en disent les économistes libéraux, en partie compensée par la diminution du nombre de chômeurs. Une partie des demandeurs d’emploi récupèrera, directement ou indirectement, leurs emplois et ils ne seront donc plus indemnisés mais deviendront cotisants.

Certes il y aura une différence de coût et elle devra être compensée par l’Etat, via la fiscalité. Mais ne vaut-il pas mieux dépenser cela pour porter ce message d’avenir et d’espoir que de le faire dans de nouvelles allocations de survie à végéter dans nos cités des quartiers périphériques, gangrénées par le trafic de drogue, la délinquance et l’islamisme ?

Renouveler la vie dans nos entreprises, affronter la concurrence internationale et le progrès technologique avec intelligence et ouvrir notre pays aux jeunes avec audace et solidarité, voilà quelques réponses différentes à apporter aux citoyens qui vont voter en 2017. A nous, si nous les partageons, de trouver le ou les candidats qui les porteront et à échapper à la droite « comptable » qui ne pense qu’en réduction du nombre de fonctionnaires comme alpha et oméga de sa politique économique, à l’extrême droite populiste qui ne pense qu’exclusion d’une partie de la population pour favoriser l’autre et à la gauche de la gauche, emportée par la démagogie redistributive d’un gâteau qui n’existe que dans ses rêves. »

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