Chaud devant !

 

Quelques news d’été et par grande canicule !

Non, ne cherchez pas, ce n’est pas nécessairement une contrepèterie…

Juste quelques brèves pour agrémenter votre été de belles ou vilaines joyeusetés :  le sinistre Benalla, l’architecture sacrifiée par E Macron sur l’autel de la loi « Elan », Habermas qui fait la nique à Merkel… l’été sera chaud !

 

1 – D’abord, un point qui se veut sérieux  sur l’affaire Benalla

En matière de libertés publiques, en démocratie, le sérieux se construit sur des bases juridiques solides et pas sur des arguties politicardes ou des billevesées journalistiques.

Ce n’est pas une affaire d’Etat, n’en déplaise. Même pour permettre aux LR à la FI et au RN (les prophètes de nos malheurs futurs) de se refaire à bon compte leur cerise destroy après la rouste de mai 2017 infligée par un quasi puceau en politique. Après aussi une belle équipe de France championne du mode qui a remis du baume au coeur du pays.

Les voilà t-y pas qu’ils votent les motions de censure les uns avec les autres. Grand guignol des vierges effarouchées dénommées Jacob, Le Pen ou Mélenchon. Parodie de démocratie pour décérébré. La sainte alliance de 2005 contre la Constitution européenne, le retour !

Commission d’enquête parlementaires pathétiques qui s’enlisent soit dans le ridicule jusqu’à s’auto-suicider, soit dans les sables en annonçant de nombreux mois de travail et d’auditions… Et, en plus, les plus crétins, constitutionnellement invertébrés, voudraient auditionner le Président de la République. Il est vrai que chez leurs amis Chavez, ou autres bolívars d’opérette, quand ce ne sont pas Pinochet ou Salan, les amis du papa à la Marine, on s’en tamponne de la séparation des pouvoirs. Ah les ânes ! Imagine t-on, une seule nano-seconde, l’exécutif se mêler par exemple des turpitudes des députés en matière d’assistants parlementaires bidonnés ?

Mais revenons à nos couillons et associés. Ils en font des tonnes, poussent des cris d’orfraie alors qu’il s’agit d’un vulgaire dérapage individuel, sans nul doute pas assez sanctionné dans un premier temps. Bennalla a fait n’importe quoi avec ses amis de la Préfecture de Police qui lui ont offert un safari dans les rues de Paris le 1er mai pour se faire bien voir de quelqu’un qu’ils imaginaient important à l’Elysée. On connait ce genre de logique servile, on l’a rencontrée en fonction.

Et maintenant, le Benalla  il raconte n’importe quoi sur l’article 73 du CPP qui l’aurait autorisé à interpeller des manifestants…. Aussi couillon tu dois pouvoir te faire élire par des hordes de neuneus ! Sans dec.

Collomb ne vaut pas guère mieux lui qui soutient que ce n’était pas au ministre de porter les faits à la connaissance du Procureur, s’il y avait lieu de le faire, mais au préfet de police….

Lisez ces deux articles du CPP, DECODA vous les offre !

Article 40 et 73 CPP

Vous y verrez que l’article 40 vise aussi les ministres, pas les seuls fonctionnaires au sens strict puisqu’il vise les « autorités constituées ».

Vous y verrez aussi que l’alibi de Benalla (son intervention sur la base de l’article 73 du CPP) s’effondre à la première lecture de cet article. En effet, le sens même de cet article exige, pour qu’un simple citoyen puisse procéder à une interpellation en cas de crime ou délit flagrant, qu’il n’y ait pas d’agent ou d’office de police judiciaire susceptible de le faire lui même à proximité, ce qui justifie son intervention citoyenne… Benalla était entouré de centaines de flics qui n’avaient pas besoin de lui pour faire leur boulot. Que ce soit à la Contrescarpe ou au Jardin des plantes. Alors ?

Alors, c’est une petite frappe qui est venu prendre son pied comme un gros richard bien dégueulasse se paie une chasse au lion ou à l’éléphant, chacun son truc merdique, et maintenant il se fout de notre gueule. Qu’il dégage et on lui souhaite de s’en prendre plein la tronche judiciairement.

Car, au fait Messieurs les parlementaires, dans une démocratie ce sont des juges indépendants qui jugent, pas les hommes politiques même en commission. Et ça vaut pour Benalla, ses amis de la PP et ses chefs. Pour le reste, politiquement,  ce sera le moment venu à l’électeur de juger. Et en attendant, circulez on vous a assez vus et entendus avec vos salades immondes. Laissez les juges faire leur boulot.

Quant à Collomb on serait assez tenté de lui conseiller la greffe de cerveau, il ne lui reste plus que du mou de veau ou de la cervelle de canut dans le citron. C’est clair.

 

2- Quelques uns de nos plus grands architectes, dont l’ami Francis Soler(1) frappent dur sur le projet de loi Elan dans une Tribune publiée par Le Monde.

Que du beau linge, des grands prix d’architecture en veux tu en voilà, tout autour du ventre ! Ça devrait alerter Macron que parmi nos meilleurs premiers de cordée de l’archi, du lourd s’insurge… Eh ben non, manifestement…

On vous l’offre aussi cette belle Tribune car il faut la lire pour mieux mesurer le détricotage en cours : une honte pour l’esprit. Donc lisez, c’est de salut public !

tribune loi ELAN Def

Nous, ici, on est partisan depuis longtemps de donner « une nouvelle utilité sociale à l’architecture » et pas de la passer par  « pertes et profits ». Sacrifiée sur l’autel d’une pseudo modernité qui, il y a plus de cinquante ans, a déjà voulu tout mettre par terre avant que Malraux ne sauve les centres anciens puis que Michel Guy, et Michel Dornano enfin, nous révèlent, par une loi qui faisait le pari de l’intelligence pour notre cadre de vie (la loi du 3 janvier 1977 sur l’architecture), l’intérêt général qui s’attache à l’architecture, à la conception, bref à l’esprit et à la culture face aux promoteurs et bâtisseurs et aux ingénieurs qui les servent.

Voir ou revoir à cet égard, notre Rapport commis notamment avec Thierry Tuot, conseiller d’Etat, sur ce sujet (https://francoisbraize.wordpress.com/rapport-pour-une-nouvelle-utilite-publique-de-larchitecture-juillet-2009/) il y a déjà bientôt dix ans et dont les pouvoirs publics, comme on dit, n’ont rien fait de significatif depuis.

Le déshonneur collectif de nos politiques qui se couchent face aux lobbys est bien là. Et maintenant Macron finit le travail et détricote (outre certaines protections patrimoniales tenant aux prérogatives des architectes des bâtiments de France que la loi habilite à résister aux élus et aux promoteurs si l’intérêt général le commande) la loi MOP relative à la maîtrise d’ouvrage publique. Nos amis Grands prix expliquent cela fort bien dans leur Tribune.

Faites le savoir. Macron, là aussi, comme sur la laïcité, tu te déshonores.

 

3- Habermas enfin, le grand Habermas, prend parti sur le populisme et l’Europe dans un discours  prononcé à Berlin à la réception du Grand prix des Médias dont il a été le lauréat 2018; voir Le Monde,  édition des 29/30 juillet, qui  rapporte de larges extraits de son discours.

Habermas soutient les initiatives de E. Macron sur l’Europe et fustige la petitesse allemande qui nous envoie dans le mur. Macron quand ça ne va pas, faut le dire et on le dit, mais quand ça va faut le dire aussi. Et là, ça va. Cela va bien même. Donc on le dit avec Habermas.

Au milieu des océans de médiocrité intellectuelle qu’abritent tous les nationalismes brunâtres ou rougeâtres, un plaisir pour l’esprit que ce discours qui identifie bien la seule voie possible et valable pour un avenir pour nos vieux pays réunis, associés, fédérés, peu importe l’étiquette, et donc plus forts dans un monde ouvert. Hors d’Europe tous les replis frileux !

Ne nous privons pas de telles lectures. On vous y invite aussi pour des jours d’été qui incitent à l’optimisme.

Voir : http://parisberlinmag.com/grand-prix-franco-allemand-des-medias-2018-attribue-a-jürgen-habermas/

Et on vous offre le texte du discours de J Habermas

Habermas Les populismes de droite proviennent de l_absence de volonté politique en Europe

Chaud devant, chaud bouillant même, les lectures de l’été 2018 !

 

 

Note de bas de page

(1) L’ami Francis que l’on remercie vivement de nous avoir passé, pour publication dans DECODA, le texte de cette Tribune

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Empaffé…

 

Tandis que la classe politique s’empaille au Parlement, et devant micros et caméras de nos bons neuneus, sur le cas d’un triste soudard appartenant aux équipes de l’Elysée et qui s’autorise un baston sur des manifestants alors que sa présence n’est autorisée au sein des forces de l’ordre présentes sur la manifestation du 1er mai qu’en tant qu’observateur (puisqu’il n’est pas policier), le gouvernement poursuit son oeuvre de réforme gaillardement…

Sur la réforme constitutionnelle que l’on soutient ici comme on l’a déjà écrit dans un précédent billet (https://francoisbraize.wordpress.com/2018/05/23/reforme-de-institutions-silence-on-enfume/), l’exécutif vient de déposer un amendement qui est un véritable scandale, sans que personne ne moufte dans les médias, et ni à droite, ni à gauche, ni au centre.

Voir : https://www.francebleu.fr/amp/infos/politique/le-droit-local-d-alsace-moselle-bientot-dans-la-constitution-1531913397

Il s’agit par cet amendement d’inscrire dans la Constitution la spécificité du droit local en Alsace et Moselle de manière à faire tomber la jurisprudence du Conseil constitutionnel qui a décidé que ce droit spécial ne pouvait être modifié désormais par le législateur que pour le rapprocher du droit commun du reste du territoire de la République (bref, le législateur ne pouvait y toucher que pour l’abroger progressivement). On allait, dans la logique d’un régime d’un autre siècle et d’autres temps, maintenu transitoirement, vers sa déconstruction et vers l’unité de la République.

Au contraire ce régime spécial, avec cette modification de la Constitution portée par le pouvoir présidentiel, pourra être approfondi, complété, enrichi par le législateur de nouvelles dispositions dérogatoires et en toute constitutionnalité désormais. « Merci Macron ! », « Merci Macron ! » peut chanter le coeur des curés, rabbins, pasteurs et autres consorts…

Vous voyez ce que cela veut dire pour le maintien du Concordat napoléonien et l’absence de séparation des églises et de l’Etat dans ces départements… Non ? On passerait ainsi d’un régime transitoire fragilisé par le Conseil constitutionnel a un régime constitutionnellement définitif. Ainsi, les autres cultes, et notamment le culte musulman, qui ne profitaient pas de ce régime qui voit salarier les religieux de ces confessions par l’Etat, pourront y entrer de plain pied !

Macron non content de vouloir réparer un lien abimé selon lui avec l’église catholique (alors qu’il a été rompu par la loi de 1905, voir notre article : https://francoisbraize.wordpress.com/la-rupture-du-jeunot/) (1), poursuit son oeuvre destructrice de notre laïcité et sauve définitivement le Concordat napoléonien en Alsace-Moselle en lui donnant en outre le moyen d’être étendu à toutes les confessions qui le réclameront.

Et si, comme on l’a dit, notre Etat salarie dans ces départements les curés, rabbins et pasteurs, désormais le culte musulman, ou celui des adorateurs de la petite cuillère, sera fondé constitutionnellement  à le réclamer !!!!

Avant cet amendement on ne pouvait constitutionnellement leur donner satisfaction, désormais avec cet amendement on sera tenu de leur donner satisfaction au nom d’un autre principe constitutionnel, le principe d’égalité.

Comment appelez vous un président qui met cela à son tableau de chasse ?

Moi, je n’ai qu’un mot de disponible en restant bien élevé, c’est « empaffé » !

 

 

 

Note de bas de page

(1) voir aussi mon article publié par C Kintzler sur son blog :

http://www.mezetulle.fr/la-republique-laique-et-les-cultes-reconnaissance-meconnaissance-connaissance/

et ici sous le titre de « Mon nom est Personne »

 

 

onnaissance-connaissance/

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« Z’avez dit fraternité ? »

 

« Et la fraternité, bordel ? » :

Pour un blog, DECODA(NA)GES, qui a fait de cette interpellation son sous-titre phare au beau milieu des océans de bêtise et d’égoïsme qui nous baignent par la grâce de tous les neuneus du monde , le vendredi 6 juillet restera dans les annales… Pas seulement parce qu’on s’est qualifié pour une demi-finale de la Coupe du monde de foutebal…

En effet, ce jour là 6 juillet,  le Conseil constitutionnel a élevé au rang de principe constitutionnel le troisième terme du triptyque républicain.  « La Fraternité »[1]. La liberté et l’égalité bénéficiaient déjà de cette qualité au travers de nombreux principes posés par nos textes constitutionnels depuis deux siècles, mais pas la Fraternité.

Et il l’a fait pour pouvoir censurer une disposition de la loi française sur l’aide que nos concitoyens peuvent apporter aux réfugiés et migrants sans encourir de sanction pénale. Loi qui ne lui a pas paru satisfaisante du fait qu’elle n’assurait pas une conciliation convenable entre le principe constitutionnel de fraternité (qu’il venait de consacrer) et l’objectif, lui aussi constitutionnel, d’ordre public qu’il a rappelé et qui fonde la lutte contre l’immigration irrégulière. Il a donc considéré  que le Parlement en n’assurant pas de manière satisfaisante la conciliation de ces deux principes d’égale valeur constitutionnelle n’avait pas adopté une loi (article 622-4 du code d’entrée et de séjour des étrangers et du droit d’asile) conforme à notre Constitution.

 Voir cette décision et le communiqué de presse qui a suivi en Documents média joints :

CCfraternitéCommuniqué de presse – 2018-717:718 QPC

CCfraternité2018717_718QPC2018717_718qpc

On ergotera ici quand même un peu sur la question technique posée pour le droit des étrangers et notre droit pénal car c’est très important. Les médias n’ont pas expliqué de manière précise de quoi il retournait et il faut dire que c’est complexe. Ils ont même raconté des fariboles sur une pseudo censure du délit de fraternité, emboitant le pas à tous ceux qui n’en n’ont jamais assez ou toujours trop. Je mets au défi quiconque informé par les seuls journaux écrits, radio ou télédiffusés de dire et a fortiori d’écrire avec précision et exactitude de quoi il retournait exactement. Avant de lire ce qui suit, bien sûr…

Comme d’habitude, inspirés par leur seule paresse intellectuelle et la force de l’émotion, ils ont ouvert leurs colonnes et leurs micros, ainsi que l’œil glauque de leurs caméras, aux commentaires de tous les crétins qui passaient pourvu qu’ils puissent ramener leur fraise et faire du buzz. Du commentaire de commentaire, voilà ce qu’ils nous ont massivement livré. Et du commentaire intéressé, qu’il soit réac anti migrant ou bien tout niais, toutes portes grandes ouvertes à tous les vents…

Quel est ce problème complexe qui dépasse l’empan de compréhension de 98% des journalistes ? Au point qu’ils n’en disent que de la faribouille à scoop….

En fait c’est jouable en résumant un peu, mais avec pas mal de travail ce qui est carrément, là, hors de leur portée.

Notre loi pénale prévoit depuis longtemps un délit pour ceux qui aident les migrants irréguliers à entrer, à circuler et à séjourner sur notre territoire, délit puni donc d’une peine pouvant aller jusqu’à cinq ans de prison.

Depuis une vingtaine d’années progressivement des exceptions ont été prévues pour des raisons humanitaires et de fraternité car notre pays au fond n’est pas si gestapiste que ça au moins pour ses élites qui ont été successivement aux manettes sur la période et jusqu’à ce jour.

Ainsi, ce qui a été déféré au Conseil constitutionnel par la QPC d’une personne poursuivie c’est la disposition qui prévoit ces exceptions et pour en contester la portée jugée par elle insuffisante au regard du principe de fraternité.  Qu’en est-il ?

Dans l’article 622-1[2], qui définit le délit,  l’énumération des aides punissables est complète « l’entrée, la circulation et le séjour irréguliers » et les mots « le séjour irréguliers » ne désigne donc que ce qui a trait à des actions distinctes  de l’entrée et de la circulation.  Dans l’autre article 622-4[3], qui définit les exceptions, l’aide au « séjour irrégulier » est imprécise et on ne sait si elle couvre les trois, l’aide à l’entrée, à la circulation et au séjour, ou l’une ou deux d’entre elles.

Or nous dit le Conseil constitutionnel si l’aide à l’entrée en ce qu’elle participe  à la création d’une situation illicite ne peut connaître aucun cas de dispense du délit, il ne doit pas en  être de même d’une aide à un étranger déjà présent, et donc entré, à circuler qui peut être apportée pour des raisons humanitaires ou de simple générosité.

Dans ces conditions le Conseil constitutionnel ne pouvait que censurer cette disposition à la portée imprécise, la loi pénale étant d’interprétation stricte.

Contrairement à ce qu’ont dit les ânes et crétins des médias, le délit de fraternité n’a pas été abrogé (il l’était déjà depuis décembre 2012 par la liste des exceptions introduites) et l’article 622-1 qui définit le délit est maintenu en l’état par le Conseil constitutionnel. C’est au contraire le texte de l’excuse de fraternité (article 622-4) qui est censuré par la suppression des mots « séjour irrégulier » afin que le Parlement le modifie avant le 1erdécembre 2018. Il lui appartiendra de le faire en retenant une rédaction qui fasse entrer les cas d’aide à la circulation au même titre que les aides au séjour.

Il faut dire qu’il serait malvenu de pouvoir être poursuivi pour avoir conduit un étranger déjà présent irrégulièrement sur notre territoire à la préfecture ou dans d’autres services susceptibles de traiter son cas pour une procédure d’asile ou d’aide sociale alors qu’on ne pourrait pas l’être pour l’avoir hébergé ou nourri au préalable. Mange, dors et ferme ta gueule! Donc bravo le Conseil constitutionnel pour cette invitation donnée au Parlement d’améliorer la cohérence de la loi.

Mais l’important n’est même pas dans ces arguties médiocres ou absences  navrantes des uns et des autres sur le droit des étrangers. L’important est dans la décision de principe de faire de l’obligation de « Fraternité » un principe constitutionnel. Il en faut du courage et du panache par les temps qui courent de médiocrité et de honte généralisées. Sur cette affaire notre droite réduite aux caquets a étalé comme aux plus beaux jours sa bêtise crasse.

C’est une novation rare et même extraordinaire. Elle est porteuse de conséquences que l’on mesure sans doute encore mal pour de très nombreux domaines, par exemple en matière économique et sociale, et bien au delà du seul cas sur lequel cette décision a été prise par notre Cour constitutionnelle : le cas de l’aide humanitaire que peuvent apporter nos concitoyens un tant soit peu généreux aux réfugiés et migrants présents sur notre territoire, que leur situation soit ou non régulière. Au fond, je ne veux pas qu’on les traite plus mal que j’aimerai que l’on me traite chez eux si le besoin devait un jour noir advenir. Donc avec tous les égards attachés à une humanité normale, normalement hébergée, nourrie et circulante.

La conséquence de cette novation est simple. Le législateur ne peut plus voter de loi qui bafouerait ce principe constitutionnel de fraternité ou n’assurerait pas une conciliation satisfaisante de ce principe avec un autre principe de valeur constitutionnelle qui lui serait antagoniste. Pour nous qui militons pour que l’Homme soit toujours plus au centre de toutes choses,  c’est essentiel, saluons le !

Et que Vive la fraternité, Bordel !

 

 

Notes de bas de pages

[1]Voici le raisonnement in extenso du Conseil constitutionnel :

« 7. Aux termes de l’article 2 de la Constitution : « La devise de la République est « Liberté, Égalité, Fraternité » ». La Constitution se réfère également, dans son préambule et dans son article 72-3, à l’« idéal commun de liberté, d’égalité et de fraternité ». Il en ressort que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle.

8. Il découle du principe de fraternité la liberté d’aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national.

9. Toutefois, aucun principe non plus qu’aucune règle de valeur constitutionnelle n’assure aux étrangers des droits de caractère général et absolu d’accès et de séjour sur le territoire national. En outre, l’objectif de lutte contre l’immigration irrégulière participe de la sauvegarde de l’ordre public, qui constitue un objectif de valeur constitutionnelle.

10. Dès lors, il appartient au législateur d’assurer la conciliation entre le principe de fraternité et la sauvegarde de l’ordre public. »  

 

[2]  L’article L. 622-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit :

«Sous réserve des exemptions prévues à l’article L. 622-4, toute personne qui aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers, d’un étranger en France sera punie d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 30 000 euros.

«Sous réserve des exemptions prévues à l’article L. 622-4, sera puni des mêmes peines celui qui, quelle que soit sa nationalité, aura commis le délit défini au premier alinéa du présent article alors qu’il se trouvait sur le territoire d’un État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990 autre que la France.

«Sous réserve des exemptions prévues à l’article L. 622-4, sera puni des mêmes peines celui qui aura facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger sur le territoire d’un autre État partie à la convention signée à Schengen le 19 juin 1990.

«Sous réserve des exemptions prévues à l’article L. 622-4, sera puni de mêmes peines celui qui aura facilité ou tenté de faciliter l’entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d’un étranger sur le territoire d’un État partie au protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer, additionnel à la convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, signée à Palerme le 12 décembre 2000.

«Les dispositions du précédent alinéa sont applicables en France à compter de la date de publication au Journal officiel de la République française de ce protocole ».

 

[3]L’article L. 622-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoit :

«Sans préjudice des articles L. 621-2, L. 623-1, L. 623-2 et L. 623-3, ne peut donner lieu à des poursuites pénales sur le fondement des articles L. 622-1 à L. 622-3 l’aide au séjour irrégulier d’un étranger lorsqu’elle est le fait :

«1° Des ascendants ou descendants de l’étranger , de leur conjoint, des frères et sœurs de l’étranger ou de leur conjoint ;

«2° Du conjoint de l’étranger, de la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui, ou des ascendants, descendants, frères et sœurs du conjoint de l’étranger ou de la personne qui vit notoirement en situation maritale avec lui ;

«3° De toute personne physique ou morale, lorsque l’acte reproché n’a donné lieu à aucune contrepartie directe ou indirecte et consistait à fournir des conseils juridiques ou des prestations de  

restauration, d’hébergement ou de soins médicaux destinées à assurer des conditions de vie dignes et décentes à l’étranger, ou bien toute autre aide visant à préserver la dignité ou l’intégrité physique de celui-ci.

«Les exceptions prévues aux 1° et 2° ne s’appliquent pas lorsque l’étranger bénéficiaire de l’aide au séjour irrégulier vit en état de polygamie ou lorsque cet étranger est le conjoint d’une personne polygame résidant en France avec le premier conjoint ».

 

Texte du billet en format PDEF :

Z_avez dit Fraternité 

 

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N’en jetez plus, la cour est pleine !

 

Le débat sur « notre  identité »[1] a depuis longtemps pris une sale tournure, même si l’on laisse de côté les salauds et les crétins racialisés, adeptes de l’occident chrétien, ou, autre exemple avarié,  suppôts de l’impérialisme islamiste.

Le combat déchire ainsi les progressistes et la gauche entre, schématiquement :

1° d’un côté ceux qui, dans une sorte de posture de classe indépassable (comme une tare congénitale), considèrent qu’il faut être derrière les opprimés ; les opprimés et le cas échéant leur communauté culturelle ou confessionnelle qui devient ainsi « tabou » et doit être, envers et contre tout et tous, soutenue [2];

2° et, de l’autre, ceux qui privilégient la République et ses principes et donc l’intégration de tous les citoyens, au besoin contre les valeurs culturelles ou confessionnelles qui peuvent être individuellement les leurs.

Pour preuve, l’académicienne Danièle Sallenave à qui Le Monde a prêté aimablement ses colonnes à l’occasion de la publication de son dernier ouvrage et qui d’emblée, en tête de ses propos d’interview, s’en prend, urbi et orbi, non pas au FN ou aux racistes, mais au « Printemps républicain »[3]qui ne réunit pourtant, à notre connaissance, que des républicains sincères adeptes des valeurs universelles issues depuis plus de deux siècles de celui très justement dit des Lumières.

Valeurs fondamentales qui, n’en déplaise à Mme Sallenave, malgré le colonialisme ou le ralliement des chrétiens, forment notre corpus constitutionnel national et, de manière supra nationale, celui de la Convention européenne des droits de l’Homme dont notre République est la mère à la fois biologique et nourricière.

Valeurs donc par définition universelles encore au XXIème siècle puisque valeurs constitutives des droits humains. Valeurs que la Cour Européenne des Droits de l’Homme elle même a jugé opposables à l’islam radical et à la charia et dont ces derniers, pour cette Cour, ne sauraient revendiquer la protection puisqu’ils les récusent.

Mais Danièle Sallenave, comme beaucoup de ses semblables, ne sait rien de tout ça ou s’en contrefiche. Aveuglée par son idéologie, la pauvre ne voit plus rien hors de sa grille de lecture univoque qui lui fait préférer toutes les identités qui se pointent, quelles qu’elles puissent être dans le concours des horreurs, et nous récuse en même temps la possibilité d’en revendiquer une, surtout si elle se prétend universaliste… Vous soyez le tableau ? C’est celui d’une forme de décadence intellectuelle.

Et Sallenave[4]ainsi, avec et après d’autres, éteint tristement la lumière et nous navre.

Laurent Bouvet, fondateur du Printemps Républicain, vient de lui répondre en quelques lignes cinglantes dans Le Monde. On lui donne ici la parole et notre soutien.

Vous trouverez le texte de cette réponse en Document Média joint[5].

Réponse Bouvet à Sallenave

 

 

Notes de bas de pages

[1]On met des guillemets à l’expression non pas qu’on doute de l’existence de « notre » identité au sens d’un ensemble de valeurs universelles depuis les Lumières, mais parce que le débat sur ce sujet est biaisé par d’un côté  les identitaires racialisés et, de l’autre, par tous ceux qui, par bêtise ou veulerie en faveur d’autres systèmes de valeurs, nous nient la possibilité d’affirmation d’une identité; pourtant notre identité existe tout autant et au même titre que celle de tout autre ensemble d’individus que réunissent un certain nombre de valeurs et de principes fondamentaux ; à cet égard aussi le « benchmarking » est de rigueur et notre choix est vite fait entre les systèmes que l’on connaît et avec une ambition universaliste  

[2]Au besoin avec l’aide d’inventions bien  commodes tel que le concept « l’islamophobie » ; en effet être islamophobe, comme être anticlérical, est sous nos cieux un droit puisque le blasphème est lui aussi un droit : le non croyant devant en effet pouvoir traduire en mots son hostilité aux croyances religieuses et donc parmi elles à l’islam ; il ne faut pas confondre une position contre une confession en tant que système idéologique et de croyances, qui est un droit, et une position d’hostilité contre des individus musulmans qui peut être un délit raciste ; la finalité de cette confusion et du concept d’islamophobie lui même est de mettre l’islam à l’abri de toute critique ; nous ne sommes pas dupes d’autres avant ont emprunté cette voie avec l’anticommunisme…  

[3]Par honnêteté intellectuelle,  mais sans sympathie, on renvoie, et grâce à l’amie Monique B., à  l’interview en Document Média joint 

Sallenave interview 

[4]DECODA en forme optimale eut pu écrire « Sallenaze » sans trop de difficulté…. mais on veut ici ne pas inutilement ajouter de la violence à un débat qui l’est déjà beaucoup trop, donc on s’abstient de la facilité du jeu de mots…

[5]On vous met aussi en Documents Média joints un autre papier intéressant de Laurent Bouvet intitulé « Laïcité, principe républicain » 

Bouvet – La laïcité, principe républicain

 

Et, enfin, le texte du présent billet en document pdf joint :

N_en jetez plus

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Le valeureux… et le chanoine

« Tsipras le valeureux

« Les bonnes nouvelles – ou les moins mauvaises – passent souvent inaperçues. C’est la loi du genre. Pourtant l’accord qui vient d’être conclu entre l’Europe et la Grèce, annoncé sobrement en comparaison des milliers d’articles pondus pendant la phase aiguë de la crise de l’euro, mérite qu’on s’y attarde un peu. Il vient en effet contredire tous les prophètes de malheur acharnés à dénigrer l’Union.

La Grèce retrouve son autonomie financière après avoir accepté des réformes cruelles, en échange de quoi sa dette, sans qu’on le dise trop haut, est en grande partie allégée. Avec un taux d’intérêt proche de zéro, elle dispose d’une trentaine d’années pour rembourser, si elle rembourse un jour. Cette conclusion relativement heureuse – les Grecs ont encore de longues années de souffrance devant eux avant de rétablir leur situation sociale – doit beaucoup au courage politique d’un homme, à qui l’histoire rendra un jour justice : Alexis Tsipras.

Elu de la gauche radicale, il est aujourd’hui tenu par beaucoup de ses anciens amis sur le continent pour un traître à la cause, un Judas vendu aux eurocrates. Mais plutôt que d’entonner comme toujours l’air de la trahison, figure de rhétorique permanente de la gauche de rupture, on ferait mieux de se demander pourquoi Tsipras, en contradiction totale avec ses positions antérieures, a choisi le compromis avec Bruxelles. Pour une raison simple, en fait : s’il avait rompu avec l’euro, il aurait probablement imposé à son peuple des épreuves encore plus terribles. Détaché de l’Union, la Grèce aurait dû négocier seule face aux marchés et au FMI, sans l’aide financière substantielle accordée par l’Union. Or, on sait que les remèdes imposés par le FMI sont encore plus draconiens que ceux qui sortent en général des négociations bruxelloises.

C’est l’aporie dont les souverainistes ne veulent jamais parler. Ils dénoncent «la dictature de Bruxelles» mais oublient de préciser que sans Bruxelles, un pays isolé comme la Grèce se retrouve dans la position d’un nain qui se confronte à des géants impersonnels et impavides, ces marchés financiers qui représentent sans ciller la masse anonyme de créanciers qui n’ont strictement rien à faire des souffrances des peuples débiteurs et veulent seulement récupérer leur argent, arrondi d’un taux d’intérêt aussi lucratif que possible. Tsipras a choisi le moindre mal. Il sera probablement battu lors de la prochaine élection, tous les sondages l’annoncent. Mais il aura servi son peuple dans une circonstance dramatique sans considération pour son intérêt personnel. Pour cette raison, les extrêmes le cloueront au pilori. C’est le sort des hommes d’Etat courageux. »

 

C’est de qui ? Devinez.

De L. Joffrin et dans Libé !

On le déteste quand il mélange volontairement (pour les discréditer) des Républicains sincères avec les racistes ou les ânes du FN sur la question du champ aujourd’hui abandonné par une République trop molle aux confessions qui asservissent en prétendant libérer.   Notamment l’islam. Mais là, chapeau bas, tout juste Laurent contre les benêts qui croient qu’on rase gratis. On a les nôtres de gauche mais aussi de droite.

Faut le dire !  Donc on le dit. Bravo Laurent.

 

Mais quel contraste bon sang…

Face au valeureux Tsipras  qui sait ainsi adapter ses convictions personnelles  face aux enjeux et à l’intérêt général pour son pays, comment ne pas s’attrister du comportement de Jupiter qui s’en va jouer au chanoine du Latran au Vatican après que nombre de ses prédécesseurs, de véritables républicains eux de Pompidou à Hollande en passant par Mitterrand, se fussent abstenus de cette ignominie alors même qu’ils ne portaient aucun dédain vis-à-vis de la spiritualité voire même pour la transcendance. Il ne mélangeaient pas cependant leurs convictions personnelles et leur rôle de Président.

Alors, oui une ignominie contraire à la République et à ses principes. Comment un président de cette république laïque pourrait-il être, même « en même temps »,  Chanoine ? Pourquoi pas rabbin de Goubival, iman de Donby ou Pasteur de Negève ? Au nom de l’histoire ? Mais elle ne peut elle non plus fonder que l’on bafoue les principes qui sont aujourd’hui les nôtres car ceux de la République dont il a la charge.

On peut aussi s’en moquer, en rire, en ricaner, arguer du folklore pour celui qui est aussi co-prince d’Andorre, mais les principes sont une fois de plus piétinés à l’heure où la plus triste engeance confessionnelle radicale qu’on nous ait servi depuis longtemps,  s’attaque aussi à nos valeurs et principes démocratiques pour mieux étendre son emprise funeste.

Macron lui prête ainsi le flanc et la sert indirectement. Lamentable.

Alors, ici, on ne rit pas, une fois de plus depuis un an, on pleure.

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Blanquer grille Macron ?

 

Superbe texte que voilà !

Discours de Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, le mercredi 30 mai, devant les équipes académiques laïcité et le Conseil des Sages de la laïcité.

Pas une virgule à changer. Comme le dit le blog de nos amis lyonnais « Lumières Laïques », il est juste dommage que ce ne soit pas le discours tenu, mutatis mutandis (1), à l’ensemble de la société notamment par notre Président…

Quand même, vous allez voir, méchant hiatus à régler au sein de l’exécutif !

« La laïcité, un élément essentiel du contrat social français

Il n’y a pas de liberté, d’égalité et de fraternité, sans sérénité et concorde et donc sans laïcité, un ciment puissant dans notre pays. L’institution scolaire a le devoir de transmettre cette philosophie commune pour préserver la cohésion nationale.

Nous avons, en effet, besoin d’un contrat social qui fasse droit à la liberté de conscience de chacun et, en même temps, à la possibilité pour tous de vivre sans subir aucune pression des croyances d’autrui sur les siennes propres.

Nous devons être sans naïveté vis-à-vis de ceux qui cherchent à tester la solidité du pacte républicain.

Le principe de laïcité repose sur des lois solides : les lois scolaires de Jules Ferry, la loi de 1905 et celle de 2004, qui encadre le port de signes ou de tenues manifestant ostensiblement une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics.

Les bases légales sont précises ; il nous revient de les faire appliquer car dans une démocratie la force doit toujours être du côté du droit.

Cela ne sert à rien de nier les évidences. Les problèmes existent. La laïcité est questionnée, parfois testée et contestée.
Sur ces questions nous ne mettons plus la poussière sous le tapis : nous regardons en face la réalité et les problèmes. Nous les nommons pour nous donner les moyens d’agir avec sérénité et force.

Il existe des nouvelles formes de remise en cause de la laïcité : des tenues vestimentaires, des certificats médicaux de complaisance, du refus de se rendre à la piscine chez certains élèves, du refus de certains hommes de serrer la main des femmes ou même de leur parler, de la contestation des enseignements au nom de la foi, des paroles religieuses inappropriées durant des commémorations pour les victimes d’attentat.
Ces pratiques n’ont pas lieu d’être à l’école de la République et ne peuvent être tolérées.

L’École de la République est née des Lumières et n’est vulnérable que lorsqu’elle s’éloigne de ce qui l’a fait naître. À ce titre, elle combat tous les préjugés, les dogmes, les impensées pour faire triompher la raison.

L’école de la République porte le discours de la science, de la logique et lutte contre l’irrationalité et les forces obscurantistes qui agrègent toutes les peurs contemporaines.

Nous, républicains, nous ne pouvons accepter la pente du relativisme et du cynisme. En contrepoint des passions tristes de notre temps, il nous faut soutenir cet idéal des Lumières : celui de l’accomplissement humain.Nous n’y parviendrons qu’en défendant la science et la culture. Le défi de notre génération est d’actualiser les Lumières.

Aussi l’École, creuset républicain, ne doit-elle pas être sur la défensive, se cantonnant à n’être qu’un réceptacle passif des maux de la société : elle doit bien au contraire se constituer en matrice de cet idéal.

Ne pas nommer les problèmes c’est ajouter à la confusion et c’est surtout laisser les professeurs et les chefs d’établissement face à des situations qu’ils ont du mal à gérer.

Nous sommes une institution d’un million de personnes, et je veux que chaque professeur sente qu’il y a un million de personnes derrière lui pour résoudre les problèmes qu’il rencontre.

La République n’a pas le droit de perdre du temps et encore moins de reculer. C’est pour cette raison que nous avons mis en place une nouvelle organisation pour permette à la fois de former, de prévenir, de réagir et surtout de soutenir.
La laïcité à l’école n’est pas négociable

L’école n’est pas un lieu comme un autre ; c’est un lieu qui doit garantir la sécurité physique, intellectuelle et spirituelle d’élèves dont la pensée est en formation.

Pour marquer notre soutien aux professeurs, nous avons mis en place un dispositif complet…permettant de prévenir et de répondre aux atteintes à la laïcité. Tout professeur de France, comme tout chef d’établissement évidemment, sera en situation de saisir son institution d’une atteinte à la laïcité.

Vous êtes la cheville ouvrière du projet républicain que nous portons tous ici. La nation est derrière vous. Comptez sur mon soutien indéfectible. Dans ce combat pour nos valeurs, pour que partout triomphe la raison pour mettre en déroute les puissances obscurantistes et ceux qui haïssent notre modèle de vie, je serai toujours à vos côtés.

Grâce à vous et par vous, nous affirmerons que nous ne transigerons jamais avec l’égalité entre les filles et les garçons, que nous n’abdiquerons jamais notre idéal de liberté de conscience et d’opinion, que nous défendrons toujours notre idéal d’égalité et de justice , que nous réaffirmerons toujours que la dignité humaine n’est pas négociable et que toute forme d’intolérance sera rejetée.

Je compte sur vous pour mettre en échec tous ceux qui refusent de respecter la loi, tous ceux qui intimident , tous ceux qui menacent, tous ceux qui invoquent un Dieu pour mieux imposer leur domination malsaine, tous ceux qui prétendent nous dire comment penser.

Ne nous laissons pas détourner de cette cause au nom d’une mauvaise conscience qui n’a pas lieu d’être à l’égard des ennemis de la liberté.

Si nous sommes faibles, si nous renonçons, alors les fondamentalismes et les pires obscurantismes auront gagné.

Chacun sait que lorsque l’État ne protège plus, cela se fait au détriment des plus faibles et souvent des plus démunis matériellement.

Sur la laïcité, la République doit être debout sur ses deux pieds, calme et sereine mais ferme sur ses principes, afin que la loi soit respectée. Nous avons besoin de clarté, de compréhension et de respect des principes républicains.

Le « respect d’autrui », c’est précisément le sens de la laïcité : le respect des convictions de chacun. Et sur ce point, aucun accommodement n’est possible, il n’y a rien à négocier.

La République doit toujours avancer. »

 

 

Note de bas de page

(1) Mutatis mutandis car les règles applicables dans les services publics, telle l’école, ne valent pas dans toute leur rigueur pour la société civile. Néanmoins le discours du ministre Blanquer sur la République vaut lui pour toute notre société ! N’en déplaise aux adeptes de la soumission aux obscurantismes de tous poils qui mettent les dogmes et préceptes religieux au dessus de la raison critique que l’école, au moins celle de la République, est justement chargée de former.

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Réforme de institutions : silence on enfume !

Elle passe ce jour en Conseil des ministres mais….

Réforme des institutions : silence, on enfume[1]!

Alors que le pouvoir se démène pour la mise en œuvre du programme de réformes pour lequel, a priori, il  a été élu, le landerneau des opposants professionnels et des maximalistes commence à mettre par terre le projet de réforme institutionnelle sous l’œil incompétent et gourmand des médias… Dans l’entreprise, cela va encore mieux en le disant, l’enfumage va bon train.

La droite d’abord, qui après avoir coulé il y a deux ans la réforme constitutionnelle sur l’état d’urgence et la déchéance de nationalité[2], s’apprête à planter la réforme  par une tenaille qui, au choix, la vide de son contenu, ou la condamne.  L’imposant[3]Larcher est aux manettes.

Car notre droite, qui est favorable aux suppressions d’emplois et au CDD, s’oppose à une réduction significative du nombre des parlementaires et plaide pour le quasi CDI des politiciens chevronnés en refusant la limitation dans le temps du nombre des mandats de nos élus. Allez y comprendre quelque chose…

Plus sérieusement la réforme institutionnelle comportera trois volets qui donnent au Parlement un pouvoir de quasi blocage. Pourquoi trois volets ? Pourquoi quasi pouvoir de blocage  du Parlement ? Deux questions essentielles.

 

Pourquoi trois volets ?

Parce que, les amis, nous avons le bonheur d’avoir un ordre juridique bien ordonnancé.

Le bonheur d’un ordre juridique protecteur de nos libertés qui fixe, selon les sujets et le degré de protection souhaité pour nos libertés, le niveau du texte nécessaire pour prévoir une disposition qui nous régit, ou nous protège, et l’autorité démocratique qui en est chargée (Président et gouvernement par décrets, majorité simple ou majorité qualifiée au Parlement pour adopter la loi, simple ou organique, et, au sommet, la loi constitutionnelle que seul le Parlement dans son entier ou le Peuple himself peut modifier)[4].

Dans une démocratie et un Etat de droit, ce n’est pas sur les plateaux TV ou de radio que les négociations se font, n’en déplaise, ni que les modifications de l’ordonnancement juridique se décident quoi qu’en pensent leurs animateurs avides d’accaparer encore plus de pouvoir et d’audience. Désolé c’est ailleurs ; chez eux ce n’est que le monde du commentaire ou de la « com ». Le vrai pouvoir est ailleurs. Et c’est heureux. Vraiment.

Macron le sait bien et ils ne supportent plus désormais Jupiter qui le leur rappelle à chaque instant. F. Hollande servait la soupe, fricotait, avec tout ce qui se fait de médiatique et pour le remercier ils l’ont piétiné. Macron les méprise et ne s’en cache pas, ils le massacrent désormais.

Mais revenons à nos moutons. Pourquoi trois volets au fond, et même en surface ?

La réforme des institutions pour laquelle E. Macron a été élu comporte une dizaine de mesures significatives. Par l’effet de notre ordre juridique,  selon leur importance, certaines nécessitent de modifier la Constitution, d’autres relèvent de la loi ordinaire votée à la majorité simple par le Parlement, d’autres enfin relèvent de la loi organique qui requiert une majorité spécifique[5].

La réforme des institutions ne se limite donc pas à une réforme de la Constitution mais nécessite tout un ensemble de textes de nature et de niveaux différents qui la rende complexe et peu lisible. Mais ce n’est pas un motif pour ne pas essayer de comprendre sinon les enfumeurs de tous bords ont la partie trop belle…

Donc dans la logique de nos institutions et de leur ordonnancement, voilà pourquoi trois volets.

 

Pourquoi un pouvoir de quasi blocage du Parlement ?

Aucun média ou presque ne dit les choses clairement.  Quand ils abordent le sujet, tous se situent sur le terrain de l’article 89 de la Constitution (Titre VI De la révision) comme si cela allait de soit et comme un passage obligé.  Ce serait trop beau pour Larcher.

En effet, l ‘article 89 ménage les droits du Parlement en prévoyant un vote parlementaire de la réforme constitutionnelle au moins en première lecture par les deux assemblées dans les mêmes termes. Sans vote par les deux assemblées dans les mêmes termes rien n’est possible, ni referendum, ni Congrès des deux chambres à Versailles  pour adopter une modification constitutionnelle.

Dans le cadre de l’article 89, le Parlement peut donc bloquer les réformes  comme il l’entend. Il suffit que le Sénat ne vote pas dans les mêmes termes que l’Assemblée. Facile.  Celui qui tient le Sénat a le pouvoir, au besoin contre une majorité présidentielle.

Mais, cretinus diabolicus invétérés, les médias oublient le référendum de l’article 11 de la Constitution qui permet de porter directement devant le peuple toute question relative à l’organisation des pouvoirs publics sans passer par un vote des deux assemblées. Cet article a largement été utilisé par le général en son temps pour modifier la Constitution  contre un Parlement réticent par exemple pour prévoir l’élection du président de la République au suffrage universel direct ou encore l’autodétermination du département algérien. Cette procédure à la différence de celle de l’article 89 laisse les mains libres au Président.  Totalement libres et on ajoutera qu’elle est conçue pour ça depuis 1958.

Elle peut bien entendu le peuple étant au moins aussi souverain que ses représentants, porter sur des mesures de niveau différent : constitutionnel, organique ou ordinaire.  Par l’article 11[6]on peut ainsi tout faire et ce pourrait être un moyen de proposer au peuple un paquet unique pour la réforme institutionnelle.

A la place de E. Macron, tel un général de Gaulle dans sa meilleure forme, je passerai dessus les résistances innommables de la classe politique via le peuple qui adorera un référendum culbutant les velléités conservatrices d’une classe politique qui ne se fera jamais, au fond, de mal à elle-même.

Donc Président, si tu sens qu’ils t’enquiquinent de trop au Parlement, un conseil passe leur dessus et fais ta réforme par l’article 11. Ne te fais pas avoir comme Hollande s’est fait avoir sur la constitutionnalisation de l’état d’urgence et la déchéance de nationalité car il n’a jamais pu obtenir un vote dans les mêmes termes par  les deux assemblées, le Sénat de droite n’en voulant pas[7].

 

L’illustration qui tue….

Pour illustrer le propos, sujet d’enfumage particulièrement symptomatique, l’ajout projeté d’inscrire dans la Constitution, à son article 34, l’impératif de lutte conte le réchauffement climatique, ajout annoncé par le Premier ministre lors d’une conférence de presse sur la réforme institutionnelle. Les pleureuses y sont allées immédiatement bon train dans un concert médiatique d’une incompétence rare[8]. Certains réclamant que cet objectif soit inscrit dans les principes constitutionnels (Préambule de la Constitution) et non pas à l’article 34.

On aura tout entendu là-dessus alors que c’est assez simple quand on fait un effort minimal d’information sans s’arrêter aux incantations.

Pour cela il suffit de connaître et de comprendre la mécanique de l’article 34 de la Constitution, ainsi que celle de nos principes fondamentaux et, natürlich, l’articulation entre les deux. Mais qu’en savent ceux qui parlent dans le poste ? On y va ? Ok, on y va pour un petit rappel.

Avant 1958 le Parlement avait une compétence générale et pouvait légiférer sur tout. Bilan il ne légiférait sur rien et De Gaulle y a remis bon ordre : la Constitution de 1958 par son article 34 énumère les matières qui relèvent de la loi. Le reste, hors article 34, ce n’est pas lui mais l’exécutif qui fixe les règles par des décrets du Président ou du Premier ministre, contresignés des ministres compétents.

Dans l’énumération des matières qui relèvent de la loi, et donc du Parlement, à l’actuel article 34 figure déjà la détermination des principes fondamentaux de préservation de l’environnement parmi lesquels on ne peut que faire entrer l’objectif de lutte contre le changement climatique. Quitte à mentionner cet objectif dans la Constitution il est donc normal de le faire à l’article 34 de celle-ci et nulle part ailleurs.

D’autre part, vouloir inscrire cet objectif dans les principes généraux rappelés au préambule de la Constitution comme l’ont réclamé certains écologistes ou ONG sans doute plus au fait de la nidification des petits oiseaux que de celle constitutionnelle du citoyen français serait une double idiotie.

D’un côté, cela placerait l’objectif de lutte contre le changement climatique, qui n’est qu’un de nos objectifs environnementaux généraux, au dessus de la Charte de l’environnement à laquelle renvoie le Préambule de la Constitution, Charte  qui est notre texte suprême en ce domaine et de valeur constitutionnelle, au même titre que la DDHC de 1789 à laquelle le Préambule renvoie.

D’un autre côté, cela rendrait idiote l’actuelle disposition de l’article 34 de la Constitution  puisqu’on saurait que le Parlement et la loi fixent les principes fondamentaux de la préservation de l’environnement  mais s’agissant de l’objectif de lutte contre le changement climatique  on ne dirait pas que c’est la loi et le Parlement  qui sont compétents pour fixer les mesures permettant d’y veiller ou d’atteindre cet objectif…. Peut on organiser plus cafouilleux que ce que propose nos bons amis des petits oiseaux et leurs douces ONG ?

Il est donc dans cette affaire urgent de ne pas écouter tous ceux, écologistes, ONG et consorts,  qui n’en n’ont jamais assez des textes d’affichage et de pure incantation et de se fier à ceux qui connaissent nos textes fondamentaux dans leur logique et leur économie protectrices. Donc l’inscription de l’objectif de lutte contre le changement climatique dans la Constitution se fera à l’article 34 de la Constitution et ce sera très bien.

Ce qui aurait pu être intéressant aurait été d’ajouter l’objectif de lutte contre le réchauffement climatique à la charte de l’environnement de 2004 elle-même. Mais comme une partie de la droite a pris le principe de précaution (que cette charte a fait entrer dans notre droit au plus haut niveau) en grippe, il n’y a que peu de chance que le Président  propose au Parlement de modifier cette Charte…

A moins qu’il ne passe par l’article 11…  Là tout serait beaucoup plus simple. Au moins jusqu’au scrutin populaire si venait à se remettre en branle le cartel invraisemblable des « Non », qui n’en serait pas d’ailleurs à son coup d’essai puisqu’il a déjà refusé en 2005 une Constitution pour l’Europe.

En somme, entre Larcher et le Cartel des « Non », on ne voudrait pas être à la place de E. Macron…

 

 

Texte de l’article en fichier pdf

articleRéforme institutionnelleV2

 

Notes de bas de pages

[1]A propos de lutte contre l’enfumage de manière plus générale et notamment statistique voir l’excellent article publié par « Telos » sur « Les chiffres militants » : https://www.telos-eu.com/fr/societe/mefions-nous-des-chiffres-militants.html

[2]N’oublions pas, même siune partie dela gauche aujourd’hui s’attribue son abandon comme une victoire, que c’est le Sénat de droite qui a refusé le texte que l’Assemblée avait voté par une majorité de gauche ; droite qui aujourd’hui avec L. Wauquiez, propose cette même déchéance de nationalité qu’elle a fait capoter il y a deux ans…  décidément est ce que cela vaut vraiment mieux que ce qui se passe en Pologne, en Hongrie ou même en Italie ? Et si on ne le savait pas mais qu’on y était déjà… en plein dans le règne de la bêtise, le règne à neuneu… 

[3]On en peut plus dire et encore moins écrire « sourd » ou « aveugle », alors « gros » ou  « maigre », vous n’y pensez pas….  Donc, on ruse, on use de subterfuges… car sinon les cons, ils se reconnaîtront, saisissent les juges…

[4]La proportionnalité et le parallélisme sont la règle : plus le sujet est grave ou important plus le texte nécessaire est élevé dans l’échelle normative et plus la solennité est importante ; c’est une ces caractéristiques d’un Etat de droit   

[5]Relèvent ainsi d’une modification de la Constitution : la suppression de la Cour de justice de la République, la suppression  des anciens présidents de la République comme membres de droit du Conseil constitutionnel, la nomination des magistrats par le Conseil supérieur de la magistrature, la mention de l‘impératif de lutte contre le changement  climatique et d’un statut particulier de la Corse ; relève de la loi ordinaire l’introduction d’une dose de proportionnelle pour l’élection des députés et relèvent de la loi organique la baisse de 30% du nombre de parlementaires et la limitation du cumul des mandats dans le temps

[6]On ne va pas ici entrer dans le débat sur article 89/article 11 sur lequel tout a déjà été dit  depuis « Le coup d’Etat permanent » de François Mitterrand et la pratique du général de Gaulle ; il suffit d’indiquer que sans permettre une véritable révision de la Constitution, c’est à dire un bouleversement de son régime, pour laquelle la procédure de l’article 89 semble requise, cet article 11 doit permettre un paquet référendaire comportant des mesures constitutionnelles de bien moindre importance que l’élection du Président au suffrage universel ou l’indépendance d’une partie du territoire national lesquels ont été adoptés par le peuple français par des referendums  organisés dans le cadre de l’article 11 ; oui si le Parlement qui n’est pas une vache sacrée est un obstacle à une évolution démocratique nécessaire et choisie lors de l’élection présidentielle, alors piétinons le et passons lui dessus grâce à l’article 11 

[7]Dont chacun voit bien aujourd’hui combien elle n’aurait servi à rien, avec les cohortes de djihadistes défaits qui courageusement au moment suprême abandonnent le droit et les tribunaux islamiques pour judicieusement préférer ceux d’une République qu’ils avaient honnie…  J’ai honte pour tous les opposants à la déchéance de nationalité quand je relis leurs arguments de l’époque

[8]Tel certains chroniqueurs patentés, sur une radio de service public qui en a eu fut un temps  entre les oreilles mais qui a tout perdu depuis : Thomas Legrand sur France Inter un petit matin blême a aligné les âneries dans une chronique qui restera dans les annales ; tout en commençant par indiquer qu’il fallait faire un peu de droit pour comprendre, il a  montré qu’il n’a même pas compris la mécanique de l’article 34 de la Constitution et sa portée puisqu’il pense que le Parlement peut légiférer sur un sujet même sans qu’il soit mentionné à l’article 34 ; il ignore en outre que cet article 34 autorise déjà le Parlement à légiférer sur la protection de l’environnement … Il parle, il parle et comme beaucoup ne sait ou ne comprend rien ;

par ailleurs, voir notamment pour le cœur des pleureuses :

https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/reforme-constitutionnelle-des-ong-denoncent-un-manque-d-ambition-sur-l-environnement_122778

https://www.goodplanet.info/actualite/2018/04/05/reforme-constitutionnelle-des-ong-denoncent-un-manque-dambition-sur-lenvironnement/

http://www.lemonde.fr/politique/article/2018/04/05/environnement-et-constitution-une-proposition-a-minima-selon-les-ong_5281058_823448.html

https://www.20minutes.fr/planete/2221875-20180306-reforme-constitution-occasion-or-integrer-notion-climat

http://unfccc.int/resource/docs/convkp/convfr.pdf

 

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Obscurantisme, quand tu les tiens…

 

Pas touche, parole divine ! 

Un trentaine d’Imams « indignés » ont publié une Tribune pour réagir à celle des 300 signataires, dont l’amie Catherine Kintzler, qui dans le Parisien, par « Le manifeste contre le nouvel antisémitisme » ont dénoncé l’antisémitisme musulman et on appelé l’islam à se réformer y compris par l’abrogation de certains de  ses textes et interprétations fondamentaux comme l’église catholique a su le faire par le Concile Vatican II dans les années 60 pour entrer dans le monde moderne.

Derrière ces imams, leur emboitant le pas, quelques sociologues de bazar, pour ne pas dire de souk, se sont insurgés par un texte publié par le Monde contre cette Tribune du Parisien et en soutien à l’intangibilité de la religion des opprimés,  de ses fidèles et de ses imams ainsi injustement persécutés… Vous vous rendez compte abroger « la parole divine », non mais, vous n’y pensez pas !

Après le mauvais procès fait à G. Bensoussan, après la furie contre l’ouvrage « La tentation radicale » et ses auteurs,  on approche de la nausée devant tant de manipulations et de dévoiement dans des sciences sociales, chez certains, défigurées par l’idéologie. Il faut revenir aux fondamentaux, aux faits, et mettre les points sur les « i » à défaut que ce puisse être, dans un débat civilisé, dans certaines tronches qui pourtant le mériteraient.

Un excellent texte, court et percutant publié par Le Monde ce 8 mai,  le fait. Il est d’un sociologue spécialiste de l’islam français. On vous le livre. C’est de salut public. A lire et à faire connaître car il ne doit pas passer inaperçu sur une question essentielle pour nous tous. DECODA le fera sans relâche !

 

« Encore un peu plus de courage, Messieurs les imams

Par Omero Marongiu-Perria

Sociologue, spécialiste de l’islam français

Dans leur tribune, les « imams indignés » refusent de voir que l’interprétation dominante de l’islam s’inspire de sources datées et imprégnées de préjugés antisémites

Le procès d’intention fait au « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » (Le Parisien du 21 avril) n’est pas juste. On l’accuse en effet de vouloir jouer la concurrence victimaire en opposant la lutte contre l’islamophobie au combat contre l’antisémitisme, et d’appeler à l’élimination de versets du Coran qui prôneraient la violence à l’encontre des non-musulmans – juifs, chrétiens et incroyants. Des lacunes dans la formulation existent, mais le fond du propos est légitime. Sauf, peut-être, si on est sourd, muet et aveugle aux discours de haine qui se diffusent de par le monde musulman jusqu’aux enceintes des mosquées de France et d’Occident, sur la base des interprétations « autorisées » de l’islam.

En réponse à l’interrogation qui traverse la société française depuis près de quarante ans, une tribune signée par une trentaine d’imams sous le titre « Nous, imams indignés, sommes prêts à nous mettre au service de notre pays » (Le Monde du 24 avril) propose une réponse qui se trompe de diagnostic et de remède. Affirmer que l’islam est tombé dans les mains d’une jeunesse « naïve, proie facile pour des idéologues qui exploitent son désarroi » et que, « depuis plus de deux décennies, des lectures et des pratiques subversives de l’islam sévissent dans la communauté musulmane, générant une anarchie religieuse, gangrenant toute la société » ne reflète pas la réalité de l’islam contemporain.

Depuis plus d’un demi-siècle, la sphère religieuse musulmane, en particulier ses principaux centres d’enseignement, a vu la structuration progressive d’un discours de rupture avec le monde occidental et la modernité, qui dépasse de loin l’anticolonialisme. Celui-ci s’est appuyé sur la sacralisation des interprétations moyenâgeuses des textes de l’islam pour orienter les comportements de rupture chez les fidèles, parfois avec l’impulsion directe des pouvoirs politiques, comme ce fut le cas en Egypte et en Arabie saoudite. Le résultat en a été, entre autres, la diffusion massive des ouvrages d’exégèse et de droit de l’islam médiéval à partir desquels des centres d’enseignement, en France par exemple, prétendent inculquer aux musulmans leur religion dans les moindres détails, y compris la citoyenneté, le rapport à l’autre ou les relations entre hommes et femmes. C’est comme si le cadre mental d’un théologien du XIIIe siècle pouvait épouser les contours de la France de 2018.

Le vrai diagnostic est là, il s’agit de l’absence de rupture avec une vision du monde hégémonique qui présente un musulman hors-sol et une religion pensée dans un rapport de domination perpétuel avec le reste du monde. Un catholique qui brandirait le Corpus de droit civil de Justinien, datant de 528, serait vite tourné en dérision par ses coreligionnaires. De même, les autorités rabbiniques ont rompu avec la portée normative des versets belliqueux de la Torah depuis… deux mille ans.

Concernant l’antisémitisme chrétien, sa condamnation par Vatican II est le fruit, entre autres, d’un mouvement historico-critique porté par des intellectuels catholiques depuis le début du XXe siècle. Il n’en va pas de même de l’islam contemporain. Dès qu’elles en ont l’occasion, les autorités religieuses musulmanes réaffirment le caractère opératoire des interprétations restrictives du Coran. Parallèlement, elles s’en prennent violemment à toute analyse historico-critique du texte.

Sur l’antisémitisme, le champ religieux musulman est passé d’une aversion culturelle, celle du « juif hachek », à une haine idéologique du « juif suppôt du complot », avec pour carburant le conflit israélo-palestinien. Des études ont démontré l’évolution de ce discours religieux haineux vis-à-vis du juif. L’ouvrage de l’ancien mufti d’Al-Azhar Mohammad Sayed Tantaoui (1928-2010) intitulé Les Fils d’Israël dans le Coran et la tradition prophétique, donne une légitimité théologique à tous les poncifs sur le « péril juif ».

Il n’a rien à envier au prédicateur jordanien Salah Abdelfatah Al-Khalidi, le fils spirituel de Saïd Qotb (1906-1966) – l’un des principaux idéologues des Frères musulmans –, dont le livre La Personnalité juive dans le Coran représente l’archétype du pamphlet haineux vis-à-vis des juifs. Il s’agit là d’autorités religieuses dont une partie des imams de France se réclament.

A ce jour, parmi les imams qui prennent une position publique en France, Mohamed Bajrafil est le seul à oser critiquer ouvertement cette partie de l’héritage musulman la plus rétrograde vis-à-vis de l’altérité en appelant à son abrogation. La solution qu’il apporte, on ne peut plus limpide, devrait pourtant être suivie par la majorité des imams et des prédicateurs. »

 

Texte de l’article en fichier joint :

Encore un peu plus de courage MM les Imams

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« Mon nom est Personne » sur Mezetulle !

 

Mon article vient d’être publié sur son site par Catherine Kintzler, philosophe de son état,  « Mezetulle ».

Quelle en soit remerciée !

Il faut en effet, dans ce monde de zozos et  de fous,  faire connaître ce qu’est la réalité de l’organisation républicaine de l’Etat et de ses missions. Ne serait-ce, si ce réel ne plait pas, que pour le connaître afin ne pas prendre ses désirs pour la réalité.

Alors, allez sur son blog les amis,  vous verrez, de manière générale, c’est une mine !

http://www.mezetulle.fr/la-republique-laique-et-les-cultes-reconnaissance-meconnaissance-connaissance/

 

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« Mon nom est Personne »… ?

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Texte de l’article en document média : Article Mon nom est Personne VD1704bis

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