« Dédiabolisation » ?

On ne se refait pas et même, dirait-on, de génération en génération. Brassens, disait que « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est…. « 

Marine Le Pen qui, jour pour jour, 60 ans plus tard emboîte le pas idéologique de son père qui soutenait l’OAS et les militaires séditieux à Alger lesquels se sont vus, pour certains d’entre eux, conduits ensuite jusqu’au peloton d’exécution nous en apporte une preuve supplémentaire. 

Cette « putschiste en jupon » apporte en effet son soutien aux militaires (a priori retraités) qui ont appelé dans une Tribune leurs collègues d’active à se tenir prêt (à quoi sinon à la guerre civile et à la sédition militaire ?) face à un pouvoir politique qui n’aurait pas leurs sympathies nationalistes. Rien que ça…

Lorsque le Parquet, saisi, décide d’enquêter pour, le cas échéant, pouvoir punir ceux qui le méritent, la « putschiste » persiste dans son soutien. C’est vrai que cette engeance vote massivement pour elle…

Considérant que ces « tribunards » n’étant plus en activité avaient ainsi le droit de « tribuner » sans se soucier de leur devoir de réserve, elle démontre qu’elle est aussi nulle en droit qu’elle l’est en économie comme elle l’avait étalé lors du débat d’entre deux tours de 2017. Et, au fond, c’est dire, et c’est triste à dire, les limites de ses facultés intellectuelles qui plongent aux abysses de l’ignorance.

En effet, l’obligation de réserve des fonctionnaires est maintenue au delà de leur départ à la retraite et plus leur grade est élevé plus elle l’est, qu’ils soient militaires ou civils. Alors Maître Le Pen il faudrait aller refaire un tour à la fac de droit ! Tribun de grand Guignol et avocate d’opérette…

Avec un tel tableau d’incompétence même dans sa branche professionnelle, il n’y a plus de doute, elle est nulle et, au fond, la haine atavique qui la guide est la seule béquille d’une bêtise insondable.

Le tout est de prendre conscience de cela et, surtout, que les français  s’en souviennent le moment venu, dans un an. 

Après ce qu’a montré l’expérience Trump, ou celles d’autres buses de première (tel ce sombre crétin de Bolsonaro qui par une stupidité crasse, laisse son peuple être décimé par le virus), on ne va quand même pas prendre le moindre risque de laisser par inadvertance nos concitoyens confier à Marine Le Pen, ainsi qu’à son rassemblement factieux et xénophobe, les manettes du pouvoir et la laisser piétiner encore davantage la République et ses valeurs.

Alors, il faudra électoralement tout faire, et dès le premier tour, pour ne prendre aucun risque pour le second : nous devrons voter au premier tour pour celui ou celle qui aura le plus de chance de la battre au second s’il est acquis qu’elle doit y être.

Et tant pis si on doit mettre un mouchoir à cette occasion sur l’expression de nos idées. Quand on voit le désastre que nous préparent les mouvements de gauche, on ne peut qu’être sans illusion car à gauche l’émiettement va bon train (voir à cet égard l’excellent article de Gérard Grunberg dans Telos : https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/gauches-la-comedie-de-lunite.html).

La seule question qui demeure donc sera de décider sur qui s’appuyer pour cela dès le premier tour pour préparer le plus efficacement possible le second.

Aujourd’hui, on ne le sait pas encore mais cela viendra. On y reviendra donc dans les mois qui viennent, mais déjà les républicains doivent être lucides face au RN, sans pudeur de gazelle et mettre sur eux les mots qu’ils méritent.

Alors « Dédiabolisation » ? Franchement, faut pas nous prendre pour des cons !

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La tête du poisson…

Importante la tête du poisson car c’est par là qu’ils pourrissent…

Un article publié par l’observatoire du décolonialisme et que DECODA fait sien avec enthousiasme et une nuance

Par Anne-Hélène Le Cornec Ubertini, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication

« En juin dernier le Président de la République avait désigné le coupable du séparatisme : le monde universitaire (Fressoz, Pietralunga, 2020). Les enseignants-chercheurs auraient à l’unisson surfé sur les idées « racialistes » à la mode dans les campus américains. « Un bon filon » (ibid.) qui, pour faire court, catégorise et hiérarchise les individus selon leur couleur de peau et leur religion. Filon auquel il faut ajouter une solide culture de la censure. Nous avons ainsi la recette du pudding « étouffe-laïque » grâce auquel les islamistes, associés aux racialistes, ont réussi à imposer le statut de race pour la religion musulmane. Un statut qui leur permet à la fois de passer de la catégorie « minorité radicale s’opposant à la laïcité et à la démocratie » à « victime ordinaire d’un racisme généralisé à tous les musulmans », et d’élaborer une stratégie de communication victimaire en France et à l’étranger. Les américains appellent ce pudding immangeable la French Theory, une sorte de construction théorique, échafaudée à partir d’auteurs français, dont le nom laisse penser qu’il s’agit d’un art de la table à la française.

Suivant le la donné par le Président de la République, le ministre de l’éducation nationale s’est inquiété des ravages de l’islamo-gauchisme à l’université et de ses conséquences sur l’ensemble du corps social. Il nous a dit que : « le poisson pourrit par la tête » (Blanquer, 2020), la tête étant l’université. Cette attaque du ministre de l’éducation nationale n’a pas eu pour seul effet de montrer du doigt les universitaires, elle a détourné l’attention de ce qui est la « tête du poisson » dans une société hiérarchisée et jacobine comme la France : le sommet de l’État. Dès lors que les institutions publiques françaises renoncent à la loi de 1905 au profit du modèle libéral communautariste anglo-saxon, elles sont responsables de la porte laissée ouverte aux islamistes (et à leurs associés racialistes).

Revenons à la loi de 2004, interdisant le port de signes religieux ostensibles dans les écoles, collèges et lycées publics, utilisée par les islamistes comme élément de propagande pour démontrer que l’État français discrimine les musulmans. En réalité, cette loi est devenue nécessaire à cause de la conversion du Conseil d’État à la laïcité ouverte aux religions dans les établissements scolaires publics : « le port par les élèves de signes par lesquels ils entendent manifester leur appartenance à une religion n’est pas par lui-même incompatible avec le principe de laïcité, dans la mesure où il constitue l’exercice de la liberté d’expression et de manifestation de croyances religieuses » (Conseil d’État, 27 novembre 1989, n° 346893, Avis « Port du foulard islamique », p. 4).

D’où viendrait cette liberté d’expression et de manifestation des croyances religieuses dans les établissements publics ? Pas de la loi de 1905 dont le principe est le contraire. Comme nous ne sommes pas dans un système juridique de common law anglo-saxon (essentiellement basé sur la jurisprudence des tribunaux), les juges ou les conseillers doivent se reporter à des lois correspondant à la question abordée, votées par le peuple ou ses représentants. Le Conseil d’État s’est fondé sur la nouvelle loi (à l’époque), dite « Jospin », d’orientation sur l’éducation du 10 juillet 1989. Cette loi, transposée dans le code de l’éducation, dit : « Dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression » (Art. L511-2). Le décret d’application précise notamment qu’il faut mettre à disposition des lycéens un panneau d’affichage et si possible un local, qu’ils ont le droit de se constituer en associations qui participent à l’exercice de leur liberté d’expression collective, à condition que leur objet ou leur activité n’ait pas de caractère politique ou religieux (Art. R511-9). Comment le Conseil d’État a-t-il pu déduire du principe de neutralité qu’il permettait une « liberté d’expression et de manifestation de croyances religieuses » en dehors des aumôneries ? Pour justifier sa position, le Conseil d’État a aussi évoqué les engagements internationaux de la France, mais de manière très évasive. 

Le Conseiller pour les affaires religieuses du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, membre de droit de l’Observatoire de la laïcité (dépendant des services du Premier ministre) (1), est plus clair. Nous serions liés par la Déclaration universelle des droits de l’Homme, le Pacte international relatif aux droits civils et politiques et la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’Homme et des libertés fondamentales : « On voit […] que le droit international donne de la liberté de religion une acception large et libérale. C’est nécessairement dans cet espace large que la laïcité doit être mise en œuvre » (Rapport de l’Observatoire de la laïcité 2018-2019, p. 375). Est-ce vrai ? La loi de 1905 serait-elle, de fait, abrogée ? Les deux premiers textes n’ont pas de force juridique contraignante, mais, la France s’est engagée à suivre les décisions de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH), qui veille au respect de la Convention européenne. Toutefois, en matière de laïcité, la jurisprudence constante de la CEDH laisse une « ample marge d’appréciation » (CEDH, 1er juillet 2014, requête n° 43835/11, § 154) aux États. Ces textes ne nous obligent donc en rien à troquer notre laïcité contre une forme de neutralité de l’État ouverte aux religions.

Une autre partie de la tête du poisson, la Commission nationale consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), assimilée à une Autorité Administrative Indépendante (AAI) liée aux services du Premier ministre, s’est opposée à la loi de 2010 interdisant la dissimulation du visage dans l’espace public, au motif qu’elle stigmatiserait les musulmans. Ce type de raisonnement conduirait à refuser toute loi qui pourrait paraître stigmatisante pour une catégorie  de la population. À bien y réfléchir, cela nous débarrasserait de la quasi-totalité de nos lois. À moins de faire une exception pour les seuls musulmans, ce qui serait particulièrement problématique d’un point de vue démocratique et insultant pour les musulmans, infantilisés par cette protection paternaliste et amalgamés aux islamistes. La CNCDH considère, comme le Conseiller aux affaires religieuses, que la laïcité est la seule neutralité de l’État. La laïcité qu’ils défendent n’est donc pas celle de 1905 qui prévoit surtout la neutralité des Églises. Font partie de la CNCDH actuellement un ancien président de la Fédération protestante de France, un Rabin du Consistoire de Paris, le vice-président du CFCM (Conseil français du culte musulman) et un membre du Conseil des questions canoniques de la Conférence des Évêques de France (et membre correspondant du Comité pontifical des Sciences historiques du Vatican). La CNCDH conseille le Gouvernement, assiste le Premier ministre dans le domaine des droits de l’homme et peut appeler publiquement l’attention du Parlement et du Gouvernement. Curieuse manière d’appliquer la séparation des Églises et de l’État.

Enfin, qui a supprimé le Haut Comité à l’Intégration (HCI) en 2013 et enterré le rapport qu’il voulait publier sur la montée de l’islamisme à l’université ? Qui lui a substitué l’Observatoire de la laïcité affirmant que l’université n’avait pas de problème de laïcité et menaçant les universitaires, dans son avis de 2015, de poursuites en discrimination s’ils refusaient la « liberté d’expression » (cf. Conseil d’État) islamiste dans leurs cours. Qui finance les projets de recherche du « filon » américain à l’échelle européenne et nationale ? Rendons à César ce qui est à César et au poisson sa tête. »

Mars 2021

Note

(1) Observatoire récemment supprimé par décision du Président de la République

Commentaire

1 – Observations sur l’article

Nous rejoignons, avec une réserve qui sera précisée ci-après, cette analyse très fine de Anne-Hélène Le Cornec Ubertini qui pointe les responsabilités publiques en matière d’affadissement de l’exigence laïque depuis une trentaine d’années.

Sur l’affaire du voile islamique à Creil en 1989, qui a donné en quelque sorte le coup d’envoi de l’offensive islamiste à l’école, la responsabilité du Conseil d’Etat, par l’avis qu’il a donné à L.Jospin ministre de l’éducation qui l’avait saisi, est écrasante comme le montre l’auteur de l’article.

L’histoire semble être un éternel recommencement et les mêmes causes produisant les mêmes effets. C’est bien aussi, plus récemment, une autre analyse du Conseil d’Etat sur les accompagnateurs de sorties scolaires qui est en cause comme tout aussi obtuse que celle de 1989 sur le voile islamique des élèves à l’école. Le Conseil d’Etat a refusé de voir en la personne de ces accompagnateurs des collaborateurs occasionnels du service public ou d’appliquer les dispositions législatives du code de l’éducation relatives à la communauté éducative, deux motifs qui auraient pu lui permettre d’appliquer aux accompagnateurs de sorties scolaires l’obligation de neutralité qui s’impose aux agents publics.

Et c’est ce qui va conduire de nouveau le législateur à devoir intervenir sur les obligations de ces accompagnateurs comme il a dû le faire en 2004 pour les élèves des écoles. Le législateur devra le faire face à la bouillie d’une société intellectuellemement encalminée par la conception anglo saxonne et la lâcheté politique dont ses plus hautes institutions sont ainsi le reflet.

Mais, à cet égard, on se démarquera de l’auteur de l’article qui semble vouloir disculper l’université en identifiant d’autres responsables comme le Conseil d’Etat. En effet la responsabilité actuelle de l’université est tout aussi écrasante que celle du Conseil d’Etat même si elle est différente. Le Conseil d’Etat, en privilégiant la liberté individuelle au plan religieux sur les principes et valeurs collectifs, a produit du droit que l’on peut contester du point de vue de la défense de la République . De ce point de vue il a été ultra libéral. L’université elle produit de l’idéologie et formate les esprits de étudiants dans le même sens. L’affaire est donc systémique et chaque rouage chacun a sa place produit le résultat que nous connaissons. La tête du poisson est multiple et c’est bien celle de l’hydre communautariste.

La question du statut des accompagnateurs des sorties scolaires est d’ailleurs un histoire maintenant ancienne dont il faut maitriser les tenants et les aboutissants et pour cela la rappeler en quelques mots.

Cette question défraie la chronique depuis quelques années car il s’agit d’une nouvelle offensive des islamistes dans le sein des seins de la République, l’école. Ecrabouillés par la loi française depuis 2004 pour ce qui concerne les élèves, les islamistes ont très vite remis le couvert sur ce que leurs idiots utiles appellent les « mamans voilées » pour bien jouer sur le registre de l’émotion sexuée. Il n’y a pas plus de maman que de pape, mais une accompagnatrice dont on n’admettrait pas qu’elle accompagne les enfants avec un affichage politique (un badge RN par exemple) ou syndical  (un badge CGT).

Voir à cet égard les articles très clairs de Catherine Kintzler qui, sur Mezetulle, démonte la grosse manip de l’émotion dont seuls les bons niais sont dupes. Fussent-ils même ministre femme prénommée Najat et chargée en son temps de l’éducation nationale.   

J’y ajoute volontiers que le code de l’éducation (partie législative) range les parents qui participent au fonctionnement du Service public de l’éducation (Service public soumis au principe de laïcité par notre Constitution elle-même) dans ce qu’il dénomme la « Communauté éducative ».  En effet, l’école républicaine ne connait qu’une seule communauté : la « Communauté éducative ».

Dès lors, on peut considérer que les pouvoirs publics auraient pu depuis longtemps, sans devoir prendre une quelconque nouvelle loi, décider, pour donner un fondement légal à une interdiction du port de signes religieux ou politiques aux accompagnateurs des sorties scolaires, qu’en application des dispositions du code de l’éducation tous ceux qui collaborent au Service public de l’éducation sont astreints aux mêmes principes, dont celui de non affichage ostensible, face aux enfants et, ce, dans l’école ou en sorties scolaires, des convictions politiques, philosophiques, religieuses ou syndicales.


De la sorte, on se serait évité bien des tracas actuels face à l’offensive tous azimuts des islamistes qui eût été tuée dans l’oeuf. Mais l’ignorance crasse de notre propre droit, l’absence de courage voire la démagogie ont fait le travail. 

En effet, nous avons démontré dans un article collectif publié dans SLATE et qui a bientôt cinq ans que beaucoup (jusqu’au Conseil d’Etat par un étrange oubli) se fourvoient juridiquement sur cette question des mamans voilées lors des sorties scolaires en méconnaissant un droit pourtant assez clair.


J’y renvoie donc car il n’y a pas une virgule à y changer sur la question de droit que pose cette affaire :
http://www.slate.fr/story/95391/laicite-ecole-parents-signes-religieux

Il ne reste plus qu’à attendre désormais une intervention du législateur. Elle ne saurait tarder tant l’opinion est à cran. A cet égard n’ayons pas de doute, si la gauche est largement bête et soumise depuis le départ de Manuel Valls, la droite républicaine elle est résolue et elle vient de le montrer sur le projet de loi renforçant les principes républicains en votant par sa majorité sénatoriale un amendement qui interdit les signes religieux ou politiques ostensibles aux accompagnateurs des sorties scolaires. Voir à ce sujet : https://www.huffingtonpost.fr/entry/loi-separatisme-le-senat-vote-un-texte-nettement-durci_fr_6074a1f0e4b08f435f234ba7.

A suivre donc avec le retour de ce texte devant l’Assemblée nationale.

2 – Par ailleurs, pour terminer le propos, on signale tout particulièrement sur ces sujets le travail de Pierre André Taguieff qui démonte la généalogie idéologique des dérives de gauche sur l’islam, le décolonialisme ou le racialisme:


Voir la première partie de la synthèse du dernier ouvrage de Pierre-André Taguieff 
« Liaisons dangereuses : islamo-nazisme, islamo-gauchisme, islamo-décolonialisme »
Synthèse réalisée par l’auteur lui même et publiée par l’observatoire du décolonialisme. 
Voir au lien suivant :
https://decolonialisme.fr/?p=4298

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Big « BroVert » ?

A propos d’un article remarquable de Olivier Galland, sociologue, directeur de recherche au CRNS, publié dans Telos et passé inaperçu alors qu’il pose les questions essentielles à un an de la présidentielle… Pour nous éviter de faire des bêtises ?

L’écologie politique, prête à présider aux destinées du pays en France, notamment du fait de la décrépitude de la gauche de gouvernement, peut-elle nous conduire à la servitude ? Telle est l’interrogation de l’auteur. Compte tenu de la nécessité impérieuse de ralentir le réchauffement climatique et de protéger la planète des appétits qui la compromettent et nous menacent en même temps, la question n’est pas anodine et il vaut mieux se la poser tant qu’il est temps.

Pour devenir une force de gouvernement respectueuse du pluralisme, des valeurs démocratiques et de nos principes constitutionnels fondamentaux, la gauche en son temps s’est posé, mutatis mutandis, une question équivalente au travers notamment de la problématique de la dictature du prolétariat qu’elle a su abandonner alors que c’était son canon marxiste universel.

Une question du même acabit se pose désormais à l’écologie politique pour passer à la vitesse supérieure en conquérant le pouvoir national en France, après les quelques très grandes villes gagnées par les écologistes aux dernières municipales, bien aidés en cela par une abstention massive.

Cette question se pose d’autant que, d’une part, bon nombre des militants écologistes sont encore sur des positions radicales qui ne rallieront jamais à leurs visées une quelconque majorité démocratique et que, d’autre part, le programme politique des écologistes ne s’impose pas, dans toutes ses orientations et mesures, comme une évidence au regard des principes constitutionnels garantissant nos libertés fondamentales (politiques, civiles, économiques et sociales). 

L’écologie politique serait-elle ainsi, si l’on s’en tient à l’expression de certains de ceux qui la porte, parmi les fossoyeurs potentiels des libertés démocratiques lesquelles, rappelons-le, sont un tout non sécable protégé par notre pacte constitutionnel fondamental (1) ? 

Ceux qui nient aujourd’hui le caractère non sécable de la démocratie libérale dans ses diverses dimensions peuvent légitimement nous inquiéter car c’est pour, le moment venu au pouvoir, se dispenser de ce qu’ils auront récusé idéologiquement. Ce ne sera donc pas gratuit mais payé très cher et on a déjà donné.

Servitude et khmers verts, telle est bien la ritournelle que l’on entend de plus en plus souvent et que certains propos idiots de leaders ou militants écologistes tendent à accréditer. Telle cette parole récente d’une maire poitevine qui, après ceux qui entre autres ont entendu supprimer les sapins de Noël dans l’espace public, prétend régir les rêves des enfants pour les faire autrement qu’ils ne sont aujourd’hui en en expulsant le rêve aérien…. On en tombe du paquetage.

Et comme les mots manquent on les aligne pour marquer le coup dans une polysindète à la Verlaine…. 

J’ai fait souvent ce rêve étrange et pénétrant d’une écologie inconnue et que j’aime et qui m’aime et qui me comprend dans mes désirs et de liberté et d’ouverture au monde et d’envol… 

Désirs sur lesquels rares sont ceux prêts au renoncement.  Les idéologues qui prétendent savoir ce qui est bien et bon pour nous, comme d’autres l’ont tenté au XX siècle, ne pourront les gommer que par la contrainte, voire la violence politique. On pensait être débarrassé d’un tel danger depuis la chute des régimes de l’Est et n’avoir plus guère que le danger islamiste à affronter, il n’en est rien. Il est donc bon, contre tous les extrémistes, de réaffirmer ce à quoi nous tenons en termes de liberté et ce à quoi nous sommes très majoritairement attachés. Il sera donc bon aussi d’en tirer le moment venu, au besoin, les conséquences dans les urnes vis-à-vis de certains programmes politiques qui s’en éloigneraient par trop.

Alors, loin de tous les délires idéologiques maximalistes qui veulent imposer leur vision, il nous faut donc non pas une écologie politique radicale mais une écologie de gouvernement en éjectant les groupuscules à tentation totalitaire. C’est aux écologistes eux-mêmes qu’il revient de le faire. Ce que la gauche a su faire par exemple depuis près de cinquante ans en France, l’écologie politique doit pouvoir le faire à son tour. C’est d’intérêt public sinon nous sommes tous morts, mis en camps, fusillés ou cuits saignant par un réchauffement qui deviendrait hors de contrôle. A moins que ce ne soit noyés…

Alors encore, au regard de tout cela, il ne faut pas s’arrêter aux éructations de certains des thuriféraires ou des adversaires de l’écologie, ni à leurs analyses sommaires. Pour s’en prémunir efficacement, il faut analyser sérieusement en quoi et comment l’écologie politique pourrait nous conduire, après d’autres idéologies au XX siècle, sur la route, non pas de Menphis, mais de la servitude. 

C’est à cela que s’emploie le sociologue Olivier Galland dans un article publié dans TELOS auquel je renvoie car cette question, outre qu’elle est essentielle en philosophie politique pour ce siècle qui sera écologiste ou finira très mal, sera aussi essentielle pour l’expression de nos suffrages dès 2022 en l’absence d’une gauche crédible et si l’on ne se résout pas à continuer avec Macron.

En termes très clairs et complets, O. Galland identifie les dérives potentielles et leurs garde-fous nécessaires et c’est bien de telles protections dont on a et aura besoin… 

https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/politique-francaise/lecologie-politique-nous-amene-t-elle-sur-la-route.html

Un conseil d’ami – et non pas d’amish, il faut bien rire un peu… – lisez donc attentivement cet article, il est très clair. 

Vous ne douterez plus que ce dont nous avons besoin c’est bien d’une écologie de gouvernement qui doit échapper à ses tentations radicales pour réussir sans violence le seul pari qui nous reste. 

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer la conclusion de cet article que tous les gens raisonnables (puissent-ils être les plus nombreux possible…) pourront faire leur :

« L’objet de ce papier n’est pas de prédire que la mise en œuvre du programme de l’écologie politique débouchera inéluctablement en France sur une formidable régression démocratique. Hayek lui-même aurait détesté cette sorte de déterminisme historique. Mais il vise à pointer les risques que fait courir aux libertés individuelles un projet politique (qui n’est pas simplement un projet écologique) visant à réformer fondamentalement les comportements et les désirs humains, tels qu’ils se sont manifestés depuis plusieurs siècles « avec le développement du commerce » qui a permis, dit Hayek, « de satisfaire des désirs sans cesse plus étendus » et d’enraciner chez les hommes la « croyance en la possibilité illimitée d’améliorer leur sort », désirs et croyance que l’écologie politique voudrait freiner ou réorienter.

Ceux qui sont attachés à la fois à la préservation de l’environnement et à la préservation des libertés individuelles doivent réfléchir aux moyens de rendre ces objectifs conciliables, ce qui n’est certainement pas une tâche impossible si l’on croit à l’ingéniosité humaine et aux progrès de la science mise au service de l’environnement. »

Comment le dire mieux ? 

Notes de bas de page

_

(1) Dans deux articles récents les termes de ce pacte constitutionnel de liberté et son caractère insécable ont été rappelés ainsi que la manière dont nous devons l’enrichir au regard des enjeux écologiques ou sociaux. On ne peut ici que renvoyer à leur publication dans « UP Magazine » (outre dans Mezetulle) :

Et, le second article, avec la collaboration de Lucas Bodet :

Big « BroVert »VD 

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L’équation islamo-gauchiste…

Vous avez aimé mon billet précédent, « L’équation des ânes », vous allez adorer l’équation des salauds (et de leurs alliés objectifs)  que fustige la belle Tribune qui suit, que l’on partage à la virgule près et que DECODA reprend à son compte…  

Mais il est vrai, je viens de l’apprendre récemment, que je ne suis qu’un « souchien » (sous chien ?). Je vous laisse apprécier avec qui copine une partie de la gauche…

TRIBUNE

Un texte signé notamment par Nathalie Heinich, Jacques Julliard et Catherine Kintzler.

La victoire de Donald Trump en 2016 fut largement imputable à la division de ses adversaires, comme l’ont enfin compris les démocrates américains. Les premiers facteurs de division de la gauche en Amérique furent, d’une part, l’insistance sur la race comme catégorie politique et, d’autre part, l’occultation des rapports d’exploitation par les rapports de domination mis en avant tant par le courant « décolonial » que par le courant néoféministe, qui ont remplacé l’antiracisme et le féminisme universalistes par des revendications identitaristes et différentialistes. C’est ainsi que se sont imposées sur le devant de la scène, au nom de l’antiracisme et de l’antisexisme, des formules aussi perversement racistes et sexistes que celles de « privilège blanc », de « blanchité » ou de « mâle blanc dominant ».

Ces facteurs de division sont à présent largement répandus en France. Ils connaissent un essor d’autant plus important que les milieux « décoloniaux » s’emploient à discréditer les institutions, à coup d’accusations de « racisme d’État », pour « casser la République en deux », selon la formule revendiquée par le philosophe et inspirateur du mouvement « indigéniste » Norman Ajari. Comme eux, les islamistes dénoncent un « racisme systémique » fantasmé et une « islamophobie » brandie comme un interdit de critiquer l’islamisme, notamment après chaque campagne d’attentats. Et, de fait, l’affaire du burkini éclate à Nice deux semaines après l’attentat du 14 juillet, avec pour effet de faire passer le massacre à la trappe.

Chaque critique des effets du fondamentalisme islamique sur la société française se voit ainsi délégitimée par un dispositif idéologique auquel nombre de militants de gauche et, hélas, de chercheurs prêtent leur concours, lorsqu’ils n’en sont pas les porte-voix les plus efficaces, à l’instar des soutiens à Tariq Ramadan avant qu’il ne soit mis en examen pour viol. Enfin de nouvelles attaques contre la laïcité, accusée de n’être qu’une arme visant les musulmans, s’ajoutent à cet arsenal typique de l’« islamogauchisme », auquel seuls les faux aveugles ou les ignorants dénient toute réalité.

Complaisance idéologique

Ces derniers mois, un nombre croissant d’enseignants du secondaire et du supérieur ont dû être placés sous protection policière après des accusations d’« islamophobie » suivies de menaces de mort. Ceci éclairant cela, vingt-cinq organisations liées aux mouvements islamistes ont écrit le 8 mars à la présidente de la Commission européenne pour lui demander d’agir contre les « lois islamophobes françaises » : en cinquante-six points, cette lettre condamne la loi contre les séparatismes et souligne que le « gouvernement français a exploité l’assassinat de Samuel Paty pour son propre agenda raciste, discriminatoire et islamophobe ».

Une partie de la gauche s’est laissée berner, par complaisance idéologique ou par aveuglement. C’est ainsi que le 10 novembre 2019 La France Insoumise, le PCF et la CGT défilèrent avec le Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF, aujourd’hui dissous), dans une manifestation au cours de laquelle on scanda Allahou Akbar et où des enfants furent affublés de l’étoile jaune à cinq branches, assimilant ainsi de façon abjecte le statut des musulmans aujourd’hui à celui des Juifs sous l’Occupation.

Et lorsque, plus récemment, Jean-Michel Blanquer puis Frédérique Vidal dénoncèrent le terreau de complaisances intellectuelles à l’Université qui, au nom de la « lutte contre l’islamophobie », aboutissent à une complicité idéologique avec l’assassinat d’un enseignant, des pétitions d’universitaires militants s’empressèrent de nier le problème, assimilant la critique des dérives islamistes et la défense de la laïcité aux valeurs de Pétain (pétition internationale du 4 mars 2021), d’Orban et de Trump (tribune de Sandra Laugier dans « Libération » du 12 mars 2021). Mais les a-t-on jamais entendus dénoncer l’islamo-fascisme des fondamentalistes de l’islam politique, qui encouragent voire pratiquent ouvertement l’intolérance, la violence, le sexisme et l’homophobie ?

Dépouiller la gauche de ses forces vives

En prétendant incarner toute la gauche et rien que la gauche, ces courants dépouillent la gauche de ses forces vives et de ses valeurs historiques, renvoyant au vide politique ou à la tentation droitière ceux qui ne partagent ni l’obsession de la « racialisation », de la « domination masculine », de l’« intersectionnalité » et de l’écriture inclusive, ni la culture de la censure (« cancel culture ») qui prétend non pas contester mais réduire au silence tous ceux qui ne penseraient pas comme il faut.

Et c’est ainsi que sont réunies les conditions idéologiques d’une victoire du Rassemblement national. Sa xénophobie se voit justifiée par le retour de la race dans le débat public, de même que l’ethnodifférentialisme élaboré naguère par la Nouvelle Droite et repris par l’aile identitaire du RN se trouve légitimé par des notions comme l’« appropriation culturelle ». Quant aux réunions « non-mixtes » réservées aux « racisés » que prônent les nouveaux militants « intersectionnels », ne reproduisent-elles pas une forme de ségrégation ?

C’est pourquoi une clarification idéologique est nécessaire pour que la gauche puisse réaffirmer les valeurs laïques, démocratiques et universalistes qui sont les siennes depuis un siècle, et dont elle ne s’écarte jamais qu’à ses dépens. Certes, des identités collectives existent, mais l’appartenance à une communauté ne confère aucun droit particulier – c’est là un fondement de la République française. Certes, les religions existent, mais la liberté de conscience doit être protégée par le respect de la laïcité, qui garantit notamment le droit de critiquer les religions, quelles qu’elles soient, sans que cette critique puisse être assimilée à une discrimination envers les croyants. Certes, les discriminations existent et doivent être corrigées, mais pas au prix d’une assignation des individus à des identités communautaires essentialisées. Et certes encore, des minorités existent, et peuvent même constituer des forces politiques, mais c’est à la majorité que revient, en régime démocratique, le droit de décider pour tous.

Tant que ces confusions ne seront pas levées, les tentatives unitaires nécessaires pour faire barrage à l’extrême droite seront vouées à l’échec. Il est temps que la gauche se ressaisisse en renouant avec ses valeurs fondatrices, sans se laisser intimider par le chantage provenant d’une de ses franges minoritaires, radicalisée, culpabilisatrice, victimaire et potentiellement totalitaire.

Signataires

Fatiha BOUDJAHLAT (enseignante et essayiste) Nathalie HEINICH (sociologue, CNRS) Catherine KINTZLER (philosophe, professeur d’université honoraire) Jacques JULLIARD (historien) Samuel MAYOL (maître de conférences en sciences de gestion, université Paris-Nord) François RASTIER (linguiste, CNRS) Jean-Pierre SAKOUN (éditeur, ancien président du Comité Laïcité République)

Texte de la Tribune en document joint : Vous avez dit « Islamo gauchisme »

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L’équation des ânes…

2022 : Macron = Le Pen, vraiment ?

Doit-on laisser prospérer impunément l’équation des ânes qui fonde le refus d’un Front républicain pour 2022 face au RN ? Sûrement pas.

On ne peut qu’avoir honte de l’indigence intellectuelle qui peut conduire à semblable ânerie. Il faut donc, sans attendre, flinguer immédiatement de telles « analyses » comme le fait, avec la cruauté de l’intelligence face à la bêtise (que c’en est un régal), un article remarquable de quelques uns de nos bons analystes (philosophe, sociologue, politologue, etc.) publié récemment dans Telos, article où tout est dit :

https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/macron-le-pen-serieusement.html

Les auteurs de cette tribune ont 1000 fois raison !

En effet, ras-le-bol des discours qui n’ont d’autre objet, pour leurs auteurs, que de se déculpabiliser par avance d’une horreur annoncée dont ils porteront la responsabilité directe, qu’ils le veuillent ou non ayant souscrit à l’équation anti républicaine Macron = Le Pen.  

En outre, le fait que la gauche et la droite républicaines soient morcelées et sans leader, ni idées autres que de vieilles lunes aussi démonétisées que ressassées, n’est pas une excuse valable. Cela ne fait que renforcer l’exigence d’un Front républicain face au RN puisque celui-ci profite de la désaffection des urnes que le vide des idées empêche sans nul doute de se remplir. Au point de pouvoir l’emporter en 2022 selon certains sondages, analyses et prévisions.

Front républicain nécessaire peut-être même, on verra plus précisément d’ici là, dès le premier tour de 2022, si l’on souhaite :

  1. Non seulement ne pas voir M. Le Pen avoir une chance d’être élue au second tour en plaçant en face d’elle au premier tour non pas des candidats de témoignage façon puzzle mais quelqu’un qui la battra nécessairement au second par l’ampleur de son résultat au premier. En quelque sorte, il faudrait battre la candidate RN dès le premier tour. Qui pourra sérieusement y prétendre ? On n’en voit pas beaucoup à ce stade mais il reste du temps même s’il presse…
  2. Mais aussi ne pas risquer le retour de la droite ultra libérale, ou l’accession de Mélenchon, en étant contraint au second tour de voter pour l’une ou pour l’autre  face au RN et pour battre sa candidate, lui, qui serait à tout coup au second tour à ce que l’on en mesure aujourd’hui. 

A quoi sert, si l’on est de gauche (que les gens de droite se dé… brouillent), d’éliminer Macron si c’est pour se prendre une vraie droite en pleine poire ou, pire, sa version extrême populiste ? Tu parles d’un coup de maitre… L’enfant légitime de la politique du pire et de la bêtise…

Au fond, et c’est ce qu’il faut bien comprendre au delà des bavardages idéologiques convenus et récités, le Pacte républicain, on ne le défend pas que face aux islamistes. On doit le défendre tout autant face à l’extrême-droite et tout autant aussi face à la gauche extrême, car, dans toutes les hypothèses, il en va des libertés au sens où on les entend dans ce pays depuis plus de deux siècles. Je ne pense pas que qui ce soit des habitués de ce blog, et qui l’apprécie, s’en contrefiche.

Ce Pacte républicain n’est pas une « carte »  dans laquelle des individus-roi ou des partis politiques donnant libre cours à leurs folies piocheraient, au gré de  leurs convenances, ce qu’ils en retiennent ou n’en retiennent pas. On est donc, comme on dit, « au Menu » et pas « à la Carte » et ce menu est imposé au citoyen d’une république laïque, économique et sociale et à ceux qui prétendent le représenter. Il s’impose constitutionnellement à tous (1), aussi bien par les libertés, et des libertés qui ne se saucissonnent pas (2), que par les droits qu’il comporte. Il n’est pas interdit d’envisager de l’enrichir mais proscrit d’envisager de l’amputer (3).

Alors, on y reviendra d’ici 2022, et sans relâche puisque la pédagogie c’est la répétition. Mais soyez déjà certains que DECODA ne restera pas à dormir sans réagir face au désastre que l’on nous annonce et aux âneries qui vont le précéder, quand ce n’est pas le préparer !

Note de bas de page

(1) Ce Pacte est contenu tout entier dans ce que l’on appelle le « Bloc de constitutionnalité », ensemble de nos principes fondamentaux et de nos valeurs démocratiques, qui s’impose à toutes les autorités publiques : législatives, exécutives et judiciaires sans qu’elles puissent se dispenser de leur respect sous la sanction notamment du Conseil constitutionnel. Ne voyez donc aucun autre objectif que de s’en affranchir (pour nous livrer à toutes ses folies et celles de ses amis) chez quelqu’un comme Mélenchon qui remet en cause le rôle de gardien de ce Pacte dévolu depuis 50 ans au Conseil constitutionnel. Il y a là une infamie dans le verbe, voire même programmatique, que peu perçoivent ou même dénoncent. Pourtant cela vise à faire du législateur un souverain sans borne, ni contrepouvoir ce qui n’est pas la République ni même la démocratie. On le sait depuis les Lumières : de tels régimes républicains et démocratiques ne naissent que dans le bornage des pouvoirs les uns par les autres dans un équilibre seul de nature à garantir les libertés fondamentales.

(2) Notre régime libéral est en effet, dans et par ce Pacte républicain, un tout : il est politique et pluraliste mais aussi économique, même s’il se veut en même temps social et qu’il y parvient d’ailleurs à hauteur de dépenses publiques représentant 56% du PIB (voire plus conjoncturellement avec la crise sanitaire). La liberté politique et le pluralisme sans une économie de marché, sans la liberté économique ou d’entreprendre, même si elles doivent être fermement régulées, cela n’a jamais existé et cela ne peut pas exister Et ce n’est pas Mélenchon qui nous fera croire ni admettre le contraire

(3) Tout au contraire plutôt que de l’amputer ou de l’appauvrir, c’est à enrichir ce Pacte de nouveaux principes et droits à hauteur des enjeux de notre temps qu’il faut travailler, ce qui est véritablement de gauche, plutôt que de permettre de le priver de son effectivité à discrétion de majorités politiques circonstancielles libérées du contrôle du Conseil constitutionnel. Sur le nécessaire enrichissement de nos principes fondamentaux voir notre article sur Mezetulle : https://www.mezetulle.fr/le-jour-dapres/

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Sarko/Balladur : chercher l’erreur !

L’un, le premier, condamné par de véritables juges, indépendants et courageux, l’autre, le second, relaxé par une parodie de Cour de justice qui déshonore la République et notre pays car composée de douze parlementaires et seulement trois magistrats ! Sur les enseignements à tirer de ces deux affaires, Marianne a sollicité un expert au franc-parler remarquable qui, de manière très claire, nous donne toutes les clefs de compréhension, loin des lamentables pleurnichages et âneries de N. Sarkozy et ses amis suite à cette décision de justice qui l’envoie au tapis.

Un ancien président en taule pour un an… vous vous rendez compte, une première. Heureusement que des gouvernements laxistes, que Sarko et ses amis ont bien critiqués, ont prévu que pour les condamnations de moins de deux ans l’exécution de la peine pouvait être aménagée hors secteur pénitentiaire. S’il était honnête il devrait refusait d’en profiter…

Franchement, Sarkozy… en réaction que des salades, pour ne pas devoir dire que des conneries. Il nous prend pour des billes, c’est clair.

Dès qu’on aura le texte du jugement de l’ancien président on le diffusera puisque dans ce pays la justice est publique et rendue « Au nom du Peuple français ». Nous tous, quoi. Autant qu’on soit bien informés et qu’on sache ce qui a été décidé en notre nom, pourquoi et comment. Pas de souci, DECODA s’y emploiera.

Et tant pis pour ceux qui voyaient le Sarko comme un recours en 2022 devant la panade de la droite républicaine (qui n’a d’égale que la panade de la gauche du même nom). S’agissant de Sarkozy, le seul recours désormais il est en appel ou en cassation… Pour le reste pour lui et ses amis, ça peut sembler mort de chez mort…

Restera-t-il comme le premier ancien président condamné à de la prison ferme et pour 365 jours ? L’avenir nous le dira et ce sera à dater pour les annales de la République.

Mais, prudence, même si aucun média n’en parle, faute de compétence et de travail ou de simplement savoir poser les bonnes questions aux bonnes personnes, Sarkozy a une chance en appel ou devant les juridictions européennes, de faire annuler la procédure d’écoute même si elle a été validée par la Cour de cassation française. Pour celles et ceux que cela intéresse voir ci-après la note de bas de page préparée en liaison avec l’ami Bruno Bertrand, magistrat honoraire et ancien Président de chambre correctionnelle de Cour d’appel (1).

Mais, outre cette affaire de trafic d’influence, il reste deux autres affaires aux basques de N. Sarkozy qui peuvent lui faire risquer aussi quelques misères pénales (le financement de ses campagnes de 2007 – affaire du pognon lybien – et de 2012 – affaire dite Bygmalion). Il ne peut pas en réchapper à toutes avec une justice qui n’est pas à la botte… Pas possible.

Marianne interview Dominique Coujard qui a été magistrat pendant plus de 40 ans. Il a notamment présidé pendant dix ans la Cour d’assises de Paris où il a, entre autres, jugé Yvan Colonna dans l’affaire Erignac et « le roi de l’évasion » François Besse… Aujourd’hui, à la retraite il commente l’affaire Sarkozy, après sa condamnation dans le dossier Bismuth et évoque aussi la Cour de justice de la République, qui vient de relaxer Edouard Balladur.

Marianne : Depuis sa condamnation, Nicolas Sarkozy tempête, ses avocats aussi mais la justice reste silencieuse. 

Dominique Coujard : C’est normal. La justice n’a pas à se défendre, ce serait même un aveu de faiblesse de sa part. Ses explications sont dans les motivations de son jugement. Et dans cette affaire, je crois qu’elles sont claires. Ce ne sont en aucune façon des leçons de morale, comme le prétendent certains. La loi oblige les juges à motiver les jugements. Les motivations que j’ai pu lire de la condamnation de Nicolas Sarkozy me semblent explicites. Que les avocats, tempêtent, ou même que le parquet fasse des communiqués, c’est leur droit, cela n’engage qu’eux. Les juges de la 32e chambre correctionnelle ont rendu leur jugement. Ils n’ont surtout pas à s’en expliquer.

Comment réagissez-vous à l’interview de Nicolas Sarkozy dans Le Figaro d’aujourd’hui qui attend en appel que « le droit et la justice triomphent »https://1af14e25ca14819e6e2a4adfa9490404.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

On peut tout dire. Tout et n’importe quoi. Il se chauffe la voix pour son procès en appel, c’est ce que je comprends de cette interview. Mais ce qui me surprend le plus dans sa défense post-procès, c’est cette confusion que Nicolas Sarkozy entretient entre le parquet et le siège. Ces attaques contre le PNF n’ont plus beaucoup de sens et me semblent même à contretemps. Ce sont des juges qui l’ont jugé à l’issue d’un procès contradictoire où le PNF n’était qu’une des parties ! D’habitude, les politiques critiquent les juges et ménagent le parquet sur lequel ils ont l’habitude de compter. Mais là, alors que c’est la 32e chambre qui vient de le condamner, il tape encore sur le PNF… C’est la première fois que je vois une chose pareille.

Cela sous-entend l’idée d’une même « corporation » judiciaire, d’un « acharnement ».

Tout à fait. C’est très exactement ce qu’il fait, mélangeant à dessein pour l’opinion, procureurs et juges… Cela s’appelle du complotisme. Quand on n’a plus beaucoup d’arguments, comme c’est le cas ici puisqu’ils ont tous fait long feu, l’attaque contre l’institution judiciaire dans son ensemble est un ultime moyen de défense. Cette attaque est lancée gratuitement ! C’est de la part de Nicolas Sarkozy un affaiblissement d’un des piliers de la démocratie qu’est la Justice pour son compte personnel. Venant d’un ancien président de la République, qui est censé savoir ce qu’il fait, on ne peut trouver cela que très dangereux. Et j’ajoute déplorable. »Sarkozy est condamné à trois ans dont une seule année devra être exécutée sous une forme aménagée. Pour une incrimination de corruption, je ne trouve pas cela si cher payé… »

Nicolas Sarkozy dénonce, comme l’ont fait les avocats tout au long du procès « l’absence de preuves »… « Dans un état de droit, il faut des preuves et des preuves il n’y en a pas dans le dossier » dit-il…

J’ai déjà connu cela dans une autre affaire célèbre où la défense proclamait qu’il n’y avait aucune preuve. Mais enfin, il y a des écoutes Bismuth  ! Et de ce que j’en ai lu, elles me semblent accablantes, en tout cas au regard de l’infraction de trafic d’influence. Vous savez, dans un procès, il ne suffit pas de dire qu’il n’y a pas de preuves pour qu’il n’y en ait pas ! En tout cas je constate que la défense de Nicolas Sarkozy n’a pas convaincu les juges de première instance qu’il n’y avait pas de preuves. Ils peuvent toujours plaider la même chose en appel…

Nicolas Sarkozy annonce aussi son intention d’aller devant la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) puisque, selon lui, les écoutes Bismuth, entre un avocat et son client, n’auraient pas lieu d’être. « Peut-être faudra-t-il que ce combat s’achève devant la CEDH » dit-il…

Je m’avancerais moins que lui sur la jurisprudence de la CEDH. Les conversations entre un avocat et son client n’ont jamais été sanctuarisées en tant que telles. Cela équivaudrait à accorder aux avocats une immunité absolue et il n’en a jamais été question devant la CEDH. Les écoutes entre un avocat et son client sont légitimes dès lors qu’il y a soupçon d’infraction. Nicolas Sarkozy entretient là encore une confusion générale. D’ailleurs, ces écoutes Bismuth ont été validées, avant l’audience, par la chambre criminelle de la cour de Cassation. Et puisque Thierry Herzog, son avocat, a été condamné, c’est bien la preuve, même « rétrospective », qu’il y avait bien une infraction… et donc que le soupçon initial était réel. La question, même devant la CEDH, me semble donc délicate…

Au-delà de Nicolas Sarkozy, à droite mais pas seulement, nombreux sont ceux qui dénoncent la « sévérité » de la peine… Qu’en pensez-vous ?

Le délit de corruption, pour lequel il vient d’être condamné, est un délit grave. Il est puni de dix ans de prison. Pour apprécier la sévérité d’une peine, il faut la comparer au maximum encouru. Nicolas Sarkozy est condamné à trois ans dont une seule année devra être exécutée sous une forme aménagée. Pour ma part, pour une incrimination de corruption, je ne trouve pas cela si cher payé…

Mais la défense de Nicolas Sarkozy dit qu’il n’est jamais intervenu pour le compte de Gilbert Azibert, ni qu’il lui a donné ce coup de pouce pour le poste à Monaco, ni que ce dernier ne lui a apporté d’élément sur la Cour de cassation où il siégeait… Autrement dit qu’il ne s’est rien passé et qu’il est donc condamné « pour quelque chose qu’il n’a pas commis »…

Là encore, j’ai bien peur, dans un méli-mélo destiné à entretenir la confusion, qu’il fasse mine de ne pas comprendre. En manière de trafic d’influence, celle-ci peut être réelle ou supposée. Seule l’intention compte… Les juges ont considéré que Gilbert Azibert a simplement pu faire croire qu’il allait influencer ses collègues de la Cour de Cassation et que Nicolas Sarkozy en retour a pu faire croire qu’il allait lui trouver un poste à Monaco. »On changera d’époque quand la Cour de justice de la République sera supprimée. Les copains s’y jugent entre eux. »

Nicolas Sarkozy et ses avocats semblaient convaincus d’avoir « gagné l’audience ». « L’immense majorité des observateurs a dit que la défense avait apporté la preuve de l’innocence des trois prévenus » dit-il au Figaro ce qui résume assez bien un état d’esprit, à la fois sur les bancs de la défense et ceux de la presse…

Durant un procès, le juge a l’obligation d’écouter tout le monde et de ne montrer à aucun moment le moindre préjugé. Mais ce n’est pas parce qu’il ne dit rien ou ne montre rien qu’il ne pense rien ! Donc, durant une audience c’est très difficile de savoir ce que les juges pensent. Ce que je constate c’est que la défense avait convaincu la presse, ou du moins une partie de la presse, ce n’est pas la première fois et malheureusement ce n’est souvent pas très difficile. Je n’ai pas assisté à cette audience, mais j’ai l’impression que la défense a beaucoup fait diversion par rapport au dossier, et qu’une partie des gens les moins avisés de la salle, ou les plus réceptifs à leurs arguments, ont cru que cela suffisait à effacer le dossier… Mais au départ, c’est un constat à la lumière du jugement, le dossier n’était pas bon. Et dans leur délibéré, les juges, qui pendant l’audience ont évidemment donné la parole à tout le monde, et ont écouté toutes les explications, se sont faits sur propre opinion. Les chroniques d’audience ne font pas les jugements !

Avec les condamnations à des peines de prison ferme, coup sur coup de François Fillon, Patrick Balkany et aujourd’hui de Nicolas Sarkozy, diriez-vous que l’on a changé d’époque judiciaire ?

Pas tout à fait. Il y a toujours la Cour de justice de la République. On changera d’époque quand elle sera supprimée. Les copains s’y jugent entre eux et à mes yeux, cette institution est une anomalie. Les pairs doivent se juger par les impairs… Tant que la CJR est là, j’estime qu’il n’y a pas d’État de droit.

Par le hasard du calendrier judiciaire c’est demain, le 4 mars, quela CJR va rendre sa décision concernant Édouard Balladur et François Léotard dans l’affaire Karachi. Lors du procès devant la CJR, François Molins, procureur général, a requis un an et deux ans de sursis contre eux alors que dans le même dossier, devant la chambre correctionnelle, leur bras droit, Nicolas Bazire et Renaud Donnedieu de Vabres ont été condamnés à cinq ans de prison dont trois ferme. Est-ce incohérent ?

Bien sûr ! Cela n’a pas de sens. J’imagine que François Molins, avec de telles réquisitions en décalage avec le jugement de première instance, a voulu ne pas courir le risque d’être lui-même trop décalé avec les peines susceptibles d’être prononcées. La CJR ridiculise l’État de droit, et on risque, ce jeudi 4 mars, d’avoir à faire le même constat…

Nicolas Sarkozy déplore « un gouvernement des juges »… 

La mission des juges n’est pas de condamner des politiques, mais de condamner des délinquants et d’appliquer la loi. S’il y a une sorte de « mise à niveau » entre les peines des délinquants habituels et les peines aujourd’hui prononcées envers des politiques, cela signe davantage une forme d’indépendance judiciaire qu’une quelconque volonté des juges de vouloir « gouverner ». Ce qui n’aurait aucun sens !

Que pensez-vous des réactions du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin et du garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti ?

Rien.

Comment qualifieriez-vous la situation ? 

J’ai lu dans El Païs ce matin le constat selon lequel la condamnation de Nicolas Sarkozy était la preuve de la séparation des pouvoirs en France. C’est exactement ce que je pense. J’adore la formule de Montesquieu, « pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir… » C’est cela la séparation des pouvoirs. Un pouvoir capable d’en arrêter un autre. Les politiques, Nicolas Sarkozy en tête, entretiennent une idée totalement fausse selon laquelle, au nom de la séparation des pouvoirs, les juges ne pourraient pas enquêter sur les politiques ! Mais cela consiste à dévoyer l’idée même de séparation des pouvoirs. C’est un contresens. Bien sûr qu’il faut des juges pour juger les politiques. Y compris les anciens présidents de la République, un temps garant de leur indépendance. Contrairement à ce prétend aujourd’hui Nicolas Sarkozy à la Une du Figaro, ce jugement de la 32e chambre correctionnelle est le signe vivant de l’existence de la séparation des pouvoirs en France et de notre État de droit.

Note de bas de page

(1) Comme nous l’indique l’ami Bruno Bertrand, magistrat honoraire et ancien président de Chambre correctionelle de Cour d’appel, une récente décision de la Cour de justice des communautés européennes (CJUE) pourraient ouvrir une chance à N. Sarkozy d’obtenir l’annulation des écoutes. Voir à cet égard ci-dessous les exigences posées par cette Cour suprême pour la validité des écoutes téléphoniques et autres captations numériques qui doivent ne pouvoir concerner, en tant qu’intrusion dans les libertés fondamentales protégées par les Traités, que des infractions particulièrement graves et n’être décidées par un juge et non pas par le seul Parquet…

Aie…

Il faut dire que la Cour de Cassation française n’a pas eu la même interprétation des traités que la CJUE. Cette dernière, par cette jurisprudence, ajoute à la directive européenne permettant de déroger aux règles de protection des données personnelles numérisées afin de rechercher l’existence d’une infraction pénale (ce qui est la loi française actuelle) une condition de gravité tirée du principe de proportionnalité de la dérogation à la Charte par une législation nationale. Elle retient aussi l’exigence de confier l’exercice de cette captation de données à une autorité indépendante distincte de l’accusation qui suit la découverte d’une éventuelle infraction pénale. Donc ce ne peut être le Parquet, autorité judiciaire poursuivante.
Au-delà de Sarkozy on peut être inquiet quant à la lutte contre les trafiquants organisés, qui vont être à l’abri derrière leurs téléphones anonymes (drogue, prostitution, immigration clandestine, etc..). Sauf si la Cour de Cassation ou le législateur venaient à adopter une définition extensive de la gravité de certaines infractions pénales dites « astucieuses ». En outre, celles commises par un ancien chef de l’Etat peuvent sembler devoir présenter par définition le degré de gravité exigé s’agissant du premier de nos magistrats et pas d’un simple truand/clampin planqué derrière un téléphone et un numéro de complaisance, même si le premier emploie les mêmes méthodes que le dernier…

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De l’Huma à l’Oumma…

Itinéraire des enfants perdus de la gauche qui se fourvoient dans l’islamo-gauchisme…

DECODA prend parti radicalement dans les débats en cours en publiant des textes de Pierre-André Taguieff et de Gilles Clavreul sur le contenu et le bien fondé du concept d’islamo-gauchisme.

La réalité politique que ce concept recouvre que ce soit au sein de toute une partie de notre spectre politique – NPA et France insoumise, mais aussi une partie du PC et du PS – d’une partie du monde universitaire et de notre intelligentsia, n’est pas discutable. Sans oublier l’engeance médiatique qui singe les uns et les autres en mode savant pour « France culture » et en mode dégradé pour la plupart des autres. Sur le déni extraordinaire en train de se nouer, il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir et, lorsque l’on est sérieux, les faits ne relèvent pas du domaine de l’opinion. Ils sont accablants.

A cet égard, Taguieff et Clavreul donnent toutes les clés pour comprendre le débat acharné en cours et démasquer les imposteurs.

Il est essentiel face au débat qui irradie notamment notre université, de lire ces textes. Ne les manquez donc pas.

Ce n’est pas qu’un débat théorique entre universitaires et intellectuels que l’on pourrait regarder en simple observateur, mais le sens idéologique profond du combat aujourd’hui indispensable contre une idéologie religieuse totalitaire exécrable et ses soutiens, alliés ou idiots utiles qui ne veulent surtout pas être démasqués. Ceci explique la violence des réactions contre la ministre qui a mis, même si c’est maladroitement, le pied dans le plat favori de certains « Restau U ».

Ceci explique aussi qu’il faille prendre position et ne pas s’abriter derrière son « quant à soi » ni renvoyer dos à dos les protagonistes. Il en va de notre devenir comme dans toute les luttes idéologiques qui nous incombent contre les maladies en « isme »…

Documents joints :

Entretien avec Taguieff

entretienGilles Clavreul

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« Il mio nome è nessuno… »

A moins que ce ne soit « Il mio nome è Perronne ».

En effet, en parodiant un peu le titre de ce film célèbre (un beau conte philosophique avec une morale mémorable…) on pourrait dire, pour rire un peu, « Mon nom est Perronne » à propos de ce médecin qui distille son venin sur les réseaux sociaux avec quelques autres du même acabit. Mais il ne tient pas le rôle de Jack Beauregard ni même celui de Terrence Hill, car, lui, il fait plutôt dans le torve…

Avec quelques autres en effet, Perronne nous raconte n’importe quoi sur les vaccins à « ARN messager », cette révolution des biotechnologies médicales qui vont nous sauver de ce fichus virus (ainsi que d’autres à l’avenir) et, ce, sans danger pour notre ADN quoi qu’en disent ces prophètes de malheur. A eux tous, sans rire, ils reforment la horde sauvage des gangsters qu’on verrait bien Jack Beauregard faire sauter un par un en tirant dans les fontes de leurs selles chargées de dynamite que ces ânes n’ont même pas vue… Car au fond les gangsters intellectuels méritent-ils mieux que les gangsters de droit commun ?

Ces obscurantistes apeurés distillent leur poison partout dans les réseaux sociaux et certains médias, engeances propres à gober toutes les âneries qui passent. Il faut réagir et informer honnêtement pour que chacun décide en connaissance de cause. C’est cela notre démocratie et ce ne doit pas être en matière de santé publique, cette fois là non plus, le royaume des menteurs et des manipulateurs.

Alors visionnez et faites connaître largement cette vidéo diffusée par « Le Monde » sur la réalité sans « fake news », ni manipulation, des vaccins dits à « ARN messager ».

Elle démontre, contre la horde sauvage des gangsters intellectuels qu’elle explose aussi bien que Jack et avec une cruauté qui ne peut que ravir un esprit libre, que ce type de vaccin, pas plus que les traditionnels, ne présente de danger pour notre ADN et notre santé.

En fait, depuis Pasteur, la horde des gangsters est hostile aux vaccins, « ARN messager » ou pas « ARN messager » ! Là est le fond du problème. Jusqu’à nous faire prendre le risque de voir renaître aujourd’hui des maladies disparues grâce à la vaccination. Ne l’oublions pas, cette idéologie là aussi peut tuer et en masse.

On vous livre cette vidéo par le lien ci-dessous :

https://www.lemonde.fr/sante/video/2021/01/28/vaccins-contre-le-covid-19-y-a-t-il-vraiment-un-risque-pour-l-adn-des-humains_6067963_1651302.html

Et faites vous vacciner dès que vous pouvez, c’est à dire à votre tour. Pas de précipitation; dans ce domaine aussi le « toutes affaires cessantes » n’est que la marque d’un égoïsme de mauvais aloi.

En attendant, protégez vous !

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Juste remarquable !

Qui ne s’est pas demandé comment articuler les principes fondamentaux des sociétés démocratiques (principes de liberté et d’égalité notamment), eu égard à leur valeur universelle pour le genre humain et à l’attachement que nous leur portons, avec l’indispensable « relativisme culturel » qui veut que chaque « société libre » doit pouvoir exprimer et organiser ses particularismes notamment culturels sans que quiconque puisse venir de l’extérieur, et comme en surplomb, trouver à y redire. Quel serait ce genre humain réduit aux acquêts de quelques uns ?

Il a l’air ainsi aisé de répondre à une telle question, mais jusqu’à quel point ? En plus direct et plus clair, une société peut-elle, en toute légitimité parce qu’elle est une « société libre » et en tant que telle, décider par exemple de pratiquer l’excision, d’admettre l’inceste, la pédophilie, voire de refuser d’autres principes démocratiques puisque la question ne se limite pas au sexe ? Toujours, sans que quiconque de l’extérieur puisse trouver à y redire en se faisant juge au regard de sa propre culture de ce qu’il faut prohiber ou au contraire permettre comme depuis un surplomb culturel dont certains seraient titulaires ? Horrible ce que la question devient alors difficile… Qui peut se vanter de savoir la régler au mieux des intérêts des uns et des autres, les « sociétés libres » d’un côté et les principes à vocation universelle de l’autre ?

Eh bien, en distinguant un « relativisme absolu » et un « relativisme relatif », Dominique Schnapper résout dans le texte lumineux reproduit ci-après cette énigme, ce paradoxe qui nous coince, comme prisonniers et désarmés, face à un nouveau colonialisme culturel exécrable et face à l’abandon de toute aspiration universaliste sur les valeurs fondamentales. Les deux mâchoires du même piège se desserrent et l’on distingue mieux du coup le vrai universalisme du faux, son succédané néo-colonial pour esprit faiblard.

Article magnifique à lire donc, et à méditer. En particulier, à un moment où les deux familles de la gauche se disent et se pratiquent volontiers irréconciliables, ce qui, dans ce pays, condamne toute gauche de gouvernement et abandonne au centre droit et à la droite le sort des plus défavorisés. Pour imaginer un autre sort pour ces derniers, on a envie d’envoyer tous ces braves gens qui prétendent occuper le camp de la gauche, voir dare-dare Dominique Schnapper pour retrouver un peu d’imagination politique créatrice.

Ici, ci-après, ou dans TELOS : https://www.telos-eu.com/fr/societe/relativisme-absolu-et-relatif-vrai-et-faux-univers.html

Relativisme absolu et relatif, vrai et faux universalisme

27 janvier 2021,  par Dominique Schnapper

Relativisme, universalisme. Deux termes qui inondent le débat public, suscitent les passions et se déroulent dans une grande ambigüité. On nous somme de nous inscrire dans ces oppositions binaires comme s’il s’agissait de faire un choix et un choix clair – pour ou contre -, ce qui n’est évidemment pas le cas. Mary Douglas, la célèbre anthropologue britannique, nous mettait justement en garde contre la tentation de penser qu’il existe deux sortes de gens, deux sortes de réalité ou deux sortes de processus. Au risque d’être « professorale », comme me l’a dit un journaliste à la télévision en général mieux inspiré (et ce n’était pas un compliment !), quelques éclaircissements s’imposent.

Relativisme

Le « relativisme » est maintenant l’objet de la condamnation dans un projet de loi. Il désignerait la fin des valeurs partagées, l’acceptation de tous les comportements y compris ceux qui nous paraissent les plus répréhensibles, le refus de respecter les principes et les valeurs qui nous permettent de vivre ensemble dans une démocratie. L’idée du relativisme des normes et des valeurs a pourtant une solide tradition. Dans notre histoire nationale, on peut rappeler Montaigne, témoin des guerres de religion : « Il n’y a rien de barbare et de sauvage en cette nation, à ce qu’on m’en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ; comme de vrai, il semble que nous n’avons d’autre mire de la vérité et de la raison que l’exemple et idée des opinions et usances du pays où nous sommes ». Et Pascal de lui faire écho par la célèbre formule / « Vérité en-deça des Pyrénées, vérité au-delà », « Chaque usage a sa raison ». Ce relativisme culturel est au fondement du projet de toutes les sciences de l’homme, de l’anthropologie à la sociologie. En même temps il est lié à l’idée démocratique dans la mesure où il est l’une des dimensions de la liberté. Ce n’est donc pas le relativisme en tant que tel qui doit être dénoncé, mais la dérive du relativisme qu’a analysée le grand anthropologue libanais, mon ami Selim Abou, en faisant la distinction fondamentale entre le relativisme absolu et le relativisme relatif.

Le relativisme est en effet aujourd’hui l’objet d’un grand débat chez les anthropologues. Pour les relativistes absolus, ou radicaux, il est impossible des porter des jugements moraux universels parce que toute morale est inévitablement liée à une société particulière. Les seules données universelles sont la définition biologique de l’homme et certains universaux formels tels l’existence de règles de la parenté ou de la phonologie. Les cultures, elles, sont, pour les relativistes radicaux, imperméables les unes aux autres et incapables de communiquer. Chacune est absolument singulière. Les critères de vérité et de signification ne relèvent en dernière analyse que de la convention. En conséquence on doit accepter tous les traits culturels des autres cultures, jusque et y compris l’excision des petites filles, puisque nous ne pouvons pas porter de jugements qui ne soient totalement dictés par notre propre culture. L’argument, « C’est leur culture », justifie tout.

En revanche pour les tenants du relativisme relatif, les particularités de chaque culture ne contredisent pas l’existence de valeurs universelles. Ils affirment qu’il existe un horizon d’universalité qui permet aux êtres humains de se comprendre et d’échanger par-delà la relativité de leurs cultures, ils admettent la possibilité du croisement entre les différentes cultures et des échanges entre les êtres humains de culture différente. Le relativisme que nous acceptons tous doit être lui-même relatif. Pour eux, les critères de vérité et de signification ne sont pas exclusivement dépendants du contexte culturel et de la spécificité de chaque société.

Si l’on accepte cette distinction, Les démocraties ne devraient pas dénoncer le relativisme, mais le relativisme absolu.

Universel

Le débat sur le relativisme culturel s’inscrit dans celui qui concerne l’universalisme. La critique qui est portée aujourd’hui, et que nous partageons, concerne la prétention « universaliste » qu’a diffusée le xixe siècle au cours de l’expansion de la puissance européenne. Elle est symbolisée, par exemple, par le « temps universel » qui fut alors adopté, à savoir le temps de Londres, celui de la puissance dominante de l’époque, le Royaume-Uni. C’est aussi au nom des valeurs « universelles » de la « civilisation » que fut justifiée la politique coloniale alors qu’il s’agissait des valeurs européennes dont les politiques et les penseurs universalisaient les valeurs nées de la double révolution industrielle et démocratique. C’était un faux universalisme puisqu’il se confondait avec une culture particulière, celle de l’Europe démocratique. Or aucune société concrète n’incarne l’universel.  L’universel est une idée, une référence, une aspiration, un horizon des croyances et des pratiques. En même temps, toutes les sociétés, si elles ne peuvent prétendre avoir un accès direct à l’universel, doivent porter la « marque d’une inspiration et d’une aspiration à l’universel », faute de quoi, comme l’écrivait Pierre Hassner, la culture et la politique « sont exposées aux dérives les plus monstrueuses », ce dont témoignent les totalitarismes et les guerres du xxe siècle. L’universel, c’est le principe régulateur qui préside à la comparaison des cultures et des sociétés en permettant leurs échanges et leur reconnaissance réciproque.

Autrement dit, il ne s’agit pas d’opposer particularismes et universalisme, mais de souligner que l’aspiration à l’universel est la condition de maintien des particularismes. C’est en participant à une communauté ou à une société particulière que les êtres humains participent en même temps à une forme d’humanité universelle. Reconnaître des valeurs universelles, c’est se référer à l’idée d’une subjectivité transcendantale. Ce qui définit l’être humain, c’est précisément sa capacité, lui qui est socialisé dans une société particulière, de ne pas être entièrement défini pas les caractéristiques liées à cette socialisation. Rousseau avançait que l’homme pouvait être homme en même temps que citoyen, que l’on pouvait concilier l’esprit national et l’idéal de l’universalité liée à la citoyenneté. Il s’agit toujours de rechercher la portée universelle des expériences uniques des différentes cultures.

La conséquence de ces analyses est que l’on peut condamner non pas une culture dans son ensemble, mais certaines pratiques et on peut le faire non pas au  nom des valeurs de notre propre société, mais en se référant à des valeurs universelles. On peut condamner la pratique de l’excision qui renvoie la femme à sa seule dimension sexuelle ou biologique et lui dénie, en conséquence, d’exercer la liberté propre à l’être humain – la liberté est un principe universel. On ne saurait admettre qu’au nom du relativisme absolu on puisse justifier une pratique contraire à la liberté d’un être humain. On ne peut accepter le jugement, « C’est leur culture », qui manifeste le mépris pour la dite culture.

L’universalité de tous les êtres humains, c’est leur capacité de rompre avec leur propre société ou, en tous cas, de prendre de la distance à son égard. La relativité des cultures prend sens à l’intérieur de l’humanité de tous. La société démocratique doit respecter les particularismes tout en leur donnant les moyens de participer à l’universalité de la raison scientifique et de la citoyenneté. Elle ne saurait tolérer les pratiques contraires aux principes qui la fonde, la liberté et l’égalité de tous les citoyens.

Il ne faut pas confondre l’utilisation politique qui a été faite dans le passé des principes universalistes pour justifier des projets impériaux avec ce qui est l’idée de l’universel, condition de la liberté et des échanges. Il faut condamner le relativisme absolu sans pour autant supprimer l’inspiration relativiste qui a permis de reconnaître les autres dans leur spécificité. Le véritable universalisme est à l’horizon des relations entre les êtres humains et les sociétés.

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Facebook, Twitter, hypocrisie terminée !

Alors que, ce jour, le pantin peroxydé nous quitte pour de bon pour les terrains de golf à temps complet, force est de constater que ses délires auront eu, au fond, un avantage : amener certains des géants du Net à se démasquer en le censurant suite à son quasi appel à l’insurrection de ses partisans contre les institutions parlementaires américaines et, in fine, à l’invasion du Capitole par des hordes de neuneus le 6 janvier.

En effet, ces géants nous saoulent depuis des années avec leur pseudo neutralité vis-à-vis des contenus qu’ils stockent, véhiculent et dont ils nous inondent au mieux de leurs intérêts grâce à leurs algorithmes et en refusant la régulation qui s’impose pourtant déjà depuis toujours aux autres médias dits classiques. Tout s’écroule ainsi pour eux quant à la légitimité de leur discours habituel. Comment pourraient-ils persister à refuser des régulations, autrement plus performantes que celles qu’ils ont concédées, alors que là ils se sont érigés en censeur du président des Etats-Unis lui même le privant de son droit à la parole numérique ? Sans juge, sans enquête, une condamnation sans aucune garantie, comme un vulgaire média traditionnel en somme mais en fait en pire car ils n’encourent aucune responsabilité éditoriale. Une « justice infra médiatique » ! Vous vous rendez compte, on en pensait pas que cela pouvait exister. Jack Dorsey l’a fait. Il en deviendrait presque un bienfaiteur pour l’humanité s’il ne se contrefichait de cette dernière comme de son premier bit…

Dans le superbe article ci-après reproduit, Jean-Louis Missika, sociologue qui a tout compris, en analyse très finement les conséquences et les opportunités de vraies régulations à saisir par les démocraties pour remédier à cette hérésie mais pas à l’échelle de nos petites nations qui font bien rire Dorsey et ses amis. Non, au niveau de l’Europe entière et là ça ne rigolerait plus du tout. Un article salutaire donc, publié dans TELOS, et que je reproduis ici car il est de salut public de bien comprendre les enjeux sur ce sujet dans un monde numérique global. Le temps presse car des échéances électorales très importantes se profilent en Allemagne et en France et comme le souligne Misssika on sait maintenant ce que les réseaux sociaux ont laissé faire ou permis pour le scrutin sur le Brexit ou sur l’élection américaine invraisemblable de 2016…

Facebook, Twitter, pour en finir avec l’hypocrisie

par Jean-Louis Missika

19 janvier 2021    

La décision de Facebook et Twitter de censurer Donald Trump, après la tentative d’insurrection du 6 janvier, a définitivement fait voler en éclat la fiction sur laquelle ces plateformes ont bâti leur prospérité. Dès leur naissance, elles ont affirmé avec force qu’elles n’étaient que des outils techniques de partage de contenus et qu’elles ne pouvaient être tenues pour responsables des textes ou des images qu’elles mettaient à la disposition de leurs utilisateurs. 

La raison en était simple : il n’existe aucun modèle économique permettant à un média d’éditer – c’est-à-dire de modérer, choisir, voire réécrire – autant de contenus. En revanche, si l’on se dispense d’éditer, c’est la fortune assurée, puisque les recettes de la publicité et de la collecte et la vente de données personnelles dépassent largement les coûts de gestion de la plateforme et des algorithmes de recommandation. Twitter et Facebook peuvent-ils encore dire, après avoir censuré le Président des Etats-Unis, qu’ils n’ont pas de responsabilité éditoriale sur les contenus qu’ils éditent ? Poser la question, c’est y répondre.

Au départ pourtant, l’argument semblait solide. Nous avons changé de monde, les réseaux sociaux ne sont pas des médias qui publient des contenus en direction d’un public selon le modèle émetteur-récepteur, ce sont des outils qui permettent une conversation entre plusieurs personnes où chacune est tour à tour émettrice et réceptrice, selon un principe égalitaire. Cette fable n’a pas tenu longtemps face à la dure réalité des hiérarchies sociales. Ce n’est pas la technologie qui assigne à un individu une position d’émetteur ou de récepteur, c’est la réputation et la capacité à capter l’attention. 

Les 88 millions d’abonnés au compte Twitter @realDonaldTrump sont là pour en témoigner. On retrouve donc sur les plateformes le principe « few to many », un petit nombre d’émetteurs qui s’adressent à un grand nombre de récepteurs, principe qui caractérise un média et qui justifie les lois et règlements qui encadrent la responsabilité éditoriale. Pourtant les gouvernements des grandes démocraties ont pris cette fable pour argent comptant et ont accepté de dispenser les réseaux sociaux de toute responsabilité et de toute régulation sur les contenus qu’ils publient, guidés par un subtil mélange d’ignorance, d’attirance et d’illusion.

L’ignorance d’abord. Dans nombre de pays, et c’est particulièrement vrai pour la France, l’illettrisme numérique des classes dirigeantes, notamment des classes politiques est abyssal. Par paresse intellectuelle, elles ont négligé de se former pour maîtriser cette nouvelle technologie cognitive. 

Quand l’écriture a émergé dans les sociétés orales, les rois et les princes ont rapidement compris qu’il s’agissait aussi d’un instrument de pouvoir et ont appris à écrire. Au lieu de faire de même, nos dirigeants ont considéré le numérique comme une commodité et non comme un savoir stratégique. Ils sont restés à distance et se sont parfois même vantés de n’y rien comprendre. Ils sont en train d’en payer le prix. 

Pour établir de nouvelles règles du jeu, le régulateur est toujours en retard sur l’innovateur, mais ce retard est en général léger. Dans le numérique, il se chiffre en dizaine d’années, si l’on songe que la création du protocole TCP/IP date de 1983 par exemple, et l’on peut craindre que les géants du numérique soient devenus « too big to regulate » (trop gros pour être régulés) un peu comme les grandes banques étaient « too big to fail » (trop grosses pour faire faillite) lors de la crise de 2008.

L’attirance ensuite. Ce que beaucoup de responsables politiques ont vu dans le web et les réseaux sociaux, et qui les a vraiment intéressés, c’est la possibilité de contourner et d’affaiblir les médias traditionnels. 

Produire ses propres contenus, contrôler son image, filmer et diffuser ses propres événements, s’affranchir des questions des journalistes, communiquer directement avec ses soutiens, piloter l’agenda des médias en postant des messages sur les réseaux sociaux, Trump l’a fait avec brutalité, mais avant lui, Obama avait ouvert la voie avec subtilité et dans l’enthousiasme général. Les bénéfices à court terme de cette transformation du leader politique en marque et en media ont longtemps dissimulé les effets dévastateurs qu’elle pouvait avoir sur la qualité et l’intégrité du débat politique. Les médias indépendants jouent un rôle essentiel non seulement dans la définition de l’agenda politique d’une démocratie mais également dans la construction d’un espace public qui encourage la confrontation des opinions et propose des informations crédibles, accessibles à l’ensemble des citoyens. Leur affaiblissement a ouvert la voie à une atomisation de l’espace public qui fragilise la démocratie.

L’illusion enfin. Au commencement, beaucoup ont cru que les réseaux sociaux, les médias conversationnels étaient des instruments d’émancipation, voire de libération. Le rôle qu’ils ont joué dans les soulèvements du Printemps Arabe ou la révolte contre les gouvernements autoritaires en Ukraine ou en Ouzbékistan suscitait des analyses pleines d’optimisme[1] qui vantaient le pouvoir qu’ils offraient aux citoyens de s’organiser, de se retrouver et de combattre l’oppression. 

Dans les pays démocratiques, on fit la relation entre ces outils et les nouvelles formes de contestation qui émergeaient : Occupy Wall Street aux Etats-Unis, Los Indignados en Espagne, Nuit Debout en France. La capacité des réseaux sociaux à revivifier la démocratie et à générer de nouvelles formes d’engagement politique semblait une évidence. Puis vinrent l’élection de Donald Trump, le referendum sur le Brexit et le rôle qu’a joué Cambridge Analytica dans ces deux scrutins, et les premières révélations sur les stratégies et les intrusions russes. Parce qu’on était fascinés par le fait que certains usages des médias conversationnels pouvaient affaiblir voire faire tomber des dictatures, on a négligé que d’autres usages pouvaient affaiblir, voire faire tomber des démocraties. Parce qu’on s’était habitué au consensus existant dans les médias sur la définition des faits, de l’actualité et de l’agenda, on avait oublié qu’un fait journalistique était une construction cognitive. Et comme toute construction cognitive, celle-ci pouvait être remise en cause par une autre construction cognitive, comme un « fait alternatif » ou une « fake news ». Et l’on s’est mis stupidement à accuser les réseaux sociaux, sans interroger l’indigence des politiques publiques.

On peut difficilement reprocher leur inertie à Google, Facebook, Twitter, Instagram ou YouTube, ce sont des entreprises privées qui cherchent à maximiser leurs profits, ce ne sont pas des bienfaiteurs de l’humanité. La désinvolture avec laquelle elles ont traité les dérives de ces cinq dernières années s’explique facilement. Le coût qu’aurait représenté l’embauche de dizaines de milliers de salariés pour modérer les contenus était dissuasif. Et les outils automatiques de recherche des contenus violents ou injurieux, fondés sur l’intelligence artificielle, entrent directement en conflit avec leurs algorithmes de recommandation, programmés à partir du fait statistique que la haine et l’indignation sont des moteurs plus puissants que la bienveillance et le raisonnement pour capter l’attention des utilisateurs et générer des clics.

Une seule solution: la régulation!

Il est donc urgent de réguler/ Google, Facebook, Twitter et d’autres géants du numérique sont devenus de véritables institutions politiques privées, comme je l’évoquais déjà en 2006 dans La fin de la télévision[2]Elles négocient avec les Etats, censurent, autorisent ou interdisent les expressions publiques, stockent et commercialisent des données personnelles, créent une « Cour Suprême »prévoient de battre monnaie. C’est pourquoi une approche purement économique, en termes de démantèlement ne suffit pas. Il faut certes examiner les positions dominantes et démanteler si cela est nécessaire, mais la fonction politique de ces plateformes, la façon dont elles désarticulent l’espace public et réorganisent la délibération, doit faire l’objet d’une régulation spécifique. Celle-ci devra éviter de nombreux pièges, sur lesquels ont achoppé tous les projets de régulation par le passé. 

Le premier de ces pièges est naturellement l’impossible définition de ce que sont la vérité et l’objectivité dans le domaine politique, a fortiori un quelconque corsetage automatique et algorithmique de la liberté d’expression. L’intelligence artificielle n’étant même pas encore capable de détecter efficacement l’ironie d’un message, il est inenvisageable qu’elle sache distinguer dans un futur proche les limites souvent subtiles entre humour et offense.

Le second piège est celui de l’échelle géographique. Une telle régulation ne saurait être imposée par un seul pays à des plateformes mondiales. Elle ne peut être élaborée qu’à l’échelle européenne, tant les divergences de conception de la liberté d’expression entre l’Europe et les Etats-Unis sont rédhibitoires.

Le troisième écueil serait de calquer la régulation de ces acteurs sur les mécanismes traditionnels de régulation des médias. Il faut partir de l’idée que ces plateformes ne sont pas des médias mais des méta-médias. Elles hébergent des médias qui s’appellent « comptes » sur Twitter, « profils » sur Facebook, ou « chaînes » sur YouTube. Mais elles ne font pas qu’héberger : elles modèrent, elles recommandent, elles mettent en valeur, elles connectent, elles agencent. Ce faisant, elles ne sont pas un simple outil technique d’hébergement, elles jouent un rôle éditorial qui doit être régulé selon des modalités très différentes de la régulation des médias. Ce ne sont pas les contenus qui doivent être contrôlés, mais les dispositifs de modération, de recommandation, de signalement, et d’intervention sur les contenus ou les comptes signalés.

Sur la modération, il faut des règles suffisamment flexibles pour que des projets comme Wikipédia puissent continuer à pratiquer la modération par des bénévoles sans courir de risques, et suffisamment dures pour définir des ratios entre la quantité de contenus à modérer et le nombre de modérateurs, non pas globalement mais à l’échelle de chaque pays. Il faut également prévoir un renforcement de la modération en période électorale. Des organismes indépendants devront auditer régulièrement les logiciels et les autres outils de modération automatisée et rendre compte publiquement de leur évaluation.

La question de la recommandation est sans doute la plus complexe. Les plateformes considèrent que leurs algorithmes sont des actifs stratégiques qui ne peuvent être communiqués. Il y a aussi une autre raison, moins avouable. Il se murmure que chez Google, même les ingénieurs les plus capés ne savent pas expliquer comment et pourquoi leurs algorithmes recommandent ceci plutôt que cela. Les outils ont été tellement modifiés, triturés, réassemblés, complexifiés depuis leur création, que plus personne n’est capable de les documenter correctement. La transparence et la fiabilité des algorithmes de recommandation sont cependant un enjeu crucial. 

Ils doivent être audités et faire l’objet d’une évaluation rendue publique. La Commission Européenne devrait engager le plus vite possible un dialogue à ce sujet avec les plateformes. A minima, elle pourrait exiger d’elles que les auteurs ayant été signalés de façon répétée par des utilisateurs voient leurs contenus exclus de toute recommandation, le temps que les signalements soient traités. La recommandation étant totalement discrétionnaire, cette mesure laisserait les contenus en instance de jugement accessibles à ceux qui les recherchent activement, mais les rendrait peu visibles par hasard algorithmique, limitant ainsi l’effet bulle de filtre.

Le dernier piège, et non le moindre, serait de croire que les régulateurs peuvent se contenter d’édicter des règles, et de les faire appliquer par les plateformes. Ils ont la responsabilité d’être, de façon fiable aux côtés des plateformes dans l’application et l’interprétation de la règle. Il faut comprendre que seule une coopération en temps réel entre plateformes, police et justice sera efficace. Les méta-médias sont des « communs numériques », pour que leur régulation fonctionne, celle-ci doit faire l’objet d’une gouvernance partagée. Quelle est la formation d’un étudiant dont le job à temps partiel est de modérer des contenus sur une plateforme ? Vers qui peut-il se tourner pour demander si tel propos d’un député ou d’un journaliste est litigieux ? Pourquoi ne semble-t-il pas y avoir d’interfaces entre les outils de la police et ceux des plateformes ? Les plateformes doivent pouvoir signaler en temps réel aux autorités un contenu clairement délictuel, ou au contraire solliciter en temps réel, par un mécanisme d’interconnexion des systèmes de traitement (API), l’avis d’un officier assermenté qui aura, lui, la légitimité de dire le droit. Les pouvoirs publics ne laissent-ils pas les plateformes faire le « sale boulot » à leur place ? 

On peut bien sûr estimer que les 7 500 modérateurs employés en 2018 par Facebook sont très insuffisants, mais c’est tout de même 250 fois plus que la trentaine de gendarmes et policiers dédié à Pharos, qui traite l’ensemble des contenus illicites sur internet. Or ce sont eux, appuyés lorsque nécessaire par un juge, qui devraient être le point de référence pour tout contenu de droit français.

Pour le signalement, la balle est clairement dans le camp des autorités policières et judiciaires des pays européens. La défaillance est du côté des pouvoirs publics. Pour s’en convaincre, il suffit de comparer la facilité avec laquelle on peut signaler un contenu illicite sur Twitter et le temps que prend un signalement similaire sur la plateforme du ministère de l’intérieur français. De plus, il y a fort à parier que l’interconnexion entre les deux se fait au mieux par mail, et plus probablement par fax.

La décision, prise souverainement par Twitter et Facebook, de censurer le Président des Etats-Unis a fait l’effet d’un électrochoc. Mais des dizaines de milliers de comptes avaient été supprimés avant celui-là, tout aussi souverainement. La seule solution efficace est d’organiser une supervision des signalements et une coopération dans les interventions sur les contenus et les comptes signalés, dans le respect de l’Etat de droit. Les gouvernements pourront d’autant plus exiger des plateformes qu’elles assument leurs responsabilités qu’ils auront fait leur part du travail, en faisant rentrer leurs polices, leurs systèmes et leurs procédures dans le 21e siècle.  

Enfin, ce n’est certainement pas à Facebook d’instituer une « Cour Suprême » numérique, mais à l’Union Européenne. Une telle instance devra arbitrer tous les conflits et pourra être saisie par n’importe quel citoyen européen. Le temps presse. Les élections fédérales allemandes auront lieu en septembre 2021 et la présidentielle française en juin 2022. Beaucoup de gens mal intentionnés sont à l’affût de ces deux événements pour tenter de déstabiliser deux grandes démocraties européennes, et ils savent que Facebook et Twitter seront beaucoup moins attentifs et réactifs à ces élections européennes qu’ils ne l’ont été à la présidentielle américaine. Si l’Europe n’est pas au rendez-vous, nous en paierons tous le prix.

Notes de bas de page

[1] Larry Diamond, Liberation Technology: Social Media and the Struggle for Democracy, Baltimore, Johns Hopkins University Press, 2012.

[2] Jean-Louis Missika, La Fin de la télévision, Le Seuil, La république des idées, Paris 2006.

Pour lire l’article sur Telos

https://www.telos-eu.com/fr/societe/facebook-twitter-pour-en-finir-avec-lhypocrisie.html

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