« OUT »

Alors, ça y est, le Brexit est sorti des urnes !

Il fallait s’y attendre tant l’Europe, libérale et ouverte à tous vents, ne répond plus, depuis une vingtaine d’années, aux attentes d’une part croissante des peuples qui la composent. C’était couru : ils allaient, les Anglais, poursuivre et prolonger les rejets déjà manifestés lors de referendum en France et aux Pays bas. C’était sûr car s’y ajoutaient l’insularité, le tempérament britannique, sans même parler de la situation migratoire sur un territoire trois fois plus petit que la France. Ceci explique encore mieux cela.

Pour nous, européens et français, fallait-il le redouter, ou le souhaiter, et faut il, désormais, s’en réjouir ou le déplorer ?

C’est une question qui ne peut se trancher que sur le terrain politique et avec une longue vue plutôt qu’une lorgnette. Pour répondre à cette question, l’important n’est pas les données économiques, sociales ou migratoires qui sont toujours conjoncturelles et évolutives. Et puis franchement on s’en bat les flancs des considérations comptables en semblable moment…

Non, la question n’est pas technique, mais elle est bien celle du niveau d’exercice de la démocratie que nous souhaitons :

– un cadre national maintenu comme prépondérant pour les choix politiques auquel s’ajouterait une couche de coopération communautaire qui pourra présenter des degrés divers d’intensité (marché commercial unique, programme Erasmus, Airbus, etc.),

– ou bien une intégration européenne plus poussée qu’aujourd’hui (fiscale, sociale, sécurité, défense), une marche progressive vers le fédéralisme conforme aux vœux des pères de l’Europe, pour dépasser les difficultés que l’Europe rencontre déjà, ce qui suppose encore plus l’effacement des Etats ?

Les anglais ont répondu, eux. Et ils l’ont fait comme ils le font depuis 40 ans puisqu’ils ont toujours été un obstacle aux approfondissements de l’Europe (ils ne sont ni dans l’Euro, ni dans Schengen et ne veulent au fond que d’un Marché commun sauce 1957). Ils ne veulent pas d’une intégration européenne plus poussée et souhaitent au fond le retour du cadre national comme lieu de l’expression démocratique et des choix pour leur Nation.

Alors ? Et bien bon vent à eux, ils vont voir ce qui en résulte. Mais pour nous ? Que faire maintenant ?

On s’est bien trop souvent ici prononcé contre les eurosceptiques de tous bords tant leurs rengaines peuvent être rances des tares d’un siècle qui fut celui des barbaries des Etats Nation, barbarie qui n’a d’égale que la barbarie religieuse, pour ne pas se réjouir de voir sortir du jeu un des obstacles à une plus grande intégration européenne.

Mais, en même temps, sans se renier sur cette orientation politique fondamentale, force est d’admettre que nous avons, dans toute l’Europe, le même problème que les britanniques à des degrés divers.

Face à des majorités populaires (et des dirigeants populistes) dont l’euroscepticisme ne fait que croître, parce que l’Europe ne semble produire que le malheur des peuples par l’austérité devenue son unique crédo et une ouverture inconsidérée aux quatre vents des dangers du monde actuel (le tout chanté en allemand car la partition est conforme aux intérêts de l’Allemagne), la bonne réponse est elle encore de dire aujourd’hui qu’il nous faut davantage d’Europe à ceux qui n’en veulent pas davantage, voire moins ? Franchement ?

Même si, dans ces colonnes, la nécessité du développement de l’intégration européenne ne fait pas de doute puisque l’Etat Nation est un cadre obsolète au regard des enjeux planétaires et de l’avenir de l’humanité, ce serait encore prendre les peuples pour des cons un peu plus longtemps que de ne pas les écouter. Et on connaît la punition que peut infliger un peuple lorsqu’on l’excède et qu’on ne tient pas compte de ce qu’il souhaite.

Il va donc falloir davantage écouter les peuples d’Europe, même s’ils ont porté (quelle contradiction !) une majorité libérale au Parlement européen et dans la plupart des pays de l’Union.

Pour cela il faudrait que l’Europe, pour avancer, sorte ses pieds des deux ornières de l’idéologie dans lesquelles elle s’embourbe et qui la condamnent :

– une politique économique qui produit un désastre social par sa nature austéritaire et son ressort le dumping fiscal et social,

– une ouverture inconsidérée et non maîtrisée à tous les vents du monde et à leurs dangers.

Faute de traiter ces deux problématiques dans l’honneur, et pas seulement dans avec des illusions théoriques ou idéologiques, l’Europe ne pourra avancer, ni même ne survivra pas très longtemps au départ des anglais de son giron.

Mais que peut proposer de significatif sur ce plan un couple franco allemand, et une Europe à 27, qui n’a pas d’unité idéologique et dont le dominant semble un adepte invétéré de l’idéologie libérale qui nous enfonce ? Très vite l’avenir nous le dira.

A l’opposé de Cameron qui restera un crétin pour l’éternité en s’étant enfermé dans ce piège infernal, le couple franco allemand a encore le choix d’être à la hauteur de l’évènement… ou pas. A lui de jouer !

Billet d’Actu _OUT_

Publicités